Jour 606 :

Une jungle luxuriante, une planète tropicale et des ruines en diamants... Voilà le cadre de l'aventure que nous avons vécu cette nuit, moi et mon Docteur. La nuit a été longue... Elle a aussi été la plus passionnante, la plus excitante de toutes jusqu'à aujourd'hui : le mystère, le danger... Tout ce que je perds en étant prisonnière. Et c'est aussi tout ce que je vis à cent à l'heure avec mon Docteur ! Et j'adore ça ! C'est tellement fou de préférer de telles aventures palpitantes à de simples voyages romantiques sans danger. Mais c'est dans ces moments-là, dans ces moments de courses, dans ces moments haletants que le Docteur donne le meilleur de lui-même. Et c'est comme ça que je l'aime !

Ces ruines donc, le mystère... Oui parce que, contrairement aux autres voyages que nous avions fait les jours, enfin nuits précédentes, celui-ci réservait des surprises et même au Docteur. Au départ ce devait n'être qu'un voyage d'agrément sur Colyphsis mais j'ai découvert une chose : ça ne reste jamais longtemps le cas lorsque le Docteur est là. Et tant mieux! La vie serait si ennuyeuse sinon ! Question ennui, j'ai bien assez affaire déjà dans cette cellule d'où je ne sors presque jamais dans la journée. Et où je n'ai rien à faire d'autre qu'à écrire dans ce journal. Heureusement alors que ces aventures aient lieu : ça me donne de quoi écrire. Décrire les étoiles ou les plantes de Fucrès ce n'est pas vraiment intéressant, mais ces ruines, mais cette aventure spectaculaire...

Oh ça, ça, ça vaut le coup !

Nous avons donc atterri avec le TARDIS dans une petite clairière de ce que le Docteur a appelé une jungle planétaire, une jungle tropicale recouvrant toute la surface d'une planète un peu plus petite que la Terre. Le seigneur du temps avait sorti un panier en osier terrien de son vaisseau alors que je voyais déjà au loin les diamants briller sur les tours d'un monument en ruines... Tous les deux nous nous dirigeâmes alors vers cette lumière spectaculaire.

" Je n'avais prévu que de pique-niquer aujourd'hui, me dit le Docteur, mais ce serait bête de ne pas aller y jeter un coup d'œil !"

J'approuvais pleinement cette idée. J'étais attirée par ces pierreries si brillante, du scintillantes...

"Ce sont des diamants, répondis-je, aucune femme ne pourrait y résister!

- Alors, allons voir ça de plus près, River !"

Et nous nous approchâmes de la source de cet étrange rayonnement. Il provenait d'une autre clairière un peu plus loin où sous de nombreuses lianes et autres plantes grimpantes se dessinaient des ruines scintillantes. Les diamants reflétaient la lumière des trois soleils de ce système. Et ils nous éblouissaient énormément mais je m'approchai quand même. Les murs de ce qui avaient dû être des temples étaient entièrement construits avec des diamants. Une civilisation magnifique devait avoir existé bien des millénaires plus tôt…

« C'est la première fois que je vois ça, m'avoua le Docteur, je me demande bien qui a pu construire de tels temples la planète a été habitée il y a longtemps mais par des indigènes qui ignoraient tout de la civilisation – selon les rapports des colons humains sur l'exploration de cette planète-jungle.

- Que leur est-il arrivé ?

- Ce n'est pas toi, l'archéologue, me demanda-t-il.

- On est au LIIIème siècle, deux siècles après mes études ! Ces événements n'ont peut-être même pas encore eu lieu ! »

C'était peu probable vu l'état des ruines qui se dressaient devant nous mais quand même possible. La nature en deux siècles pouvait très bien reprendre ses droits.

« Les cholyphsiciens ont simplement disparus. Je crois même que les colons qui ont évoqué leur rencontre avec ces natifs ont été traités de fous après la seconde expédition. Ils n'ont trouvé aucune trace de civilisation dans cette jungle.

- Ils n'ont pas du découvrir ces ruines… La disparition des Cholyphsiciens a peut-être quelque chose à voir avec ces ruines, suggérais-je.

- Certainement, ou, en tout cas, on en apprendra sûrement plus sur eux. »

L'intérieur des temples étaient aussi lumineux que l'extérieur sinon plus. Les diamants n'étaient pas posés sur des roches comme je l'avais d'abord cru et comme l'étaient des feuilles d'or sur des monuments dans l'antiquité et le moyen-âge terrestre. Non, là, les diamants étaient les roches dans lesquelles étaient construits ces temples aujourd'hui en ruines. Enfin peut-être pas encore en ruines mais dans deux siècles… Les temples ressemblaient un peu à des pyramides sans être des tombeaux contrairement à celles d'Egypte. Des gravures sur les diamants racontaient à l'intérieur des histoires de divinités associées aux trois soleils à ce que nous en avons compris. L'un d'eux, le plus grand des trois, aurait été considéré par les indigènes cholyphsiciens comme le plus puissant dieu de leur panthéon. Les deux autres lutteraient avec lui pour occuper, seul, le ciel. Une lutte presque fraternelle comme dans tant de mythologies dans tout l'univers… Mais les cholyphsiciens auraient un jour prévu la défaite du « grand seigneur du ciel » comme le présenta la traduction du TARDIS d'après les hiéroglyphes colyphsiciens. Et cette défaite devait arriver quand les trois soleils cacheraient leurs faces pendant trois jours. Une immense éclipse, normalement impossible à moins que le ciel ne soit caché par d'immenses vaisseaux spatiaux peut-être…

Et cette éclipse apocalyptique annonçant le nouveau règne des soleils renégats était arrivée. Qu'était-il arrivé ensuite ? Le Docteur se le demandait aussi…

« De toute évidence, leur civilisation est morte d'elle-même.

- Leur civilisation peut-être mais pourquoi n'y a-t-il plus aucune autre trace ? Les colons les ont rencontrés et tout pousse à penser que c'était après cette « éclipse » ! Ca cache quelque chose !

- Oui… Mais quoi ? »

Colyphsis était, depuis des années, vierge de toute présence humaine ou alien. Mais peut-être pas de toute forme de vie… Peut-être pas de formes indigènes ! Si les ruines étaient bien d'anciens temples abandonnés, les colyphsiciens pouvaient bien, quant à eux, ne pas avoir eu le même destin. Peut-être après cette abominable éclipse d'apocalypse avaient-ils vraiment régressés au stade de sauvages voire de monde animal. Des cris vinrent résonner depuis l'extérieur des ruines. Des cris bestiaux d'abord qui peu à peu prirent sens à nos oreilles. C'étaient donc bien des mots que ces grognements… Et ma théorie allait donc se révéler vraie. Le Docteur était déjà sorti du temple détruit et scrutait l'environnante jungle de ses yeux bleus.

« Tu as trouvé quelque chose ? Demandais-je.

- Non, rien. Mais ils sont là. Ils se cachent.

- Ce n'est pas étonnant, remarquais-je en descendant les marches du temple pour le rejoindre, ils ont perdu tous leurs repères !

- Ils ont toujours la jungle comme repère : elle n'a pas changé. Et ils la connaissent très bien !

- C'est comme ça qu'ils se sont cachés des colons ?

- Certainement. Ils ont dû les prendre pour des agents du chaos, des agents des soleils renégats…

- Mais pas nous, nous ne sommes pas sortis de cette ombre menaçante, pourtant ils nous craignent nous aussi.

- Ou alors ils se préparent à nous attaquer…

- Quoi ? »

Le Docteur me lança un pistolet depuis l'une de ses si grandes poches.

« Ne tire que si je te le demandes ! »

J'acquiesçai, un peu surprise. C'était une arme du LIème siècle que je connaissais assez bien. Un blaster-laser avec fonction paralysante en plus de sa puissance de feu mortelle habituelle. D'où pouvait-il bien tenir une telle arme ? Les questions allaient devoir attendre. Le mauvais pressentiment du Docteur se révéla bien vite juste. Des centaines de petites flèches plurent sur nous en un instant.

« Retournes dans le temple, m'ordonna le Seigneur du Temps.

- Pas sans toi, répliquais-je ! »

Et au lieu de reculer vers les ruines, nous nous élançâmes dans un même élan vers l'épaisse jungle.

« Où sont-ils, tu crois ?

- Je n'en ai aucune idée mais s'ils ont perdu toute notion de civilisation, ça ne sert à rien d'essayer de les aider ! Retournons au TARDIS !

- Ce n'est pas juste pour eux, ils ont détruits leur propre civilisation. Je suis sûre qu'elle était brillante…

- Je ne sais pas. Sûrement. Mais nous ne pouvons rien faire pour eux, River. Ils savent se défendre et vivent toujours en harmonie avec la nature de Colyphsis, c'est ce qui compte. Ils ne sont ni une menace ni eux-mêmes en danger, alors rentrons !

- Rentrer ? On n'avait pas un pique-nique à manger ?

- Zut ! J'ai oublié le panier dans le temple !

- Ils sont derrière nous, n'est-ce pas ?

- Ils nous rattrapent, répondit le Docteur. »

Rentrer ? En effet, on n'avait pas le choix… Mais rentrer pour moi signifiait revenir dans ma prison… Et je n'étais pas prête à terminer cette nuit ainsi, dans une course pour notre survie.

« Ils parlaient. Ils communiquent entre eux mais avec le TARDIS on devrait aussi pouvoir se faire comprendre d'eux, n'est-ce pas, Docteur ?

- Oui, mais si on s'arrête pour leur parler on risque de ne jamais pouvoir atteindre le TARDIS.

- Ça vaut quand même le coup d'essayer, m'entêtais-je, on sait leur histoire : on ne peut pas les abandonner comme ça !

- Qu'est-ce que tu voudrais leur dire ?

- Que nous pouvons les aider.

- A faire quoi ? Ils ont choisi de revenir à cet état primitif, peut-être que s'ils avaient eu la prédiction de la triple éclipse c'était pour une raison : toute civilisation aussi brillante soit-elle est comme une vie, elle doit s'éteindre un jour. Et il faut l'accepter parce qu'ensuite, une nouvelle peut naitre et l'Histoire recommencer.

- C'est l'Histoire de ta vie, ça, me moquais-je.

- La tienne aussi, River. Cette civilisation a disparue mais sur Terre aussi beaucoup ont connu ce sort. Beaucoup ont été oubliées.

- Mais elles survivent dans d'autres civilisations, rétorquais-je.

- Celle-là aussi. Un jour, les colyphsiciens redécouvriront les temples et l'art de vivre ensemble et reconstruirons ce qu'ils ont perdu. Ou alors peut-être que leur civilisation perdurera toujours dans leurs esprits et nouvelles mythologies bien que leur mode de vie n'évolue jamais. Qui sait si ce n'est pas ce même mode de vie qui était celui des colyphsiciens civilisés et bâtisseurs des temples de diamants ? »

Le Docteur avait raison, évidemment. Même si la règle numéro une est « le Docteur ment », il lui arrive bien trop souvent d'avoir raison. Et là, ses arguments me convainquirent. Arrivés au TARDIS, je vis que de toute part de la clairière les guerriers et archers indigènes arrivaient vers nous.

« Démarre, criais-je depuis l'extérieur de la machine à voyager dans le temps, je vais les ralentir. »

Tout en réglant bien le blaster-laser sur « paralysie », je commençai à viser et tirer sur les guerriers les plus proches. Je me suis d'ailleurs découvert un vrai don à ce sujet. Bien pratique pour un assassin en cavale…

« On peut y aller, m'annonça mon mari que je m'empressai de rejoindre dans la salle de commande principale de son vaisseau.

- Parfait, ils ont compris le message de toute façon. Maintenant, ils nous craignent !

- Tu ne les as pas tués au moins ?

- Tu crois qu'ils peuvent faire la différence entre les deux ? »

Le Docteur haussa les épaules comme si ça ne l'étonnait pas. Quoi, la River qu'il connaissait tirait donc sans redouter de tuer ? C'est vrai que j'avais bien apprécié cette sensation et bien que je ne les aie même pas blessés, je n'aurais sûrement pas regretté de l'avoir fait. Mais ce n'était pas nécessaire. Pas cette fois…

En tout cas, je suis de retour dans ma cellule, seule, et j'ai fini de raconter cette nuit sur Colyphsis. Je m'ennuie toujours, je vais aller dormir un peu. Mais surtout je me demande ce que sera notre prochaine aventure.