Chapitre 9 . Viel homme.
Un vieil homme s'assit devant eux.
Ses yeux bleus étaient parfaitement encadrés par des lunettes.
Sa longue barbe trainait sur son ventre, et il portait de longs cheveux tout aussi gris.
Grand, maigre, revêche, il ne semblait pas à son aise dans un bistrot ensoleillé.
« Bon, je ne suis pas comme mon frère. Je ne vais pas vous faire des phrases philosophiques et vous donnez des bonbons au citron, si vous avez des questions, posez-les-moi. Mon frère est mort, il ne pourra vous répondre, mais je ferai de mon mieux. » Dit-il d'une traite.
Hermione resta bouche-bée devant Abelforth.
« Bonjour. Répliqua Harry. Vous voulez un bonbon au citron ? Continua-t-il avec un grand sourire.
Abelforth le regarda par-dessus ses lunettes, puis commanda à boire.
« Il y a vingt-deux ans ma mère est venue à Poudlard, je veux savoir, pourquoi elle est restée là-bas, et pourquoi mon père n'est pas venu la chercher !
-Tu as déjà questionné Rita sur cela. Il balaya de la main la question d'Harry. Je ne sais pas lire, mais je me tiens informé. Alors parait que tu déprimes et que tu es alcoolique.
-Je ne…
-Je sais. Lorsque ta mère est arrivée à Poudlard, tout le monde était avait peur. On ne trouvait plus ton père. Personne ne savait ce qui c'était passé. Elle est restée trois semaines dans le coma, quand elle s'est réveillée, elle ne disait pas un mot.
Il prit une gorgée de sa boisson.
-Puis elle a commencé à écrire sur des feuilles volantes qu'elle laissait trainer dans toute l'infirmerie. Elle écrivait des poèmes sur la vie. Sur les saisons, sur le temps, sur un papillon. Jamais sur elle, ni sur son histoire. Ni sur James, ou quelqu'un qu'elle connaissait. On a cru qu'elle avait perdu la mémoire.
Il posa ses lunettes.
-Un mois après son réveil, elle est sortie de l'infirmerie pour la première fois, et c'est dirigé vers la bibliothèque, elle se souvenait parfaitement où c'était. Elle a pris un livre sur,… Sur,… Je ne m'en souviens plus,… Un auteur anglais. Il écrivait des poèmes, très jolis.
Il joua quelques instants avec son verre.
-Puis elle a croisé Severus Snape. Il était déjà assis à une table. Elle s'est assise à la même table. Et elle a lu son livre. Elle ne l'a pas regardé une seule fois. Lui n'avait d'yeux que pour elle. Il ne l'a pas lâché du regard. Pas une seule fois. Lorsqu'elle a fini son livre, elle est partie, sans dire un mot.
Une nouvelle gorgée arrêta son récit.
-Elle a rejoint l'infirmerie. Albus était là, il lui a posé des questions, mais elle s'est juste couchée sur son lit. Le regard un peu triste. Pendant un mois, tous les samedi matin, elle rejoignait la bibliothèque. Elle s'asseyait à la même table que Severus Snape. Puis rejoignait l'infirmerie lorsqu'elle avait fini son livre.
Un moment de silence fit suite à son récit. Puis il reprit.
-Un jour, une épidémie de grippe frappa l'école, Poppy Pomfresh demanda à Albus de la déplacer, car elle avait peur que Lily attrape la grippe. Albus la déplaça dans un appartement près de la bibliothèque. On n'avait toujours pas de nouvelle de ton père. Les aurors cherchaient depuis trois mois. C'était rare qu'une recherche dure autant de temps. Normalement soit on retrouvait les gens vivants au bout d'un mois, ou mort après deux mois, torturés par Voldemort.
Il reprit ses lunettes.
-Elle avait un train de vie calme, se levait, mangeait, écrivait, lisait, dormait. Un jour, elle vint chercher Severus Snape, alors qu'il était en plein cours. Elle lui murmura quelque chose à l'oreille et repartit. A partir de ce jour, chaque soir, elle rejoignait la Grande salle et mangeait au côté de Severus Snape. Mais elle ne disait rien.
Il reprit une gorgée, tritura son pull quelques instants, baissa les yeux et repris.
-Certains élèves disaient que Severus Snape venait le soir chez Lily et ne repartait que le matin pour ces cours. Albus ne m'en a jamais parlé. Il me disait la voix pleine d'émotions, que Severus Snape avait beaucoup fait pour Lily, mais il n'a jamais voulu me parler de ce « beaucoup ». Il me disait qu'il était resté des heures dans l'infirmerie en attendant qu'elle se réveille. Puis qu'il passait son temps à vérifier qu'elle n'avait besoin de rien, qu'il était toujours là. Toujours là pour elle.
Il releva les yeux.
-Trois mois après sa sortie de l'infirmerie, elle commença à reparler. Tout d'abord avec ses plantes, puis avec des fantômes, la bibliothécaire, quelques élèves, quelques professeurs, Albus, Severus. Elle ne parlait jamais de sa vie, jamais d'elle-même. Des qu'on parlait d'elle ou de son mari, elle se refermait. Sinon, au contraire, elle souriait, elle parlait de fleurs et de potions, elle riait aux blagues, appréciait les mots que lui disaient Severus, et elle continuait d'écrire.
L'homme reprit une gorgée, puis continua son récit.
-Un mois après cela, elle a pris ces affaires, elle a dit merci, au-revoir. Et elle est repartie vivre tranquillement chez elle. Il nous fallut encore deux mois avant de retrouver ton père. Enfin,… Il a juste réapparu un matin à son travail, sans rien dire d'autre. Il n'a jamais répondu à nos questions. Il a juste dit un jour à la presse qu'il était parti en vacances »
L'homme arrêta son récit, là. Il finit sa bière en silence. Pendant qu'Harry ne disait rien et Hermione restait en mode choc.
Puis il se leva. Harry fit de même, et lui tendit la main. Abelforth la serra.
« Bonne chance p'tit gars… Si tu veux des réponses,… A toi d'aller les chercher.
-Merci,… Merci pour le récit. »
Le vieil homme fit un signe de tête vers Hermione et partit en silence.
