Jour 643 :
Le Docteur n'est pas revenu me voir depuis cette nuit où il m'a ramené en cellule. Peut-être que c'était bel et bien notre dernier baiser à tous les deux… C'est un appel qui m'a obligé à quitter ma cellule cette fois. Un appel d'un vieil ami du Docteur : Winston Churchill en personne. Il m'en avait déjà parlé. Il voulait contacter le Docteur à cause d'une toile de peinture. Une toile peinte par Vincent Van Gogh, le peintre français du XIXème siècle, un autre ami de mon mari. Je me suis donc encore enfuie de ma prison, avec l'aide de mon rouge à lèvres comme la dernière fois. L'illusion a très bien fonctionné sur le garde, il a pris un dessin que j'avais fait sur le mur pour la prisonnière que j'étais censée être et je me suis enfuie. Rien de plus facile. Les évasions, c'est vraiment un jeu d'enfant. Ce qui en était moins un c'était de voler la toile dans le vaisseau spatial britannique. Heureusement que celle qui m'a prise en flagrant délit était Elisabeth, dixième du nom, Reine d'Angleterre depuis plusieurs siècles et vieille amie du Docteur, elle-aussi. Quand je lui ai expliqué pourquoi j'avais besoin de cette toile et que c'était pour le Docteur, pour lui sauver la vie, elle m'a laissé m'en aller. J'ai ensuite essayé plusieurs fois d'appeler le TARDIS mais le Docteur ne répondait jamais. J'ai donc dû employer les grands moyens et obtenir un bracelet temporel à nouveau, plus performant et définitif. Pour l'avoir, je suis allé voir un riche commerçant que j'ai appâté avec une de mes boucles d'oreille, qui contenait un détecteur de micro-explosif comme celui que j'avais versé dans sa coupe de vin.
Je me suis ensuite téléporté avec le bracelet et j'ai voyagé jusqu'à un endroit et une époque que je savais être un jour ou l'autre une étape de mon mari : la première inscription gravée de l'histoire… Il ne pourrait pas éviter d'y aller un jour. J'ai donc gravé en Gallifréen les coordonnées du lieu où je l'attendrais ainsi qu'un petit mot à la fois d'excuse et de signature : « salut mon petit cœur ».
Après je suis allé en Angleterre en 102 après Jésus Christ, en plein cœur de l'empire romain et je me suis faite passer pour Cléopâtre grâce au rouge à lèvres très spécial que m'avais donné mon cher mari. Il est justement arrivé sous la tente que j'occupais. Mais pas seul. Ma maman l'accompagnait. Comme elle était jeune. Elle n'avait même pas encore d'alliance à son doigt… Mais elle fut la première à me reconnaitre, donc elle me connaissait. J'ai montré à Amy et au Docteur la toile de Van Gogh où le peintre avait représenté la destruction du TARDIS. Je lui ai dit tout ce que je savais au sujet de cette toile « la pandorica va s'ouvrir » comme Van Gogh l'avait nommé avant de mourir.
On s'est ensuite rendus à Stonehenge qui était tout proche. Amy n'arrêtait pas de me poser des questions. Et pire : elle me parlait sans le savoir de mon propre avenir, ce qu'elle avait déjà vécu avec le Docteur. J'allais donc encore la revoir.
Avec le Docteur on a découvert le chemin menant à la Pandorica. C'était une grande boite qui n'avait rien d'antique. Une véritable prison, mais si nous avions su à qui elle était vraiment destinée ! C'était un piège. Un piège contre le Docteur. Avec des millions de vaisseaux spatiaux ennemis du Docteur contre lesquels nous nous apprêtions à devoir nous battre.
Je suis parti chercher de l'aide. Parmi les Romains. Et l'un d'entre eux m'a proposé de l'aider. Il m'a accompagné jusqu'à Stonehenge. Mais je suis retournée dans le TARDIS. Et il s'est téléporté tout seul. M'emmenant vers l'endroit auquel je m'attendais le moins : la maison d'Amelia Pond. Des traces d'extraterrestres et de vaisseaux spatiaux étaient présentes tout autour. Et dans la maison, je compris que toute cette histoire de Pandorica n'était qu'un vaste piège : on s'était servi du livre d'histoire de ma mère, de ses dessins du Docteur, de ses bricolages d'enfants du TARDIS, de son livre sur les Romains également,… Tout cela avait conduit à cette mascarade, à cette mise en scène qui n'avait qu'un but : piéger le Docteur, le plus grand guerrier de tous les temps, dans la Pandorica, la boite de Pandore de l'univers.
J'étais au téléphone avec mon mari quand le TARDIS s'est emballé. On était le 26 Juin 2010. Et j'ai entendu une vois dire qu'un silence pesant régnera. J'ignore encore ce que ça peut dire. Tout ce que je sais, c'est que je ne contrôlais plus le TARDIS. Et ça ne m'était jamais arrivé à moi, la fille du TARDIS. J'ai fait atterir le vaisseau spatio-temporel mais la porte ne s'ouvrait pas. J'étais bloquée dans une sorte de paradoxe. Et je revivais chaque fois le même terrible scénario : j'allais jusqu'à la porte du TARDIS, je l'ouvrais et ensuite il n'y avait rien, rien d'autre qu'un mur qui m'empêchait de m'enfuir hors du TARDIS. Et ça se répétait, et ça se répétait encore,… Jusqu'à ce que mon mari arrive enfin à me rejoindre et m'aide à me téléporter hors du TARDIS. Il portait un drôle de chapeau qu'il nommait fez sur sa tête. Jamais je ne lui avais trouvé plus ridicule un chapeau qu'il portait. Et ma mère était bien de mon avis. Elle a jeté le « fez » en l'air et je l'ai carbonisé avec mon arme. Juste au-dessus d'un Dalek. Nous avons couru puis le Docteur est mort, ou plutôt il a fait semblant de l'être, mais je ne l'ai pas compris tout de suite… J'ai tiré dans l'œil du Dalek et l'ai tué à mon tour. Puis j'ai retrouvé Amy et Rory et ensuite le Docteur qui retournait s'installer dans la Pandorica dans le but de créer un second big bang. Je lui ai fait brièvement mes adieux. Mais il ne savait pas qui j'étais, il n'était pas mon mari. Il était un Docteur qui connaissait mon nom mais presque rien d'autre sur moi. Il m'a juste envoyé un dernier message, un mot qui était le sien et qui me fit sourire en cet instant que j'imaginais déjà comme étant notre dernier : « Geronimo ».
Puis tout s'est accéléré et un grand flou nous a emportés avant que je me réveille ici. C'est Leadworth. La ville où j'ai grandi. La ville où mes parents et moi nous avons grandi ensemble, où j'étais leur meilleure amie. Cela remonte à si loin… C'est aussi à Leadworth que j'ai rencontré le Docteur pour la première fois. Et c'est là qu'après ce nouveau Big Bang, je me retrouvais. Mon journal était vide, le Docteur était mort… Je suis passé à la salle de noces de mes parents et discrètement je leur ai donné ce livre si précieux, vierge de tout mot, dans l'espoir qu'avec quelque chose de vieux, de bleu, de neuf et d'emprunté, Amelia Pond, ma chère mère et meilleure amie d'enfance, retrouverait le souvenir de son Docteur Débraillé et nous ramène à toutes les deux mon mari qui me manquait. Et elle l'a fait. Je le sais parce je l'ai revu, mon Docteur. Et il m'a rendu mon journal, c'est bien pour ça que je peux écrire toute cette histoire dedans maintenant que c'est terminé. Je me suis téléportée, seule, directement en prison. Je n'avais pas besoin de rester. Il était en vie, tout reprenait son cours… Mais avant que je m'en aille, il m'a encore demandé qui j'étais. Et il m'a aussi posé une autre question qui m'a surprise puis émue : il m'a demandé si j'étais mariée. Je ne sais pas ce qu'il croit savoir sur moi, ou comment il le sait, mais d'après son ton, il comprenait bien que ma réponse « oui » signifiait autant que j'étais déjà mariée et autant que je voulais l'épouser. Et voilà… Près d'un an après notre mariage, il me demandait enfin en mariage. Et je ne pouvais même pas lui répondre clairement. Mais ça restait un moment inoubliable. Comme tous ceux que je passerais jamais à ses côtés, jusqu'au jour le plus sombre de mon existence où il ne me reconnaitra plus.
