Chapitre 11: Compassion.

La suite de la nuit se passa tellement vite que Mavis ne pouvait pas dire exactement que si ce qu'elle avait vécu n'avait été qu'un horrible cauchemar ou la réalité...

Elle se réveilla en sursaut toute en sueur dans son lit. Elle s'assit sur sa couverture de velours rose et regarda sa chambre comme si elle ne reconnaissait pas cet endroit. Elle resta encore quelques instant, pensive en caressant d'une main, sa couverture à la matière douce et tiède qui avait un côté rassurant. Elle se demandait si elle avait vraiment vécu une "mauvaise passe» ces derniers jours. Son esprit refusait de croire que tous avait pu être vrai mais au fond de son cœur, quelque chose lui disait le contraire...Elle rangea dans le coin de sa tête ses doutes au sujet des crimes qu'elle aurait peut-être commis.

-"Bon, je ferais mieux d'aller voir Jonathan, il me semble que ça fait une éternité que je ne l'ai plus vu, il me manque tellement !" Elle se leva d'un bon, s'approcha de sa fenêtre. Elle écarta d'un coup sec les lourds rideaux rouges qui avait été soigneusement fermé. Les rayons du soleil pénétrèrent dans la chambre et inondèrent la pièce de la lumière blanche du matin. Elle poussa un cri et s'appuya contre le mur juste à côté.

-«Le jour? Déjà? Mais d'habitude je dors beaucoup plus longtemps!» Dit-elle tout haut.

«C'est normal, c'est grâce au sang que tu as bu. Tu as gagné de l'énergie, c'est pour ça que tu ne te sens pas fatiguée.»

-"Non, non..." Souffla-t-elle en secouant vivement la tête pour faire taire les paroles de son fort-intérieur. Elle fixa les rayons du soleil à quelques centimètres d'elle quand soudain petit à petit, la lumière diminua de plus en plus jusqu'à disparaitre complètement. Elle remarqua avec effroi que ses rideaux s'étaient refermés tout seuls, sans que quelqu'un ne les ait touchés. Stupéfaite, elle regarda en face d'elle et eut un mouvement de recule quand elle aperçut son père dans le coin opposé à elle de sa chambre. Elle ne l'avait pas vu plus tôt car il était dissimulé dans l'ombre, silencieux.

Il s'avança dans la pénombre, majestueusement enroulé dans sa cape noire. À chacun de ses pas une bougie de la pièce s'alluma et bientôt Mavis pu parfaitement le détailler de la tête aux pieds. Si elle ne le connaissait pas, elle se serait sans doute enfuie en courant! Il avait vraiment mauvaise mine. Son teint était blanc comme neige, ses yeux aussi froids que la glace et son regard tellement percent que Mavis en détourna les yeux et fixa le sol. Il faisait vraiment peur, non pas physiquement, mais elle devinait à sa posture bien droite et aux dangers qui émanaient de lui, que quelque chose le préoccupait et que personne n'avait intérêt à le questionner à ce sujet. D'ailleurs elle n'avait pas besoin de le lui demander, puisque s'il était ici c'était qu'elle y était pour quelque chose. «Le journal...» Pensa Mavis.

-«Tout va bien?» Demanda Dracula pour briser le silence. Mavis s'était attendue à un flot de paroles et de questions c'est pourquoi elle répondit avec un air surpris :

-«Heu oui ...Enfaite, aussi étrange soit-il, je me sens...en pleine forme!» Ce n'était que la vérité, elle se sentait étrangement mieux, plus forte, plus sûre d'elle que la veille.

-«Tu as bien dormi?» Demanda à nouveau Dracula dont le visage était toujours impassible.

-«Oui, pas longtemps apparemment, mais je ne suis pas fatiguée.» Répondit Mavis. Dracula marcha en direction de son meuble et pris un morceau de miroir en main. Il l'examina une seconde ou deux mais le déposa tout de suite comme s'il s'était brûlé. Mavis remarqua un bandage blanc autour de sa main.

-«Que s'est-il passé?» S'inquiéta-t-elle en désignant la main droite de son père.

-«Jonathan m'a averti qu'il y a eu un petit...problème. Un objet aurait brisé ton miroir? C'est étrange et totalement absurde comme mensonge!» À ces mots il se retourna pour regarder sa fille droit dans les yeux.

-«Tu ne m'as pas répondu. Que s'est-il passé?» Répéta-t-elle en ignorant les paroles de son père.

-«Le miroir. J'en ai serré un morceau dans ma main et n'ai plus pensé que les miroirs son fait à partir...d'argent. C'est une petite blessure, rien de plus.»

Mavis se souvient alors de tout. Ce fut un énorme choc et elle tomba assise sur le sol, le regard vide. Elle jeta un regard à sa propre main et ne vit aucune trace de blessure, pas même une cicatrice. C'est grâce au sang. Le sang de cet enfant dont elle a lamentablement volé la vie. Elle se senti soudain honteuse et égoïste de voir son père avec un bandage à la main, attendant qu'il guérisse naturellement, tandis qu'elle, a préféré ou plutôt, a cédé à son envie de sang pour se guérir. Ca paraissait tellement invraisemblable !

-«Mavis!» Dracula oublia sa colère et se précipita à ses côtés et la serra dans ses bras. Mavis, elle, resta pétrifiée en se demandant la raison de cette étreinte soudaine.

-«Depuis que tu es partie, depuis ta fuite je veux dire, je n'ai jamais eu l'occasion de te parler. Mavis, dis-moi, as-tu peur?» Il attendait avec inquiétude la réponse. Ils restèrent un bon moment en silence dans la même position: Mavis assise, le dos appuyé contre le mur et Dracula à genou en face d'elle pour être à sa hauteur.

Quand elle risqua un coup d'œil vers son père, tous ses membres se détendirent. Le visage qui la regardait était emplis d'amour, son père la regardait avec tendresse comme il l'avait toujours fait auparavant. C'était le déclic. Il serait toujours là pour elle et l'aimerait toujours, quoi qu'il arrive. C'est ce que ça mère avait voulu expliquer mais elle n'avait pas écouté. Pourtant elle avait eu raison.

-«Non. Non, papa.» Dit-elle tout bas. «Je n'ai plus peur.»

«C'est de moi dont je devrais me méfier...» Pensa-t-elle. Elle se félicita que son père ne lisait jamais ses pensée sinon il se serait encore inquiété et là, il y avait de quoi.

-"Ecoute, je m'en veux sincèrement, mais... C'est trop tard maintenant, ce que j'ai fait, c'est fait. Mais je ne recommencerai plus, tu comprends?" Dracula voulait faire allusion aux crimes qu'il avait commis. Il tenta un petit sourire. Ils se relevèrent et Dracula s'avança vers la porte.

-"Viens, je tiens à te montrer quelque chose. Tu as le droit de savoir certaines choses sur mon passé, tu avais raison. Tu grandis si vite..." Il fit un geste de la main pour l'inviter à le suivre. Mavis marcha à côté de lui en se demandant ce qu'elle allait découvrir. Tout ce qu'elle espérait, c'est que ça n'ait aucun rapport avec les anciens meurtres de son père. Ils passèrent devant la chambre de Johnny, Mavis regarda la porte avec envie de l'ouvrir et de se réfugier dans les bras de son zing. Dracula le remarqua.

-«Ne t'inquiète pas, tu le rejoindras plus tard.» Ils continuèrent à marcher jusque dehors, se cachant sous les ombres des hauts arbres. C'était comme un jeu où il fallait éviter les tâches de lumière dessinées sur le sol sauf que là, ils n'avaient pas droit à l'erreur.

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Jonathan était étendu dans son lit, les bras croisés sous sa tête et contemplait le...plafond? Il n'avait rien à faire. Enfin si, mais il n'avait pas envie d'aller faire de la guitare au bar parce que Mavis chantait avec lui avant et plus maintenant. Il ne voulait pas apprendre aux petits loups garous à jouer au rugby parce qu'avant, Mavis rigolait à chaque fois quand il se faisait écraser par tous les louveteaux et que maintenant elle semblait avoir perdu le goût de vivre et ne demandait qu'à rester seule.

Il se pencha sur le côté et prit son portable. Il l'alluma et vérifia ses mails. Il soupira d'ennuis: rien d'intéressant. Il regarda les nouvelles de la région: un accident de voiture, inondations, meurtre d'un agent...Jonathan revint en arrière dans les articles et lu celui qui relatait le meurtre de l'agent.

-"Mais ça s'est passé dans le village juste à côté!" S'exclama Jonathan. "Juste à côté" n'était pas vraiment l'expression appropriée mais sur un rayon de 30 kilomètres, c'était le seul village existant. Jonathan se redressa et mit en route la vidéo associée à l'article de presse. La vidéo avait été prise par un témoin ayant assisté au meurtre. Les images n'étaient pas de très bonne qualité mais on devinait la silhouette d'une jeune fille habillée en noir tranchant la gorge de la victime puis disparaître dans les airs sous forme d'oiseaux ou de chauve-souris, on ne pouvait pas le savoir tellement ça paraissait irréaliste. C'en suivait après un avis de recherche sur la "mystérieuse criminelle".

C'en était trop. Il en avait assez entendu. Il dû résister à l'envie de lancer son portable le plus loin possible de lui tellement il avait peur.

-"Mavis? Toi? Mais pourquoi? Je refuse de croire ça!" Il se leva mais sa vue était brouillée à cause des larmes. Son cœur battait très vite, son esprit était envahi par les doutes et la peur. Comment être sûr que ce soit bien elle?

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Tandis qu'ils s'enfonçaient dans le grand jardin à l'arrière de l'hôtel, Mavis examinait attentivement son père. Plus ils avançaient, plus il semblait hésiter à continuer. Elle a bien cru qu'à un moment il allait faire demi-tour. Quelque chose lui pesait sur le cœur et il s'apprêtait à le lui dire, c'est ce qu'en déduisit Mavis.

Ils passèrent un portail de fer forgé envahis par le lierre. Quand Dracula l'ouvrit à l'aide de ses pouvoirs, il y eu un bruit de ferraille assourdissant. Ils pénétrèrent enfin dans une petite étendue entourée d'arbres et de sapins. Cette partie du jardin ne devait pas souvent être entretenue par les jardiniers de l'hôtel, Mavis se demanda même s'ils étaient au courant de son existence!

-«Je n'étais jamais venue ici, pourquoi y a-t-il tant d'endroits sinistres? Moi qui croyait connaître par cœur ma maison et ses alentours...» Dit Mavis étonnée. Dracula paraissait embarrassé.

-«Si tu trouves ce lieux sinistre alors que diras-tu quand verras la chapelle?» Lui demanda Dracula.

-«Une chapelle?»

-«Oui, plus ou moins.» Il leva la main et les branches d'un saule pleureur s'écartèrent pour laisser place à la chapelle la plus ancienne et la plus sombre jamais connue.

-«Ah, je comprends pourquoi tu as dit : « plus ou moins.» Qui voudrait entrer là-dedans?» Mavis avait tenté de détendre l'atmosphère grâce à ces paroles mais elle n'avait même pas envie de rire. Le vieux bâtiment de taille moyenne, répandait de la tristesse tout autour de lui.

-«Papa...Pourquoi m'as-tu emmené ici? Je vois bien que tu veux me dire quelque chose mais tu ne pourrais pas me le dire autre part? A l'intérieur, à l'hôtel par exemple.» Supplia Mavis en frissonnant.

-«Non, restons ici. Je suppose que dans le journal, tu as lu ma rencontre avec ta mère?»

-«Oui, je...» Mavis pâlit et recula d'un pas. «Ne me dis pas que maman est...enterrée là!» S'écria-t-elle.

-«Quoi? Non pas du tout!» S'offusqua Dracula. Mavis poussa un long soupir de soulagement.

-«Donc, je voulais te ramener au sujet de mes parents, tes grands-parents. Et non, ils ne sont pas enterrés là-dedans!» La gronda gentiment Dracula. Mavis baissa les yeux avec un petit sourire aux lèvres. C'était déplacé de leur part de trouver ça drôle alors qu'ils parlaient de deux vampires décédés mais ils étaient si contents de se retrouver!

-«Excuse-moi...Je t'écoute maintenant.» Mavis se tu et regarda son père. Lui semblait regarder au loin, plus précisément la chapelle en elle-même. Son regard se perdit dans ce bâtiment sinistre et il se lança dans un récit de son enfance gardé secret jusqu'ici.

-«C'était il y a très longtemps. Très très longtemps...J'étais plus jeune que toi, je n'étais encore qu'un enfant et je ne disais pas encore grand-chose. Mes parents étaient puissants, ils avaient beaucoup d'amis et d'alliés mais malheureusement, beaucoup d'ennemis aussi...Tout semblait si parfait! Pourtant une nuit ils sont arrivés.»

-«Qui?» Demanda Mavis pas certaine de vouloir savoir la
réponse mais Dracula était comme noyé dans son passé et ignora sa question. Il continua:

-«Nous avons entendu un bruit assourdissant provenant de l'entrée du château: ils avaient enfoncé la porte. Mes parents se sont regardés avec inquiétude, mon père a déposé un baiser sur les lèvres de ma mère, il m'a serré dans ses bras et est partit vers l'entrée pour les retenir. Ma mère m'a pris dans ses bras et nous sommes partit tous deux, dehors. Ici. Je m'en souviens comme si c'était hier. Elle m'a déposé à l'entrée de la chapelle et m'a dit de rester là quoi qu'il arrive. J'étais petit et innocent, je pouvais donc entrer. Je ne comprenais pas pourquoi ma mère ne savait pas me suivre ni pourquoi elle pleurait. J'ai donc pleuré aussi.» Il s'arrêta et reprit son souffle. Chaque mot qu'il prononçait semblait le faire souffrir. Mavis ne posa aucune question cette fois si: c'était la première fois que son père confiait quelque chose de personnel à quelqu'un d'autre. C'était un moment précieux qu'elle ne voulait pas gâcher.

-«Elle...Elle est partie rejoindre mon père. On aurait dit qu'ils s'y étaient préparés, qu'ils avaient déjà tout prévu en cas d'attaque. Ils se sont battus, se sont défendus du mieux qu'ils pouvaient! Le château a été anéantit en une nuit et moi j'étais à l'abri dans cette chapelle car tous ces criminels qui ont assassinés mes parents ne pouvaient pas entrer! Je n'oublierai jamais la terreur qui me saisissait à chaque fois que j'ouvrais les yeux pour voir si mes parents allaient revenir. Mais tout ce que je voyais était ma maison brûlée et détruite. Ce n'est que bien plus tard que j'ai compris que c'était moi qu'on avait cherché à tuer.»

Il pleurait! Dracula pleurait! C'était la première fois que Mavis le voyait ainsi. Oui, c'était bien une larme qui coulait sur sa joue!

-«J'ai promis de me venger. C'est ce que j'ai fait. Tante Rosy ne m'en a pas empêché.» Dracula regarda Mavis, celle-ci l'interrogea du regard.

-«Qu'est-ce que tu as fait?»

-«Tu n'as pas besoin d'en connaître les détails. Depuis ce jour, où j'ai vengé la mort de mes parents, je n'ai plus su entré dans une église ou une chapelle, même pas celle-là.»

-«Tu veux dire, que quand un vampire commet un meurtre, il est comme bannit de la religion?»

-«On peut dire ça comme ça.»

Mavis eut les larmes aux yeux et le serra soudain dans ses bras le plus fort qu'elle pouvait.

-«Est-ce que ça signifie que tu as construit l'hôtel à l'endroit où se trouvait ta maison d'enfance?» Demanda Mavis entre deux sanglots.

-«Oui...» Il sécha ses larmes en vitesse et mit délicatement sa main sur l'épaule de sa fille. Une fine pluie commença alors à tomber. Le soleil commençait à se coucher et les clients de l'hôtel allaient commencer à aller et venir partout dans l'hôtel.

-«Viens, rentrons, nous serons mieux à l'intérieur.» Dracula lui sourit et ils repartirent en direction de l'hôtel où ils souriront à tout le monde comme si rien ne s'était passé.

Mavis se sentait fatiguée comme si on lui avait retiré toute son énergie. Elle envisagea de dormir quelques heures car une fois la nuit bien avancée, elle avait la ferme intention de revenir près de la chapelle et vérifier si oui ou non, elle faisait encore partie du monde des innocents.

Elle avait juste perdu le contrôle, peut-être sera-t-elle pardonnée ?