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Sur l'île des hommes poissons : qu'est-ce qu'un sentiment, Part 2

Aurais-je été dans la norme si j'avais ressenti une quelconque affliction ou sentiment de pitié pour ces gens ? Aurais-je dû faire un geste pour ces enfants ? Non pas que cela me pose un problème mais j'avais vu le regard hostile des autres autour de moi. Mon comportement les avait dérangés. Choqués même. Mais pourquoi ?

C'était ce à quoi je pensais pendant que je remettais la barque à la mer. Je ferais mieux de penser à un plan plutôt qu'à ces futilités. Je n'allais pas me pointer juste comme ça en espérant que les hommes poissons allaient gentiment m'ouvrir leur porte et me laisser les abattre, les uns après les autres. Et puis je ne pouvais pas tous les tuer. Le meurtre de masse ne me gênait pas, entre autre chose, mais je savais que c'était au-delà de mes capacités physiques. Non, je devais faire comme avec toute organisation : la décapiter pour que ses membres ne réagissent plus. Peut-être que la base sera contente que je ramène des prisonniers de mon propre chef pour une fois.

Une fois la barque à flot, je sortis boussole et carte afin de partir vers Kokoyashi comme convenu. Il restait la question de comment entrer et trouver le chef à résoudre. Peut-être devais-je faire un petit tour dans Kokoyashi, chercher un homme poisson isolé et me battre avec, sans Angry, pour estimer leur potentiel ? Cette tactique pourrait faire l'affaire. Cependant, si je me prenais trop de coups, j'allais avoir du mal à faire face au chef après. De toute façon, si j'étais trop épuisé, je n'aurais qu'à faire une sieste dans les environs. Rames en main, je commençais mon court voyage jusqu'à Kokoyashi. Si j'en croyais la carte, je n'avais qu'une quinzaine de minute de voyage, je me demandais combien de temps cela prenait aux hommes poissons.

La première chose que je vis lorsque Kokoyashi se profila à l'horizon fut une sorte d'ananas poilu d'environ une cinquantaine de mètres de hauteur pour dix de largeur. C'était sans conteste la tour la plus laide qu'il m'ait été donné de voir. Certes, je n'avais pas vu grand chose du monde mais je pensais pouvoir certifier que c'était une pièce unique de mauvais goût qui se dressait sous mes yeux. Et incontestablement pas humaine, cela au moins je pouvais l'affirmer avec certitude. En grosses lettres, telle une pancarte indicative, était écrit maladroitement Tansui Kingdom. Voilà qui avait le mérite d'être clair et d'éclaircir ma situation : je me trouvais devant le repère du chef, visiblement appelé Tansui. Tranquillement, je manoeuvrais ma barque et changeais de cap, tout en continuant de longer la côte afin de repérer le village de Kokoyashi. Je voulais voir s'il avait souffert du même traitement que Goa.

Tandis que je ramais à un rythme soutenu, le paysage défilait, long et monotone sous mes yeux. Les côtes escarpés rapetissaient à vue d'oeil pour devenir des plages et j'aurais bientôt fait d'en atteindre une où accoster. Beaucoup d'hommes s'émerveillaient devant la nature. En regardant profondément les embruns maritimes, cherchant même à y voir toute sa profondeur ou encore en contemplant fixement les falaises, rien ne venait en moi. Rien ne s'éveillait. De toute façon, si quelque chose venait à poindre, comment saurais-je ce qu'il représentait, comment mettrais-je un nom dessus ?

Ma quête d'identité me paraissait bien confuse depuis vingt ans mais cela s'aggravait à chaque mission et donc à chaque sortie dans le monde extérieur. Un bruit sourd retentit et mon corps se balança mollement d'avant en arrière. La coque venait de rencontrer du sable, j'étais arrivé sur une plage. Je refis les mêmes gestes qu'à Goa avec précision et mécanisme. Enfin, je me mis en route en direction des fumées que j'apercevais dans le ciel. Elles m'avaient l'air naturel, issues de cheminées et non pas d'un incendie. Le vent souffla, s'engouffra dans mon sweat que je n'avais pas senti s'ouvrir pendant mon court voyage entre Goa et Kokoyashi. La brise froide caressa mon torse nu et fit virevolter mon collier de cuivre et mes pendants en argent cliquetèrent lourdement. J'allais devoir fermer mon sweat de nouveau si je ne voulais pas qu'on remarque encore ma ceinture.

Alors que j'entrais paresseusement dans Kokoyashi, bien à mon rythme, je pouvais constater que cet amas de bâtiment – que d'autres appelleraient charmante bourgade – était plus ou moins intact par rapport au désastre qu'était Goa. Etrange. Les hommes poissons étaient-ils dénués de bon sens ou de logique ? Kokoyashi avait-elle une plus grande importance ? Ou était-ce seulement une question d'apparat vis à vis de Tansui Kingdom ? Les rares habitants, qui étaient dehors, rassemblèrent leur affaire ou leur progéniture – quelle importance, c'était sensiblement la même chose – et me fuirent comme la peste, rentrant pressement dans leur maison. J'avais toujours fait peur ou au moins intrigué mais là, c'était inédit.

C'est alors que je compris qu'on me faisait de l'ombre. Au sens propre comme au figuré. Un mastodonte d'une taille sans doute incomparable se tenait derrière moi, son ombre m'engloutissant de par sa taille démesurée.

Paisiblement, je me retournais et fit face à une créature quelconque. L'homme – à moins que ce ne soit une femme peu gâtée par la nature – était énorme comme je l'avais deviné à son ombre. Il portait un t-shirt couleur écume avec une fleur bleu marine au milieu ainsi qu'un fragment de tatouage visible en partie sous une manche. Sa peau était légèrement grisâtre et ses lèvres étaient telles que j'aurais pu penser qu'elles n'étaient que deux bananes posées l'une sur l'autre. Mais cela encore n'était rien comparé à ses yeux. Globuleux ne suffisait pas. L'idée m'effleura l'esprit qu'il devait être né avec des culs de bouteille dans sa structure osseuse globulaire mais je doutais que ce soit possible scientifiquement parlant. Toutefois, j'étais moi-même un mystère scientifique, alors pourquoi cette personne ne le serait pas ? Venait donner la touche finale à ce tableau originale, une coiffure communément appelée palmier, qui ornait le haut de son crâne.

Les deux bananes qui lui servaient de bouche s'ouvrirent et je pus entendre le son de sa voix.

– T'es pas humain ni du coin, toi, lâcha-t-il platement.

Imperturbable, je continuais de le fixer en l'ignorant royalement. Hormis sa laideur sans pareil, rien ne m'indiquait qu'il était un homme poisson, d'autant plus que des humains laids, cela existaient aussi. Comme je l'avais fait avec les cadavres humains, je m'approchais de lui et l'observai attentivement sous divers angles quand je remarquai enfin un détail qui ne laissait aucune place au doute : des mains palmées.

– J'vais t'emmener au boss, il va te faire casquer le prix d'entrée, renifla-t-il en essayant de m'attraper par la capuche.

Souplement, je me défilais en me baissant, étudiant ses pieds par la même occasion. Il ne portait pas de chaussure, avait-il une peau plus épaisse ? Je pensais que je tenais mon premier objet d'étude tandis que le mastodonte refaisait une tentative pour m'attraper. Naturellement, je changeai mes pieds de position, pied gauche en avant, pied droit en renfort à l'arrière, et attrapa de ma main droite le poignet qui s'approchait de moi. Fronçant l'endroit où il était supposé avoir des sourcils, l'homme-poisson mit plus de force dans son geste. Mes pieds s'enfoncèrent légèrement dans le sol et, si ma position ne bougea pas d'un poil, tout mon corps recula de deux centimètres.

– T'es définitivement pas humain, grogna mon futur sujet d'analyse. Je suis Gyaro et je vais t'amener à Tansui, il sera intéressé par tes capacités.

Alors qu'il s'apprêtait à faire un second mouvement vers moi, je lui tirai le poignet afin de prendre de l'élan puis me servis de son corps massive pour l'escalader et le frapper, les deux jambes tendues, dans une frappe rotative. Lâchant son bras, je me réceptionnai souplement au sol, les genoux pliés, pendant qu'il titubait, à peine sonné. Je n'avais pas mis beaucoup de puissance dans ce coup du fait du manque d'élan mais cela m'indiquait tout de même une résistance développée. Avec une frappe pareille, j'aurais assommé et donné un torticolis à n'importe quel humain.

L'homme-poisson aussi se rendit bien compte que je n'étais pas à prendre à la légère. Après un court moment en garde, il m'attaqua de nouveau. Plus rapide, notais-je. Trop rapide. Il m'avait saisi à la gorge et me portait à bout de bras comme si je n'étais qu'un enfant, ce que somme toute j'étais malgré mes trente années estimées passées sur cette terre. Je sentis tout de suite dans sa prise qu'il n'essayait pas de me tuer mais de me faire perdre connaissance par asphyxie. Avec mes deux mains, je saisis ses poignets et, de façon perfide et à faire le plus de douleur possible, je lui enfonçais mes ongles durs et pas coupés dans la chair tendre entre ses tendons et ses veines, à l'endroit précis où se trouvait des nerfs chez les humains, et la même chose je l'espérais, chez ce mutant.

Pendant que je commençais à voir des tâches sombres danser devant mes yeux, mon futur cobaye grimaçait de douleur. Bien, il avait quelque chose de sensible à cet endroit. J'allais perdre connaissance quand il me relâcha, massant ses poignets meurtris.

– P'tit con, ça fait mal, s'insurgea-t-il.

Je profitais du fait qu'il n'avait pas l'intelligence de profiter de mon étourdissement pour me mettre hors de sa portée. Une force de la nature sa poigne. Enfin, il se décida à tenter une nouvelle attaque mais j'avais largement eu le temps de reprendre mes esprits. Nous courions tous les deux l'un vers l'autre, je ne savais pas encore comment j'allais l'attaquer quand je le vis fléchir ses genoux. Une attaque basse. Tout comme lui, je me mis dans une position basse, les jambes fléchies. Il tenta de faire un balayage mais trop tard, tel un ressort, j'avais détendu mes jambes et mon genou percuta de plein fouet son menton. Puis prenant appui de la pointe des pieds sur son corps, d'une main, je me mis en équilibre sur sa tête pour ne chuter que plus durement avec mes talons sur sa nuque.

En deux bonds, je me mis hors de sa portée et attendis. J'avais porté tous les coups mettant KO un homme, bien qu'un seul homme n'aurait pas pu les supporter en un seul combat, plexus solaire, menton et nuque sont les points les plus importants dans un combat au corps à corps. Alors qu'il faisait mine de se relever, je m'assurai qu'il reste à terre en lui donnant un dernier coup de latte dans la tête. Cette fois-ci, il ne bougea plus.

Il était clair que je n'avais pas eu à faire à l'élite des hommes poissons. Celui-ci était pataud, pas très intelligent et pourtant, j'allais porté quelques temps la marque violacée de sa prise sur mon cou. Remarquant un petit bosquet à l'écart, je le saisis par son t-shirt et le tira tant bien que mal – plus de mal – vers l'abri couvert qui masquerait légèrement ses cris de souffrance lorsque je lui poserai quelques questions personnelles.

Une fois posé près d'un arbre, je lui attachai rudimentairement les mains et le torse au tronc le plus épais que j'avais pu trouver. Puis je lui assenai une mandale pour le réveiller. Ce qui fut fulgurant. Remarquant sa position fâcheuse, il me demanda :

– Et maintenant ?

– Maintenant, tes cris de douleur vont me chanter toute la vérité sur tes origines.