Hello les amis!

Désolé encore pour le retard (deux magnifiques SLG ont eu le temps de se pointer entre temps), mais ne vous inquiétez, je suis loin d'oublier cette histoire :) D'ailleurs les vacances approchent, donc logiquement vous aurez bientôt un nouveau chapitre ! Et sinon, Mathieu n'a pas ni les cheveux rasés ni les lunettes pour l'instant (et jamais, ô grand jamais ses cheveux seront coupés ici).
Merci encore pour les reviews, favs, et follows ! Ca me fait hyper plaisir de voir que l'histoire vous plaise ! Et excusez moi encore, je n'ai pas répondu à toutes...
D'ailleurs je réponds à Okeanonos ici (car j'ai pas pu lui envoyer de MP).
Je précise que dans le chapitre précédent, Mathieu et Antoine s'embrassent, ça paraît pas clair pour tout le monde. Je l'ai voulu comme ça, l'histoire évolue à travers son point de vue et Mathieu ne comprends pas trop ce qu'il se passe et à du mal à réaliser sur le moment. Du coup voilà. Mais je me demande si j'ai bien fait de faire ça du coup... 'fin bref. Au pire je modifierai si c'est vraiment gênant, pour moi ça semblait encore clair. BREF.
Enfin je vais prendre une résolution à partir de maintenant: répondre à toutes les reviews au tout début. Comme ça, je m'embrouille pas, parce que je sais jamais à qui j'ai répondu en fait (oui je suis pas douée et j'vous prout.)

BREF (je dis un peu trop bref) je vais pas vous déranger plus longtemps. Je me suis encore améliorée, ce chapitre fait quasi 7 pages (ouioui, j'me suis faite plaiz)

N'hésitez pas à laisser une review. A très vite !


Quatre jours. Quatre putains de jours qu'ils se sont embrassés. Quatre jours de réflexions, quatre jours de prise de tête, quatre jours de vide. Quatre jours tout simplement horribles. Quoi qu'il fasse, son cerveau lui rappelle sans cesse cet incident tout à fait imprévu et impensable. Qui a commencé ? Lui ? Il ne veut pas assumer. Antoine ? Il ne veut pas lui rejeter la faute. Parce que oui, Mathieu Sommet, 26 ans et Youtuber de renom, a kiffé embrassé son meilleur pote.

Il ne s'en remet pas. Pas parce que c'est un mec, non. Mathieu s'en contrefout, fille ou garçon, tout ça lui importe peu. Mais bordel, on parle d'Antoine là ! Le déluré, le psychopathe, celui qui hurle les pire horreurs du monde ! Merde, pourquoi ce genre d'embrouille tombe toujours sur lui ? Le petit châtain en devient presque malade. Enfin si, il en est carrément malade. Le souvenir de ce baiser s'impose encore et encore, et il faut bien avouer que c'en est presque agréable. Le schizophrène surprend son cœur à rater un battement à chaque fois qu'il se ressasse ce moment horriblement plaisant. Non, décidément, il ne peut nier que ce baiser l'ait laissé de marbre. Impossible. Mais qu'est-ce qu'il se putain de passe dans sa tête pour qu'il puisse arriver à penser ça ? Une raison. Il doit y avoir une raison.

Est-il... Amoureux ?

Amoureux ? Amoureux d'Antoine Daniel ?! Mathieu plonge ses ongles dans sa chair. Impossible, tout simplement impossible. Il a tellement envie de cogner sa tête contre un mur pour libérer toute cette frustration, cette putain de frustration qui est en train de lui pourrir la vie.

Pourquoi ? C'est la question qu'il se pose le plus ces derniers jours. Pourquoi ces sentiments soudains, pourquoi ce baiser, pourquoi il n'a pas résisté, pourquoi Antoine.

Le jeune homme n'en peut plus de ce nom, de cette équation impossible à résoudre. Pourtant, elle tourne en boucle dans sa tête, comme une mauvaise chanson dont on essaie tant bien que mal de se débarrasser. Un CD qui a trop tourné et qui finit par se rayer, crachotant dans une lente agonie sa mélodie sans aucun sens. Ça lui donne envie de le haïr. Oui, ce serait tellement plus simple, si ils se haïssent. Il veut le haïr autant qu'il se hait maintenant. Merde merde merde. La culpabilité le bouffe de l'intérieur, telle une bête affamée, recrachant une haine profonde envers lui-même. Le petit châtain a l'impression d'être le mec le plus con de l'Univers

Embrasser son meilleur ami. Il n'y a que Mathieu pour faire ça.

Une cigarette. Il me faut une cigarette.

Le Youtuber se jette désespérément sur un sac se trouvant juste à ses côtés et fouille d'un geste maladroit et rapide son unique poche, avant de trouver son petit trésor empoisonné. Tout en se précipitant vers son balcon, le présentateur de SLG sort péniblement son briquet de sa poche trop étroite. Il retire une de ses précieuses cigarettes de son paquet dès qu'il passe la porte, et réussit à l'allumer, malgré le vent qui essaie de l'en empêcher. Le jeune homme se délecte de la fumée pénétrant dans ses poumons, cette fumée qui le détend mais qui le pourrit doucement. « Échange équivalent » pense-t-il. Son estomac se desserre enfin, et le petit châtain profite de ce court répit pour ne plus penser à rien. Le regard posé sur Paris, ville infinie et aussi grise que son humeur, il observe tranquillement les passants se mouvoir, continuant leur routine peu importe ce qu'il leur arrive. Il n'y a que lui, face au monde, en compagnie de sa pauvre cigarette. Mathieu fini par sourire doucement, pour la première fois depuis quatre jours. Le tabac lui fait presque l'effet d'un joint, et même si il n'est pas totalement soulagé de ce poids qui lui pèse dans le ventre, c'en est devenu beaucoup plus supportable. Le Youtuber sent peu à peu la motivation lui revenir miraculeusement. Il a envie de sortir, de voir du monde, de foutre quelque chose de sa journée. Pour aller où ? Il ne sait pas. De toute façon, tout lui va. Il est hors de question pour le jeune homme que le chevelu gâche une fois de plus sa journée. Aujourd'hui, il emmerde Antoine, et lui adresse mentalement un beau gros doigt d'honneur. Qu'est-ce qu'il lui prend à ce con, de venir l'embrasser et de partir voir sa pute juste après ? Ça le dégoûte, maintenant qu'il y repense. Pourquoi il s'est laissé faire, putain ? Il aurait dût le repousser, le frapper, le tuer sur place ! Merde. Il aurait tellement dû le faire souffrir à cet instant.
La prochaine fois qu'il le verra, il le défoncera. On ne se fout pas comme ça de Mathieu Sommet.

Au moment où il s'apprête à sortir son téléphone de sa poche pour appeler des amis, un poing sec se fait entendre dans l'appartement.

C'est avec une légère appréhension que le jeune homme tourne la tête, pour enfin prendre lentement la direction de la porte. Il n'attend personne, pourtant.
Qui est-ce que ça pouvait bien être ?

Arrivé à l'entrée, il pose doucement sa main sur la poignée, hésitante. Un sentiment paradoxal l'immobilise subitement, l'empêchant alors de faire quoi que ce soit. « Putain Mathieu, pourquoi avoir peur ? Reprend toi, merde ! Tu crois quoi ? Que c'est le mec qui t'a laissé en plan qui revient ? Sois pas si naïf. C'est qu'un con, un lâche, un putain de lâche. Oublie-le. » Oui. Pourquoi Antoine reviendrait ? Il n'a strictement rien à faire ici. « Alors ne panique pas. Et ouvre cette porte. »

Alors il l'ouvre.
Et regrette aussitôt son geste.

« ...Antoine ? »

Le grand ébouriffé se tient tout simplement là, devant lui, sa respiration saccadée comblant le silence qui plane entre les deux garçons. Sa poitrine se lève et se relève bruyamment, et ses cheveux sont encore plus ébouriffé que d'habitude.
Le petit châtain aurait tellement voulu lui cracher les pires insultes, l'engueuler, le frapper, le torturer, lui claquer la porte au nez. Mais non. Il ne peut pas. Il n'y arrive pas, alors qu'il était capable des pires horreurs il n'y a même pas une minute.

Mathieu se haït un peu plus à cet instant-là.

Le jeune homme se sent vide, complètement vide, comme si la simple venue de l'homme qui lui fait face coince les rouages rouillées de son esprit. Son cerveau ne réfléchit plus, son corps n'obéit plus. Il n'y a que son cœur, témoin du semblant de vie persistant encore en lui, qui bat nerveusement dans sa cage thoracique.

D'ailleurs, comment a-t-il pu arriver jusqu'ici ? Il lui fallait un code pour pouvoir entrer dans l'immeuble, code qu'il ne lui a jamais communiqué. L'aîné finit par déglutir difficilement devant le visage complètement stoïque d'Antoine. Putain. Ce gars-là lui fait vraiment voir de toutes les couleurs. Et c'est carrément flippant.

- Qu'est ce que tu fiches ici ? réussit enfin à articuler le présentateur de SLG.

- J'ai ramené un film à regarder.

- ... Tu te fous de moi, là.

- Shining, c'est ton film préféré, non ?

- C'est pas la question.

- Et des bières. Les bières belges, je sais que t'aimes ça.

- Antoine, tu te fous vraiment de ma gueule, c'est pas possible.

- Allez mec.

- Écoute...

- S'il te plaît.

- Ça t'arrive des fois d'être attentif à ce que je dis ?

- En plus j'ai jamais vu Shining .

- Tu l'as déjà vu des milliers de fois Shining.

- Ok j'avoue. Et alors ?

- T'es ridicule.

- Mais j'ai des bières. Des bières belges. Tu vas pas cracher sur des bières quand même.

- J'suis désolé mec mai-

- PUTAIN MATHIEU TU FAIS CHIER LÀ TOUT CE QUE JE VEUX C'EST JUSTE REGARDER CE FILM DE MERDE EN BUVANT CES BIÈRES DE MERDE ET BORDEL JE M'EN BATS LES COUILLES DE CE QUE TU PEUX PENSER EST-CE QUE C'EST PUTAIN DE TROP TE DEMANDER ?!

Il écarquille des yeux. Le cri d'Antoine se suspend quelques secondes dans l'immeuble avant de mourir doucement et lamentablement dans l'atmosphère. Tout lui échappe, il ne comprend plus rien. Enfin, y a-t-il au moins quelque chose à comprendre ? Le brun l'embrasse, va voir la Fille juste après, et revient quatre jours plus tard proposer de regarder un film tout en buvant de la bière comme si de rien n'était. Il n'y a strictement aucune logique là-dedans. Mais justement, c'est ça, la logique d'Antoine : de ne pas en avoir.

Les deux garçons se fixent, comme par défi. Pour voir qui d'entre eux deux allait tomber en premier.

« Et pas question que ça soit moi. »

Les yeux du schizophrène plongent dans ceux indescriptibles du psychopathe, emplie d'arrogance, de dédain et d'insolence. On dirait que le présentateur de What the Cut ?! prend un certain plaisir sadique à torturer son « ami ». Ouais. Il prend son pied. Il aime ça.

Le petit châtain se surprit à être dégoûté de ses yeux, ses yeux qu'il admirait autrefois.

Son esprit est scindé en deux, tiraillé entre deux envies douloureuses et paradoxales, pendant que le regard de son camarade poignarde viscéralement son cœur. Il doit choisir, et vite. Et ça fait mal, putain de mal. Mais malgré tout, il n'arrive pas à le haïr. Il est même content.

Oui, il est content de le voir, bordel ! Content de voir sa vieille face, sa vieille dégaine, ses vieux cheveux ébouriffés, de voir qu'il ne l'a finalement pas oublié et abandonné. Il a tellement envie de le prendre par les épaules, dire que tout ça n'est pas grave, que ça arrive, que c'est normal. Il veut lui dire qu'il veut bien regarder ce film de merde et boire ces bières de merde avec lui. Lui dire qu'il lui a pardonné. Lui dire qu'il a tout oublié.

Le problème, c'est qu'il n'a pas oublié. La scène est encore trop fraîche, trop encrée dans sa mémoire. La vision du baiser et de son abandon revient inlassablement devant ses yeux, toujours aussi nette et précise.

Non, il n'arrive pas à oublier. Il n'arrive pas réellement à pardonner. Mais merde, qu'est-ce qu'il le veut. Antoine, c'est son pote, c'est son frère, même si le jeune homme conçoit qu'embrasser son frère c'est un peu malsain. Il veut pas le jeter comme ça, comme une merde. Il peut pas. Antoine est con, mais Antoine est pas méchant. Antoine ne le mérite pas. Non, Antoine ne le mérite pas.

Le petit châtain soupire, et finit par ouvrir grand la porte.

« Entre. »

À sa grande surprise, le grand n'esquisse même pas un sourire. Pas un regard conquérant, pas un rire satisfait. Rien. Le néant. Il se contente juste de rentrer dans l'appartement du châtain, d'un pas lent nonchalant. « C'est quoi encore ce bordel ? » Mathieu regrette une nouvelle fois son geste.

L'aîné prépare donc le film, tandis que son collègue se contente de s'affaler sur le canapé, sans un mot, déposant dans un bruit lourd le pack de bières sur la table. Et quand le présentateur de SLG finit par le rejoindre dans le sofa, c'est un Antoine complètement désintéressé qu'il trouve à ses côtés.

Il comprends pas. Il comprends plus rien. Il n'a jamais compris grand-chose, de toute façon.

Mathieu a pourtant vu ici une occasion d'arranger la situation. Alors, pourquoi ce con ne fait pas le moindre effort pour résoudre tout ça ? D'ailleurs, pourquoi il est revenu tout court ? Putain, qu'est ce qu'il est débile, quand il s'y met. Qu'il se casse. Il aurait dû claquer cette foutue porte au même moment où il l'a aperçu.

Le petit châtain s'assoit et se mords les lèvres, frustré. Non, décidément, il n'a pas le courage de le jeter dehors, parce qu'il veut sentir sa présence à ses côtés. Plus rien n'a de sens, et encore faut-il qu'il y en ait eu. Puis pour encore plus compliquer les choses, il y a la Fille. La Fille et Antoine, Antoine et la Fille. Quelle est la nature de leur relation ? Simples amis, meilleurs potes, sexfriends, amants, amoureux... ?

Amoureux. Ce dernier mot lui fait étrangement mal. Mais si vraiment Antoine l'est, pourquoi l'avoir embrassé ?

Le film démarre, mais les yeux vides du schizophrène n'enregistrent aucune image.

Antoine et lui se sont embrassés. Pourtant ils ne sont pas amoureux. Oui, tout ce que le plus petit a ressenti jusque là, ce sont de faux sentiments. Parce qu'il est seul depuis trop longtemps, c'est ça. Rien de plus. Mais pourtant, l'autre ébouriffé s'est laissé faire. Ce qui est encore plus perturbant.

...Peut-être qu'il a aimé ?

Cette question angoisse Mathieu, réellement. Il espère secrètement que le grand brun ait apprécié ce moment éphémère, ce petit moment suspendu dans le temps, rien qu'à eux. Qu'au fond de lui, une petite flamme s'allume à chaque fois qu'il se ressasse ce souvenir horriblement plaisant.

Ou peut-être que lui a été trop insistant sans le vouloir... Merde. Il ne sait plus.

Le petit châtain se roule en boule dans le canapé, pendant que l'autre ébouriffé enchaîne les bières, sans le moindre mot. Le schizophrène observe du coin de l'œil son camarade boire le breuvage alcoolisé d'un seul trait, avec sa pomme d'Adam qui se mouve à chaque gorgée. Ses lèvres frétillent alors, réclamant timidement celles du grand brun sur les siennes. Putain, qu'il est beau. Qu'il est beau avec ses cheveux fous, ses yeux chocolats, son teint légèrement mat, ses grandes mains, ses grands bras, son grand sourire, ses mimiques exagérés, son rire éclatant. Mathieu aimerait tellement que cet homme lui appartienne. Il veut le prendre, le toucher, le cajoler, le caresser, l'embrasser, l'agripper comme si sa vie en dépend. Mais non. Il ne peut pas.

Ils sont pourtant si proches, dans ce canapé. Alors pourquoi Mathieu ne s'est jamais senti aussi loin d'Antoine qu'à ce moment-là ?

C'en est trop pour le schizophrène. Le poids qu'il a mis si longtemps à se débarrasser retombe subitement, avec la masse de deux enclumes en plus. Il se mord les doigts, ramène ses jambes contre lui, et se surprend même à trembler légèrement. Putain. Depuis quand est-il devenu aussi faible ? Et Antoine qui ne s'arrête pas du tout de boire, avec ses joues qui deviennent de plus en plus rosies.

Cette après-midi s'annonce être génial.

Une cigarette. Il me faut une autre cigarette.

Mathieu retrouve son paquet de clopes dans un coin de son canapé et en sort une, tout en tremblotant. Il détaille pendant quelque seconde le tube empoisonné, espérant qu'il lui fasse autant de bien que tout à l'heure. Oui. Tout va bientôt s'arranger. Il faut juste du temps, un tout petit peu de temps. Il finit alors par porter la cigarette à ses lèvres, et tend son paquet - avec étrangement beaucoup de naturel - à son voisin.

- T'en veux ?

Antoine considère le cadeau toxique que lui offre son « ami » pendant quelques très longues secondes, ce qui l'agace. Qu'est ce qu'il a enfin, à le regarder comme ça ? On dirait qu'il lui adresse le même regard que celui qu'on offre aux inconnus qu'on méprise dans la rue. Et il est tout, sauf un putain d'inconnu ! Ils ne sont pas censés être meilleurs potes ? Enfin. Depuis quand on embrasse son meilleur pote ?

Sans lever ses yeux sur son camarade, le chevelu lâche d'une voix monotone une excuse qui lui semble cousue à la seconde même.

- Désolé. J'essaie d'arrêter. »

Mathieu écarquille des yeux. Il se fout vraiment de sa gueule là ! Il sait très bien que le brun porte un amour inconsidéré pour le tabac.
Et alors ? Il peut bien avoir envie de se limiter. Pourquoi s'énerver ? Il devient vraiment de plus en plus puéril.
L'aîné a l'intime conviction que ce n'est pas une simple cigarette que le plus grand refuse, mais lui tout entier.

Le présentateur de SLG se retourne alors et allume sa clope. Il ne prend même pas la peine de sortir pour éviter la fumée délicieusement empoisonnée à Antoine, qui embaume maintenant toute la pièce. Ouais. Autant profiter qu'il soit là pour l'emmerder.
Parce que tout ce qu'espère Mathieu, c'est une réaction. N'importe laquelle. Tout lui va. Un cri, un rire, un grognement. Il veut juste entendre une nouvelle fois sa voix.

Mais non. Ça ne fait rien. Le grand brun ne paraît même pas sourciller. Il semble ignorer le monde entier. Ses yeux sont hagards, vides, dénué de toute énergie. Est-il au moins encore vivant ?
Le présentateur de What the Cut !? penche doucement sa tête par l'alcool sur le côté. On dirait qu'il s'assoupit.

Mathieu n'en peut plus.

Non, il n'en peut plus de cette situation, de cet Antoine presque mort, cet Antoine qui brise toutes les règles, toutes les lois, toute logique.

Antoine. Cette équation impossible à résoudre.

Soudainement, le psychopathe se mit à rire. Un rire détaché, moqueur, débile, irréel, ironique, stupide. Comme si il se fiche de lui-même.
Le grand brun est décidément bien bourré.

Mathieu finit par tourner la tête vers lui. L'autre con est tellement inhibé dans son délire qu'il ne perçoit pas la colère dévastatrice de son camarade. Son visage complètement crispé, ses lèvres dévoilant légèrement ses canines, ses poings serrés. On dirait une bête prête à déchiqueter son ennemi. Sauf que son ennemi se révèle être son meilleur ami. Quelle ironie.

- Qu'est ce qu'il y a de drôle ?

Antoine tourne enfin la tête vers lui, un sourire coincé entre les lèvres, essayant tant bien que mal d'étouffer son rire stupide.

- Qu'est ce qu'il s'passe ?

Il se mit à rire fort, très fort, trop fort.

- Répond, putain !

- C'est marrant.

- Quoi ? Qu'est-ce qui est marrant ?

- Tout ça, c'est drôle... – il se tait un moment, réfléchissant à quelle autre connerie il allait sortir – Tu vois, on est là, tranquilles. On sait pas si on se fait la gueule ou pas. On s'galoche, et on s'retrouve là, comme des cons. T'as accepté pour me voir et on s'parle même pas ! C'est drôle... Très drôle... Je sais même pas qu'est ce que je suis en train de fais en ce moment ! Qu'est-ce que je fous ici, putain ? J'devrais pas être là ! Si t'avais pas été si faible Mathieu, on en serait pas là... Ouais... T'es con Mathieu... T'es con ! Un pauvre con ! Et puis non, ferme ta gueule, j'sais c'que tu vas m'dire. Que j'suis con aussi. J't'embrasse, puis j'me casse. J'me casse pour voir la fille. Nique la logique. Et tu sais c'que j'lui demande ?

Le grand brun tourne enfin la tête vers le petit châtain.

- J'lui demande de sortir avec moi.

Crac. Boum. Paf. Le cœur de Mathieu se fissure, brise, déchire, se désintègre.
Sa bouche reste grande ouverte pendant plusieurs minutes, avalant ainsi les éclats de rire de ce con, devenu hilare.
Antoine lui a demandé. À Elle. À la Fille. Juste après l'avoir embrassé.

Il assume pas en fait. Non, il n'assume pas du tout. Il n'a pas aimé. Il ne m'aime pas.

Humilié. Brisé. Désespéré. Découragé. Écœuré. Anéanti. Achevé.

Les yeux de Mathieu deviennent deux tempêtes prêtes à engloutir ce connard dans ses violentes vagues de sa haine. Les débris de son cœur se noircissent dans le feu de sa colère, alimentant ainsi sa haine devenue démesurée. Il est devenu une bombe à retardement au bord de l'explosion.
Le psychopathe s'est foutu de sa gueule un peu trop longtemps. Et on ne se fout pas comme ça de Mathieu Sommet.

- Dégage.

- Quoi ?

- Dégage. J'veux plus voir ta sale gueule ici.

- Ooooh, alors on est vexé, mon petit Mathieu... ? s'esclaffe le psychopathe. On est triste ? On est mal ? Fais pas genre t'as envie que je partes.

- Antoine...

- Naaaaan... T'as vraiment envie que je reste en fait, même si c'est juste pour me foutre des coups de pieds au cul. Ouais. T'as besoin de moi. Tu veux de moi.

- Antoine, putain.

- Tu sais quoi Sommet ? J'm'en fous que je t'aies fait du mal en fait. J'm'en bats les couilles ! J'ai pas besoin de toi.

Le petit châtain se lève, lentement. Tout devient insupportable. Antoine devient insupportable.

Il doit partir. Vite. Très vite. Avant que sa fureur ne dévaste tout sur son passage.

- Ha, on dirait que j'ai touché un point sensi-

- ANTOINE !

Un hurlement. Un hurlement viscéral, une haine profonde, une douleur cuisante. Un mélange d'à peu près de tous les sentiments extrême à en faire perdre la tête.

C'est exactement ce qui est en train de se passer. Ils perdent la tête.

Le grand brun se relève doucement. Il reste ainsi, immobile, les yeux hagards, faisant face au schizophrène, avant de se diriger lentement vers la porte.

Mathieu soupire de soulagement quand elle l'entend enfin se fermer.

Le Youtuber se dirige de nouveau vers le balcon, et s'accoude à la rambarde. Le regard posé sur Paris, ville infinie et aussi grise que son humeur, il observe tranquillement les passants se mouvoir, mais un seul attire son attention. Les gens le regardent d'un air mauvais et méfiant. Ils doivent se moquer de lui, se dire que ce gars-là a pris un peu trop tôt l'apéro.

Ce gars-là qui titube, marche pas droit. Perdu comme un gamin de cinq ans ayant perdu son chemin. Ce gars-là, qui l'a aujourd'hui profondément brisé et humilié.

Antoine Daniel lui fait vraiment pitié


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