Jour 607 :
Waouh, qu'elle aventure !
Et j'ai rencontré le docteur plus jeune pour la première fois. Il n'a pas beaucoup changé mais il ne sait pas encore que je suis sa femme. Oh, il s'en doute sûrement. Il a déjà eu affaire à moi dans son passé. Assez souvent à ce que j'ai compris. Tout ce que moi, je n'ai pas encore vécu. Il n'a pas voulu m'en parler comme mon Docteur me l'a expliqué lors de notre première virée de couple marié : notre relation nécessite ces secrets entre nous.
Je ne lui ai donc pas dit qui j'étais. Je ne pouvais pas et lui me voyait encore comme une étrangère. Moi, je ne l'ai jamais vu comme un étranger. Je le connais depuis que je suis bébé... Lui apprend encore à me connaitre et s'interroge beaucoup sur mon compte. Il m'a parlé entre autre d'une Pandorica. Je crois que c'est une sorte de conte de fées... Mais comment savoir quand le Docteur est sérieux et quand il ne l'est pas?
Ce qui a été très sérieux, en revanche, c'est cette aventure que nous venons de vivre. Une vraie aventure du Docteur comme m'en racontaient dans le temps Amy et Rory après qu'ils aient commencé à voyager avec le Seigneur du Temps. Une aventure pleine d'action et de danger. Et de mystère. Encore plus que sur Colyphsis. Même bien plus. Et cette fois, le Docteur n'est pas arrivé dans son TARDIS comme toutes les autres nuits. Ce n'était même pas la nuit d'ailleurs. C'était le matin. Du moins je crois. La lumière du jour ne peut pas en témoigner puisque la prison est une station orbitale... En tout cas, c'était le matin pour moi. Je venais de prendre mon petit-déjeuner et je retournais dans ma cellule, impatiente d'être au soir comme tous les autres jours. Et à peine étais-je rentrée que j'entendis le téléphone sonner dans le couloir.
Peu de gens pouvaient vouloir me contacter mais je savais avoir le droit de recevoir des appels. Le gardien le savait lui aussi et il me passa assez rapidement l'appareil. La voix qui en sortait était excitée et j'eus d'abord du mal à la reconnaître mais c'était bien celle du Docteur. Mais pas celle de mon Docteur :
" Docteur River Song? Demandait la voix.
- Oui, c'est moi.
- Bien, River, écoutez, j'ai besoin de votre aide au plus vite... J'ai eu la mauvaise idée de m'approcher de l'île de pâque sur Terre. Qui aurait cru que c'était dangereux? Une aussi petite île ? Bon, d'accord, les signaux extraterrestres hostiles auraient dû m'alerter. Enfin maintenant ce n'est plus le problème. Le problème c'est que mon TARDIS est attiré vers le sol par une sorte de rayon tracteur magnétique, qui semble donc aussi fonctionner avec le bois!
- Euh, oui... Et qu'est-ce que j'y peux? Enfin, qu'est-ce que je peux faire?
- Et bien j'espérais avoir droit à un peu d'aide de votre part! Que vous me renvoyiez l'ascenseur, vous voyez! Pour toutes les fois où je vous ai sauvé la vie! Vous me devez bien ça, River.
- Heu, oui sûrement. Mais comment je peux vous aider?
- Voyons, River! En me rejoignant là-bas.
- Vous êtes au cinquante-et-unième siècle, sur Terre ?
- Euh si vous considérez le cinquante-et-unième siècle avant et après Jésus Christ pour la datation sur Terre : oui.
- Vous êtes en -5000?
- Non : -5432.
- Et comment voulez-vous que je vous rejoigne, alors? Je suis en prison au cas où vous l'auriez oublié! À moins que vous ne le sachiez pas encore...
- Si, je le sais ! Mais vous êtes River Song! Ça ne vous arrête pas d'habitude...
- Vous voyagez dans le temps, je ne peux pas le faire, moi.
- Vous n'avez pas encore votre bracelet temporel ? Ah c'est mauvais pour moi, ça.
- Un bracelet? Demandais-je.
- J'imagine que ça veut dire que c'est un spoiler. Bon, alors je vais essayer de renvoyer le TARDIS vers votre prison, s'il est vide, ils ne le retiendront peut-être pas... vous savez déjà le piloter au moins?"
Si je savais piloter le TARDIS? Elle me l'avait elle-même appris le jour de ma régénération en River Song ! Le Docteur ne l'avait peut-être pas encore vécu de son côté…
Ça allait être dur de garder secrète mon identité. Je confirmai au Docteur que je savais le piloter et coupai ensuite la communication. Et bien voilà que l'aventure commençait vraiment. Et cette fois ce ne serait pas du tourisme. Le Docteur avait besoin de moi. Tout comme la première fois, quand je l'ai rencontré et quand je l'ai empoisonné.
Bien, il me fallait maintenant m'évader de Stormcage. Et sans l'aide précieuse du Docteur, ça n'allait pas être un jeu d'enfant. Heureusement que je n'étais plus une enfant depuis longtemps.
M'évader... Je savais que le Docteur à qui je venais de parler n'avait pas encore vécu notre mariage et tous les événements de notre histoire que je connaissais. C'était la première fois que j'allais rencontrer une plus jeune version de mon mari. Et j'étais assez inquiète. Ce serait bien plus difficile d'être celle qui devait évoluer à ses côtés tout en lui cachant la vérité. Du moins c'est ce que je me disais. En fait, il en sait déjà tellement sur mon avenir que c'est lui qui avait le plus de choses à garder pour lui. Et puis, ça ne nous a pas empêché de bien nous entendre et même de flirter. Il n'est peut-être pas encore marié, ce Docteur, mais il n'empêche qu'il en sait déjà beaucoup sur moi. Et je crois qu'il est encore en train de tomber amoureux. Moi je suis tombée amoureuse de lui si vite que j'ai du mal à savoir où lui en est vraiment de notre relation, de ses sentiments. Et si ça me taraudait la tête tout le long de cette aventure, le danger et l'excitation sur l'île de Pâques étaient si intenses que j'en ai même oublié mes questionnements quelques temps. Voyager avec le Docteur c'est une chose, aider le Docteur en plein cœur de l'action et l'aider surtout à sauver les habitants de l'île-la Terre-l'Univers,…
Bref, ça c'est vraiment différent ! Et tellement mieux je comprends enfin l'excitation de ma mère à son sujet. Le Seigneur du Temps dans toute sa grandeur vaut mille fois mon cher Docteur du soir. Bien que je ne me plaigne pas pour autant des mondes magnifiques qu'il me fait découvrir. C'est juste… plus calme. Enfin, la plupart du temps. En tout cas rien à voir avec ça ! Et selon le Docteur ma vie va osciller entre les deux à partir de maintenant. Une autre bonne raison de garder des spoilers si le futur s'avère vraiment aussi excitant !
En tout cas, je devais m'évader. Et je ne savais pas comment faire. Sans le TARDIS et le tournevis sonique du Docteur, je ne voyais pas comment j'allais parvenir à sortir de sa cellule. Mais si le Seigneur du Temps avait tellement confiance en moi. La River Song du futur qu'il connaissait devait avoir pris l'habitude de s'échapper seule de prison pour lui venir en aide. Mais moi, je devais encore trouver comment. Et je n'en avais encore aucune idée.
Alors que je réfléchissais encore à un moyen de sortir de ma cellule, un nouveau garde fit son inspection devant ma cellule. Je ne l'avais encore jamais vu. Il était jeune et sûrement peu habitué aux comportements particuliers des détenus. Il fut surpris par le mien…
Je l'appelais, le tirait vers moi, l'embrassais assez longtemps pour lui prendre son arme et en vérifiant avant qu'il était bien réglé sur le rayon paralysant et non pas le rayon mortel – ce qui doit toujours être le cas dans cette prison. Il l'était bien et je tirais un coup sur sa tête. Au réveil, le garde allait avoir un sérieux mal de tête mais j'espérais bien qu'il n'aurait rien de plus grave. Avec le même blaster, elle tira ensuite, sans l'effet paralysant, sur la serrure de sa cellule. Celle-ci s'ouvrit avec une tonitruante alarme. D'habitude, elle ne retentissait pas grâce au Docteur.
Là, je sentis la panique monter en moi. Je sortais sans plus attendre en gardant bien chargé le blaster que je venais de voler. Et je courais jusqu'au TARDIS qui venait déjà de se matérialiser. Au moins le Docteur avait-il réussi à renvoyer son vaisseau juste à temps. Il allait devoir m'expliquer précisément comment il avait fait alors qu'elle était censée être bloquée sur Terre au 50ème siècle avant Jésus-Christ. En tout cas, elle était là : la cabine bleue type 40.
J'entrais très vite dans la cabine de police, je n'avais pas la clé mais le TARDIS s'ouvrait déjà sur mon passage. Une fois à l'intérieur, je rentrais les coordonnées spatio-temporelles que le Docteur m'avait fournies.
Le TARDIS, et moi à son bord, nous filâmes dans le vortex du temps, en route pour l'île de Pâques.
Je me souviens que c'était l'une des îles du sud de l'Amérique. Je l'avais appris à l'école, au temps où j'étudiais avec Amy et Rory à Leadworth en Angleterre. Et aussi déjà avant, dans le petit orphelinat de Floride où j'avais été retenue prisonnière par le Silence. Les statues de cette île m'avaient toujours fascinée.
Mais si je me rendais sur cette île aux statues si mystérieuses, ça n'allait pas être en qualité de simple touriste, ni comme une archéologue. Non, j'y allais en tant que River Song, la femme d'un Docteur qui ignorait peut-être encore qui j'étais vraiment pour lui. Mais puisqu'il restait le Docteur, j'y allais en tant que River, sa femme et rien d'autre. Il avait besoin de moi, et je le rejoignais pour cela. Pour vivre une vraie aventure… Enfin, non, je ne m'y attendais pas encore. Je ne savais pas encore à quel point j'allais vivre des trucs incroyables cette nuit-là. Mais pourtant, j'y allais et j'étais impatiente d'arriver.
Raconter cette aventure est bien plus long que je ne me l'étais d'abord figuré. Il fait déjà bientôt nuit ! Et le Docteur va peut-être passer me voir cette fois… Je veux parler de mon Docteur, celui qui est déjà marié avec moi… J'aimerais bien en fait. Je voudrais savoir ce dont il se souvient de cette histoire de Jim le Poisson… J'y viens justement.
Le TARDIS m'emmena sans problème jusqu'au Docteur. Nous étions bien en 5432 avant Jésus Christ sur une île bientôt appelée l'île de Pâques. Mais elle ne ressemblait en rien à ce que j'avais pu en voir. Elle était encore vierge de ses si célèbres statues. Entre autres… Et à cette époque, on était encore au cœur du Néolithique terrien. Les humains se dispersaient déjà sur tous les continents mais l'île de Pâques restait encore une exception. Aucune trace de civilisation sur cette île. Du moins, à première vue…
Le Docteur fut soulagé de me voir arriver. En même temps, il était dans une fâcheuse position quand le TARDIS se matérialisa devant lui et ses ravisseurs.
« River ! S'exclama-t-il en me voyant en sortir. Je vois que vous avez su vous évader sans mon aide, merveilleux !
- Qu'est-ce qui se passe, mon chéri ? Demandais-je de la façon la plus désinvolte que je pus.
- Oh, juste des petits problèmes avec des poissons… Vous aimez les poissons ?
- Assez oui. Surtout bien grillés ou alors au contraire en tout petits sushis. »
Le message était passé. Etrangement, il me sembla à cet instant qu'il m'était plus facile encore de communiquer avec ce plus jeune Docteur qu'avec mon « contemporain ». C'était aussi plus naturel pour lui de flirter avec elle tandis que le mariage ne le nécessitait plus pour son Docteur. Peut-être parce qu'il savait que j'allais mieux apprendre à le connaitre en voyageant aux côtés de ces versions plus jeunes de lui-même comme celui-là ? En tout cas, je pris un malin plaisir à user de mes charmes autant que de ma répartie pour flirter avec lui. Mais nous n'avions pas que ça à faire. Le Docteur avait vraiment besoin de moi.
Les poissons dont il venait de me parler étaient en fait des extraterrestres, j'aurais sûrement pu le deviner moi-même ça bien sûr… Mais je ne m'attendais pas que le problème avec les poissons entendait que les poissons eux-mêmes avaient des problèmes. En fait, c'étaient eux que le Docteur cherchait à aider. Ils venaient de Saturnya, une planète purement aquatique, et ils avaient été « transférés » sur Terre à travers une faille spatio-temporelle. Ils avaient dus muter au fil des années et même s'ils avaient toujours l'apparence de poissons, ils marchaient comme des humanoïdes. Et ils parlaient même comme les humains. Enfin l'un d'entre eux au moins : Jim. Un surnom donné par le Docteur, évidemment… Jim le poisson. Il n'y a que lui pour inventer de tels noms !
En tout cas, Jim était un poisson – saturnyen – hors du commun. L'un des plus intelligents, choisi pour porter un collier traducteur qui lui permettait de communiquer avec les autres extraterrestres de l'île. Et avec nous aussi grâce au TARDIS.
Ces derniers extraterrestres n'étaient pas aussi gentils. Ils ne venaient pas de Saturnya et n'avaient absolument pas une morphologie adaptée à la vie aquatique mais par contre eux-aussi étaient atterris sur Terre à cause d'une brèche spatio-temporelle. Le Docteur était venu ici à cause de cette brèche mais trop tard pour la refermer avant l'arrivée des deux espèces extraterrestres.
Jim et les Poissons saturnyens avaient été réduits en esclavage par les autres extraterrestres. Et c'étaient eux ! Les drôles de visages des statues qui avaient tant interrogés les archéologues et autres spécialistes de l'Histoire antique de la région. Les aliens aux faces des statues étaient d'une espèce inconnue, même du Docteur. Il faudra que je me renseigne une prochaine fois…
Cette nuit-là, enfin les deux jours que nous avons passés sur l'île de Pâques plutôt, Jim le Poisson a pris la tête d'une sorte de révolte des esclaves saturnyens. Le Docteur et moi nous leur avons bien sûr donné un sérieux coup de main et libérés de leur état de servitude forcée. Les Saturnyens qui le voulaient sont ensuite retournés chez eux avec le TARDIS. Les autres – dont Jim lui-même – ont choisi de rester sur Terre. Ils avaient appris à s'adapter à leur nouvel environnement et l'appréciaient même à présent. Jim avait comme projet de construire un grand barrage pour les individus de son espèce qui chercheraient un refuge proche de l'île de Pâques sans que ceux-là ne soient obligés de retourner vraiment sur la terre ferme. Non, ils vont pouvoir vivre dans l'eau salée du Pacifique. Le plus bel océan de la Terre, surtout à cette époque encore préhistorique. Ils sont libres à présent. Mais le combat pour leur liberté n'a pas été si facile pour autant. J'avais pensé à « emprunter » une arme à feu du LIème siècle dans le TARDIS. Le Docteur n'a pas voulu me dire de qui il la tenait. Il semblait même contrarié de la voir. Tant pis. Je la trouve parfaite. Par contre, je ne crois pas que je pourrais la camoufler dans ma cellule à Stormcage. Peut-être que je pourrais la laisser dans le TARDIS ? J'espère que le Docteur ne s'en débarrassera pas. Je pourrais même toujours l'y laisser… Ce serait bien plus simple puisque toutes mes aventures je les vis désormais grâce au TARDIS.
Dans tous les cas, cette aventure-là est finie. Et je n'ai finalement pas envie de la raconter dans les détails : on a dû se battre, tirer sur les extraterrestres les plus hostiles, dormir dans le début du barrage de Jim le Poisson où l'on grelotait mais on s'en est sortis et on a libérés les Saturnyens. C'est tout ce qui compte maintenant.
Par contre, le Docteur n'a pas su m'expliquer pourquoi le TARDIS était resté bloqué et avait été attiré par le sol. Ou alors c'était une excuse, peut-être ? Il s'est assez contredit cette nuit. Et puis sa première règle n'est-elle pas que le Docteur ment ? Oui, c'est bien possible. Il a dû penser que rester aussi allusif m'aiderait à me décider à le rejoindre. Ou peut-être était-ce de cette façon qu'il procédait à chaque fois ? Pour l'instant, je n'en ai encore aucune idée.
Oh, il est déjà plus de minuit… Bon, je crois que j'ai tout dit j'aurais quand même bien aimé recevoir de la visite cette nuit aussi. Tant pis... Je vais dormir, cette longue aventure m'a épuisée de toute façon !
