Jour 623 :
Eh bien quelle soirée! Je crois que c'est bien la première fois qu'on a failli causer un incident diplomatique... Mes cheveux sont encore trempés, j'espère que ce papier est résistant a l'humidité. Vu que c'est le Docteur qui m'a donné ce journal, j'espère qu'il aura pensé à m'en donner un bien solide. Depuis les années où je l'utilise, il a toujours bien rempli son rôle...
Le Docteur aussi ce soir. On était normalement simplement invités à une party, une fête à l'anglaise. A Buckingham palace quand même. C'était la première fois que je rencontrais d'aussi près un monarque britannique. Le premier siècle de règne d'Elizabeth VII était une super occasion de faire la fête selon mon mari. Je serais moins enthousiaste la prochaine fois qu'il m'invitera à une party si british et so alien en même temps. Parce que l'on était en 2416 et la fête ressemblait plus à des festivités de cirque qu'à un tel anniversaire. A cent ans, Elizabeth VII était encore belle et faisait jeune. Sûrement grâce au masque en cire posé sur son visage.
Toujours est-il que nous avons passé une agréable soirée haut-en-couleur. Du moins, au début. Les choses ont en fait vite empirés – et pour une fois ce n'était pas la faute du Docteur. Pas directement. La reine qui fêtait son jubilée a été victime d'un attentat. Seulement le tueur à gage était un métamorphe et avait déposé un philtre métamorphique dans le verre de vin d'Elizabeth la Reine s'est transformée devant nos yeux en un drôle de poisson rouge. Et le métamorphe s'est transformé en oiseau. Il a chargé sur la reine et l'a pris dans ses serres. Le Docteur a vite réagi et pointé son tournevis sonique sur l'oiseau. Seulement au lieu de le retransformer en humanoïde ou le faire relâcher sa royale victime, l'oiseau se transforma… en mouche. Sa métamorphose n'était de toute évidence pas très stable...
En plus de se changer en mouche, le métamorphe a lâché la Reine-poisson… Dans une grande piscine, ou plutôt un énorme bassin d'un hectare dans le parc de Buckingham Palace. Avec des milliers de poissons dedans, de toutes les couleurs.
La reine ne s'asphyxiait donc plus dans l'air mortel pour elle. Mais elle était perdue dans la multitude des poissons multicolores du jardin aquatique royal. Et le Royaume-Uni n'avait alors plus de monarque.
Le prince qui nous avait invités fut alors obligé de gérer l'état de crise qui se profilait. Il nous chargea très vite, le Docteur et moi, de retrouver sa mère, la reine, et de la retransformer. Le TARDIS devait nous permettre de ramener la reine à son état original d'humaine. On est rentrés dans le TARDIS où j'ai enfilé une combinaison de plongée, pour une raison que j'ignorais, le Docteur m'avait assuré que dans cette régénération, j'étais bien meilleure plongeuse que lui. J'ai donc sauté dans le bassin et en évoluant à travers ces milliers de poissons de toutes les tailles et de toutes les formes possibles que l'on trouvait sur Terre. Et peut-être même ailleurs, mais je n'ai jamais vraiment étudié la biologie, moins encore la zoologie. Et retrouver un poisson rouge banal en apparence me semblait déjà être un vrai méandre. Un méandre bien profond…
J'ai finalement réussi à pêcher un poisson rouge parmi cette multitude multicolore. Je l'ai donné au Docteur et j'étais déjà en train d'enlever ma combinaison et d'aller parler au prince et aux autres invités quand le Seigneur du Temps m'a hurlé que nous n'avions pas pris le bon poisson. Il était déjà de nouveau dans le TARDIS et c'est en ouvrant la porte qu'il m'a crié cela. Il l'a ensuite refermé sans plus de procès. J'ai alors renfilé ma combinaison, en grommelant, et j'ai plongé à nouveau. Par chance, le deuxième poisson que je lui donnai était cette fois le bon : la reine. Et c'est bien Elisabeth VII qui sortit du TARDIS avec mon mari quand celui-ci se rematérialisa, après un court vol spatio-temporel. Comment il a pu remarquer que le premier poisson n'était pas le bon aussi vite, je l'ignore. Mais même si j'ai une part de mon ADN semblable à celle de son peuple, les Seigneurs du Temps, je n'ai de toute évidence pas les mêmes sens que lui, pas aussi précis. En tout cas pour les yeux parce que je ne voyais vraiment aucune différence notable entre les deux poissons rouges que j'ai sortis de l'eau.
La mouche a été écrasée par ma mère dans le TARDIS, le Docteur me l'a expliqué sur le chemin du retour. Il a juste dit qu'elle était morte sans qu'il puisse ni la retransformer, ni l'interroger. Personne ne sait ainsi qui a voulu la mort de la reine. Peut-être n'était-ce qu'une tentative isolée, il n'empêche que j'aimerais bien savoir ce qu'il va advenir de la vieille reine. Peut-être que mes études m'influencent aujourd'hui. Et dire que je ne les avais commencés que pour retrouver la trace de mon âme-sœur. Maintenant, je me dis que je suis devenue une vraie archéologue. Et je vais creuser cette histoire. Je ne crois pas le Docteur quand il me dit que tout ira bien pour elle J'ai même eu l'impression que c'était peut-être un complot mené par le prince. Mais pourquoi nous aurait-il invités, le Docteur et moi ?
Ça reste un mystère. Mais la reine était en vie et humaine quand nous sommes partis. Et nous ne sommes pas partis tout de suite. Nous avons continué la fête. Pendant de longues heures, comme si rien ne s'était passé, comme si je n'avais pas mes cheveux trempés… Et il m'a ensuite ramené dans ma prison. Comme chaque fois. Un dernier baiser sur le seuil du TARDIS, même si je sentais qu'il restait préoccupé par quelque chose. Je n'osai pas lui demander pourquoi. Il ne me parlait pas plus. Le TARDIS s'est dématérialisé, me laissant seule dans le silence de ma cellule. Et j'ai entamé la rédaction de cette nuit. Nous n'avons pas fait que danser – et boire un coup cette fois – nous venons quand même de sauver une reine d'un complot d'assassinat. Ça valait bien toutes ces pages, n'est-ce pas ? Nos aventures deviennent de plus en plus… animées.
