Alors, vous êtes encore là? lol, encore désolée pour la fin de chapitre que je vous avais mis, c'est vrai que c'était vache, mais au moins ça vous a donné envie de lire la suite, non?
Bonne lecture!
13. Sentiments
Mon cœur s'arrête instantanément.
Mes jambes deviennent cotonneuses, et mon estomac fait un bond.
J'ai bien entendu ?
Je reprends ma respiration doucement.
Je dois poser la question. C'est logique. Et il y répondra. Logique aussi.
« De… de qui ? »
Ma voix ne tremble pas, ce qui est un miracle vu mon état en cet instant.
« De… »
Il rougit, et évite mon regard.
« De Clara. »
Mon estomac se serre tellement que j'en ai la nausée. J'essaie de ne pas piquer un fard, mais je sens ma bouche s'ouvrir, puis se refermer.
Je suffoque.
Je n'arrive plus à respirer, et j'ai encore envie de pleurer.
C'est idiot. Je n'ai aucune raison de pleurer. C'est génial qu'il l'aime, non ?
« Oh. Euh, ah bon ? »
Super, Eileen, très décontracté, comme phrase !
« Ça fait longtemps ? »
Qu'est-ce que ça peut me faire, de toutes façons ? Il l'aime, point.
Le reste, ce sont juste des détails qui font encore plus mal.
Il retrouve enfin le chemin de mon regard. Il est rouge, mais son regard est déterminé. J'espère que le mien l'est aussi, et que je ne suis pas trop blême.
« Je ne sais pas. Depuis la rentrée, je dirais. »
Ah. Depuis tout ce temps.
Et moi pendant tout ce temps, qu'est-ce que j'ai fais ?
Je me suis ridiculisée !
Et en plus, pourquoi il vient me dire ça à moi ?
A moi !
Je ne suis pas Clara, et je commence à en avoir marre que les gens viennent me confier leurs états d'âmes amoureux sans prendre en compte mes sentiments !
« Et pourquoi tu me dis ça à moi ? »
Mon ton était peut-être un peu sec. Et agacé.
Mais je SUIS agacée ! Et j'ai envie de pleurer. Et j'ai la nausée. Et je me fiche de sa réponse. Je veux retourner dans mon lit. Et ne plus en bouger avant mille ans.
« Eh bien… comme tu es mon amie, et la sienne… »
Oui. Je suis l'amie de Lupin. C'est tout. Et cette pensée, curieusement, ne me réconforte pas !
« Oui ?
- Je me demandais si tu pourrais m'aider… »
Quoi ?
Il veut que je l'aide ? Et à faire quoi, s'il vous plait ? En ce moment, la seule chose que je pourrais faire pourrait tout juste lui servir s'il a envie de voir quelqu'un vomir ou chialer comme un môme.
« A faire quoi ? »
Pitié ! Pitié !
Faites qu'il ne me demande pas ce que je crois qu'il va me demander !
« A la séduire ! »
Et merde.
Pourquoi le destin s'acharne sur moi, hein ? Qu'est-ce que j'ai fais de mal pour que ce genre de trucs n'arrivent qu'à moi ? Franchement, il y a des agences matrimoniales, des rubriques conseils dans les journaux, et même des courriers du cœur !
Alors pourquoi est-ce que les gens ont tendance à voir marqué « mère maquerelle » sur mon front ?
Bon j'exagère, ils doivent juste voir un léger « aide en tous genres, personne sans sentiments ».
Rappel pour moi : vérifier ma tête la prochaine fois que je croise un miroir. Faudrait pas que cette habitude persiste.
« Euh…
- Ça te gêne ? »
Il a l'air encore plus gêné que moi. Et je me connais.
Mais pour une fois, je vais être forte. Et ferme.
Il s'agit quand même de mes services, et du garçon que… enfin bref !
Il est clair qu'une seule réponse peut être acceptée par mon état mental.
« Non. »
Merde !
Non, je voulais dire que ça me gêne ! Je me suis trompée. Zut.
Bien sur que ça me gêne, idiot !
« Ah. Merci beaucoup. »
Il parait soulagé.
Contente qu'il y en ait au moins un.
« Bon heu… je dois y aller.
- Ok. »
Sans voir mon éloquence (haha), il tourne les talons, et file, rouge comme une brique.
Je reste un moment figée dans le couloir, debout, à fixer le mur comme une débile.
Mon estomac s'est dissout. Ma bouche est ouverte.
Et je ne pense même plus à respirer.
Enfin, les ricanements des élèves qui passent dans le couloir et m'observent curieusement me parviennent, et je remue la tête en fermant la bouche.
J'ai vaguement conscience qu'il faut que je bouge, et je bouge mes jambes devenues lourdes vers la salle commune. J'y parviens sans savoir combien de temps j'ai mis, ni quelle heure il est, et sans un regard pour mes amies, je monte aussitôt dans le dortoir, où je m'affale dans mon lit.
Je referme les rideaux de mon baldaquin, et ferme les yeux.
Avec un peu de chance, je vais mourir frappée par la foudre (oui, à l'intérieur), et on laissera ma momie en paix jusqu'à la fin des temps !
« Eileen ? »
J'ouvre les yeux à contrecoeur, et les referme aussitôt.
« Va-t-en, Mathilde ! »
Je la sens s'asseoir à côté de moi, et je me tourne sur le côté.
« Laisse moi mourir ! »
Elle soupire, et écarte les cheveux de mon visage.
« Qu'est-ce qu'il voulait ?
- Me demander en mariage.
- J'étais sérieuse.
- Moi aussi.
- Allez ! Qu'est-ce qu'il a dit pour te mettre dans cet état ?
- Il est amoureux. »
J'ai parlé d'un ton qui ne souffre aucune réplique, et elle sait que je lui ai dit la vérité.
« Et pourquoi tu fais cette tête là ? »
Sa voix n'est pas sûre, elle se doute qu'il y a une arnaque quelque part.
« Parce qu'il est amoureux de Clara. »
Je peux presque voir sa bouche s'ouvrir en un joli rond étonné. Celle là, même moi je dois dire que ça m'a scié. Ça m'a même carrément coupée en deux. Et j'aimerais qu'elle me laisse mourir en paix.
« Oh. Et… depuis longtemps ?
- La rentrée.
- Ah. »
Elle compte faire toutes les voyelles ?
« Et pourquoi il te l'a dit à toi ? »
Je me tourne vers elle. Elle a les sourcils froncés.
« Parce qu'il m'a demandé si je voulais bien l'aider à la séduire. »
Elle grimace, et à l'air d'avoir vraiment pitié de moi.
« A toi ? Tu aurais du refuser. »
Je souris malgré moi. Elle me connaît assez pour savoir ce que j'ai répondu avant que je lui dise.
« Je l'aiderais. Je l'ai dit, voilà ! Et je ne pouvais pas refuser, il m'aurait demandé pourquoi ! »
Elle se redresse.
« Quel idiot ! Il est vraiment aveugle ! Te demander ça à toi ! Faut être soit myope, soit débile !
- Il pouvait pas savoir.
- Il aurait du deviner. »
Je me mets à rire carrément, et fais la moue.
« Pourquoi moi ? »
Elle hausse un sourcil.
« Tu veux dire pourquoi il te demande ça à toi ?
- Non, ça c'est parce que je suis une débile qui est toujours la copine. Jamais la petite amie.
- Mais non ! Ce type est un parfait idiot, c'est tout !
- Il n'est pas idiot. Il est gentil. Et apaisant. Et doux. Et…
- Oui, j'ai compris l'idée, merci.
- N'empêche qu'il ira bien avec elle. »
Mathilde parait estomaquée.
« Quoi ?
- Bah oui. Ils sont tout les deux calmes et gentils.
- Je rêve. Tu ne mérites vraiment pas ton surnom !
- Tu pensais que je le méritais ?
- Non, mais là, c'est carrément Meath-la-résignée qu'on devrait t'appeler.
- Merci. Mais pour en revenir à mon suicide, je voulais savoir pourquoi tout me tombe dessus ! »
Elle me regarde comme si j'avais une case en moins.
« Quoi ?
- Oui. Cette année, tout va de travers, il m'arrive que des trucs dingues ! Et j'en ai marre. Je voudrais être tranquille. Avoir une vie normale au moins une semaine ! »
Elle soupire.
« Tu devrais consulter. »
Je me redresse.
« Quoi ? Tu pourrais me soutenir ou me croire, au moins ! »
Elle éclate de rire.
« Je n'ai pas dit que je ne te croyais pas. Je pense juste que si tu penses que c'est juste cette année qu'il t'arrive des trucs dingues, tu devrais consulter.
- Pardon ?
- Sans vouloir te vexer, tu as toujours attiré les ennuis et les trucs dingues. Si il y a un truc que je sais, c'est qu'avec toi on ne sait jamais ce qui va arriver.
- Alors j'ai une vie pourrie, et tout le monde le sait ? Et personne ne m'en parle ?
- Pourrie ? Attend, je paierais cher pour qu'il m'arrive autant de trucs. »
Je la regarde de travers. Elle est folle ? Elle veut aimer un type qui lui demanderait de séduire son amie ? Elle veut avoir de visions de son père ? Elle veut devenir rouge parce qu'elle se bat avec tout le monde ?
Sans compter tous les autres trucs qui me sont arrivés, comme cette fois où j'ai été privé de potion pendant une semaine parce que j'avais fait exploser l'un des murs de la salle, ou cette fois où je me suis battue avec une fille de Serdaigle et où je me suis retrouvée sous le saule cogneur.
J'ai échappé de peu à une branche qui allait me défigurer.
Seulement cette année, ce qui m'embête, c'est qu'il semble que Black soit là à chaque fois qu'il se passe un truc dingue. Non, c'est vrai, à chaque fois que je me ridiculise et que j'aimerais passer inaperçue, il surgit et…
Et rien, je dois dire qu'il sait tenir sa langue.
Je dois lui faire pitié, à lui aussi.
Et merde !
Je ne veux pas le savoir, je ne veux rien savoir. Je veux qu'on me laisse tranquille.
« J'échange quand tu veux.
- Ok. Et tu iras draguer ce type pour moi.
- Mathilde ! Je m'insurge. Ne l'invite pas !
- Pour que je reste toute seule ?
- Merci pour moi.
- Je veux dire être toute seule et regretter de ne pas lui avoir parlé. »
Elle a peut-être raison. Et j'aurais peut-être dû parler à…
Non. Ça n'aurait rien changé, apparemment. J'arrive trop tard. Encore.
« Va le voir. »
Elle me dévisage.
« Quoi ?
- Va le voir, si tu es sûre de toi. Sinon, tu regretteras de n'avoir rien fait. »
Elle m'enlace, et je lui rends son étreinte.
« Merci, murmure-t-elle contre moi. Tu es quelqu'un de bien, même si personne ne le voit.
- Non. Toi, tu es quelqu'un de bien. Tu t'occupes de moi alors que je suis une cause désespérée. Il ne peut pas t'ignorer, ce type. »
Elle me libère, et je fronce les sourcils.
« Par contre, je ne te laisserais l'inviter qu'à une condition ! »
Un sourire se dessine sur ses lèvres.
« Laquelle ?
- C'est quoi son nom ? »
Elle éclate de rire.
« Il s'appelle Marc. »
Je hoche la tête.
« C'est bon alors. Mais ne me laisse pas tenir la chandelle au bal. »
J'ai pris une voix suppliante.
« Ok. Tu ne comptes pas…
- Non. Puisqu'ils ne veulent pas de moi, j'irais seule ! »
Elle lève les yeux au ciel, et se relève.
« Et si un garçon t'invite ?
- Personne ne m'invitera, je suis une sauvage ! Et sinon je dirais non.
- Tu as une bonne raison ?
- Oui. Je veux que cette fête soit une soirée tout ce qu'il y a de plus tranquille, et qu'on me fiche la paix. Si j'y vais seule, j'ai plus de chances de passer inaperçue. »
Elle parait septique.
« Mouais. Tu attires les ennuis de toutes façons. Un mec te protégerait.
- Sauf si c'est lui qui m'apporte des ennuis.
- Tu peux te moquer de moi, mais tes idées sont encore plus débiles ! »
Quoi ? Mais non, pas du tout. Et puis de toutes façons, je refuserais si on m'invite, point !
En plus, je serais trop occupée à aider Lupin et Clara pour m'occuper de moi. Et puis personne ne m'invitera.
« Personne ne m'invitera, je te dis ! »
Elle me tend une main pour m'aider à me lever.
« Allez, on va dîner. »
Je boude sa main, et m'affale de nouveau sur mon matelas.
« J'ai pas faim. Laisse moi mourir en paix !
- Tu es sûre de vouloir rester là ?
- Oui. Je veux m'habituer à l'idée que je dois l'aider à séduire une autre fille avant de le croiser. »
Elle hoche la tête.
« Ok. Je comprends. Même moi, j'ai envie de lui lancer une assiette dans la tronche.
- Retiens toi quand même. C'est mon ami. »
Ami. Ce mot me donne envie de vomir. On se demande pourquoi.
« Je te rapporterais un truc si t'as un creux. Tu veux quoi ?
- Du chocolat. Peut importe quoi, tant que c'est à base de chocolat. »
Elle me fait un clin d'œil, et disparaît dans l'escalier.
Voilà, comme vous avez pu le constater, Lupin était vraiment amoureux de quelqu'un d'autre (pauvre Eileen). Mais la plupart d'entre vous pensaient à Mathilde
Et bravo à elayna, qui comme beaucoup suit depuis le début, mais avait non seulement compris qu'il s'agissait de Clara, mais avait aussi deviné qu'il allait lui demander de l'aide (ce qui n'était pas si dur à deviner quand on connait la chance d'Eileen ;-))
Bisous à tous, et à demain!
