Chapitre 11: Comme un grand Boom
Il me haïssait. J'en était certaine. J'avais vu son regard tandis qu'il s'enfuyait, poursuivi par une nuée de guêpes en furie. Il était enragé comme jamais. Il pensait que c'était ma faute...
Je restais quelques minutes dans mon arbres, à culpabiliser de ne pas l'avoir prévenu plus tôt, de ne pas être descendue pour le réveiller dès que j'avais entendu Katniss scier la branche...
Mais je fus bientôt dérangée dans mes réflexions par les vociférations de Peeta, lequel revenait en courant, suivi de près par celui que j'avais trahi.
Katniss, qui était descendue de son arbre, un peu dans les vapes, mit quelques minutes pour comprendre. Puis elle se mit enfin à courir. À voir comment elle titubait, je devinais qu'elle avait dû se faire piquer par des guêpes tueuses pendant qu'elle coupait sa branche. Mais mon regard restait fixé sur les deux combattants. Ils se battirent pendant quelques minutes, puis Cato transperça la cuisse de Peeta avec son épée. Sans aucune hésitation. Le pauvre garçon semblait pisser le sang par tous les pores. Et, alors que le plus imposant des deux allait achever le boulanger à terre, je descendis de ma branche à la vitesse de la lumière et retint son geste. Lorsqu'il se retourna vers moi, son regard était comme fou, gagné par une rage profonde. Peeta profita de ce moment de distraction de Cato pour s'enfuir, sans un regard pour moi. Le lâche!
Je regardais mon adversaire, apeurée, avec pour seule défense le couteau toujours glissé à ma ceinture. Ma main se dirigea lentement, machinalement vers l'arme, pour la sortir de son fourreau. Ne serait-ce que pour les cameras, il fallait que je le sorte. Malheureusement, la vue de la lame scintillante de mon couteau le fit entrer dans une fureur encore plus noire. Son visage se crispa un instant puis, sans prévenir, il leva son épée, qui s'abattit juste à côté de moi. Quelques centimètres de plus, et mon épaule aurait été gravement touchée. La surprise et la déception me firent l'effet d'un coup de fouet. Je me mis à courir, détalant comme un lapin poursuivit par un dangereux loup. Mais il est bien connu qu'un loup ne laisse pas filer une proie si facilement. Il me coursa. Mais j'avais la légèreté et la rapidité de mon côté. Au bout d'une centaine de mètres, je me tournais la tête, pour vérifier s'il me suivait toujours. Mais je me pris les pieds dans une racine et dévalais une pente raide masquée par la végétation que je n'avait pas remarquée et qui se trouvait pourtant droit devant moi. Ma chute fut arrêtée par une violente collision de mon buste contre un arbre. Le choc me fit perdre connaissance.
À mon réveil, je fus surprise de me sentir enveloppée dans quelque chose de chaud, sans doute un genre de couverture. Je me risquais à ouvrir un œil, pour le refermer aussitôt. Il n'avait emmenée au camp des carrières! C'était impossible! Ce devait être un mauvais rêve. Je serrais mes paupières encore plus, et j'entendis un rire venant d'au dessus de moi.
-Tu peux arrêter de faire semblant, district 13. Je sais que tu es réveillée.
Je continuais de faire semblant de dormir. Mais je sentis bientôt le contact d'une lame froide sur ma joue.
-Je t'ai dit d'arrêter de jouer la comédie.
De mauvaise grâce, j'ouvris les yeux, et levais le regard vers lui. Il était assis à côté de moi, me regardant de haut. Il semblait moins en colère que lorsque je l'avais forcé à épargner Peeta, mais pas moins dangereux. Il éloigna son épée de ma joue en prenant garde à ne pas me couper, puis la posa à côté de lui, loin de moi. Ensuite, il se détourna. Voulant m'asseoir, je commençais à me redresser. Mais je m'arrêtais bien vite, une douleur lancinante me traversant les côtes. Je me recouchais aussitôt, une légère plainte s'échappant de mes lèvres. Aussitôt, ses yeux se posèrent à nouveau sur moi, un air de reproche s'installant dans son regard.
-Vas tu te tenir tranquille, oui? Tu n'as pas de côtes cassées, mais tu as encaissé un sacré choc. Tu as de la chance, ici il y a des médicaments. Avale ça.
Il me tendit une pilule bleue, ainsi qu'une bouteille d'eau. Je tentais de lever une main pour les attraper, mais il repoussa mon bras, et suréleva ma tête de sa main libre pour la poser sur ses genoux. Puis il posa le cachet sur mes lèvres, pour que je le prenne dans ma bouche, et me le fit avaler avec une grande gorgée d'eau.
De l'eau fraîche! Je ne pus résister, et attrapais la bouteille à deux mains. Pour rien au monde je n'aurais voulu qu'il me la retire. J'avais la gorge sèche, si sèche. Je bus jusqu'à plus soif, puis consentis à lui rendre son bien. Lorsque je levais les yeux vers lui, je vis qu'il souriait.
-Pourquoi souris tu?lui demandais-je.
-Pour rien. Maintenant, cesse de bouger et de blablater, sinon ça va barder. Compris?
Son ton dur me surprit. J'acquiesçais docilement. Il reposa ma tête sur le sol avec précaution, et sortit de la tente où nous nous trouvions. Conformément à sa demande, je ne bougeais pas, et ne produisis pas un son. Mais quelques minutes, ou heures que sais-je, plus tard, j'entendis une dispute éclater. Malheureusement, je n'entendis que quelques mots. Rien de très rassurant.
-... Fou de l'avoir ramener, hurla une voix de fille.
-... Raison... La tuer, renchérit une autre voix, plus masculine. Mais pas celle de Cato.
D'ailleurs, je reconnu sa voix, mais ne compris pas ce qu'il leur répondait. Sitôt après, j'entendis des pas se diriger vers moi. Mon rythme cardiaque s'emballa dangereusement.
Lorsque je vis Cato pénétrer dans la tente, le visage fermé, je me recroquevillais, retenant une nouvelle plainte, mes yeux faisant l'aller-retour entre l'épée qu'il tenait à la main et son visage. Je n'y vit que de la colère, ce qui acheva de me faire paniquer. Je tentais de me redresser à nouveau, mais mes flancs se rappelèrent à mon bon souvenir, me faisant grimacer. Alors qu'il marcha vers moi, je tentais de m'éloigner en claudiquant tant bien que mal, jusqu'à me retrouver acculée au fond de la tente. Ceci fait, il approcha, glissa sa lame sous mon t-shirt, pour le déchirer à l'endroit exact de ma blessure. Je le regardais, sans comprendre. Il retira l'arme, la posa à terre. Puis, d'un coup, il me tira par les pieds, ce qui me tira un petit cri et me fit m'allonger. Mais mon cri fut étouffé par sa main, qui vint s'écraser contre ma bouche tandis qu'il immobilisait mes jambes, en s'asseyant dessus. Je tentais de le repousser, mais il eut tôt fait de bloquer mes bras également, en les maintenant au-dessus de ma tête avec sa main libre.
-Je ne veux pas entendre un bruit, est-ce clair?
Seul le silence lui répondit. Une fois qu'il fut sûr que je ne piperai pas mot, il retira précautionneusement sa main. Le silence s'installa à nouveau.. Il se servit de la main ainsi libérée pour fouiller dans une de ses poches. Il en sortit ce qui ressemblait à un tube de pommade. Il sembla hésiter à relâcher mes mains. Il y alla progressivement, en commençant par diminuer la pression. Voyant que je ne me débattais pas plus avant, il les lâcha. Mes bras reprirent sagement leur place le long de mon corps.
Ses deux mains libres, il déboucha le tube, fit couler une noisette de son contenu dans sa paume. Puis il écarta les pans de mon t-shirt, révélant un bleu monstrueux, sur lequel il étala le médicament. Le contact de ses doigts me fit mal, manquant me faire crier. Mais il m'avait imposé le silence. Alors je bloquais le cri dans ma gorge. Mais mon inspiration soudaine, précédant le glapissement tué dans l'œuf, ne lui avait pas échappé. Aussi se fit il plus délicat, effleurant à peine l'hématome. Une fois le « traitement » terminé, il essuya les dernières traces de pommade sur son t-shirt, et s'assit à côté de moi.
-Demain tu n'auras plus rien. Dors, à présent. Je me chargerai de l'autre côté dans la nuit, lorsque ceci fera effet.
Il me donna un autre cachet bleu. Quelques minutes plus tard, je m'endormais, sa main posée sur ma taille.
À mon réveil, je me retrouvais seule dans la tente. Je m'assis sans trop de gêne et remontais mon t-shirt. Les bleus s'étaient presque entièrement résorbés. Je m'apprêtais à remettre mon vêtement correctement lorsqu'un visage connu pénétra dans la tente. Marvel! Rapidement, je réajustais mon t-shirt. Mais déjà je le voyais s'approcher dangereusement. En soi, je n'avais pas peur de lui, mais plutôt de cette lame pendant à sa ceinture. Voyant sans doute mon air paniqué, il me "rassura".
-Du calme, petite chérie, c'est Cato qui m'envoie. Si je te tue, il m'étripe, c'est aussi simple que ça. Tiens, mange.
Il me tendit une miche de pain du bout des doigts. Je la pris avec méfiance avant de commencer à manger. Il me regarda. Il rompis le pain en deux et lui en proposait une moitié, qu'il déclina. Ce ne fut qu'une fois mon repas terminé qu'il se remit à parler.
-Bon. Cato est parti chasser la fille du feu, et nous n'allons pas tarder à y aller non plus. Mais qu'une chose soit clair. Si tu quitte le camp, tu sera la première que l'on traquera. Et ta fin ne sera ni rapide, si sans douleur. Pigé?
Le silence lui répondit. Mais mon absence de réponse sembla le mettre hors de lui. Il m'attrapa par le cou et me jeta presque contre le sol, m'y maintenant par la seule force de sa main, qui exerçait une pression suffisante pour me faire paniquer, mais me permettant de respirer, quoi que difficilement.
-Je n'aime pas me répéter.
Je hochais la tête de haut en bas pour lui montrer que j'avais compris, et il relâcha légèrement la pression.
-Je n'ai pas entendu.
-Oui, j'ai compris.
Enfoiré, ajoutais-je pour moi même. Mais je ne pouvais pas me permettre de le dire à voix haute, je le soupçonnais déjà d'avoir fortement envie de m'étriper , ce qu'il aurait sans doute fait si mon... allié?... n'avait pas menacé de lui faire la peau. Il me relâcha, s'éloigna de moi, et je m'assis sur mes talons.
-Oui qui? Et n'oublie pas que j'ai ta vie entre mes mains. Donc fais attention à ta réponse.
-Oui Marvel. Mais puis-je avoir l'extrême audace de te poser une question?
-Prend garde au ton que tu emploies avec moi, je ne suis pas aussi magnanime que Cato. Tu peux poser ta question.
-Je peux sortir de la tente? Ne serait-ce que pour aller chercher de l'eau au lac. Si jamais vous deviez vous absenter longtemps, je ne tiens pas à mourir de soif.
-Oui. Mais il t'est formellement interdit de sortir de la clairière ou de t'approcher de la pile de victuailles. Nous sommes d'accord?
-Même si l'on m'attaque?
-Même. Tu te débrouille, je ne suis pas ta baby sitter.
-Ma quoi?
-Rien. Si on t'attaque, tu ne pourras t'en prendre qu'à toi même. Sur ce.
Il sortit et referma la tente derrière lui. J'entendis des cris de joie, suivi de cavalcades aussi discrètes qu'un essaim de pacificateurs en colère. Une fois le bruit estompé, j'ouvris la tente. Pour me retrouver quasiment nez à nez avec Katniss Everdeen, qui banda immédiatement son arc vers moi. Mais la flèche ne partit pas. Après m'avoir reconnue, elle abaissa son arme, et posa un doigt sur sa bouche. Un signe universel. « Silence ». Je hochais la tête. Puis elle désigna son arc, puis la pile de victuailles. Je la regardais sans comprendre. Alors, elle me fit signe de déguerpir. Je secouais la tête, puis passais lentement l'ongle de mon pouce contre ma gorge. « Ils me tueront ». Elle me fit un signe de tête. « Viens ». Alors je m'approchais d'elle. Elle me poussa derrière elle et commença à tirer en direction d'un sac de pommes.
Mais qu'est ce qu'elle fichait? Avait elle définitivement perdu l'esprit?
Elle tira trois flèches. La première déchira un coin du sac. La seconde agrandit la déchirure. La troisième accrocha le bout du sac. Une pomme tomba. Puis deux, puis cinq, puis dix. Et avant d'avoir eu le temps de dire ouf, Katniss et moi étions soufflées par une série de violentes détonations, causées par des explosifs situés autour les victuailles. Le conseil de Marvel prit alors tout son sens.
