Chapitre 12: Filer à l'anglaise n'est pas toujours une bonne idée

La chute fut dure. De nombreuses choses, certainement des éclats de boites de conserve, m'égratignèrent la figure avant que je n'eus le temps de me protéger. Ainsi, un déchira la peau de ma joue sur quelques centimètres tandis qu'un autre m'entaillait l'arcade sourcilière assez profondément. De plus, le souffle me souleva de terre comme une bourrasque emporte une brindille, et je finis ma course contre le tronc d'un arbre. Fort heureusement pour moi, Katniss était celle qui avait encaissé la plus grande partie de la rafale.

Ladite Katniss gisait alors dans l'herbe, l'oreille en sang et visiblement dans les vapes. Une fois mes esprits retrouvés, je chancelais vers elle et la tirais hors de la clairière. Si les carrières la trouvaient, ils n'hésiteraient pas à la tuer. Très, très, très lentement. À peine était elle dissimulée dans un fourré que les dits carrières en question firent irruption dans la prairie.

Ils étaient visiblement furieux. Cato en particulier. Il trépignait de colère, et semblait à deux doigts de s'arracher les cheveux. J'aurais pu en rire si je ne savais pas qu'il était en colère contre moi. Au lieu de cela, je tremblais comme une môme, de peur qu'il ne nous découvre et nous fasse du mal. Je savais de quoi il était capable, lorsqu'il était en colère. Lorsque Katniss se réveilla, je posais un doigt sur sa bouche, lui intimant de se taire. Elle comprit. Nous regardâmes alors les carrières tenter d'apaiser Cato. Mais il fit une victime. Il brisa le cou au garçon du 3, qui était chargé de surveiller les provisions, et moi accessoirement. J'appris également que c'était le tribut du 3 qui avait imaginé ce système de mines.

La nuit fut très dure. Le froid nous réveilla plusieurs fois, malgré le fait que nous nous serrions l'une contre l'autre pour avoir plus chaud. L'aube fut une délivrance. Avant que les autres tributs ne se lèvent, nous avions déjà levé le camp. Il fallait retrouver la petite du 11, Rue, et Katniss, qui avait perdu une partie de son audition, avançait lentement, fredonnant parfois une petit air de quatre notes.

Alors que nous marchions depuis plusieurs heures, sous un soleil de plomb, un cri strident retentit au loin. Katniss se mit à courir, et je la suivit difficilement. Lorsque j'arrivais, elle tenait la petite Rue dans ses bras, Marvel gisant à quelques mètres d'elles, une flèche logée dans sa gorge. J'allais vérifier qu'il était mort, puis retournais vers les filles. La pauvre enfant était grièvement touchée à l'abdomen. Elle ne tiendrait pas une heure. Je m'agenouillais aux côtés de la fille du feu, et caressait le front de Rue. Cette enfant me rappelait moi, plus jeune. Vive, frêle, gaie... à l'article de la mort, elle demanda à Katniss de lui chanter une berceuse. Elle s'exécuta tandis que je me détournais pour pleurer. Je n'avais que faire des caméras, des gens du capitole, de tout en fait! Cette gamine allait crever pour ces jeux stupides, juste pour le show! Cela me rendait malade, à tel point que je vomis ce qu'il me restait dans l'estomac. Puis, pour m'aérer la tête, je partis faire un tour, prétextant de monter la garde. Je cueillis un bouquet de fleurs sauvages. Des violettes, des pensées, et même quelques fleurs de mimosa. Puis je revins, posais le bouquet aux côtés de l'enfant, que je pris à mon tour dans mes bras, avant de la déposer au sol, et de poser le bouquet sur son coeur, pour dissimuler la blessure. Katniss m'aida et, à la fin, elle ressemblait à un petit ange tombé du ciel. Je déposais un dernier baiser sur son front, et nous partîmes. Katniss était inconsolable.

Je dus aller chasser à sa place, faire la cuisine et lui donner la becquée. Puis, quand la nuit vint, elle refusa de dormir. Et le sort lui donna raison. Le soir même, une annonce eut lieu, annonçant qu'il pourrait dorénavant y avoir deux vainqueurs, à la seule condition qu'ils viennent du même district. Cette annonce marqua la fin de notre partenariat. Je partis pendant son sommeil.

Je parcourus l'arène, trouvant de quoi subsister. Il ne restait plus que deux « couples »: Katniss-Peeta et Cato-Clove. Et la rouquine. Sans parler de Tresh. Autant dire que j'étais fichue. J'errais dans l'arène, me cachant tant bien que mal, espionnant mes adversaires dès que j'en avais l'occasion. Les jeux de la faim commençaient à bien porter leur nom. Cato et Clove devaient chasser et partir à la cueillette pour avoir de quoi manger, ce qui occasionnait moult disputes. Et Peeta souffrait d'une grave infection à la jambe. Tresh, quant à lui, restait introuvable.

Plusieurs jours passèrent, et la nourriture commença à se faire rare. Et, au bout quelques temps, alors que j'étais allongée dans un arbre, le signal d'une annonce à venir retentit.

-Mesdames et messieurs les tributs, votre attention s'il vous plaît. Demain, dès l'aube, il y aura profusion de biens à la corne d'abondance. Ce sera une occasion extraordinaire. Chacun d'entre vous a désespérément besoin de quelque chose, et nous avons l'intention d'être des hôtes généreux.

De la nourriture! J'allais enfin pouvoir manger! Mais je me rembrunis rapidement. Les carrières, Katniss et Tresh y seraient aussi, et ce serait sans doutes un bain de sang. Quand la nuit vint, je tentais de m'endormir, me demandant toujours si j'allais aller à ce « banquet ». Si bien que lorsque l'aube commença à poindre, je n'avait toujours pas dormi.

Mais, point positif, mes yeux avaient eu le temps de s'habituer aux ténèbres, ce qui fait que je n'avais pas besoin de tâtonner pour trouver mon chemin jusqu'à la corne d'abondance. J'avançais prudemment, l'oreille aux aguets, et arrivais près de la corne d'abondance sans dommages majeurs.

Mais, alors que j'allais m'approcher de la clairière, je marchais dans un piège et finit la tête en bas, à un mètre du sol. Et merde! Consciente de passer à la télévision, je repris vite mon calme, et tentais d'attraper le couteau à ma ceinture. Puis je me mis à me balancer, jusqu'à attraper la corde, avant de me mettre à la scier. Je tombais lourdement sur le dos, mon sac n'étant plus là pour amortir ma chute. Il était resté chez les carrières. Et en parlant de carrière...

J'étais en train de me relever lorsque je vis un apollon aux cheveux d'or émerger des broussailles. Après être restée interdite quelques secondes, je me mis à courir. Mais le récent choc me ralentissait, ce qui fit qu'il me rattrapa rapidement. Il m'enserra dans ses bras, tandis que je me débattais.

-On se calme, mon Ange... C'était pas très gentil de me fausser compagnie comme ça, alors que j'avais prit soin de toi. En plus, tu as détruit nos provisions. Que vais-je bien pouvoir faire de toi... Sans parler de ceci...

Il sortit de sa poche un petit rectangle de papier, sur lequel était écrit « Chasse à l'homme: Mesdames des messieurs les tributs, nous vous convions à une partie de chasse. Celui -ou celle- qui tuera la tribut du district 13 se verra offrir de nombreux cadeaux: armes, nourriture, médicaments... En sommes, une victoire assurée. »

Je restais comme deux ronds de flan.

-Tu avais raison, ma belle. Ta tête a été mise à prix. Une dernière parole pour ta défense?

-Cato... Je peux tout t'expliquer, je t'assure...

-Pas besoin. Je sais déjà ce que tu vas me dire.

Il me retourna, me plaçant face à lui, et rapprocha son visage du mien.

-Tu vas me dire que la fille du feu t'a forcé à la suivre? Que Marvel et les autres t'avaient effrayée? Que tu n'es pour rien dans la destruction de nos provisions? C'est ça ton explication?

Je rougis et hochais la tête doucement.

-Et tu crois que ça va me suffire?rugit-il.

-Non... Que vas tu me faire?

-ça c'est une bonne question. Je l'ignore encore. Mais je vais me venger, c'est une certitude.

Soudain, un cris strident nous interrompit. Cato jeta un œil vers l'origine du bruit, puis se tourna vers moi.

-Si jamais tu tentes de t'enfuir, crois moi, je t'arrache les ongles un par un avant de te tuer. Compris?

-Oui oui oui. Je serais sage, promis...

Il se mit alors à courir vers la corne d'abondance. Je le suivis à bonne distance, et tombais sur un spectacle pour le moins déconcertant... Et affreux.

Katniss gisait, au sol, la gorge proprement tranchée, à côté d'une Clove dont le crâne suivait une courbe bizarre, enfoncée au dessus de l'arcade sourcilière, et d'une rouquine abattue d'un couteau dans le dos. Cato, fraichement arrivé, était au dessus du corps de la jeune brune, qui respirait encore. Il lui souffla quelques mots, puis l'étreignit, et lui brisa le cou.

J'en restais bouche bée.

Il se releva et se tourna vers moi, le visage fermé. Je reculais, effrayée, mais trébuchais sur une racine et m'étalais au sol. Une fois arrivé à mon niveau, il se baissa et m'attrapa une cheville, m'empêchant de m'enfuir, et me tira vers lui.

-Allez, va prendre ton sac. Dépêches toi avant que je ne change d'avis. Nous devons trouver le garçon du 11 et Joli Coeur, et les éliminer. Je m'occuperai de ton cas après.

Je me relevais, et courus à toutes jambes vers la table, où il ne restait plus que mon sac. Je l'ouvris. Il contenait en tout et pour tout une lanière de bœuf séché. Et un flacon de désinfectant. Pas de quoi sauter au plafond... Alors je marchais vers Clove et lui pris tous ses couteaux, ainsi que le fil de nylon de Katniss, avant de les fourrer dans mon sac sous le regard attentif de son ancien coéquipier. Puis je revint vers lui. En même temps, je n'avais pas vraiment le choix...

-Allez, allons y! Dépêches toi.

Je m'activais pour arriver à sa hauteur. Dès que j'arrivais à ses côtés, il enroula un bras autour de ma taille, me tira contre lui et me souffla à l'oreille.

-Et ne me fausse plus jamais compagnie, mon Ange. Je déteste ça, mais à un point...

Je ne pouvais pas m'échapper de son emprise. Pas parce qu'il me serrait trop fort, mais à cause du ton qu'il avait employé: chaleureux, doux, presque caressant, il m'avait fait frissonner de la racine de mes cheveux au bout de mes ongles. Je me contentais alors de bégayer

-Je... Je... Oui, dé... Désolée.

Il sourit et se mit à marcher, sa main toujours posée dans le creux de ma taille. Nous marchâmes toute la journée, recherchant Tresh et Peeta. Mais il faut dire que l'arène était si grande que d'y retrouver deux adolescents était comme éviter de marcher sur une aiguille dans un champ d'herbes hautes. Lorsque la nuit tomba, la température chuta dangereusement. Malgré le froid, ce ne fut qu'après le récapitulatif des morts de la journée que Cato se décida à s'arrêter.

-Nous allons dormir ici.

-On ne retourne pas au camp?

-Quel camp? Celui que tu as fait sauter, avec ton amie Katniss?

-Ah oui, c'est vrai... Et je suppose que faire du feu est exclu.

-Tu supposes bien.

-Ok. Ne bouges pas, je vais nous faire un abris pour la nuit.

Je sortis un couteau de mon sac et le plantais à plusieurs reprises dans le sol, dans une zone de 2 mètres sur 2 sous le feuillage d'un buisson, et sous l'oeil ahuri du blond. Puis je posais l'arme, et ôtais la terre ainsi devenue plus facile à creuser. À la fin, nous avions un beau trou dans la terre. Je m'y allongeais et l'invitais à me rejoindre. Dès qu'il se fut couché, je me blottis contre lui.

-Je peux savoir ce que tu fais?

-C'est le meilleur moyen que je connais de conserver la chaleur. Et comme je ne tiens pas à mourir de froid, je vais rester comme ça toute la nuit. Dors bien.

Je nichais ma tête sous son cou et fermais les yeux. Il soupira et m'entoura de ses bras. Nous nous endormîmes ainsi. Le lendemain, je fus la première réveillée, l'aube étant venue frapper mes paupières. Je me levais doucement, prenant bien garde à ne pas le réveiller, puis le recouvrais de branches et de brindilles, avant de prendre mon sac à dos et de m'éloigner de lui. Je commençais par poser des collets, avant de partir à la cueillette. J'étais accroupie devant un massif de cassis lorsque la lame froide d'un couteau vint se loger contre ma gorge.

-Je croyais t'avoir dit de ne plus me fausser compagnie, mon Ange.