Chapitre 6: Vaut mieux pleurer en entraînement et rire en compétition que rire en entraînement et pleurer en compétition
Une fois rentrée au bercail et descendue de cheval, je fus éconduite par une horde de pacificateurs, et emmenée dans ma chambre, où ils m'enfermèrent sans mot dire.
Au moins ils ne m'avaient pas tuée, ce qui constituait déjà un progrès considérable. Mais il m'était manifestement défendu de sortir, sauf contre-ordre. Dès l'instant où les sponsors m'avaient aperçue et où je leur avait été présentée, je ne craignais plus rien jusqu'au début des jeux. Ma disparition aurait fait de moi une martyr, et en ces périodes de troubles, le Capitol n'avait certainement pas besoin de cela.
Ils me tueraient pendant les jeux. « Légalement ». Comme 23 autres tributs. Un seul vainqueur parmi 25 enfants.
Après m'être changée, enfilant un pantalon noir en matière souple et douce, ainsi qu'un top couleur de nuit, je m'assoupis en songeant à ce qui m'attendrait dans l'arène.
Le lendemain, lorsque je me levais, j'entraperçus quelque chose sur la table du salon. Il s'agissait d'un repas complet, accompagné d'une carte sur laquelle était écrit:
« Entraînement à 10h30. Tenue adéquate exigée. Sur la chaise rouge. Bon appétit. »
J'avisais une horloge sur le mur d'en face. Il était 9h56. Je m'empressais d'avaler un petit déjeuner consistant, mais pas assez pour me rendre malade, puis je filais m'habiller avec les vêtements qui étaient posés sur la chaise rouge. Il s'agissait d'une combinaison marron grise et noire, avec le chiffre 13 brodé sur l'épaule gauche. Je regardais à nouveau l'horloge. 10H17. Je devais descendre, et en vitesse. Aussi, je me fis une queue de cheval haute à la va-vite et me dirigeais vers la porte. J'actionnais la poignée. Manifestement, ils avaient dû rouvrir ma porte pendant la nuit. Ainsi, je débouchais dans le couloir et empruntais l'ascenseur, bientôt rejointe par les tributs du 12, du 9 et du 5.
Au moment où nous arrivâmes dans la salle d'entraînement, les tributs de carrière étaient déjà présents. Notre groupe se regroupa alors autour d'une monitrice, prénommée Atala, qui nous expliqua l'utilité de l'entraînement intensif que nous allions subir. Une fois ce petit discours terminé, chacun se dirigea vers son activité de prédilection. Pour ma part, je décidais d'aller étudier les plantes comestibles et toxiques. Je connaissait la plupart d'entre elles, mais j'avais préféré approfondir mes connaissances en la matière. J'aurais assez de problèmes avec les autres tributs pour me laisser avoir par de stupides brins d'herbes venimeux.
Ensuite, je passait à une épreuve obligatoire: le parcours d'agilité. Je m'en sortit sans problèmes, passant d'échelles en échelles, grimpant de filets en filets, sous l'œil attentif de la monitrice et les regards meurtriers de la plupart des carrières, trop lourds pour parvenir à évoluer aisément dans les airs.
Après cette activité, je décidais de me reposer à l'écart des autres, assise sur le sol de la salle d'entraînement.
Je ne restais pas seule bien longtemps:au bout d'une dizaine de minutes, les carrières me rejoignirent.
-Alors, District, 13, déjà fatiguée, railla Marvel, le garçon du 1.
Je ne daignais même pas leur accorder un regard, me détournant pour observer les autres s'entraîner. Mais c'était sans compter sur Cato, qui glissa un doigt sous mon menton et me força à tourner la tête vers lui.
-Regarde nous quand on te parle.
Une fois que j'eus réussis à me détacher de ses yeux d'azur, j'éloignais sa main d'une tape avant d'amorcer un mouvement pour me relever. Mais la blonde du 1 me tira par les cheveux pour me forcer à me rasseoir tandis que sa comparse du 2 me cloua les épaules au sol, utilisant tout son poids.
J'étais à leur merci et j'étais littéralement morte de peur, mais je n'en laissais rien paraître, ce qui parut les agacer prodigieusement. En effet, voyant que je ne bronchais pas, les filles avaient commencé à m'aboyer dessus, puis à m'administrer de puissantes gifles. Un entraîneur dût intervenir pour les séparer de moi, et elles furent réprimandées, de même que leurs acolytes qui n'étaient pas intervenus pour les empêcher de me faire du mal. Quant à moi, je fus complimentée pour ne pas avoir répondu à leur provocations. Et, tandis que je m'en retournais vers les différents ateliers, je leur adressait un sourire éclatant de gloire. J'avais réussi à leur faire perdre leur sang froid, ce qui serait pour eux un grand handicap dans l'arène.
Enfin, je terminais ma journée par un entraînement au corps à corps, durant lequel je devais me battre contre un assistant plus grand que moi, en suivant les conseils d'un moniteur au moins aussi imposant. Sur 4 combats, il me fit mordre la poussière trois fois, ce qui eût pour effet de faire sourire les tributs du 1, et du 2, évidemment. C'est ce qui me donna la force de réussir mon dernier combat. Mon adversaire pensait me mettre à terre en utilisant son poids mais au dernier moment, je me dégageais de son emprise et il tomba lourdement à terre, où je le maintins, bloquant ses mains derrière son dos pour être sûre qu'il ne contre-attaquerait pas. Je jetais un coup d'œil à mon moniteur, qui acquiesça d'un mouvement de tête, m'accordant la victoire.
Lorsque je remontais dans ma chambre, encore une fois escortée de pacificateurs, je leurs claquait la porte au nez, avant de m'écrouler sur mon lit, exténuée. Avant de m'endormir, une pensée me vint à l'esprit, et me hanta toute la nuit: Il s'était moqué de moi, et n'avait rien fait pour me protéger.
Pendant les 3 jours qui suivirent, l'entraînement se poursuit, la tension grimpant au fur et à mesure que l'ouverture des jeux approchait. Au second jour, les alliances se formaient, les tributs les plus puissant s'alliant contre les plus faibles sous le regard amusé des juges. Cato accusa un garçon du 4 de lui avoir volé son couteau. Il manqua même de le frapper, et les moniteurs durent intervenir, alors que l'arme avait été subtilisée par Rue, la jeune du district 11, haute comme 3 pommes mais plus agile que nous tous réunis.
Le troisième jour, les plus faibles tentèrent de former des groupes, sans grand résultat. Aucun n'osa m'approcher. De toute manière, même à 15, ils seraient impuissants contre 9 carrières surentraînés. Alors une de plus ou une de moins... Enfin, le dernier jour, chacun peaufinait sa présentation, s'entraînant moins que les autres jours pour ne pas attirer l'attention sur leurs talents.
Avant les évaluations, je remontais dans ma chambre et mis au point ma présentations pour les juges. Puis je m'assis à la table après avoir déniché une feuille et du papier, et écrivit un message, que je rangeais dans l'une de mes poches, avant de redescendre vers la salle de préparation. Lorsque j'arrivais, le premier tribut du district un sortait tout juste de son entretient avec les juges. Puis ce fut le tour de son acolyte, Glimmer. Puis vient le tour de Clove, la fille du 2, puis de Cato. Lorsqu'il passa devant moi pour retourner dans sa chambre, je me levais, le bousculant « par inadvertance ». Et tandis que je m'excusais froidement, j'en profitais pour lui glisser le message que j'avais rédigé à son intention. Il le glissa dans sa poche discrètement, maugréant contre ma prétendue maladresse.
Ce fut ainsi un défilé de tribut, jusqu'à ce que Peeta, le garçon du 12 ne pénètre dans la salle, me laissant seule devant la grille qui m'en barrait l'entrée. Puis on appela mon nom, et je le vit sortir de la pièce. J'y pénétrais à mon tour et me plaçais devant les juges, annonçant:
-Ange. District 13.
Le juge principal hocha la tête, me donnant ainsi la permission de commencer la présentation de mes talents. Je commençais par le lancer de couteaux. J'en jetais un vers une cible de tir à l'arc, t'atteignant en plein cœur. Puis je m'approchais de la cible. Pensant que j'allais certainement retirer mon couteau, les juges commencèrent à discuter entre eux. Je les rappelaient à l'ordre en claquant fortement le talon de ma botte contre le sol en métal, ce qui produisit un bruit tonitruant, qui résonna à travers la salle. Puis, sans même regarder le mannequin qui servait de cible, lui préférant les juges, je lui plantais un couteau dans la gorge. Purement et simplement. Je me moquais bien de leur note, de toute façon personne au capitole n'oserait sponsoriser une tribut du 13.
Pour terminer en beauté, je m'emparais de 3 lames, que je projetais dans chacune des lampes qui surplombaient les juges, les arrosant d'une gerbe d'étincelles. Puis je sortis, la tête haute.
Le jour même, les notes étaient annoncées. On m'attribua un score de 0. Je ne m'en étonnais même pas.
