Chapitre 5 :

Quand ils avaient franchi les portes de la Grande Salle en même temps que les autres élèves, Victoire n'avait pu s'empêcher d'avoir un grand sourire. Elle était de retour dans ce qu'elle considérait comme sa seconde maison. Elle avait levé les yeux au ciel, observant le plafond magique qui pour l'occasion s'était paré de ses plus belles étoiles, dévoilant un ciel nuageux et noir de l'encre de la nuit. L'année passée, il l'avait impressionnée. Elle était sûre d'avoir eu l'air d'un poisson hors de l'eau tant elle avait été ébahie malgré ce que lui avait raconté Teddy déjà.

Elle avait aperçu celui-ci en sortant des calèches. Il s'était tout de suite dirigé vers le château, flanché de ses amis, pendant que Marc essayait de la convaincre qu'elle pouvait toucher les sombrals et qu'ils n'étaient pas si effrayants que ça. Il lui avait raconté que d'après ce qu'il savait, ils vivaient dans la forêt, se nourrissait de viande pourrie et étaient assez doux si on ne les embêtait pas trop. Elle avait tendu sa main, timidement, avant de reprendre courage et de la poser sur l'un des animaux. C'était rugueux, avec quelques poils. Assez étrange comme sensation. Elle avait aussitôt retiré sa main.

Les professeurs Cauldroy et Tempel, à l'entrée, les avaient pressés pour qu'ils s'installent à leur table. Elle avait donc retrouvé celle de Gryffondor avec ses amis. Ils s'étaient installés un peu avant le bout, où ils se situaient l'année passée. Ils avaient une année de plus, c'était à la place des secondes années qu'ils devaient à présent s'assoir.

Harper avait quant à elle rejoint avec déplaisir la table de Serpentard. Elle avait confié à Marc qu'elle espérait que certains premières années seraient suffisamment sympathiques pour qu'elle s'entende avec eux, cette fois. Ils avaient également revu Leonore, qui n'avait apparemment pas raté le Poudlard Express, mais elle ne leur adressa pas la parole. Victoire n'eut pas le temps de sortir de sa stupeur pour réagir : les premières années allaient arriver.

Tous les professeurs étaient retournés à leur place, excepté le professeur Flitwick, sous-directeur de l'école, qui devait accueillir les nouveaux élèves. On avait disposé au centre de l'estrade, devant la table des professeurs, le choixpeau magique sur un tabouret. Les étudiants déjà répartis se turent petit à petit. Les Grandes Portes s'ouvrirent enfin sur une quarantaine d'enfants en tenue de Poudlard sans aucun signe distinctif de maison, à moitié excités, mais tout aussi terrifiés.

Ils s'agglutinèrent à l'entrée de la Grande Salle sans trop oser s'avancer. Les plus hardis s'étaient mis devant, pour mieux voir ce qui allait se passer. Certains semblaient y avoir juste été poussés par les autres, tant ils paraissaient pétrifiés. Le professeur Flitwick se dirigea alors vers le tabouret, sortit un long parchemin de sa manche, et posa sa baguette sur la gorge pour faire enfler sa voix. Commença alors la longue liste des appelés.

Cette année était particulière également pour Victoire puisque sa cousine Molly la rejoignait. D'après ce qu'elle avait pu apprendre par son oncle Percy, la petite fille avait piaillé tout l'été à propose de sa lettre et de la rentrée. A en devenir imbuvable. Enfin, de l'avis de son aînée, Molly était quand même une sacrée peste en général. Elle n'avait absolument pas hérité du caractère sérieux de son père et s'était spécialisée dans les caprices d'enfant gâtée. Que ses parents satisfaisaient en général, débordés. Elle en était devenue insupportable pour la plupart de ses cousins. Victoire se demandait bien où elle allait aller. Elle ne la voyait absolument pas à Poufsouffle, et n'avait aucune envie de la voir à Gryffondor, à pépier dans leur Salle Commune. Peut-être à Serpentard, son côté manipulateur y ferait fureur...

« James Castle. » Prononça d'une voix flûtée le professeur Flitwick, la faisant sursauter.

Elle n'avait pas du tout écouté le début de la cérémonie, sachant que sa cousine serait citée parmi les derniers. Mais ce nom l'interpellait. Elle releva la tête. C'était exactement le même que celui de Leonore. C'était peut-être un nom de famille commun mais elle ne croyait pas aux coïncidences. Elle coula un regard vers son amie et la vit se tendre sur le banc alors que celui qui semblait être de sa famille s'avançait sur les pavés clairs de la salle.

Il avait en effet le même regard vert émeraude que la jeune fille, et la même mâchoire un peu carrée, proéminente. Ses cheveux étaient blonds et non pas roux, et il était plus petit que sa cousine, mais ils étaient indéniablement de la même lignée. Leonore n'avait pas de petit frère, ce devait donc être l'un de ses cousins. Ou quelque chose s'en approchant. Les familles de sang-pur étaient toujours assez compliquées, Victoire en savait quelque chose.

Le garçon posa avec assurance le choixpeau sur sa tête. Il ne fallut que quelques secondes à celui-ci pour crier son verdict :

« Serpentard ! »

Il n'y avait pas eu l'ombre d'une hésitation. James s'était alors dirigé tranquillement vers sa nouvelle table, un petit sourire ravi aux lèvres. Une fois assis parmi les autres et acclamé comme il se devait, Victoire l'avait vu vriller son regard dans celui de sa supposée cousine, qui serra un peu plus les poings sous la table. Ils ne s'appréciaient indubitablement pas. La jeune blonde se promit de tirer cette affaire au clair. Etait-il la raison pour laquelle Leonore les évitait ? Cherchait-elle à les cacher parce qu'elle avait honte ? Avait-elle-même honte de sa maison ? Non, c'était impossible. Pas elle. Pas elle qui était si fière de porter les couleurs du courage, et de l'incarner aussi bien. Ce devait être autre chose. Forcément.

Victoire resta ainsi à gamberger plusieurs minutes. Pendant ce temps, la liste des nouveaux élèves diminuait de plus en plus. Conebeam, Martins, Salinger… Petit à petit, les tables se remplissaient, accueillant leurs nouveaux membres, leur réservant à chacun un sourire et une accolade. Quand le nom de sa cousine la fit relever la tête. Elle était la seule nouvelle élève encore non attribuée. La seule à se tenir devant le tabouret.

« Molly Weasley. » Annonça le sous-directeur.

« Encore un Weasley ? Nouvelle génération, n'est-ce pas ? J'ai déjà réparti ta cousine l'année dernière, si je me souviens bien… » Murmura le choixpeau alors qu'on le posait sur la tête de la jeune rousse.

Après quelques instants de réflexion, quelques murmures inaudibles pour les autres, le couvre-chef magique rendit sa décision :

« Ce sera… Serdaigle ! »

« Je n'y aurais jamais pensé ! » Ne put s'empêcher de s'exclamer Victoire de surprise.

« C'est ta cousine, n'est-ce pas ? » Lui demanda, intriguée, Mary.

« Oui, c'est la fille aînée de mon oncle Percy, le frère de mon père. Si tu veux mon avis, c'est une vraie peste, mais apparemment, le choixpeau n'a pas remarqué que ça. Je me demande ce que cela va donner… » Pensa à voix haute l'interpelée.

L'arrivée des plats sur la table coupa court à ses réflexions. Il y avait des priorités dans la vie. Et la nourriture de Poudlard en faisait partie. Tout particulièrement quand les elfes de maison se coupaient en quatre – façon de parler pour des cuisiniers – pour leur mijoter leurs meilleurs plats en l'honneur de la rentrée. La jeune fille remplit alors son assiette de tout ce qu'elle pouvait contenir et plus encore.

Quand ils furent enfin rassasiés de tous les mets qu'ils avaient pu goûter, la directrice de Poudlard se leva pour inviter les préfets à emmener les élèves dans leur Maison. Tim et Jill se mirent alors en bout de table et les invitèrent tous à les rejoindre, ce qu'ils firent avec plus ou moins d'enthousiasme. Celui-ci étant pour la plupart inversement proportionnel à la quantité de nourriture engloutie et pesant sur leur estomac. Marc ne put s'empêcher de prendre quelques photos, et ils arrivèrent rapidement aux dortoirs qui les séparèrent. Petit à petit, la Salle Commune se vida.

Victoire choisit cependant d'y rester quelques minutes. Elle fit un tour sur elle-même pour observer la pièce. Rien n'avait changé depuis l'année passée. Tout était à sa place. Les fauteuils d'un rouge profond et les carreaux de velours assortis. La grande cheminée en pierre de taille dont l'âtre rougeoierait encore tard dans la nuit. Le jeu de bavboules installé sur une des petites tables en marqueterie, à l'autre bout de la salle. Les tableaux par centaines sur des mètres et des mètres de hauteur, qui se disputaient la scène à qui verrait le mieux les nouveaux occupants du premier étage des dortoirs. La grosse dame qui les avait laissés passer qu'après s'être assurée que chacun retiendrait son mot de passe. Prévoyant déjà les futurs étourdis.

Tout était à sa place. Elle était à nouveau chez elle. Finalement plus qu'à la Chaumière aux Coquillages, à présent. Poudlard était un lieu singulièrement chaleureux et accueillant. Elle ne regrettait pas une seconde de l'avoir préféré à Beauxbâtons. Elle sentait instinctivement que l'esprit de cette institution était particulier.

La jeune fille s'installa dans un fauteuil, près du feu, pour savourer cette sensation unique d'harmonie, d'être là où elle devait être. Elle ferma les yeux un instant, croisant ses mains autour de ses genoux relevés. La douceur de l'âtre l'enveloppait et l'empêchait d'avoir froid malgré l'heure tardive et les températures qui baissaient. Ses amies étaient toutes remontées au dortoir et elles devaient déjà se distribuer les lits et les tablettes des lavabos bien que finalement, elles reprendraient sans doute la même configuration que l'année passée. Léonore était montée sans un mot ni un regard.

« Alors il paraît qu'on assassine des gens quand on s'ennuie l'été ? » L'interrompit soudainement une voix grinçante. « Ça fait quoi d'être devenue une célébrité ? »

Victoire ouvrit brusquement les yeux et tourna la tête vers celle qui venait de lui adresser la parole. Ashley Driver, évidemment. Cette fille lui cherchait des noises depuis qu'elle était arrivée l'année passée. Elle lui mettait des baguettes dans les roues le plus souvent possible, et plusieurs fois, Victoire avait écopé d'une retenue par sa faute. Cette fille était une vraie garce.

« Tu n'en as pas marre, de raconter des idioties à longueur de journée ? » Soupira-t-elle.

« Tous les journaux en parlent, Weasley. Pour l'instant, tu n'es que témoin, mais tu verras que cela va vite s'envenimer. Je me demande ce que les autres vont penser, quand ils sauront que tu as peut-être tué un vieil homme. Ce qu'ils vont se dire de la si gentille et si dévouée seconde année à qui il ne vaut mieux pas se frotter. »

« C'est totalement stupide. Personne ne peut croire à ça. Je ne connais encore presque rien à la magie. »

« Si ça n'est pas toi, tu as forcément vu ce qui s'était passé, puisque tu étais là. Alors tu couvres le meurtrier. Tu as raison, c'est beaucoup plus crédible et je suis sûre que ça fera un tabac quand j'en parlerai ! Merci de t'être donnée la peine de m'aider. » Susurra-t-elle.

« Personne ne te croira. Tu peux dire ce que tu veux, je m'en fiche. Les journaux arrêteront bientôt de parler de mon rôle. Mon oncle Harry trouvera d'autres éléments qui lui permettront de… »

« Mieux te couvrir ? Te disculper parce que tu es sa nièce chérie ? Tu me dégoûtes, Weasley. » Cracha Ashley.

« Tu racontes n'importe quoi ! Tu sais très bien que je n'ai rien à voir avec ça ! »

« Oh, je m'en doute. Mais ça m'amuse de savoir que tu vas devoir faire avec cette rumeur. Ça va te pourrir la vie. Quelque part, ça me réjouit. Tu n'as même pas idée à quel point. Je sens que je vais beaucoup m'amuser cette année. » Annonça sa rivale avec un sourire immense.

La jeune fille se retint de lui casser la figure. Ça n'était le moment de faire des émules. Elle remonta les escaliers vers son dortoir, sans dire un mot, les poings serrés, frémissant de rage. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle ait des ennuis ? Pourquoi fallait-il toujours qu'il y ait une pimbêche sur son chemin pour répandre des saletés sur elle ? Elle savait très bien qu'elle n'avait rien à cacher, qu'elle n'avait rien fait, mais elle allait dire des méchancetés sur son dos, et les gens la croiraient. Il n'y avait pas de fumée sans feu, comme on disait. Personne ne pouvait donc la laisser tranquille.

Quand elle remonta à son dortoir, elle trouva ses amies au centre de la pièce, en train de discuter ardemment. Elle s'approcha alors et demanda à la cantonade ce qui se passait. Leur présence la calmait un peu, c'était bon pour ses nerfs. Lyra se tortilla alors d'un pied sur l'autre et lui avoua en chuchotant presque :

« Leonore ne veut plus dormir dans le lit à côté du tien comme l'année dernière. On n'arrive pas à trouver une configuration de chambre qui fonctionne pour tout le monde. »

« Je refuse d'être trop près d'une fenêtre ! » S'exclama Mary. « Je vais avoir le vertige à chaque fois que je me lèverai. »

« Et moi j'ai besoin d'un peu de place pour tous mes livres… » Risqua Lyra.

C'en fut trop pour la jeune fille. Elle laissa exploser sa colère. En voyant son visage devenir rouge, ses amies reculèrent d'un pas, inquiètes. Victoire pointa du doigt la poitrine de Leonore, frémissante.

« Ecoute-moi bien parce que je ne vais pas le répéter. Je ne sais pas ce qui s'est passé l'année dernière pour que tu m'en veuilles à ce point. Je ne sais pas ce qui s'est passé cet été pour que tu ne donnes de nouvelles à aucun d'entre nous, en bafouant tous les principes de l'amitié et en nous laissant tomber sans même donner aucune explication. A vrai dire, je n'en ai même rien à faire. Tu as pu être manipulée par un marabout du Zimbabwe que je m'en fiche royalement. J'ai autre chose à faire que de complaire à une princesse en manque d'attention.

Mais maintenant tu vas arrêter tes caprices et faire comme ça nous arrange. Tu es dans le même dortoir que moi, que ça te plaise ou non. On va encore partager la même chambre et la même salle de bain pendant six ans. Alors tu as plutôt intérêt à t'y habituer et à cesser tes simagrées. Tu peux penser ce que tu veux de moi mais il n'est pas question que tu pourrisses l'ambiance dans cette chambrée. Alors tu remballes ta salive, tes arguments, tes affaires, et tu t'installes là où on a dit que tu t'installerais. Immédiatement. J'espère que j'ai été suffisamment claire. » Lui asséna-t-elle d'un ton glacial.

Avant que la rousse n'ait pu réagir, bouchée bée comme les deux autres jeunes filles, Victoire rejoignit son lit et tira les rideaux d'un coup sec avant d'insonoriser son espace personnel. Elles ne pouvaient plus l'atteindre. Une fois seule, elle se déshabilla rapidement, jetant ses affaires au bout de son lit et se glissa sous les draps froids. Le lendemain serait peut-être une meilleure journée.

Ce fut un grand soleil qui la réveilla. Il transperçait les interstices entre les lourds rideaux de velours. Ses yeux papillonnèrent et sa conscience refit doucement surface. Elle était à Poudlard. Elle allait entamer sa seconde année. Hier soir, elle s'était disputée avec les filles. Et si elle en croyait son réveil, elle devrait être dans la Grande Salle d'ici quelques minutes à peine pour recevoir son emploi du temps !

Victoire sortit alors en catastrophe de son lit, enfila son uniforme à la va-vite, passa quelques coups de brosse dans ses cheveux tandis que Mary attachait les siens devant son lavabo. Elle lui adressa un sourire timide à travers son reflet dans le miroir et Victoire le lui rendit avec sincérité, soulagée. Elle récupéra son sac dans sa malle, fourra quelques parchemins et plumes, ce qu'elle n'avait pas eu le temps de faire la veille, et descendit les escaliers avec les autres.

Alors qu'elle rejoignait sa table, Victoire entendit des chuchotements sur son passage. Elle n'y prêta cependant pas attention, obnubilée par le futur emploi du temps qu'elle allait recevoir et qui scellerait sa tranquillité cette année. Elle s'installa à côté de Mary après avoir souri à Lyra en face d'elle pour la rassurer quant à leur amitié. Elle tenait toujours, si elle aussi le voulait bien. Victoire était une jeune fille sanguine, elle le savait, elle s'emportait facilement mais elle n'avait pas la rancune tenace. Contrairement à certaines, constata-t-elle en voyant que Leonore s'était assise beaucoup plus loin, au milieu de quatrième années qui la regardaient avec étonnement. Elle ne laissa cependant pas son moral s'assombrir.

« Alors, il paraît qu'on va avoir de nouveaux cours, vous êtes au courant ? » Demanda avec excitation Marc.

« Comment tu sais ça, toi ? » Fit Duncan en fronçant des sourcils.

« Je suis presque journaliste, au cas où vous n'auriez pas remarqué. Je remarque tout. Et ça n'est pas très difficile d'écouter les autres élèves en parler. Vous n'aviez peut-être pas fait attention l'année dernière, mais moi si. » Se rengorgea le jeune homme.

« C'est vrai que Teddy m'en avait parlé une fois dans ses lettres… Mais je n'étais qu'en primaire, alors je ne m'y suis pas attardée, Poudlard entier semblait être génial. » Sourit Victoire.

Enfin, les professeurs passèrent entre les rangs pour distribuer les parchemins contenant leurs réponses, sous l'agitation de chacun. Les élèves plus âgés découvraient l'agencement de leurs options, pas toujours avantageux. Les premières années étaient simplement fascinés par toutes les matières auxquelles ils allaient assister, si différentes de leur école primaire, qu'elle soit moldue ou non.

« Regardez, on commence plus tard le mercredi et le jeudi ! On va pouvoir dormir ! » S'enthousiasma aussitôt Mary.

« On a deux nouveaux cours… La législation magique et les outils magiques. Je me demande ce que ça cache… »

« On va bientôt le savoir, on a législation cet après-midi ! »

« J'espère que ça ne sera pas encore un truc barbant… »

« En attendant, on a métamorphose, et je ne suis pas sûre que le professeur McGonagall apprécie de nous voir arriver en retard. » Glissa Victoire.

Ils finirent alors rapidement leur petit-déjeuner pour aller dans leur salle de classe. La rentrée commençait enfin.