Les choses sérieuses commencent pour Shizukanaru. Encore merci de prendre la peine de me lire et n'oubliez pas de passer sur Shinsekai Dream :)
Sur l'île des hommes-poissons: Qu'est-ce qu'un sentiment ? Part 5
J'avais atrocement mal à la tête et dans le buste. Seuls mes jambes et mes bras semblaient opérationnels. Ma vision se troublait et un son strident retentissait dans mes oreilles tandis que ma tête tournait. De l'air frais … je devais sortir m'aérer un peu pour reprendre mes esprits. De plus, cela sera plus pratique pour combattre des opposants en grand nombre. Je dus m'y reprendre à deux fois pour saisir la bonne poignet de porte et non son double chimérique que me donnait ma tête sonnée. Alors que j'ouvrais la porte, une poigne ferme se referma sur mon épaule. Prestement, je pivotais et essayais d'asséner une frappe du pied droit. Je fus arrêté avec facilité par un homme poisson immense, violet avec au sommet de sa tête un organe lumineux qui pendait à l'extrémité d'un filament. Dans sa main droite, il tenait un arakh qu'il s'apprêtait à abattre sur ma nuque. Précipitamment, je mettais mon poing, protégé par ma fusion avec Angry, sur le chemin de la lame courbe. J'en ressentis le choc et la vibration se répercuta dans mon corps, implosant dans mon crâne douloureux. Fichtre, j'étais dans un sale état vraiment.
Ce constat redoubla ma colère. Ma propre impuissance m'énervait, ma faiblesse risquait de blesser Angry ce qui me faisait enrager encore plus. Profitant de la surprise de mon assaillant, je fis descendre, toutes griffes dehors, ma main en diagonale sur son torse. En combattant aguerri, l'homme poisson recula d'un bond, se mit en garde près à encaisser une nouvelle attaque. Ce que je ne fis pas, je me précipitais dehors en remarquant que déjà deux autres acolytes de mon adversaire avaient surgi des escaliers et le martèlement des bottes m'indiquaient que de nombreux autres suivaient. Je devais vite éliminer les premiers arrivés pour ne pas me retrouver submerger par le nombre.
L'air frais me fouetta le visage, c'est du moins l'impression que j'eus, mais m'éclaircis un peu les idées. Toutefois pas le temps de me remettre vraiment les idées en place, l'homme poisson abyssal était déjà sur mes traces, prêt à me séparer la tête des épaules. Une fois de plus, je mis mon bras droit en avant pour intercepter le coup. Cependant, l'adversaire anticipa mon mouvement et sa lame traça un sillon de sang sur ma joue. Foutredieu.
Les trois zigotos qui descendaient les escaliers étaient eux aussi dehors maintenant. J'avais déjà du mal face à un seul mais j'étais à présent à quatre contre un et ce chiffre allait en grossissant, d'autres têtes aquatiques s'apprêtant à nous rejoindre. Je devais faire vite. Mais cela était plus facile à dire qu'à faire. Mes côtes me faisaient mal à chaque respiration. Mon adversaire précédent avait dû m'en fêler quelques unes. Mes quatre opposants actuels se positionnèrent en cercle autour de moi. Personne ne bougeait. Je les observais calmement me demandant lequel j'allais attaquer le premier et qui sera le suivant avec qui j'enchainerai. Je ne devais pas me fixer sur une cible en particulier, sinon je risquais de ne pas voir venir une attaque.
Un boitillement. J'avais trouvé ma victime, à ma droite, puis j'enchainerai à gauche pour pas répéter le même schéma et ensuite volte face. Immédiatement, je mis à exécution mon plan. Je fondis sur l'homme poisson boiteux et donnais un coup de pied fouetté dans son genou, il s'affaissa légèrement et je frappais aléatoirement son visage, lacérant la chair sans m'en soucier, mon corps déjà positionner et prêt pour attaquer la personne suivante. Je courus et sautais le plus haut que je pus, les griffes en pointe afin de transpercer immédiatement la tête de mon adversaire. Je ne fus pas assez rapide et mon adversaire m'envoya bouler d'un revers de bras. Je glissais sur plusieurs mètres dans l'herbe humide et constatais qu'ils étaient maintenant dix. J'en avais tué seulement un, le boiteux. La moitié de sa tête était toujours sur son corps, l'autre pendait misérablement à sa mâchoire, retenue seulement par des tendons et la chair que je n'avais pas touchée. L'un de ses camarades le ramenait dans l'ananas pour essayer de le sauver. Futilité, il n'était qu'un amas d'os et viande maintenant.
Deux hommes poissons jaillirent sur moi l'un par ma droite, l'autre par la gauche. Le premier tenta une attaque haute pendant que l'autre en faisait une basse. Excellente tactique. Je ne savais pas comment riposter alors je reculais tout simplement mais pas trop, je n'oubliais pas que j'avais deux hommes poissons derrière moi. Cela ne suffit pas et je me pris le coup à l'arcade sourcilière. Celle-ci éclata sous la violence du choc et du sang commença à couler. Je le sentais.
Ils étaient à présent tous face à moi. Une vingtaine à vue de nez. Ils estimaient que j'étais en infériorité, plus besoin de me cerner. Le souffle haletant, je ne savais pas quelle stratégie adopter. Foncer dans le tas m'assurerait des dégâts à profusion chez les ennemis. Il me suffirait de balancer mon bras droit balayant toutes les personnes que je pourrais. Mais j'allais en prendre pour mon grade aussi. Tant pis. Ma mission était de rayer de la carte ces mécréants, il était hors de question que j'échoue.
Je fonçais dans le tas, prêt à donner de ma personne, quand l'homme poisson violet à l'arakh fit signer à une moitié de ses rangs d'aller à ma rencontre. Mauvaise tactique. Aussitôt j'allais vers eux. Un premier tenta de me saisir mais je me baissai esquivant sa main pour étriper son compagnon directement à ma droite. Je n'essayais pas d'être rapide. Au contraire, sous leurs yeux médusés d'horreur, j'entrai profondément ma main dans l'abdomen de ma victime, vrillai plusieurs fois mon poignet et refermai mes griffes sus ses intestins pour les ressortir. Puis je les jetai à la face d'un de ses congénères.
Ce fut la provocation de trop. Ils hurlèrent comme un homme et le petit groupe courut en une mêlée pour me saisir et me tuer de la même manière que j'avais tué leur frère d'arme. Mécaniquement, j'évitais les coups et en redonnais sans savoir s'ils étaient mortels ou non. J'en pris aussi pas mal mais des écorchures, des ecchymoses, rien de sérieux. Jusqu'à ce que l'un d'entre eux réussisse à se faufiler derrière moi. Il m'attrapa à bras le corps et serra mon torse dans l'étau de fer qu'étaient ses bras. Si mes côtes étaient fêlées, je les sentis cette fois-ci craquer et céder très nettement. La douleur déferla en moi, elle surpassait tout même ma colère pourtant alimentée aussi par Angry. Celui-ci en retourna d'ailleurs aussitôt à sa forme de bracelet.
J'entendais un bruit déchirant, tragique, rempli d'atrocité. Ma gorge me faisait mal. Et je compris que c'était moi-même que j'entendais en train d'hurler ma douleur au ciel. Je devais … réagir.
… douleur … douleur … Il n'y avait que ça dans ma tête … incapable de penser à autre chose … riposter … frapper … me dégager … pour fuir … battre en retraite …
Dans un effort surhumain, j'élançais mes deux coudes en arrière, ce qui eut pour effet d'éclater les oreilles de mon assaillant mais aussi de me faire crier de douleur de plus belle. Il me laissa tomber et je me réceptionnai maladroitement avant de tomber à moitié. Vite … partir …
Sans un regard en arrière, sourd à leur cris, menaces et aux bruits significatifs de leur poursuite, je courais avec difficulté vers la porte fermée par une barre de bois. Soudain, je fus de nouveau propulsé, m'écrasant contre la porte de bois qui éclata sous la force de l'impact. Je vis brièvement que c'était leur karaté étrange qui avait créé ce souffle surpuissant. Pas le temps d'analyser.
Péniblement, je repris ma fuite.
Douleur … encore … toujours … elle est une flamme ardente dans … mon torse. Je devais rejoindre ma barque. Fuir. Ramer vers Duty Island. Une demi heure de trajet à ramer. Je n'y arriverai jamais avec mes côtes dans cet état.
La vue me faisait défaut, elle était vacillante et trouble. Rouge aussi. Le sang de mon arcade sourcilière se répandait sur mon œil. Machinalement, je tentais de l'enlever mais juste de lever mon bras me fis atrocement mal. Derrière moi, j'entendais toujours mes poursuivants hurler ma mort. Vite. Vite.
Instinctivement, je courais en direction de ma barque. Pourtant, je ne devais pas. Une fois dedans, je ne serais à l'abri de rien. Ils pourraient me suivre par la voie des mers et je serais dès lors perdu. Non. Je devais me cacher quelque part sur l'île. Pas loin de la barque pour partir au plus vite.
Lorsque je l'aperçus je me souvins que je l'avais amarré à une courte distance de Kokoyashi et donc du bosquet où j'avais torturé le premier homme poisson. Je ne devais pas aller par là, je n'aggraverai que la situation. Je pris donc le chemin inverse, préférant prendre le versant opposé et d'aller plus tôt vers les côtes.
Les miennes me faisaient souffrir le martyr et je me répétais en boucle qu'il ne fallait pas que je m'évanouisse. Visiblement, tout comme les humains, je possédais de l'adrénaline, cette substance qui me donnait la force de courir pour ma vie à l'heure actuelle.
Dans le sable humide de la plage, il me fut plus difficile de courir. Derrière moi, les voix se faisaient moins fortes. Ils avaient dû se séparer pour aller vers le village, le bosquet et la plage. Soudain, je repérai une petite cavité à peine plus large que moi. En m'approchant, je constatais qu'elle n'était pas plus profonde. Elle pouvait contenir un enfant, peut-être un adulte mais il ne pourrait plus bouger du tout à la différence d'un enfant qui aurait une marge de manœuvre. Si je parvenais à entrer là dedans, les hommes poissons ne me trouveraient pas et ne parviendraient pas à m'atteindre.
Par un exercice de contorsionniste qui m'amena au bord de l'évanouissement, je réussis à entrer dans la cavité. Assis, la tête contre la paroi rocheuse, je gémis faiblement lorsque mon dos toucha la surface dure. Ce pic de douleur fourbe eut raison de moi et je m'évanouis.
– Combats la douleur, combats ta peur. Deviens dur et froid comme un roc. Sois un vrai combattant. Sinon tu tomberas et tu mourras.
– Mes doigts vont lâcher, je vais tomber de la falaise.
– Ne laisse pas parler l'angoisse.
Comme sortant d'apnée, je m'éveillais, tétanisé et haletant. Je n'étais pas au bord d'une falaise, le corps dans le vide, seulement rattaché à la vie par la maigre prise de mes doigts d'enfant, mais dans une petite cavité avec des doigts d'adolescent. Qu'était-ce donc ce court dialogue que j'avais entendu ? Quelle était cette voix à laquelle je m'étais entendu répondre ? Pire, quelle était donc cette sensation qui m'étreignait la poitrine ? Qu'était-ce cette chose qui m'oppressait, me faisait haleter, crispait mon corps et semblait me défaire de ma maîtrise de moi-même ?
Etait-ce ce qu'on appelait un sentiment ? Lequel était-ce donc ? C'était si désagréable. Je me remémorais cet instant irréel et m'entendis murmurer :
– L'angoisse.
Doucement et précautionneusement, je me levai tout en me forçant à oublier cet étrange rêve qui m'avait plongé dans un abysse inconnu. Je devais fuir pour survivre. Au rappel de cet objectif, je me sentis redevenir moi-même mais aussi la douleur qui se rappela à son bon souvenir.
Il faisait nuit noire dehors. J'avais perdu connaissance pendant plus d'une journée, le ciel était encore plus noire que lors de ma fuite, c'était donc une nouvelle nuit. Parfait.
Je clopinais vers ma barque qui me sembla tout d'un coup très lointaine et lorsque je l'atteignis, elle me parut peser mille tonnes et il me sembla que jamais je n'arriverai à la remettre à l'eau. Ce que je fis pourtant.
Monter dedans ne fut pas très douloureux mais lorsque je fis un tour de rame, j'en vis des étoiles devant moi. Mais pas le choix, je devais serrer les dents et avancer d'au moins un kilomètre, histoire d'être à mi-distance de Duty Island. Jamais un kilomètre ne me parut aussi long. Je mis une demi heure, alternant coups de rame et pauses pour éviter de solliciter mes côtes. Toutefois, impossible de dormir en mer. C'était trop risqué, je pouvais me perdre ou subir les aléas du temps, et puis de toute façon, il m'était impossible de m'allonger sans avoir l'impression d'être littéralement broyé.
Au bout d'une heure de torture absolue, je m'échouais sur le quai de Duty Island. Plus que quelques mètres … et j'arriverai à la base.
Ce fut un effort de trop pour mon corps meurtri et trop sollicité, et de nouveau, je sombrais dans l'inconscience.
