Chapitre 10:Du pain et des jeux, des guêpes et du feu.
Le lendemain, avant même l'aube, un odeur âcre me chatouilla les narines, me tirant du sommeil. Était il seulement possible de dormir correctement, dans cette arène? Mes yeux s'ouvrirent péniblement, et je regardais autour de moi. À droite, tout était normal. La rivière coulait normalement, le dos de certains poissons argentés reflétant la faible clarté du coucher de lune. Mais à droite... La forêt était en feu. Mais pas le genre de feux qui s'allumaient de manière naturelle. Ça puait le Capitole à plein nez. Une odeur d'essence...
Je m'empressais de sortir de mon sac de couchage, de me détacher, et de ranger mes affaires, avant de descendre de quelques branches, sans pour autant m'exposer au regard du premier tribut venu. J'étais assez proche de la rivière, qui était assez profonde pour me permettre d'y plonger en cas d'urgence. Mais en attendant, le danger était loin.
Puis je distinguais une forme dans la fumée. La fille du 12, Katniss. Elle boitait. Je me disais aussi que j'avais cru entendre une explosion et un cri, un peu plus tôt... Je la vis arriver en courant, poursuivie par une gerbe de feu, qui s'arrêta à cinq mètres de mon arbre. Puis elle plongea dans la rivière. Une fois sortie de l'eau, elle regarda sa jambe sous tous les angles, puis la trempa dans l'eau. Manifestement, les flammes avait été plus rapide qu'elle.
Elle resta ainsi une vingtaine de minutes, puis j'entendis des rires de l'autre côté de la rivière. Manifestement, elle aussi, car elle leva la tête avant de détaler comme un lapin vers le bois, alors que je me dissimulais derrière les frondaisons, espérant qu'ils ne me verraient pas.
Ils étaient sur ses talons. Les carrières. Clove, Glimmer, Marvel, Cato... Et... Peeta! Le garçon du 12 avait rejoint les carrières? Et il les aidait à traquer celle qui était censée être son grand amour?!
-Oh le salaud, murmurais-je afin qu'ils ne m'entendent pas.
Mais de toutes les manières, ils étaient bien trop occupés à courser la pauvre Katniss pour faire attention à une autre tribut perchée dans un arbre. Et ils criaient, comme les chasseurs lorsqu'ils rabattent leur proie.
-Où est ce que tu vas comme ça? Tu peux pas t'échapper! Où tu crois aller?
-On arrive... Hey, l'oppossum!
J'entrevis alors la fille du feu s'élever dans un arbre proche du mien. C'est alors que je pus me rendre compte de l'état de son mollet. La chair était rouge, et plusieurs cloques se formaient sur sa peau. Elle avait dû avoir bien du courage de grimper avec ça à la jambe.
Le temps qu'elle se hisse dans les premières branches, tous les carrières étaient là, regroupés en dessous de Katniss. C'était bien ma veine. Aucun moyen de descendre sans me faire repérer, et puis je commençais à entendre mon ventre gargouiller, me rappelant bruyamment que je n'avais rien avalé depuis deux jours entiers. Me restait à espérer qu'ils ne m'entendraient pas, et que la faim ne se ferait pas trop sentir le temps qu'ils lèvent le camp...
Une fois la tribut du 12 assise sur une branche, ils la regardèrent tous, hésitant sur la manière d'agir, sans doute. Puis la brune, pas décontenancée pour deux sous, leur lança:
-ça va, vous?
Elle me faisait rire, cette fille. Elle était coincée en haut d'un arbre, cernée de carrières, mais elle trouvait encore le moyen de plaisanter. Ils devaient l'adorer, au Capitole.
-Pas trop mal, répondit Cato. Et toi?
-J'ai eu un petit peu chaud cette nuit (elle s'éventait avec sa main, joignant le geste à la parole.) Vous ne voulez pas monter?
-J'arrive, répond le blond avant de commencer son ascension.
Mais il était trop lourd, et les branches ne tardèrent pas à lâcher sous son poids. Puis, chacun leur tour, ils tentèrent de la descendre en lui tirant dessus avec l'arc et les flèches de Glimmer. Mais rien n'y faisait. Elle les narguait du haut de sa branche, agitant au dessus de sa tête les flèches qui ne se plantaient pas trop loin d'elle. Peeta proposa alors d'attendre que sa compagne se lasse. Il avait raison. Il faudrait bien qu'elle mange un jour ou l'autre; et moi aussi.
Les carrières allumèrent alors un feu. Ils festoyèrent tout le soir durant, jusqu'au récapitulatif des morts de la journée. Puis ils allèrent se coucher, après s'être amusé avec leurs armes et avoir décidé de l'ordre des tours de garde. Cato prendrait le premier, puis ce serait le tour de Clove, Peeta, Glimmer, et enfin Marvel.
J'y voyais l'aubaine tant attendue. Ils s'attendaient à ce que Katniss descende, pas à voir un autre tribut tomber du ciel. Dès qu'ils furent endormis, excepté mon ennemi qui montait la garde, je désescaladais mon arbre, loin de son champ de vision, tentant de faire le moins de bruit possible pour ne pas attirer son attention.
Manifestement, ce fut un échec cuisant... à peine à terre, je sentis un bras puissant enserrer ma taille, tandis qu'une main venait se plaquer contre ma bouche, étouffant dans l'œuf une ébauche de cri...
-Voyons, District 13... Tu ne voudrais quand même pas réveiller mes camarades, si? Ils interrompraient notre petite... entrevue.
Je cherchais à le frapper. Il m'avait fait souffrir, et je n'étais pas prête de lui pardonner pour cela. Je ne mourrais pas de sa main, j'en étais certaine. Mais sa prise ne s'en fit que plus ferme.
-tut tut tut... Tu ne me fausser as pas compagnie comme ça, je ne le permettrais pas. Reste tranquille, je ne te ferais rien.
Et pendant qu'il me parlait, à l'oreille, comme le soir de notre rencontre, comme si nous étions amants, la main qui couvrait ma bouche sa fit plus légère, presque caressante.
-Crois moi...
-Je... Enfin tu...
-Chut, me souffla-t-il doucement, calme toi...
Ses deux bras enserraient à présent ma taille, en une étreinte protectrice et douce. Il devenait le Cato tendre que j'avais tant espéré voir sur le toit cette nuit-là... Celui que j'avais tant voulu voir avant le début des jeux... Mes mains vinrent naturellement se poser sur les siennes, les caressant du bout des doigts. Puis, les yeux humides, je me tournais vers lui et l'enlaçait. Mais je me refusais à pleurer. Je serais forte, et quand bien même il venait de raviver mon coeur blessé, une petite voix dans ma tête me soufflait que quelque chose ne tournait pas rond, qu'il devait s'agir d'une ruse, qu'il était mon ennemi dans un combat à mort. Mais cette voix s'estompa à l'instant même où il posa ses lèvres sur les miennes. Aussitôt mon corps s'enflamma, mes sens s'affolèrent et mes lèvres commencèrent à se mouvoir d'elle même contre les siennes, avec avidité. J'attendais ce moment depuis si longtemps. Mais il me repoussa bien vite, un petit sourire en coin ornant son visage, tandis que sur le mien se reflétait mon incompréhension la plus totale.
-Pas si vite, ma belle, tu t'enflamme. Nous sommes trop près des autres. Suis moi...
Il m'attrapa par le poignet, gentiment, et m'emmena à quelques dizaines de mètres plus loin, à l'abri des regards indiscrets, exceptés ceux des caméras.
Une fois arrivés près d'un arbre, il m'attrapa par la taille et me serra contre lui, avant de reprendre possession de mes lèvres. Tandis que nos bouches dansaient en semble, je sentis la chaleur humide de sa langue venir caresser ma lèvre inférieure, puis se retirer. En bonne élève, je l'imitais, ce qui le fit sourire.
-Tu apprends vite, à ce que je vois.
-J'ai un bon professeur.
Nous sourîmes ensemble, ce qui me fit légèrement rire. Puis nous recommençâmes à nous embrasser, encore et encore, chacune de nos étreintes plus passionnée que la précédente. Au bout de quelques minutes, il me prit par les hanches et me souleva. Par réflexe, mes jambes entourèrent sa taille et je me serrais contre lui. Puis il s'agenouilla et déposa délicatement mon dos par terre. J'étais essoufflée, sans défenses, face à lui. Je maudis mon manque de vigilance lorsqu'il sortit un poignard de sa ceinture. Puis il se pencha vers moi, et me murmura:
-Devant les cameras, je dois tenir le rôle du méchant. Mais je t'aime bien, alors je vais te laisser une chance. Cours, District 13, retourne dans ton arbre, et plus vite que ça.
Pendant quelques secondes, je restais sans réactions. Mais dès qu'il leva le poignard, je me dégageais de son étreinte et courus jusqu'à mon arbre, ramassant au passage mon sac et ma nourriture. Il me pourchassa, restant tout de même à bonne distance, et j'eus le temps de grimper avant qu'il n'arrive au pied de l'arbre.
Une fois en haut, je le regardais, complètement perdue. Il avait eu l'occasion de me tuer... Pourquoi m'avait il permis de m'échapper? Mes questions me taraudèrent toute la nuit. Au lever du soleil, je m'éveillais au son d'une branche en train d'être sciée. Levant la tête vers l'origine du bruit, j'aperçus Katniss, qui tentait désespérément de couper une branche sur laquelle était... Un nid de guêpes tueuses! était-elle devenue folle?! Puis je suivis son regard, et tombais sur les carrières encore endormis.
C'était donc ça! Elle voulais les faire fuir loin d'elle, et si possible en tuer un ou deux au passage. Sitôt cette chose comprise, toutes mes inquiétudes convergèrent contre Cato. Il risquait de mourir, ou d'être gravement atteint par le venin de ces bestioles! Mais comment le prévenir?
Et alors?me souffla une petite voix. Qu'il crève. Ce connard n'aura que ce qu'il mérite.
Il était vrai que mon coeur souffrait encore de notre discussion sur le toit mais il m'avait sauvé la mise deux fois... à moins que les évènements de la veille n'aient été qu'un rêve... Sa douceur, sa voix si tendre, ses caresses si délicates et délicieuses... était-ce possible que tout soit soit faux?
Mais alors que je m'interrogeais, Katniss finit de tailler sa branche, qui s'effondra sous le poids de la ruche. Et tandis que la dite ruche se brisait au sol, libérant les guêpes furieuses en un vrombissement digne de l'enfer, je m'entendis crier :« Cato! »
