Note : Hello ! Le personnage de Scott Andrew est totalement inspiré de l'acteur de la série Sherlock (BBC), qui s'appelle... Andrew Scott :3. Sur ce, encore un énorme bisous à Nathdawn, ma bêta la seule et l'unique, et à vous tous qui lisez cette histoire ! Et c'est encore trop-plus-génial si vous laissez une review, même petite, ça réchauffe le coeur :). Bonne lecture !


Le bureau où nous fûmes amenés était encore mieux entretenu que mon propre cabinet, ce qui mit immédiatement mon compagnon mal à l'aise. En quelques coups d'œil, je sus qu'il avait tout deviné - qu'il ne savait pas déjà - d'Andrew et prêt à lui demander de m'en apprendre un peu plus sur ce curieux personnage, je fus arrêté dans mon élan par le maître des lieux qui claqua la porte avant de s'installer à son bureau face à nous, le visage tuméfié, la narine droite encore légèrement tachée par son sang séché.

« Vous aviez raison Watson, son nez cassé le défigure indéniablement. », constata tout haut mon ami Holmes.

Nous nous sourîmes, légèrement entravés par les liens qui unissaient nos poignets alors qu'Andrew se mettait à consulter ses fichiers et aussi discrètement que possible, je laissai mes yeux découvrir un peu plus ce lieu étrange. Le mobilier était d'une finesse incroyable et, pour avoir eu l'occasion d'arpenter les couloirs de Scotland Yard, je savais de source sûre qu'aucun autre bureau de l'édifice n'était aussi richement garni. Qui était donc cet homme pour mériter pareil traitement exclusif ?

« Cinq ans d'emprisonnement vous attendent Holmes, pour avoir plastifié le bâtiment. Dommage qu'il n'y ait pas eu un badaud dans le coin qui se serait pris une pierre sur le crâne, vous en auriez pris cinq de plus. », ajouta-t-il sans aucune pudeur dans un haussement d'épaule déçu. « Mais ce n'est pas très grave, car vous avez fait bien plus que cela, n'est-ce pas ? Où étiez-vous le 19 mai à 23h ? »

« Nous y voilà donc... », soupira Holmes en levant les yeux au ciel, fixé par Andrew au sourire plus mauvais que jamais, tandis que je regardais impuissant l'impensable se produire ; l'inspecteur était réellement en train de l'accuser d'avoir tué Gladstone.

« Lestrade est assez stupide pour ne pas vous soupçonner mais sachez que je vous connais bien Sherlock Holmes : votre haine de la politique et des conventions, votre intérêt pour le peuple bohémien, votre maîtrise parfaite de la lame, vraiment... tout concorde. », ponctua-t-il dans une grimace faussement gênée en haussant ses épaules dans un geste théâtral.

« Mon vieux, vous faites fausse route à un tel point que cela en devient gênant. »

« À quel propos ? Car voyez-vous, vous n'êtes pas un homme très discret. Scotland Yard tout entier pourra témoigner de vos propos déplacés sur nos politiciens. Une vingtaine de rapports stipulent votre aide plus ou moins légale envers le peuple gitan - d'ailleurs, vous êtes bien conscient qu'ils ne valent pas mieux que les rats, n'est-ce pas ? Quand bien même, c'est ce que vous semblez aimer : la vermine. », sourit-il en haussant les sourcils, alors que je voyais la mine de mon comparse se tendre à chaque mots prononcé par l'odieux personnage.

« En parlant d'aimer... », Andrew tourna son visage vers ma personne et mon cœur sembla s'arrêter de battre. « Docteur Watson, je suis désolé pour votre perte, on m'a dit que Père Luc était votre ami. Oh, plutôt devrais-je dire vos pertes. Samuel Harley était un confrère lors de votre mission en Afghanistan, est-ce exact ? »

Le piège que notre mystérieux assassin avait commencé à tisser depuis quelques semaines se refermait sur nous avec une rapidité destructrice. Ainsi nous y étions, faits comme des rats, et si Holmes n'était pas accusé de tous ces meurtres, je sentais que nous serions condamnés pour homosexualité.

« Je suis surtout désolé pour vous d'avoir dans vos proches un charognard tel que Holmes. »

Je frissonnai à l'entendre utiliser pareils mots, et en voulais à ce moment à la terre entière pour m'avoir mis en cette position, à entendre ce salopard parler de l'homme que je portais en mon cœur, avec autant de haine. L'inspecteur se leva et vint prendre place face à moi, me captant de son regard pénétrant, avant d'avouer d'une voix douce :

« Vous êtes un homme bien docteur Watson. Cela se sait. Cela se sent. Je le sens. L'homme à votre gauche est le mal incarné et vous entraînera dans une vie que vous n'imaginez même pas. L'attention qu'il vous porte n'est pas saine. »

« Qu'en savez-vous ? », murmurai-je, n'ayant pas la force de le laisser vomir ses propos sans m'en défendre.

« Laissez moi vous montrer. »

Andrew leva sa main et d'une force insoupçonnée, l'administra dans une gifle sèche à ma pauvre joue, mon visage balancé à ma gauche par la force du geste. Ouvrant mes yeux, sonné, je captai en une fraction le regard de mon ami, surpris, mais aucunement gêné ou peiné.

« Rien Holmes ? Aucune envie de me faire payer mon geste ? », s'enquit l'inspecteur en scrutant les réactions inexistantes de mon ami. « Bien, et cela vous fait-il quelque chose ? ».

Il plaqua cette fois sa main à mon menton, pinça le creux de mes joues et m'approcha sans douceur à ses lèvres qui me frôlèrent dangereusement. Le presque contact me fit frissonner de tout mon être, et mes mains entravées derrière mon dos, je me débâtis autant que possible pour échapper à cette étreinte détestable. Il passa son pouce sur ma lèvre inférieure, sourit comme le diable qu'il était et quitta mon regard pour capter celui de Holmes. Je fis de même prêt à découvrir dans les yeux de mon amant secret la jalousie pure et simple, telle que j'avais pu la lire le soir de la maison close et en eus le souffle coupé en le découvrant inexpressif et froid, une légère grimace de dégoût pinçant ses lèvres.

« Cela me confirme qu'il vous manque une case mon brave. Mais encore une fois, c'est monnaie courante à Scotland Yard, alors ce n'est pas très grave. »

Je vis la mine d'Andrew se tordre, ses sourcils se froncer, sa bouche retenir des insultes que son regard clamait. Il essuya son pouce sur lequel il avait recueillit ma salive sur ma veste tandis que je tremblais d'anticipation à l'idée de ce que serait sa prochaine tentative pour faire craquer mon ami et, alors que ses mains s'approchaient de ma personne pour me prodiguer je ne sais quelle torture physique ou attouchement déplacé, un bruit retint notre attention à tous les trois.

« Andrew, ouvrez moi ! ».

Je reconnus la voix de notre cher Lestrade qui tambourinait à la porte. L'inspecteur soupira, proféra des injures que sa mâchoire serrée laissa à peine comprendre, et au bout de longues secondes de doute, finit par se diriger vers le fond de la pièce pour aller ouvrir à notre complice de toujours.

« Je suis en plein interrogatoire ! »

« Eh bien finissez-le dès à présent. »

« Et laisser ainsi Holmes s'en tirer ? Il en est hors de question. »

« Je crois que vous n'avez pas le choix. »

À ces mots, Holmes et moi nous tournâmes au même moment pour voir notre ami inspecteur tendre à son affreux collègue un bout de papier qu'il déchiffra de ses yeux plissés avant de venir nous retirer les menottes. Abasourdi par ce retournement de situation, je bredouillai un « Merci » à peine perceptible à notre ami, alors qu'Andrew se posa face à Sherlock désormais libre pour lui promettre de sa voix la plus menaçante :

« Vous ne vous en sortirez pas comme ça. Je vous aurai Holmes. »

« Permettez-moi d'en douter. », répondit le détective dans un sourire énigmatique.

Je n'eus même pas le temps de poser mes yeux sur la lettre qui nous avait tirés d'une bien mauvaise situation, avant que nous ne quittions Scotland Yard sans un regard en arrière.


Nous marchâmes dans les rues de Londres longtemps sans parler, côte à côte sans se toucher, sans destination précise, si bien qu'il nous arriva à deux reprises de passer par la même rue. Ce que nous venions de vivre à Scotland Yard dépassait l'entendement.

J'avais été le témoin, quelques rares fois, d'un manque de discernement évident de la part des policiers, plaçant maladroitement Sherlock Holmes au centre d'une affaire non pas en tant que détective consultant mais bien en tant que coupable. Mais toujours, le bon sens avait retrouvé sa place et jamais on ne lui avait passé des menottes pour le traîner de force à un interrogatoire musclé.

L'interrogatoire. Je frémis malgré moi en repensant à Scott Andrew et à ses méthodes détestables. Cet homme s'était permis d'enfreindre les limites de la décence avec un tel aplomb, utilisant ma propre personne comme moyen de pression que je m'en sentais sali. Sa gifle avait laissé ma joue à peine rougie ; ses lèvres à quelques centimètres des siennes m'avaient laissé d'insupportables haut-le-cœur. À côté de moi, je sentais mon ami bouillonner et si je respectais son besoin de silence, je craquai néanmoins au bout d'un long moment, moi-même en piteux état :

« Il nous faut trouver l'ordure qui organise cet enfer Holmes, et vite. »

« Taisez-vous. »

« Je vous demande pardon ?! », hoquetai-je, surpris face à sa réaction désagréable.

« J'essaye d'effacer de mon esprit l'image d'Andrew à quelques centimètres de votre bouche. », murmura-t-il sans daigner me regarder.

« Holmes... »

« Pensez-vous réellement que cela ne m'a rien fait ? J'ai pris sur moi John, bon sang j'ai pris sur moi. Mais je vous jure que je l'aurais tué de mes mains s'il avaient osé poser ses lèvres sur les vôtres. »

« Il voulait simplement vous faire perdre vos moyens. Vous avez très bien réagi. Vous étiez terriblement convaincant dans votre détachement - et je suis bien placé pour en parler. ».

Je tentai un petit sourire complice pour lui faire comprendre que je ne lui en voulais guère mais il ne tourna même pas la tête vers moi. Tentant d'alléger l'ambiance lourde qui, je le savais, était suffisante pour le faire retomber dans son mutisme destructeur, je lui murmurai :

« Il est amusant de savoir qu'Andrew voulait me tenir en garde contre vous, alors que je suis celui qui a initié notre étreinte hier soir... »

« John... », répliqua mon ami en se mordant la lèvre.

« En tout cas, j'ai une idée pour vous faire oublier ce que nous venons de vivre. »

Pinçant rapidement sa manche, je lui fis signe de me suivre dans une étroite petite rue, mais il me fit un léger non de la tête en rabattant son bras vers sa personne.

« Nous sommes suivis. », m'apprit-il en jetant un coup d'œil derrière son épaule pour m'inviter à faire de même. « Scotland Yard nous surveille. »

Je ne savais par quel miracle une missive avait suffi à nous faire libérer sur le champs, toujours était-il que la police nous soupçonnait encore, en témoignaient les deux agents qui marchaient dans nos pas. D'une voix douce, Holmes m'annonça alors ce que je craignais déjà :

« Il nous faut nous séparer quelques temps. Ne donnons pas l'occasion à ce salopard de nous causer plus de tort. »

« Je le sais. »

« Nous nous retrouverons bien assez tôt. »

« Je n'en doute pas. »

« Et vous me manquerez à chaque seconde. »

« Vous me manquerez tout autant. »

Nous nous sourîmes faiblement, ne sachant combien de jours loin de l'autre seraient nécessaires pour se mettre à l'abri d'un danger à la finalité angoissante et, fermant les paupières, je l'entendis me chuchoter d'une voix à peine perceptible :

« Je vous protégerai. »

« Je vous attendrai. »

Partant chacun de notre côté arrivés sur le grand boulevard, nous retournâmes d'un même souffle à nos simulacres de vies qui n'étaient plus vraiment grand chose sans la présence de l'autre.


Une semaine. Sept jours. Cent soixante huit heures. Dix mille quatre-vingt minutes. Six cent quatre mille huit cent secondes. Assis dans le fauteuil de mon cabinet fermé à clé, mes mains empoignant ma tête prête à exploser, j'expirai lentement de peur que mon corps ne se décide à arrêter toute sa machine de tourner.

Une semaine où le soleil avait pris ses aises dans la capitale, rendant les chaleurs plus insupportables que jamais, m'apportant son lot de gamins esquintés par des chutes à vélo et de femmes victimes de malaises causés par les températures. Il me suffisait de constater d'un œil bien las leurs tenues d'une complexité mortifiante pour en découvrir la raison. Il fut un temps où la vision d'une silhouette fine me plaisait au-delà du raisonnable, mais de part mon statut de médecin, j'avais découvert au fil du temps que les corsets déformaient leur ossature - jusqu'à ce que toute leur personne ne m'évoque plus rien. Tout cela s'était passé en deux temps ; le premier lors de mon mariage où passant l'alliance au doigt de Mary, je jurais fidélité devant Dieu ; puis le deuxième lorsque dans les bras de Holmes, j'étais allé me réfugier, taisant des années de perdition, retrouvant une place que toute ma vie durant j'avais cherché.

Sept jours où nous n'avions tenté un pas vers l'autre, taisant nos envies pour confondre le tueur sans lui donner de nouvelles chances de nous porter préjudice. J'étais donc sagement resté à Covent Garden, ne quittant ma demeure que pour retrouver mon cabinet dans lequel je semblais mourir à petits feux. Mais revenir chez moi était synonyme de bien pire, lorsque les mains fragiles et froides de ma femme se posaient sur ma personne pour inciter un contact charnel que jamais je n'honorais.

Dix mille quatre-vingt minutes où tout son être silencieux semblait m'attendre, me réclamer, m'ordonner de revenir à lui, alors que les souvenirs de Holmes, de sa peau, de ses lèvres, de sa présence en moi me rappelaient avec chaleur le véritable goût du bonheur. Je bénissais néanmoins notre bonne Betty pour accompagner ma femme lors de ses sorties en ville, leur amitié garantissant, je le savais, une épaule solide pour ma compagne que je délaissais sans trouver rien à y faire.

Six cent quatre mille huit cent secondes à laisser le terrible Manque revenir prendre place en mon palpitant fatigué de tant d'inaction. Six cent quatre mille huit cent secondes à attendre. Six cent quatre mille huit cent secondes à ne penser qu'à lui, lui et toujours lui, jusqu'à ce que mon corps ne me brûle, n'arrivant à me soulager que quelques minutes à peine que lorsque ma main lâche se posait entre mes jambes, le temps d'une visite secrète à ma chambre vide. J'aurais tout donné pour retourner à Baker Street, pour m'allonger dans le lit de fortune qu'il nous avait créé, pour supplier Sherlock de ne plus être qu'un bâtisseur du palais qu'il avait installé en mon cœur, mais pour en devenir le roi, l'unique, et m'agenouiller face à son règne sans faille et sans limite.

Je relevai soudain ma lourde tête, réalisant que cette comédie ne pouvait plus durer et qu'au diable la raison et notre assassin, il me fallait aller le retrouver avant que la folie n'ait définitivement raison de moi. Me levant pour attraper mes affaires et quitter ce cabinet dans lequel je m'étais caché sans en ouvrir la porte aux patients, je fus arrêté par un tambourinement incessant qui me figea sur place. Lestrade ?

Je hâtai mon pas jusqu'à l'entrée où ouvrant la porte, je ne découvris non pas le visage moustachu de mon ami, mais bien la figure frêle de Betty, le chignon défait et la mine grise.

« Docteur Watson, je suis désolée, je suis désolée... », gémit-elle, ses yeux rougis de larmes qui ne vinrent que quelques secondes plus tard, ses mains se griffant mutuellement dans des gestes désespérés.

Un terrible pressentiment m'envahit, et déglutissant difficilement devant cette vision douloureuse qui annonçait bien pire, je posai une main sur son épaule tremblante pour lui demander de ma voix la plus calme possible :

« Calmez-vous et expliquez-moi tout. »

« Il m'avait prévenu, je vous jure que j'ai tout fait pour - j'ai tout fait pour. Je suis désolé docteur Watson... votre femme... », ses paroles incohérentes murmurées du bout de ses lèvres tremblantes ne me firent réagir qu'à l'évocation de son dernier mot.

Je serrai soudain ma poigne, la forçant ainsi à me regarder de ses yeux baignés de larmes et d'une voix sourde lui demanda :

« Où est-elle ? »

« Chez vous, docteur Connick est à son chevet. Ses parents - ses parents sont avec elle. Je suis désolée. », répéta-t-elle avant que ses sanglots ne brouillent définitivement ses paroles incohérentes.

D'une main, je la serrai contre moi en fermant mon cabinet de l'autre. Claudiquant jusqu'à ma rue à quelques mètres de là, je sentais mon souffle se faire plus rare, la tête me tourner, tout mon corps se refroidir jusqu'à m'en donner des frissons. Je lâchai Betty une fois arrivé en ma demeure, grimpant les marches jusqu'à la chambre que je trouvai remplie au-delà du raisonnable. Mes beaux-parents me faisaient dos, Mrs. Morstan cachant ses larmes derrière un mouchoir brodé à ses initiales, son mari la tenant contre lui d'un bras puissant, la mine grise et le regard perdu dans le vide. Je reconnus autour du lit les deux gouvernantes de nos voisins dont je ne connaissais les noms, et bien sûr, mon confrère le docteur Connick, qui lentement se releva, dévoilant ainsi étendue sur le lit la présence fantomatique qui me glaça le sang.

Ma femme allongée, le dos soutenu par tous les coussins du lit qu'on avait empilés, le regard perdu dans le vide, le visage blanc et si vieux, ses cheveux accrochés à la va-vite dans un chignon pratique au delà de l'esthétique, la tempe encore légèrement tachée du sang que l'on n'avait pas totalement nettoyée. Et même si son torse se mouvait avec la grâce de la voile d'un bateau prenant le large, je n'aurais pu la trouver plus inerte que jamais.

« Watson... », intervint Connick en découvrant ma présence.

À l'appel de mon nom, mes beaux-parents se retournèrent vers moi dans le plus désolé des souffles, la pitié noyant leurs mines fades que j'avais toujours exécrées. Le médecin se rapprocha pour poser une main qu'il voulait amicale sur mon épaule et me faire ainsi sortir de la chambre aux allures de morgue.

« Que s'est-il passé ? », arrivai-je à grogner plus qu'à réellement prononcer, ma gorge nouée à m'en faire mal.

« Une bousculade aux alentours du marché, elle s'est faite renverser par un fiacre. Le choc a été rude, le temps nous dira si son coude est brisé. Je lui ai donné un calmant, elle ne sera pas consciente avant plusieurs heures. Néanmoins, il faut que vous... »

« Le bébé ? », interrompis-je tout de go sans penser à rien d'autre.

Son regard se baissa et devant son infecte lâcheté, je compris. Portant mes mains à mon visage, cachant mes yeux pour refuser cette vérité qu'il m'était forcé de voir, je pris place contre le mur pour m'empêcher de tomber.

Pourquoi cela faisait-il si mal de perdre quelque chose que je n'avais jamais eue ? Pourquoi avais-je l'impression d'avoir été abandonné par cet être alors qu'hier, avant-hier et tous les autres jours précédents encore, je n'avais été capable de ne lui donner ne serait-ce qu'un nom ? Pourquoi était-elle tombée ? Pourquoi ?

« Taisez-vous ! », hurlai-je soudain, levant ma main face à mon confrère.

« Je n'ai rien dit. », murmura-t-il en levant les siennes pour me faire signe de me calmer.

« Fermez la, taisez-vous, ne dites plus rien ! »

Trop de questions m'envahissaient, me pourrissaient l'esprit, trop de questions auxquelles Connick avait très certainement les réponses ; je ne voulais rien savoir, rien. Le poussant sommairement, je rentrai à nouveau dans la chambre, les poings serrés et l'envie de tout déchirer plus forte que jamais. Mr. et Mrs. Morstan quittèrent du même pas la chambre, suivis par les bonnes, me laissant seul dans cette le silence étouffant de la pièce. Mary, inexpressive et plus absente que jamais, les yeux dans le vide ne remarqua même pas ma présence, un bras caché sous la lourde couverture, l'autre pressé contre son ventre.

Nous étions vides tous les deux ; moi qui jusqu'à aujourd'hui, n'avais pas compris le cadeau dont elle m'avait fait don, elle qui tous ces derniers jours durant avait tenté de ses gestes et de son regard de m'attirer à elle. Mais je ne l'avais jamais considérée. Je ne l'avais jamais regardée. Je n'avais jamais touché son ventre. Jamais. Alors toujours, je vivrai avec cette perte. Toujours.

Lentement, je fis le tour de la chambre, découvris tour à tour les affaires de mon confrère encore posées sur le lit, les linges humides dans les bassines, puis sa robe, posée sur le fauteuil du fond de la pièce. Ce bleu profond, les détails de fine dentelle blanche, elle était indéniablement magnifique lorsqu'elle se glissait dans ces tissus au prix exorbitant. À vrai dire, j'avais toujours eu un sentiment mitigé envers cette tenue. Si ma femme était comparable à un ange lorsqu'elle la portait, je n'en demeurais pas moins jaloux, tous les regards se tournant vers elle à chacun de ses pas. Tout le monde la remarquait. Tout le monde.

Alors que mon esprit prenait lentement le chemin de la déduction avec amertume, je pris la robe en main, découvrant avec dégoût les tâches de sang témoignant de la violence du choc. Tout le monde la remarquait. Comment avait-on pu la bousculer, la renverser sans voir cette tenue d'un bleu flamboyant ? Avec une lenteur nécessaire, ma main glissa jusqu'aux poches de la robe et, lorsque mes doigts touchèrent du bout de mon épiderme mon pire cauchemar, je me sentis défaillir. Je sortis doucement l'objet et le constatai de mes yeux impuissants. Une lettre. La lettre. Le papier était le même que celles retrouvées sur Gladstone et tous les autres, mais vierge de toute inscription. Manquant de la déchirer, je me retins de justesse et la pliai pour l'entreposer dans ma poche intérieure avant de me relever et de quitter tout de go la pièce où une partie de moi était morte.


Je trouvai refuge en ma cuisine et dans un verre de scotch rempli à ras-bord, ne souhaitant rien d'autre que du silence pour permettre à mon âme meurtrie de reprendre son calme.

« J'en prendrais bien un également. »

Me tournant vers le nouvel arrivant, je découvris mon beau-père, plus gris et morne que jamais, lorgnant sur mon verre que je venais d'engloutir.

« Je sais, je vous critique quand vous buvez mais... je crois qu'aujourd'hui, j'en ai besoin. »

Me voyant impassible comme jamais, l'homme s'approcha et se servit de lui-même, avala avec une petite grimace de dégoût ce liquide que je n'avais jamais autant aimé, et reposa le verre en toussotant légèrement.

« Elle n'a pas dit un mot. Elle... le docteur dit que c'est normal. Nous ne sommes même pas sûrs qu'elle nous ait entendus lorsque nous lui avons dit pour... », Mr. Morstan chercha ses mots, ses mains serrées dans son dos, sa moustache frétillant au rythme de sa bouche qui se pinçait, avant qu'il ne finisse sa phrase dans un grognement à peine humain : « Le bébé. »

Il me fallut me tourner vers lui pour comprendre que les bruits nouveaux qui envahissaient la pièce n'étaient que les gémissements de son corps secoué par les pleurs. En face de moi, le lac de Norvège le plus froid du monde pleurait son âme de la manière la plus primaire possible, tandis que moi, je n'avais toujours pas versé une seule larme. Il posa sa main tremblante à mon épaule et déglutit difficilement.

« Soyez fort mon brave Watson, soyez fort. »

Manquant de vomir à cet excès de compassion dépassant tous les regards de haine qu'il m'avait adressé jusqu'à présent, je me défis de son étreinte sans attendre.

« Je vais... sortir. Prendre l'air. »

« Bien sûr, nous ne bougeons pas d'ici. »

N'écoutant même pas sa dernière phrase bien inutile, je quittai à l'instant la cuisine pour retrouver canne, chapeau et veste pour m'enfuir de cet enfer.


L'auberge sentait la sueur et l'alcool, les musiciens battant leurs instruments avec une fougue renversante, les femmes dansaient autour des hommes alcoolisés, les billets et les cartes s'échangeant dans des cris que mes oreilles agressées depuis le début de la nuit ne tentaient même plus de comprendre. Je ne connaissais pas cette taverne avant d'y avoir mis les pieds - ou peut-être la connaissais-je, mais j'étais mordu par l'alcool à un point dépassant l'entendement, aussi je n'avais aucune idée du quartier même où je me trouvais.

Comme la sensation de perdre pied était délicieuse, hier n'existait pas plus que demain, et aujourd'hui avait le goût de la bière. Je n'aurais pu vouloir désirer plus. Laissant mes compagnons de table distribuer les cartes et les femmes se presser autour de moi sans jamais les toucher, je jouais et buvais tout autant. J'étais si saoul que rien, absolument rien n'importait plus que mon verre. Alors, commandant une nouvelle bouteille, serrant de mes mains les dernières pièces que je mis en jeu, je me lançai encore une fois à corps perdu dans une partie qui aurait raison de mes économies. Cela n'aurait pu être mieux. Je ne voulais plus rien, tout laisser dans les mains sales de ces badauds dont je n'avais cure. Je voulais tout abandonner et ne plus jamais revenir en arrière.


Vidé de mes forces et de mon argent, il me fallut l'aide du chauffeur du fiacre pour me descendre de sa voiture. J'étais revenu chez moi avec peine, mais présentement posté face à la porte que je tentais d'ouvrir de ma clé bien peu compatissante, je ne souhaitais qu'une chose : me coucher dans un lit, où à même le sol et dormir jusqu'à ce que mort s'en suive. Je pestai tout haut lorsque pour la troisième fois, ma clé refusa d'entrer dans la serrure et capitulai finalement en tirant avec force la sonnette. Aussi, je pouvais réveiller Betty, mes beaux-parents où même le quartier tout entier que je n'en avais que faire.

Mais la personne qui vint m'ouvrir arrêta mes suppositions sur le champs.

« Que vous faites là ? », balbutiai-je.

« Et bien, je suis chez moi. »

« Non, vous êtes chez moi Holmes. »

« Vous êtes à Baker Street. 221B Baker Street. »

Reculant difficilement, mes jambes ayant soudain décidé de ne plus m'écouter, je découvris effaré devant la façade du bâtiment que mon ami disait vrai.

« On ne peut plus faire confiance aux chauffeurs de fiacre. Vous verrez qu'un jour, ils se retrouveront tueurs en série partis comme cela ! »

« Calmez-vous donc, baissez un tantinet votre voix, et expliquez-moi tout. », me susurra mon ami.

« Je suis très calme ! », appuyai-je d'une voix tout à fait raisonnable et absolument pas criante, avant de reprendre mes explications. « J'ai demandé au chauffeur de me ramener chez moi, et ce sagouin m'a amené chez vous ! Pourquoi souriez-vous donc ? »

« Pour rien. Entrez je vous prie et dites-moi que... Bon sang, vous empestez l'alcool ! », son visage souriant laissa soudain place à son visage dur et je crus lire dans son regard qu'il me jugeait de tout son être.

« Et bien certains trouvent réconfort dans une bonne bouteille et d'autre dans une bonne seringue, que voulez-vous que je vous dise ! », souris-je, pas peu fier de ma répartie, alors que je sentais ma voix éraillée me brûler la gorge à chaque mot.

« Vous êtes complètement saoul. »

« Oh quelle excellente déduction ! On ne vous appelle pas le Grand Détective Sherlock Holmes pour rien ! Je pourrais vous embrasser sur place si j'étais sûr de ne pas vomir dans les prochaines minutes. »

« Bon sang Watson... » grogna mon ami en me tirant par le bras pour me faire rentrer de force avant de fermer la porte derrière nous, contre laquelle il plaqua mes épaules. « Cessez donc de crier comme cela, vous allez rameuter tout le quartier, et pire encore, Mrs. Hudson ! »

« Je m'en fous. »

« Watson. »

« Je m'en fous, je vous dis. Maintenant, donnez-moi une bouteille, une seringue ou votre corps qu'on en finisse. ».

J'attrapai le col de sa robe de chambre pour le coller à moi avant que ses mains n'entravent les miennes en serrant avec force mes poignets.

« Mais bon sang, que vous arrive-t-il ? »

Ah, nous y étions, le Grand Sherlock Holmes voulait comprendre, pire, déduire. Dans un grimace las, je lui souris :

« Et bien, faites votre boulot, déduisez. »

Lentement, seulement éclairé par la lumière du couloir qu'il n'avait pas éteinte, je vis le visage de Holmes se tendre, ses traits se durcir, son regard plus sombre que jamais. De ma tenue, de mes mots, de l'odeur de l'alcool qui émanait de toute ma personne, il lui fallut une minute à peine pour comprendre, pour relâcher mes poignets et murmurer de sa voix la plus tendre.

« Watson... »

« Fermez la. »

« Je suis désolé. »

« J'ai dis fermez la ! Deux mots, deux petits mots, ce n'est quand même pas difficile à comprendre ?! »

Lentement, ses bras se refermèrent sur mon corps, son visage se nicha dans mon cou, et de toute ses forces, il me serra contre lui, baisant ma peau avec une compassion ingérable.

« Lâchez moi... », suppliai-je de ma voix cassée.

Complètement saoul, toutes mes forces m'ayant abandonnées, il fallut que mon ami ait grâce de moi pour enfin quitter mon corps. Tanguant comme jamais, je le contournai et montai les marches avec une difficulté extrême, me cramponnant à la rambarde comme si ma vie en dépendait, mon ami me suivant sans un mot jusqu'au premier étage. Deux pièces m'attendaient alors : le salon et la salle de bain dont Holmes avait déjà ouvert la porte. Ignorant son invitation à le rejoindre, je me mis à grimper les marches pour me rendre au second étage vers les chambres, avant qu'il ne m'arrête en serrant mon bras.

« Que faites-vous donc ? »

« Je monte à votre chambre. »

« Hors de question. », somma-t-il en serrant mon coude au-delà du supportable, m'attirant à lui avec force, aussi je ne me laissai pas faire et m'agrippai aux barreaux de bois.

« Laissez-moi monter Holmes. »

« Vous dormirez dans votre chambre après un bon bain. »

« Je ne suis pas là pour que vous vous occupiez de moi. »

« Alors pourquoi êtes-vous venu ? »

« ... Je ne suis pas venu, on m'a conduit jusqu'à vous. »

« Oh oui, le 'chauffeur de fiacre tueur en série' c'est cela ? », railla-t-il en lâchant son emprise, aussi j'en profitai tout aussitôt pour grimper difficilement les marches avant qu'il ne se jette à ma poursuite une fois de plus. « Arrêtez Watson, vous êtes pathétique ! »

« Moi ? Moi pathétique ? Vous me trouvez pathétique d'avoir bu autant pour noyer ma peine d'avoir perdu ce que je n'ai jamais eu ? Mais vous n'avez aucune idée de jusqu'où je suis allé lorsque j'ai cru vous perdre ! », ris-je devant l'absurdité de la conversation.

Avec force, Holmes me tourna vers lui, arrêté à deux marches sous moi et serra mes bras pour m'empêcher de bouger, captant mon regard comme lorsqu'il voulait lire en moi, aussi je fermai tout aussitôt les yeux ; non, jamais il ne pourrait savoir pour l'arme placée entre mes lèvres.

« Vous refusez que je le déduise de mon propre chef ? Très bien, parlons-en ! »

« Jamais. Je ne suis pas venu pour ça. »

« Ah ! Soudain vous avouez être venu de vous-même ? Je le sais Watson, vous vouliez rentrer chez vous, vous avez donc donné votre adresse : 221B Baker Street, car ici est votre maison, et vous le savez tout autant que moi. »

Je grimaçai sans répondre en me reculant d'une marche, Holmes en fit tout autant et d'un bond capta mes lèvres des siennes et, malgré la violence et la rancœur dans laquelle notre dispute baignait, sa langue caressa la mienne avec tendresse, sa bouche me gratifiant du plus doux des baisers. Je le repoussai d'une main dure en tentant de me reculer, bien vite arrêté par le mur contre lequel mon dos cogna.

« Je ne suis pas venu pour cela. », répétai-je en détournant le visage de peur qu'il ne m'embrasse à nouveau.

« Alors, pour quoi ? », me demanda-t-il de sa voix rauque, rendu fou par l'incompréhension qu'il ne supportait que très modérément.

Sans ouvrir les lèvres, je lui donnai la réponse. De mes gestes confus, je me débarrassai de mes vêtements, sans quitter ces marches, me fichant bien du confort de la chose. Je le vis se tendre, manifestement irrité par l'option que je lui proposais, mais quand bien même, il ne bougea pas. Retirant simplement ma chemise et ouvrant mon pantalon, je m'occupai ensuite de sa personne en ouvrant sa robe de chambre pour le découvrir encore habillé en dessous.

« Non, vous êtes saoul. », me dit-il d'une voix sèche en claquant mes mains

« Annoncer l'évidence me semble bien peu utile à l'instant, mon vieux. », raillai-je en reprenant mes gestes. « Et puis vous êtes mal placé pour me faire la morale. C'est comme ça que vous fonctionnez, n'est-ce pas ? La douleur, les vices et la solitude ? Bon sang, vous ne pourriez avoir plus raison. »

Je me fichais de son bon vouloir et me laissant pousser par mon instinct, plaquai rapidement ma main entre ses jambes pour trouver la preuve chaude et dure que je ne le laissais pas indifférent. Je lui souris, plus victorieux que jamais et le sentant me retourner avec force, je sus que j'avais gagné.

Je glissai malgré moi le long du mur, mes genoux fatigués appuyés sur les marches dures, mes mains agrippées à d'autres plus hautes encore. Je sentis son corps se coller au mien, sa main trouver de suite place sur mon membre brûlant qu'il caressa, m'arrachant un feulement qui, je le savais, n'était que le premier d'une longue série. Son visage parvint jusqu'au mien, son souffle caressa ma joue alors qu'il tentait de sa main libre de me faire tourner la tête pour m'embrasser ; chose que je refusais de toute mes forces.

« John... », appela-t-il, presque douloureusement alors que son corps réclamait la tendresse que le mien fuyait.

Je repoussai violemment la main qui caressait mon visage pour lui faire comprendre que mes intentions n'étaient pas un simple caprice, et le sentant claquer violemment ma cuisse, je sus qu'il cédait à ma demande sans autre cérémonie. Je ne méritai de toute façon pas la moindre once de tendresse.

La main qui avait claqué ma peau s'y accrocha à m'en faire mal, écartant de force mes jambes entre lesquelles sa main se glissa, enfonçant un doigt à peine humide entre mes chair tendues. Mes bras fatigués faiblirent sous l'intrusion et, alors que par réflexe je tentais d'avancer pour rompre le contact, la claque qui appuya à nouveau ma peau maltraitée m'arrêta de suite.

Le laissant me préparer dans des gestes durs, je tremblais de tout mon être, partagé entre la douleur de la position et le plaisir des sensations, ma voix plus vibrante que jamais. Contrairement à notre étreinte au coin du feu, ses gestes étaient plus rapides et violents que jamais. Quelques minutes à peine lui suffirent et le sentant retirer ses doigts, je gémis d'anticipation, serrant de mes mains les marches de bois qui étaient ma seule vision. Le sentant enfin presser mes chairs de son membre brûlant, un léger sourire naquit au coin de mes lèvres avant que la douleur sourde qui naquit entre mes jambes ne me brûle au-delà du supportable. L'étreinte, si différente de notre première fois, me laissa le souffle coupé de terribles longues secondes avant que ma voix cassée par la douleur ne le supplie dans un gémissement à peine humain d'arrêter ce qu'il avait commencé.

Holmes ne bougea soudain plus, me laissant m'habituer à cette présence plus douloureuse que jamais, sa main caressant mon cou dans des gestes appuyés, me faisant me taire par réflexe, alors que sa bouche suçotait ma nuque avec force. Je serrai tout aussitôt de mes doigts les marches, plantant mes ongles dans le bois que j'abîmais. Ses coups de reins s'intensifièrent petit à petit sans aucune considération, brisant mon corps, m'arrachant de profonds cris qu'il camoufla de sa main inquisitrice plaquée à ma bouche qui manquait de m'étouffer. Et pourtant, malgré la violence de ses gestes, je savais qu'il faisait tout cela pour moi ; il voulait m'empêcher de nous faire remarquer, il voulait répondre à ma demande. Semblant lire dans mon esprit, de sa voix rauque, il me murmura :

« C'est pour cela que vous êtes venu John, n'est-ce pas ? Bien sûr c'est pour cela que vous êtes venu. Mais laissez moi vous dire quelque chose ; vous êtes un abruti. ».

Supportant difficilement les allées et venues dures de son membre, ne supportant pas du tout ses insultes, je tentai de grimper les marches avant qu'il ne me rattrape sauvagement, s'enfonçant en moi avec encore moins de retenue que précédemment.

«Vous êtes venu pour cela, mais quand bien même, je sais que je dois m'en trouver flatté. Vous venez me trouver car il n'y a que moi qui peut tout vous offrir : l'affection, la tendresse, la bienveillance. Mais plutôt que d'accepter votre deuil et de partager votre peine, vous préférez la violence et la punition ; vous êtes un idiot. Un idiot désespéré, mais un idiot quand même. »

Encore une fois, les déductions de Sherlock Holmes étaient sans failles. Lâche que j'étais, l'alcool et son corps étaient pour moi les seules sorties de secours de cet enfer que Covent Garden et mon esprit abritaient, aussi mes derniers cris mourants contre sa main pressée contre ma bouche, je le laissai me posséder avec hargne, écraser ma prostate quelques rares fois, se contentant d'aller et venir anarchiquement en moi le reste du temps. Je le sentis se tendre, ses mains qui claquaient mes cuisses les serrer désormais avec force avant de ressentir la chaleur unique emplir mon bas-ventre, le laissant venir en moi pour me marquer encore un peu plus. Son souffle brûlant frôla mon cou et de sa voix rauque, il me murmura ces mots :

« Comprenez enfin cette chose si simple que j'ai mis dix-sept ans à vous avouer : je peux tout vous donner, je vous donnerai tout. Car vous êtes mien John Watson. Votre âme et votre corps. Vous êtes mien. »

Il fallut qu'il quitte mon corps pour que ce qui m'avait terriblement fait défaut jusqu'à présent naisse enfin dans le creux de mes yeux. Sans plus autre désir que de laisser couler ma peine, je laissai les larmes inonder mon visage, gémissant toute cette haine envers moi-même que j'avais refusé d'affronter jusqu'à maintenant, toute cette tristesse d'avoir perdu ce que je n'avais jamais eu, toute cette douleur d'avoir laissé Holmes briser le mari minable que j'étais devenu, le père de famille que je ne serai jamais. Me laissant pleurer comme jamais, il m'aida à grimper au-delà de ces quelques marches que j'avais griffé à m'en faire mal. Il m'amena à sa chambre que j'avais vu trop peu de fois, puis sur son lit sur lequel il m'allongea. Avec une tendresse incomparable, il finit de me déshabiller puis revint vers moi avec un chiffon humide qu'il passa sur mon visage brûlant, mon torse et entre mes jambes pour nettoyer sa semence. Je ne le regardai jamais faire, préférant garder mes yeux fermés et me concentrer à calmer mon palpitant qui me brûlait à m'en déchirer la poitrine. Dans le palais que Sherlock avait construit en mon cœur, il n'y avait de toute façon pas la place pour un berceau.

Le règne était ainsi.


La tête lourde et la bouche pâteuse, j'ouvris un œil avec la mollesse et la grâce d'un jeune éléphant. Les draps dans lesquels j'étais allongé sentaient le tabac et les épices ; Holmes.

Allongé ainsi sur le ventre, me redressant sur mes avants-bras, je tournai la tête pour le regarder à mes côtés, assis, lisant un dossier dont je ne voyais le contenu. Il posa les papiers jaunis par le temps pour capter mon regard et durant de longues secondes qui semblèrent être des heures, nous nous regardâmes sans parler. Je ne lisais rien dans ses yeux ; je n'avais de toute façon aucune envie d'y lire quelque chose. L'inverse devait être tout autant vrai, à la différence que je n'avais rien à exprimer ; les événements de la veille, la nuit passés à boire et l'étreinte violente que j'avais imposée à Holmes m'ayant brisé au-delà des mots.

Je m'extirpai avec difficulté hors du lit chaud, tanguant, la tête lourde après m'être autant enivré. Mes affaires posées sur la chaise avaient été lavées, ne sentant plus l'alcool pour le plus grand plaisir de mon odorat sensible en cette dure matinée. Je m'habillai sans attendre, enfilai veste et alliance, qui avait une nouvelle fois été ôtée à mon annulaire sans que je n'y prenne gare, et quittai la pièce.

Holmes marchait quelques mètres derrière moi, respectant mon silence qu'il savait égoïste mais néanmoins nécessaire. J'arrivai enfin au rez-de-chaussée et, posant ma main sur la clenche de la porte d'entrée, je l'entendis m'appeler :

« Vous avez dit juste Watson ; la douleur, les vices et la solitude, voilà ce qui m'a accompagné durant des années. Mais je ne veux plus de ça. Plus depuis que je vous ai. »

Je me retournai lentement, et si la raison me criait de lui demander de se taire à cause de la proximité avec les appartements de Mrs. Hudson, je n'en fis rien, l'écoutant avec attention.

« John, vous savez que je ferais tout pour vous, absolument tout. Alors je vous en prie, ne me demandez plus de vous posséder sans aucune considération comme hier soir - je ne pourrai refuser, mais cela me tuerait au-delà des mots. Vous m'êtes si précieux que j'en oublie jusqu'à ma propre vie. Cela n'est pas un reproche, entendez-le bien. »

« Je l'entends bien. », murmurai-je de ma voix ébréchée par l'alcool et les cris de la précédente nuit.

« Je vous porte en mon cœur comme personne. »

« Je le sais. »

« Ne doutez plus jamais de mon affection. »

« Je vous le jure. »

Quittant la clenche froide et triste, je remontai ces quelques marches qui nous séparaient, sans presser mes pas, avant de lui faire face, le laissant me surplomber sans m'en trouver gêné. Posant ma main sur sa joue, je le fis se pencher vers moi pour lui offrir enfin le tendre baiser que je lui avais refusé pendant la nuit.

Nos langues se caressèrent de longues minutes, nos bouches plus humides que jamais, nos corps penchés l'un vers l'autre, se fichant éperdument de la présence de Mrs. Hudson à quelques mètres de là. Il n'y avait que lui et moi, quoi qu'on en dise. Du moins, si je voulais que cela soit vrai, une décision s'imposait, une décision que je me devais de prendre rapidement pour le bien de tous.

Quittant ses lèvres avec regret, je baisai une dernière fois sa main en lui adressant un sourire complice, avant de descendre les marches et d'ouvrir la porte, baignant l'entrée d'une douce lumière. Restant sur le perron quelques instants pour m'habiter à la luminosité, je vis un fiacre ralentir jusqu'à s'arrêter face à nous, et reconnaissant la silhouette qui en descendit, j'appelai malgré moi :

« Holmes. »

« Qu'il y a-t-il ? », me demanda mon ami en me rejoignant.

« Non, pas vous. Lui. », ajoutai-je alors que le nouvel arrivant s'approcha de nos deux personnes jusqu'à nous adresser le plus poli des sourires en nous saluant :

« Docteur Watson ; petit frère. »


Assis dans le salon, ma main serrant la tasse de thé que Mrs. Hudson venait de me tendre, je regardai tour à tour les deux frères Holmes installés face à moi.

Je me rappelais parfaitement de la première fois où j'avais découvert l'existence de Mycroft. Sherlock m'avait assuré être orphelin et n'avoir aucune famille lors de notre première semaine de colocation, si bien que lorsqu'un homme mystérieux avait pris contact avec moi pour me demander des informations sur lui, j'avais cru avoir à faire à un illuminé fan du détective. Il avait fallu qu'une affaire impliquant un diplomate dépêche sur le même lieu Sherlock et Mycroft à la fois pour que j'apprenne qu'au-delà de l'affection que l'aîné lui portait, les deux hommes étaient également liés par le sang. J'avais tenté d'aborder le sujet avec mon ami, non pas que je me sentais trahi qu'il m'ait menti mais plutôt désireux de connaître les raisons qui l'avaient poussé à agir ainsi, jusqu'à ce qu'il coupe court à la conversation en m'apprenant en ces termes « Je déteste perdre mon temps avec des choses futiles ; aussi il n'y aura aucune exception pour Mycroft. »

J'avais appris par Lestrade que Mycroft était un homme du gouvernement, sans connaître réellement sa position, mais également membre fondateur du club Diogène dont j'avais vaguement entendu parler. Par Mrs. Hudson, j'avais su que l'aîné des Holmes avait continué de payer le loyer pendant les trois ans de disparition de son petit frère. En d'autres termes, je ne savais rien de lui.

« Du sucre monsieur Holmes ? », demanda Mrs. Hudson en se penchant vers l'aîné.

« Surtout pas, il est au régime. », intervint Sherlock en levant sa main pour retenir l'attention de son intendante. « Mais ne lui dites pas que cela ne se voit pas, cela lui briserait le cœur. »

« Il faut bien que l'un d'entre nous deux en ait un. », sourit faussement au possible le concerné en sirotant son thé.

« Bien, ne m'invitez jamais à fêter Noël avec vous messieurs. », ponctua la seule femme de la pièce avant de reprendre son plateau vide et de sortir le pas pressé de quitter cette lourde ambiance.

Je regardais d'un œil las la routine de la famille Holmes, moi qui ne rêvais que d'une chose, rentrer chez moi pour me glisser dans un bain chaud et ne plus être dérangé. J'étais prêt à partir il y avait encore vingt minutes de cela mais Mycroft avait insisté pour que je prenne le thé avec eux, et devant ce regard pénétrant, je n'avais su dire non.

« As-tu tout préparé petit frère ? »

« Tu sais bien que non. »

« Ne m'oblige pas à m'en occuper moi-même. »

« Pose un pied dans ma chambre et j'abats les chevaux de ton fiacre. »

« Une fois m'a suffi, je te remercie. »

Je soupirai tout haut devant leurs mines réjouies de se retrouver pour se lancer les pires horreurs, et fatigué d'être le spectateur passif de cette joute verbale (les Holmes aimaient se donner en spectacle), je retins leur attention en toussant.

« Qu'aviez-vous donc à préparer Sherlock ? »

« Ses affaires. », me répondit Mycroft en croisant ses jambes à l'exacte même seconde que son plus jeune frère - détail qui me fit sourire plus qu'il ne le dut.

« Vos affaires pour quoi ? »

« Sherlock vient avec moi à Gillingham. »

« Absolument pas. », intervint le concerné en reposant la tasse de thé qu'il n'avait même pas touchée.

« Cela n'est pas négociable. Ils viendront ce matin. »

« Je le sais. »

« Alors tu sais qu'il faut partir dès que possible. »

« Et toi, tu sais qu'un cheval est une cible tellement facile à abattre. »

« Stop, s'il vous plaît. », me sentis-je obligé d'intervenir en levant mes mains pour retenir leur attention. « Premièrement, personne ne va tirer sur personne ; deuxièmement, qui arrive ? De quoi parlez-vous ? »

« Scotland Yard. La lettre que j'ai envoyée il y a une semaine a simplement suffi à vous faire gagner du temps, mais aujourd'hui Scott Andrew viendra arrêter Sherlock. »

Je manquai de faire tomber ma tasse encore pleine, aussi je la reposai sans attendre avant de tourner mon visage éberlué vers Mycroft.

« C'est donc vous qui nous avez libérés ? Comment saviez-vous que nous avions été arrêtés ? »

« Pour l'instant, je ne peux rien faire d'autre, et il est hors de question que je laisse mon petit frère aller en prison. »

« Vous le saviez ? », demandai-je effaré à destination de Sherlock.

« Prévisible. Où est notre mystérieux assassin quand on a besoin de lui ? Un coup de lame en plein cœur d'Andrew et l'affaire est réglée. », demanda mon compagnon d'une voix las.

« Et que dira la lettre ? 'Cadeau pour Sherlock Holmes' ? », sourit Mycroft de concert avec son jeune frère devant l'absurdité de leurs propos.

« Mon Dieu, la lettre... », je me sentis défaillir en prononçant ces mots, aussi je pris appui contre la cheminée. « La lettre Sherlock. », répétai-je du bout de mes lèvres tremblantes.

« Eh bien ? », demanda mon ami visiblement inquiet, se levant pour s'approcher de moi.

Je plongeai ma main dans ma veste et en sortis la lettre vierge pour la lui tendre. Il l'inspecta sommairement et regarda son frère et moi à tour de rôle.

« Où l'avez-vous trouvée ? »

« Dans la poche de ma femme, hier. »

« Vous réalisez ce que ça veut dire ? »

« Incroyable. », confirma Mycroft dans un signe de tête.

« Sherlock, pouvez-vous expliquer à un simple mortel comme moi ce que tout cela signifie ? »

« Rappelez-vous, j'ai trouvé sur les lieux de l'explosion un chiffon tâché de sang, je l'ai toujours suspecté appartenir au tueur puisque Andrew nous avait bien dit qu'il n'y avait aucun blessé à déplorer. Mais je ne savais à quel point il avait été touché. S'il n'a pas tué à la pointe de sa lame et s'il n'a pas écrit sur ces lettres, cela veut dire que sa main a été touchée. »

« Et cela veut dire que ma femme a été sa cible. », appuyai-je, me sentant prêt à vomir à chaque instant.

« Comment va-t-elle ? », s'enquit Mycroft manifestement plus touché par mes dires que mon amant secret.

« Dieu merci, elle s'en est sortie. Néanmoins elle - oh peut-être ne le saviez-vous pas, elle est - était, enceinte. Elle a fait une fausse-couche. »

« Je suis désolé. »

« Fermez la. », soupirai-je par réflexe avant de réaliser la dureté de mes propos devant la considération de Mycroft. « Pardonnez moi, tout cela est encore très récent. »

« Cela n'est rien. Vous devez néanmoins réaliser qu'elle n'est pas en sécurité. Emmenez-la, et venez tous deux avec nous à Gillingham. »

« Croyez-vous cela nécessaire ? »

« Si vous comptez vivre, oui. »

Du coin de l'œil, je vis mon ami détective opiner du chef, la mine plus sérieuse que jamais. Les dés étaient jetés.


De part mon statut de médecin, je savais que Mary avait besoin de repos, pourtant devant la menace, nous n'avions eu d'autre choix que de la sortir du lit. À peine consciente, encore sous le choc des précédents événements, elle s'était laissée faire dans un silence terrible. La soulevant entre mes bras déjà bien faibles, je l'avais installée du mieux possible dans le fiacre, la bordant de moelleux oreillers pour rendre le voyage plus confortable. Betty avait pris place face à elle, Holmes assis à ses côtés et moi en face de lui - Mycroft ayant préféré prendre pour lui tout seul une autre voiture, aussi je ne lui en tins pas rigueur, préférant rester aux côtés de ma femme si elle reprenait conscience.

Le voyage dura quelques heures, la température seulement supportable grâce au filet d'air qui s'engouffrait dans l'habitacle grâce aux fenêtres légèrement ouvertes. Malgré la fatigue battant mon corps et mon esprit avec rage, je n'arrivais à fermer l'œil. Ma femme avait été la cible du salopard qui faisait de ma vie un enfer et, même si elle s'en était sortie, notre enfant lui n'était plus. Je fermai soudain les yeux et compris en déglutissant. L'assassin avait fait son travail ; il avait ôté la vie à sa cible, à cet être que je portais si fort en mon cœur.

Je manquai à nouveau de vomir et préférai tout aussitôt me rasseoir dans le fond de la banquette, laissant mes yeux admirer le spectacle calme face à moi. Aussi incroyable que cela puisse paraître, tout le monde dormait, y compris Sherlock Holmes, les bras croisés contre son torse, la mine paisible. Je ne l'avais quasiment jamais vu dormir, je connaissais sa peur panique de perdre le contrôle, aussi, le voyant plus calme que jamais, je me surpris à penser que le bercer pour lui faire retrouver cette tranquillité serait tout à fait acceptable.

Encore une fois, je pensai à son corps, à le toucher. Bon sang, dix-sept ans d'amitié sans jamais le considérer, jusqu'à ce qu'une nuit et une explosion remettent toute ma vie en doute. Il n'y avait pas d'autre homme qui me tentait autant que lui, j'en étais persuadé et en avais fait l'amère découverte lorsque Andrew avait frôlé mes lèvres des siennes. Il était un bel homme, indéniablement, mais la simple idée qu'il me touche m'avait dégoûté au plus haut point.

J'inspirai profondément en réalisant que j'avais face à moi l'objet de mon affection, ni plus ni moins, et qu'importe les mots et les deux ans d'emprisonnement, je portais Sherlock Holmes en mon cœur et cela était plus beau que n'importe quelle vérité.

Doucement, je le vis ouvrir les yeux, sortir des bras de Morphée contre laquelle il se reposait de trop peu de fois, avant qu'il ne capte mon regard en souriant.

« Pourquoi me regardez-vous comme ça ? », me murmura-t-il en se redressant sommairement.

« Et comment est-ce que je vous regarde ? »

« Comme le plus magnifique des tableaux. »

« C'est bien peu dire. »

Il me sourit et dans nos regards se mélangèrent la tendresse sans borne et l'envie folle de se serrer l'un contre l'autre.

« Comment vous sentez-vous ? », me demanda-t-il.

« Nauséeux. »

« Cela passera. »

« Combien de temps resterons-nous chez votre frère ? »

« Le temps d'établir un plan d'attaque pour arrêter notre tueur en série. »

« Holmes ? »

« Oui mon vieux ? »

« Nous étions les prochains sur la liste, n'est-ce pas ? »

Avec un effort surhumain, je le vis sourire dans l'unique but de me rassurer (en vain), et le sentis coller sa jambe à la mienne, profitant de la promiscuité pour se permettre ce contact. D'une voix à peine audible, il murmura :

« Je vous ai dit que je vous protégerai. »

« Et qui vous protégera, vous ? »

À sa mine soudain surprise et morne, je sus que j'avais touché là un point sensible. Je lui souris pour le rassurer à mon tour, ne lui en voulant guère, me doutant que demain serait fait de mille et une surprises que même son esprit torturé ne pourrait imaginer, alors que le fiacre s'arrêtait face à une magnifique bâtisse aux allures de château.

L'un après l'autre, nous sortîmes de la voiture. À peine passé la porte d'entrée, Holmes monta quatre à quatre les marches de l'immense escalier de marbre, et disparut dans le dédale de couloirs. L'intendante de l'endroit nous amena ma femme et moi jusqu'à notre chambre aux dimensions incroyables, avant que je ne redescende rapidement chercher le reste de nos valises, croisant sur le perron Mycroft dont le fiacre venait d'arriver.

« Que pensez-vous du château des Holmes mon brave ? »

« Votre demeure est splendide, vraiment. »

« Oh ce n'est pas la mienne, elle appartient à Sherlock. »

« Je vous demande pardon ? », demandai-je en oubliant les valises que j'étais parti chercher, me postant fasciné devant cet homme qui m'en apprenait tant.

« Sherlock en est le propriétaire. Mais il a toujours refusé de s'en occuper, si bien qu'il a décliné tous les rendez-vous chez le notaire pour la passation. Il m'a simplement dit « Elle est à toi » et nous n'en avons plus jamais reparlé. J'essaye souvent d'évoquer le sujet avec lui mais vous savez comment il est, lorsqu'il a tort sur un point, ou lorsqu'il échoue, il rentre dans un mutisme mortifiant. »

« Ça, je ne vous le fais pas dire. », ris-je de bon cœur.

« Comme lorsqu'il a échoué pendant ces trois ans de cavale, il n'en parle jamais. »

Je clignai des yeux malgré moi et demandai d'une voix plus hésitante :

« Échoué ? »

« Bien sûr, sinon nous n'en serions pas là aujourd'hui. Mais je pourrais peut-être lui donner raison sur ce point, devoir affronter à nouveau l'homme qui vous a glissé des doigts des années auparavant, cela doit être... gênant. »

« Mycroft, êtes-vous en train de me dire que Sherlock Holmes connaît l'identité du tueur ? »

« Bien sûr mon vieux, le pensiez-vous réellement étranger à tout cela ? »


« Je vous porte en mon cœur comme personne. »

« Je le sais. »

« Ne doutez plus jamais de mon affection. »

« Je vous le jure. »

Je le vois qui hésite, lâche cette clenche que j'exècre lorsqu'il pose la main dessus, et remonte jusqu'à moi pour m'embrasser enfin. Cette nuit, j'ai souffert de concert avec lui, de cette perte impalpable, jusqu'à son arrivée non préméditée à Baker Street. Ce qu'il m'a demandé dans ces marches m'a attristé au-delà de la raison.

J'ai baisé des hommes sans connaître leurs noms juste pour oublier le sien. J'ai pris leurs corps les yeux fermés, me satisfaisant de la sensation chimérique de tenir un autre blond entre mes bras. J'ai trouvé refuge au Salon Chinois plus de fois que je ne l'admettrai jamais, n'utilisant ni mon cœur ni mon esprit, mais juste mon corps fatigué de tant de déni.

Avec vous John, j'ai tout à la fois, le cœur, l'esprit et le corps. Je me considère bien souvent marié à mon travail mais vous êtes mon travail. Aujourd'hui, vous l'êtes plus que jamais : assistant et cible. Pour la première fois, je n'ai aucune idée de ce dont demain sera fait. Je ne peux vous promettre ce que je ne maîtrise pas. Mais maintenant que je vous ai, maintenant que vous m'appartenez, il est temps que je vous dise la vérité.


Oh oui une review !