Chapitre 7: Lorsque quelqu'un en veut vraiment à votre vie, c'est mieux de savoir pourquoi.

Le soir, les interviews avaient lieux. Cinq heures avant qu'elles ne débutent, une femme habillée de couleurs flamboyantes débarqua dans ma chambre, l'air renfrogné. Moi, la tête dans mon placard, cherchant une robe pour mon entrevue, je ne l'avais pas entendue entrer. Elle se manifesta en se raclant bruyamment la gorge. Je sursautais, puis me trouvais vers elle.

-Bonjour. Désolée, je ne vous avais pas vue entrer. Qui êtes vous?

-Je m'appelle Livya. Et je suis ta styliste pour ce soir.

-Vraiment?!

Je devais avoir des étoiles dans les yeux, car son visage se décrispa enfin.

-Oui. Allez, viens par là, on va essayer de voir laquelle de ces tenues te correspond le mieux.

Elle s'assit sur un canapé, où je la rejoignis. Elle me posa toutes sortes de questions: ma couleur préféré -le blanc et le rouge-, mes traits de caractères dominants -l'impulsivité, l'acharnement...-.. Ce genre de chose. Puis elle appela ses assistants, qui s'occupèrent de mon corps, m'épilant, me passant des crèmes et des lotions à n'en plus finir...

Une fois cette torture achevée, ils m'enveloppèrent dans un peignoir transparent, puis me ramenèrent devant Livya qui m'inspecta de la tête aux pieds avant de me faire asseoir sur une chaise, pour me coiffer et me maquiller. En une heure, elle avait arrangé mes cheveux en un chignon d'or, parsemé de paillettes noires, et m'avait fait un regard charbonneux qui faisait rayonner mes yeux verts. Puis elle me dit de me relever, afin que nous puissions nous occuper de ma tenue. Nous retournâmes dans ma chambre, où trois robes étaient étendues sur mon lit.

L'une, noire comme la nuit, semblait représenter une éclipse sur la hanche gauche. D'abord très ajustée au niveau de la poitrine, elle s'évasait à partir de la taille.

Une autre était de la couleur d'un coucher de soleil, comportant une traîne ébène. Mais quelques tracés noirs donnaient l'impression qu'une explosion venait de se produire, et que de la cendre projetée avait salit la robe.

Mais celle qui retint mon attention était blanche, comme faites de plumes de cygne, et parsemée de pierres brillantes et noires d'un côté.

Je m'en emparais et la montrais à Livya, qui sourit.

-Je me doutais que tu la choisirais. La pureté du blanc, troublée par les ténèbres de l'onyx. Le cygne blanc et le cygne noir. Comme toi. Par contre, je dois l'arranger un peu. Je trouve qu'une robe asymétrique te sierra mieux.

Je lui donnais la robe de bon cœur et la vis sortir un objet métallique, qu'elle ouvrit juste sous l'avant de la robe. Une flamme en jaillit, dévorant le bas des plumes, jusqu'à ce qu'elle renverse le contenu d'une petite bouteille sur le feu, qui s'éteignit.

-Voilà. Essaye la, maintenant. Normalement, elle devrait être à ta taille.

Une dizaine de minutes plus tard, elle lissait une dernière fois les plumes blanches pour me montrer enfin le résultat.

Le blanc de la robe contrastait merveilleusement avec le noir autour de mes yeux et le doré de mon chignon, duquel quelques mèches folles dépassaient. Je me faisait l'effet d'un ange déchu. Il ne manquait plus qu'une chose pour parfaire cette impression.

-Vous auriez un moyen de donner l'impression que j'ai pleuré?

-Oui, bien sûr. Pourquoi ça?

-Parce que je ressemble à un ange déchu comme ça, et je trouve que ça ferait plus vrai si on avait l'impression que j'ai pleuré. Enfin, c'est juste une idée comme ça...

Alors elle me sourit.

Quatre heures pour tard, je sortis de ma chambre, en équilibre plus ou moins instable sur des talons de 8 centimètres, et fut conduite jusqu'à l'endroit où avaient lieu les interviews. Dès mon entrée dans la « salle d'attente », tous les regards fondirent sur moi, comme autant de charognards. Ils étaient chacun ravissants dans leur tenue, mais je devais être la plus impressionnante, impériale dans ma tenue noire et blanche, dont la traîne s'étendait sur un bon mètre derrière moi. Nous avions abandonné l'idée de faire couler le maquillage car, après plusieurs essais, le rendu s'était avéré décevant.

Dans la salle trônait un écran, nous permettant d'observer les autres tandis qu'ils passaient à la télévision.

D'abord il y eu Glimmer, une jeune fille blonde qui joua la petite poupée écervelée, bien que l'on pouvait se douter qu'elle n'était pas si idiote, puis Marvel, une espèce de gorille d'1m90 qui ne cessa pas de sortir des blagues débiles et de répéter qu'il n'avait peur de personne.

Ensuite le District 2. Clove passa en première. Je ne prêtais pas vraiment attention à son interview. Seul Cato m'intéressait. Il annonça au présentateur, Caesar, qu'il se sentait prêt à y aller, et qu'il s'estimait assez vicieux pour gagner, ce qui ne me rassura en rien. Après tout, j'avais tout de même une dette de vie envers lui.

Puis les autres districts s'enchaînèrent, jusqu'à ce que ce soit mon tour d'entrer sur le plateau.

-Et maintenant, mesdames et messieurs, voici l'exclusivité de cette année. Un tribut du district 13, dont le nom m'est toujours inconnu.

Le public rit sous cape.

-Mesdames et messieurs, je vous demanderais de l'applaudir bien fort!

À ce moment là, j'entrais, saluée par un tonnerre d'applaudissements. Je souris à Caesar, et saluait la foule comme Livya me l'avait conseillé, avant de m'asseoir sur ce qui devait être le fauteuil le plus confortable au monde.

-Bonjour Caesar, enchantée de vous rencontrer. Oh, et au fait, je m'appelle Ange.

-Ravis de te connaître Ange. Alors, tu as fait forte impression à la parade. Personne ne s'attendait à te voir débarquer.

-Je dois vous confier quelque chose, Ceasar... Même moi je ne m'y attendais pas.

Le public s'esclaffa, tandis que je faisait mon plus beau sourire à l'objectif et à Livya, assise avec les autres stylistes.

-Et je pense que chacun se pose la question que je vais te poser maintenant. Comment as tu fait pour survivre jusqu'ici?

-Eh bien ça n'a pas été sans heurs, mon cher Caesar. J'ai appris à chasser très tôt, vers mes 6 ou 7 ans. Au début, je construisait des pièges et ma mère ou ma sœur s'occupaient de la mise à mort. Mais à partir de mes 10 ans, après que ma mère ne soit partie, ma sœur et moi chassions chacune de notre côté. Mais parfois, la chasse ne suffisait pas... Et, malgré que je n'en sois pas fière, j'ai dû parfois voler de quoi survivre.

Murmure de désapprobation dans le public.

-Vraiment? Et que volais tu?

-De la nourriture. Un morceau de viande par-ci, un fruit par là... Et des vêtements. La plupart du temps, il s'agissait de nippes usées jusqu'à la toile, que les personnes prévoyaient de jeter.

-Donc, si je résume bien, tu es une chasseresse, et en plus tu es assez habile et rapide pour subtiliser des aliments et des vêtements? Tu as d'autres atouts que tu souhaiterais nous révéler?

Je commençait à l'apprécier, ce Caesar Flickerman. Je venais de lâcher que j'étais une voleuse et il s'en servait pour mettre mes atouts en avant... Un très bon point.

-Eh bien, sachez que je suis pleine de surprises. J'ai réussis à survivre pendant 17 ans, alors je pense avoir toutes les qualités requises pour atteindre la victoire. Vous ne m'enterrerez pas tout de suite

-Et comment explique tu ton 0 à l'entraînement?

-Eh bien, je vous dirais seulement qu'il faut toujours garder le meilleur pour la fin.

-Une dernière question, Ange. Si tu gagnais, que ferais tu?

-C'est une très bonne question...

Le buzzer de fin retentit, Caesar se leva, et me fit un baisemain comme il en avait fait à toutes les autres filles.

-Bon, tant pis. Et bonne chance, Ange du district 13!

Je rentrais dans ma chambre le sourire aux lèvres. J'étais vraiment magnifique maquillée comme cela et j'avais l'impression que les interviews avaient été un rêve. Mais ce n'étais pas le plus important.

Le plus important était que, le soir même, j'avais rendez-vous avec les étoiles.

« Le dernier soir, sur le toit du monde, lorsque le soleil se meurt dans un ciel de sang », avais-je écrit sur mon message, la veille.

Ainsi, au coucher du soleil, je me rendis sur le toit de l'immeuble, habillée d'une petite robe rouge-orangée, et m'assis sur le sol en l'attendant. Il arriva un quart d'heure plus tard, signalant sa présence en me lançant le morceau de papier, qui atterrit sur mon omoplate. Je me retournais et le vit, plus beau que jamais, habillé d'un simple pantalon noir et d'une chemise blanche dont les premiers boutons étaient ouverts. Il s'assit face à moi, et me désigna le message, roulé en boule dans mon dos.

-Qu'est ce que ça signifie?

-J'avais envie de te voir, articulais-je.

-Pour me dire quoi? Demain, nous allons être emmenés dans l'arène. À partir de ce moment là, nous serons ennemis jusqu'à ce que l'un de nous meure. Tu le sais, non?

-Oui, je le sais. Cependant, je voulais... Je ne sais pas, j'ai fait ça sans réfléchir. Je pense que je voulais te voir avant de mourir. Qu'on puisse parler et rire comme au début. J'ai besoin de me changer les idées. De penser à autre chose qu'à ma mort imminente, tu comprends?

-Et c'est pour ça que tu m'as dérangé, me demanda-t-il, furibond, juste pour me voir?! Et pour rire, qui plus est?! Je suis en pleine préparation pour un combat à mort et tu me dérange pour que je vienne te changer les idées? Mais tu rêves, ma pauvre fille!

-Eh bien si ça te dérangeait tant de venir, tu n'avais qu'à rester dans ta chambre!hurlais-je, ravalant mes larmes.

-Je pensais que tu avais quelque chose d'important à me dire. Mais apparemment, ce n'est pas le cas. Je vais donc suivre ton conseil et retourner dans ma chambre pour mettre au point la mort la plus douloureuse possible, celle que tu mérites District 13!

Je fondis en larmes à l'entente de ces mots: il me détestait donc tant que ça? Puis, entendant ses pas s'éloigner, je me relevais à la hâte et courus jusqu'à lui pour l'enlacer, et enfouir mon visage contre son dos. Je ne voulais absolument pas qu'il s'en aille. Ni que nous nous quittions en mauvais termes. J'avais désespérément besoin de son soutien.

-Excuse moi de t'avoir dérangé... Et de m'être emportée. Ne t'en va pas, je t'en prie. Pardon pardon pardon...

Je sentis alors ses mains entourer les miennes doucement, presque tendrement. Mais à ma plus grande horreur, il me força à le lâcher. Et juste avant d'entrer dans l'ascenseur, il lâcha une phrase qui anéantit tous mes espoirs.

-Et compte sur moi pour bien profiter de ta dette de vie envers moi, District 13!

Et les portes se refermèrent sur son visage triomphant et exprimant plus de cruauté que je ne l'en aurait cru capable. Quant à moi, je tapais contre les portes de l'ascenseur tandis que mes larmes dévalaient mes joues. Après une bonne demi-heure passée ainsi, je me résolus à me mettre au lit, bien que j'étais certaine de ne pas m'endormir. En effet, des cauchemars horribles hantaient les rares périodes de sommeil que mes pleurs m'accordaient. Cato était dans chacun d'eux, me pourchassant sans relâche, avant de me mettre à mort devant tout Panem de manière lente et douloureuse.

Le lendemain, lorsque Livya pénétra dans ma chambre, elle me trouva recroquevillée à côté de mon lit, les yeux gonflés et les joues creusées par mes pleurs, mais parfaitement réveillée. Elle s'assit à côté de moi et me caressa doucement les cheveux, comme une mère l'aurait fait.

-Tu dois te lever, Ange. Je me doute bien que tu n'en as aucune envie, mais tu dois le faire.

Alors je me levais, marchant au radar. Je pris mon petit déjeuner sans un mot, puis la laissait me coiffer puis m'habiller sans broncher. J'étais trop mal pour être en l'état de réagir à quoi que ce soit. Mais lorsqu'elle me demanda pourquoi j'avais tant pleuré, je lui racontais tout: La dette de vie, les rires, la trahison et les pleurs.

-Je comprends mieux à présent. Mais dis toi que tu pourras le lui faire payer dans l'arène.

-Non... je lui dois la vie.

-Et il t'a mise en danger en t'empêchant de dormir cette nuit. C'est comme si tu avais remboursé ta dette. Alors ne te prend pas la tête. Tu le vaincras les yeux fermés.

-Merci Livya.

Je la pris dans mes bras, séchant mes dernières larmes. À présent, seule ma victoire sur Cato importait. Il voulait me mettre à mort? Alors qu'il vienne, j'étais prête à en découdre. Il mordrait la poussière face à moi, je m'en fis la promesse solennelle. J'aurais ma revanche.

Aussitôt, je me sentis bien plus motivée. Je me battrais dans cette arène. Pas pour gagner, je savais que c'était impossible. Mais pour me venger.

Une fois habillée et après avoir repris une ration de nourriture du Capitole si délicieuse, je sortis de ma chambre, accompagnée de ma styliste. Puis nous prîmes l'ascenseur jusqu'au rez de chaussée, puis une voiture jusqu'à une piste d'embarquement où se trouvait un hovercraft, ainsi que les autres tributs. J'étais la dernière arrivée, car Livya avait dû rattraper les dégâts liés à mes pleurs et au manque de sommeil. Elle avait réussi à masquer mes cernes, mais mes yeux restaient rouges, et devinez qui s'en aperçut?

-Alors, District 13, on a pleuré?me souffla-t-il à l'oreille lorsque je passais devant lui. Tu sais que je n'éprouve aucun regret, n'est ce pas?

Je pris soin de lui écraser le pied, y mettant tout mon poids, puis le regardais, un faux air désolé sur mon visage.

-Oh, je t'ai fait mal?

Puis je m'approchais de lui, aussi menaçante que je pouvais l'être sachant qu'il me dépassait d'une ou deux têtes.

-Mais c'est loin d'être la dernière fois que je te ferais souffrir, crois moi. Je n'ai plus aucune dette envers toi, c'est fini. Tu as voulu la guerre, tu l'auras. Même si ça doit être la dernière chose que je ferais, tu mourras dans cette arène.

-Je suis impatient de voir cela, petite. À présent, va-t-en, tout le monde nous regarde.

-Je fais ce que je veux. Rendez vous à l'heure de ton exécution.

Sans lui laisser le temps de me répondre, j'entrais dans l'hovercraft et m'attachais à l'aide des sangles prévues à cet effet. Les autres tributs firent de même, puis on nous implanta notre traqueur. Avant de partir, je regardais au sol et aperçus une jeune muette blonde, aux cheveux nattés, qui nous faisait signe. Si ses cheveux étaient d'or, ses yeux avaient la couleur d'une nuit sans lune. Puis l'hovercraft s'éleva et nous voilà partis vers les hunger games. C'est alors que la réalité me frappa. Il s'agissait de ma sœur! Et elle ne faisait pas signe à tous les tributs, mais à moi. Je collais mon visage à la vitre et lui rendit son signe d'adieu. Je ne sus jamais si elle m'avais vue.

Une grosse surprise dans ce chapitre. Mais ne vous en faites pas, le petit changement de comportement de Cato va s'éclairer plus tard dans l'histoire, je vous rassure. Je n'ai pas menti dans le pairing.