C'est tout et c'est rien

chapitre II


Deirdre entra au chaudron baveur. Comme à l'habitude l'endroit était peuplé de ses éternels habitués, ces gens qu'elle connaissait depuis sa naissance et qui semblaient presque faire partie de la famille.

- Tu ne peux pas aller à un mariage habillée comme ça, s'exclama la voix de sa mère, tonitruante, depuis l'autre bout de la salle.

Evidement, elle aurait du s'y attendre et elle lâcha un léger soupir. La sorcière portait la robe noire des plus sobres qu'elle ressortait à chaque Noël. C'était la seule tenue un peu habillé que contenait sa maigre garde robe.

- C'est pas comme si j'avais les moyens, se défendit-elle.

- Ben voyons. Viens voir là, je vais te prêter quelque chose.

Deirdre passa à contrecoeur la porte qui menait aux appartement des Londubat où sa mère la dévisagea de la tête aux pieds avec une moue pleine de désapprobation. Mme Londubat grimpa les marches la première dans sa robe violette sortie d'un autre temps, ses cheveux blonds relevés en un chignon bouclé surmonté d'une grosse plume.

Dans le salon, Neville guidait un petit arrosoir de sa baguette d'un pot de terre à un autre. Il cessa son activité pour embrasser la jeune femme sur le front affectueusement, compatissant implicitement à la torture que s'apprêtait à lui infliger sa femme.

- Ne traines pas, on est déjà pas en avance.

Devant l'armoire bien fournie de sa mère Deirdre tenta de rester de marbre. Hanna sorti une première toilette, verte, en velours et la présenta à sa fille d'un air autoritaire.

- Je ne mettrais pas ça maman. C'est ignoble.

- Ta tenue est ignoble. On dirait que ça t'amuse de ridiculiser Roxane. Tu es témoins, tout le monde va te regarder. Faire un effort n'est pas négociable.

A vrai dire, Deirdre avait l'impression que se promener dans ce genre d'antiquité ringarde était plus une humiliation qu'autre chose. La problème majeur c'est qu'on ne disait pas non à Hanna Londubat et encore moins quand on était sortie de son ventre.

- Trouves autre chose, glissa la jeune femme.

- Bien, puisque madame est difficile.

Le tenancière rangea la monstruosité verte et farfouilla longuement dans l'armoire. Deirdre en profita pour s'assoir sur le lit des ses parents. Elle constata à quel point elle pouvait ressembler à la femme qui se tenait dos à elle. La même petite taille, le même teint clair, la même chevelure souple… Et puis les choses qui dénotaient en elles: l'apprêt, la démarche… La façon d'être, de manière générale.

- Et celle-ci, elle te convient ?

Mme Londubat tenait en ses mains une nouvelle robe de soirée, bleu azur, longue et bouffante, au large décolleté. C'était un truc à se faire remarquer au milieu d'une foule de carnaval.

- Tu n'aurais pas quelques chose d'une peu plus … normal ? tenta à tout hasard Deirdre.

- Plus normal ! comment tu veux que James te remarque si porte une blouse d'enterrement ?

Voila, le mot était lâché. Au grand désarrois de sa fille, Hanna Londubat était obsédé par l'illusion que James Potter deviendrait un jour son gendre. C'était là sa rengaine habituelle.

- Tu l'as laissé filer sans rien faire une fois. Cette fois fait quelque chose pour rattraper un peu ton avenir qui te fille entre les pattes, conseilla un peu sèchement Hanna.

- James et moi, nous n'avons jamais eu le genre de relation que tu t'obstines à délirer, maman !

L'ainée haussa les épaules, courroucée par l'audace de la jeune femme à lui répondre de la sorte. C'était un sujet aussi délicat que son travail, les amours. Hanna estimait que, puisque Deirdre n'avait pas était capable de faire quelque chose de sa vie malgré son potentiel, elle se devait au moins de se trouver un mari correct. Et ça, c'était sans doute le pire.