YO !
Ca fait pile un mois que le chapitre précédent est sorti... Oui bon, à quelques minutes près. Je ne suis pas réputée pour ma ponctualité.
Un chapitre avec plus de dialogue que d'habitude, j'espère que ça va vous plaire :) Merci à Jane pour avoir fait office de bêta-readeuse, t'es cool !
J'ai pas grand chose à dire, alors passons aux reviews anonymes (oui maintenant je vais répondre par mp c'est plus simple :)
Mello-Panda : je t'offre cette trottinette atrophiée alors, pour pouvoir suivre partout ces aventures .-.| (on fait ce qu'on peut avec les moyens du bord)
Haha merci, j'espère que tu t'es pas trop assommée ;)
mamie sommet : merci, j'espère que t'as bien profité de ton tour de trotti avec toi-même 3
patron : je savais que ça allait te plaire haha. Toujours à l'affut de nouvelles expériences~
slg power yaoi : c'est trop tard gamine.
Magyna : La voilà :D
Place au chapitre !
Disclaimer : Antoine Daniel et Mathieu Sommet ne m'appartiennent pas. Et c'est bien dommage.
Les yeux de Mathieu papillonnent dans la pénombre avant de pouvoir s'ouvrir complètement au monde. La tête dans le brouillard, il se redresse et baille d'une façon très peu élégante, émergeant doucement d'un sommeil très profond. Il se pose alors beaucoup de questions quand il comprend que ce n'est pas dans son propre lit qu'il a passé la nuit, mais dans celui d'un autre.
L'incompréhension totale.
Le petit châtain porte sa main à la tête ; le cerveau totalement retourné, il essaie tant bien que mal de se souvenir comment a-t-il pu atterrir ici, mais sa mémoire ne semble pas vraiment d'accord pour coopérer ce matin. Il tente de toute ses forces à faire remarcher son hippocampe, siège dysfonctionnel de sa mémoire, tandis qu'un corps chaud se met à bouger à côté de lui et voler le peu de couverture qui lui reste.
… Attendez. Quoi ?
Mathieu commence vraiment à paniquer. Et encore, paniquer est un euphémisme : on peut même dire qu'il est carrément en train de se chier dessus. Le Youtuber se met à se traiter de tous les noms : de « sale con » à « suceur de tampon», en passant par « fot-en-cul », aucune insulte, prononcée désespérément comme une incantation, n'arrive à le calmer. Et ça ne s'arrange pas quand il remarque enfin qu'il est en tenue d'Adam, c'est à dire complètement nu.
«Qu'est-ce que j'ai encore foutu putain ?! »
Le jeune homme zieute alors la masse informe cachée sous la couverture. Étrangement, il ne se pose pas de question quant à son identité : il sait qu'il sait qui est-ce. C'est juste qu'il ne veut pas s'en souvenir. Du moins, pas pour l'instant. Le plus tard serait le mieux. Mathieu a l'impression de se trouver dans une autre dimension coincée au milieu de nulle part. Comme une courte trêve avant de batailler avec la féroce Réalité.
Mais le vidéaste, trop curieux, finit par agripper la couverture, dévoilant ainsi une énorme tignasse brune indomptable.
La Réalité n'attend pas pour planter ses crocs acérés dans sa tendre chair.
Ce n'est même pas une surprise.
Tout lui revient à présent. Antoine nu. Complètement nu. Dans ses bras. À ses lèvres. À lui faire...
Non. Ne pas y penser. Surtout pas.
En deux morceaux. Voilà comment il est, maintenant : en morceaux. Deux morceaux d'un être incapable de se décider. Deux morceaux d'un homme perdu comme un enfant dans les magasins. Deux morceaux d'un puzzle incompatible, s'abîmant l'un-l'autre, mettant tout sens dessus-dessous.
La honte est à présent tout ce qui l'habite. À la base, il n'était pas venu faire ce qu'il vient de faire. Il devait... Il devait faire quoi déjà ? S'expliquer. Oui c'est ça, ils devaient d'expliquer. Et pas coucher ensemble, bordel de merde !
Mathieu se tourne vers son ami – ou amant ; qu'importe, il ne sait plus – toujours endormi. Sa silhouette se soulève au rythme lent de sa respiration, métronome d'une berceuse silencieuse. Si calme et si apaisé. Ça le ferai presque sourire.
Pris d'un élan de tendresse, il avance sa main vers le chevelu. Avant de s'arrêter net.
Non, il ne va rien faire. Rien du tout. Le Mathieu, il va vite aller se rhabiller et se casser fissa. Il n'a plus rien à faire chez Antoine. Mais s'il fait ça, il passera pour un lâche, un pauvre connard qui assume pas ses conneries. Et le jeune homme en a marre d'être lâche.
Tous ses muscles se contractent. La tête de Mathieu est un véritable raz-de-marée, se déversant dans une pièce au silence abyssale. Son cœur appelle désespérément à l'aide dans sa course folle, qui le plonge inévitablement dans les violentes vagues de ses émotions. N'y a-t-il pas quelqu'un pour m'aider par ici ?!
Sa main voulu s'accrocher aux cheveux d'Antoine, encore. Mais il hésite, encore.
Non, il ne doit pas s'enfuir. Il doit rester ici, pour tenter une nouvelle fois de s'expliquer. Plus rien ne peut se mettre au travers de son objectif ; ils ont déjà fait toutes les conneries possibles. Mais comment lui annoncer tout ce qu'il a sur le cœur ? Poliment ? Haineusement ? Antoine n'est même pas réveillé qu'il lui cause déjà bien des soucis.
« Qu'on est con » se dit-il. Mathieu soupire, se remémorant la soirée d'hier. Il a l'impression de sentir encore les mains agrippantes de son amant, les sceaux brûlants de ses baisers sur sa peau.
Ils ont couché ensemble. Il n'en revient toujours pas.
Mathieu se demande comment son camarade réagira à son réveil. Pas très bien, il suppose.
Le plaisir n'était pas à son paroxysme ; l'aîné sait pertinemment que c'était la première fois d'Antoine, sa première fois avec quelqu'un qui partage les mêmes attributs physique que lui. Il faut dire que les deux garçons étaient très timides au lit : cette nuit-là, c'était deux corps qui se découvraient pour la première fois. Il y avait certaines choses qu'ils n'osaient pas faire à l'autre, et Mathieu ne voulait surtout pas brusquer ou faire peur au grand brun. Tout était tendre et agréable, presque innocent. Ils n'avaient pas besoin de plus. C'était mieux comme ça. Recevoir ce privilège secrètement inespéré de la part de son meilleur ami lui suffit amplement.
Mathieu sourit, avance sa main avec étrangement d'assurance et caresse affectueusement enfin la tête du chevelu.
Non... Non, ce n'était pas son meilleur ami qu'il avait rien que pour lui quelques heures plus tôt. Antoine était devenu autre. C'était devenu simplement un homme, un homme qu'il désirait depuis longtemps et avec qui il s'était voilé la face depuis le début. Un homme qui le met en appétit dès qu'il l'aperçoit. Un homme qu'il aime un peu trop.
Ils n'avaient pas couché ensemble, tout à l'heure. Non, c'était bien mieux.
Ils ont fait l'amour.
Mathieu agrippe inconsciemment les cheveux du brun. On peut dire qu'il est rassasié, maintenant ; ils ont fait l'amour, et c'était beau. Le jeune homme se rend compte qu'il attendait cette nuit depuis un bon moment. Plus ou moins dès leur rencontre, en fait. Pas qu'il ait eu un coup de foudre ou quoi mais... Merde. Il n'y avait strictement rien à expliquer ou justifier : Mathieu ne sait même pas comment tout ça est arrivé. Mais ça n'a pas la moindre importance ; c'est arrivé, et on ne peut rien y faire.
Soudainement, Antoine grogne sous ses caresses incessantes ; le petit châtain retire aussitôt sa main, comme si il se brûle dans le feu de sa colère.
Le plus grand se lève enfin. De ses yeux hagards, il détaille toute la pièce, comme si il veut s'assurer qu'il se trouve bien chez lui. Son regard se pose alors sur son ami.
- Qu'est ce que tu fous là, toi ?
Mathieu déglutit. La voix de son camarade est chargée d'agacement...
- Et pourquoi t'es à poil dans mon lit ?
… Mais surtout d'incompréhension.
Le châtain désespère à aligner deux mots pour pouvoir constituer une explication cohérente. Mais encore une fois, qu'est-ce qui est cohérent dans cette histoire ? « Va savoir. »
Honteux, il détourne le regard, se sentant aussi minable qu'un gamin surpris d'avoir uriné dans son lit. L'aîné essaie tant bien que mal de cacher sa nudité (qu'il avait oublié) avec la couverture.
- Ah. D'accord. J'ai compris, conclut Antoine
- C'est pas trop tôt, chuchote l'autre.
- Me fait pas chier dès le matin s'il te plaît. »
« Sympa » pense Mathieu. Le ton qu'il emploie est aussi cassant que le verre, dont il reçoit les débris partout sur son visage. Pour sûr, il préférerait largement des « retrouvailles » plus chaleureuse. Les deux garçons se cachent inconsciemment dans leur drap, essayant de mettre le plus de distance entre eux. Alors qu'il n'y a pas si longtemps, leur corps se fondait dans l'autre. Triste ironie.
Le plus petit remarque qu'Antoine tente de dire quelque chose. Avant de raviser. Et de réessayer :
« … Et ce qu'on a-
- Oui Antoine. On l'a bien fait. Sinon je serai pas à poil dans ton lit, rajoute-t-il mentalement.
- Mais on était sobre ?
- Complètement.
Le grand brun soupire fort, si fort que Mathieu a le sentiment qu'il allait être emporté dans ce vent violent.
Il se met à regretter tout, absolument tout. Jusqu'à remettre en cause leur amitié.
Leur amitié... Ils se débattent ensemble dans une marre de bêtises et d'indécision, l'un voulant noyer l'autre pour pouvoir s'en sortir. Non, ils ne sont plus amis. Ils ne sont pas amoureux non plus.
Alors qui sont-ils l'un pour l'autre ?
- …Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
- C'est quoi cette question ? fait l'autre avec agacement
- Une question.
- Y a rien à faire Mathieu... conclut-il. Qu'est-c'que tu veux qu'on fasse après... ça ?
Ça. Il a craché ce mot avec dégoût. Ça. C'est ainsi qu'il résume toute cette histoire ? Toute cette passion ? Simplement avec... ça ?
- Et puis... - Antoine prend une pause. - Non, 'fin, j'ai rien à dire dessus...
- Rien à dire ? Tu trouves VRAIMENT qu'on a RIEN à dire ?! s'emporte l'aîné. Putain mais si, il y a quelque chose à dire
- J'ai pas du tout envie de parler de ça.
- Pourquoi ? T'as pas d'couilles ?
- Ça peut attendre.
- T'es sérieux, là... ?
Soudainement, le ton de Mathieu se fait plus calme. Un peu trop calme, même.
- Je sais bien que t'es con par moment, continue-t-il, mais je pensais pas que ça pouvait atteindre un stade pareil.
- C'est qui le plus con ici ? Celui qui évite une discussion – qui n'apportera de toute façon rien du tout – ou celui qui espère me sodomiser allègrement ?
- Je te rappelle que j'ai pas fait ça tout seul.
- Écoute, commence Antoine d'une voix basse, on oublie tout, ok ? Pour l'instant c'est pas la pei-
- ON OUBLIE TOUT ?!
Un cri. Un cri viscéral. Un cri comme il n'a jamais poussé devant quelqu'un.
- Mec, comment veux-tu que j'oublie le jour où on s'est embrassé ? Où t'es venu bourré chez moi pour me lancer des trucs absolument dégueulasses – il insiste sur ce mot – à la tronche ? Et... ça !
Le jeune homme se tait. Il fixe intensément Antoine, qui ne sait plus quoi dire maintenant. La tête baissé, il a juste l'impression d'avoir face à un chien battu ayant déçu son maître.
Désormais, c'est Mathieu qui tire les ficelles. Et il compte bien en profiter.
- Puis il y a la Fille quoi ! On a jamais vraiment parlé d'tes sentiments pour elle. Tu jongles avec nous, Antoine. Je suis quoi pour toi, enfin ? Un pauvre jouet ? Moi aussi j'ai des sentiments, merde !
Le grand brun ne réagit même pas. Mathieu inspire. Tout un mécanisme s'est mis en marche dans sa tête, le menant à une conclusion qu'il ne souhaitait jamais avoir. Comment a-t-il pu y penser ? C'est tellement... Impensable. Mais voilà, c'est fait : il y a pensé. Étrangement, c'est la seule solution qui s'offre à lui. Étrangement, il ne discute pas cette soi-disant solution. Il en a marre de réfléchir : il veut agir maintenant.
Alors il dit :
« Si tu veux tout oublier, alors oublie moi. »
Mathieu expire.
Sur ces paroles, il se lève et se met à rassembler ses vêtements éparpillés aux quatre coins de la pièce. La couverture ne cache plus sa nudité ; c'est comme si il en a quelque chose à foutre à présent. Le vidéaste se dépêche surtout de remettre son caleçon, ignorant délibérément les plaintes presque inaudibles de l'autre garçon.
« C'est pas ce que je voulais dire, Mathieu... »
Il met son pantalon, boucle sa ceinture.
« Mathieu... »
Met son blouson, ajuste son t-shirt.
« Mathieu... On est ami, non ? »
Alors l' "ami" lui offre le plus perçant des regards de glace, le plus figés de ses traits, le ton le plus frigorifique possible :
« Non. »
Et s'en va.
De l'air, de l'air, il lui faut vite de l'air. Il n'en peut plus, il étouffe ; le jeune homme dévale les escaliers aussi vite qu'il le le peut, avant d'ouvrir puis de claquer violemment la porte.
Il respire, essoufflé : Mathieu n'en revient pas qu'il ait abandonné ainsi Antoine.
1 review= un câlin du geek 3
