Jour 659 :

Et me revoilà, dans ma prison.

Pourtant ils m'avaient fait miroiter ma liberté cette fois-ci. Mais j'ai pu obtenir une sortie exceptionnelle. J'ai quand même sauvé en grande partie l'univers... Bon surtout, le Docteur. Malgré son jeune âge et son manque de confiance en moi, on formait quand même une bonne équipe tous les deux. Avec Amy. Ma pauvre mère...

En plus de n'avoir aucune idée de qui j'étais, elle a été la cible des Anges Pleureurs, au point d'être habitée par un ange. Dans ses yeux. Elle a même failli en mourir. Et le Docteur l'a sauvé juste en lui faisant fermer les yeux; C'est quand il agit ainsi, comme un véritable génie, que je le vois comme mon merveilleux mari. Et là, il lui a sauvé la vie. Je me doutais bien qu'il allait y arriver : je ne serais pas là sinon de toute façon. Mais connaissant la loi du temps...

En tout cas, nous nous en sommes sortis. En famille, seuls. Tous les clercs qui nous avaient accompagnés dans l'épave du Byzantium sont morts. Même le courageux père Octavien. Le Docteur n'a pas pu les sauver. Mais personne n'aurait pu.

Il n'y avait pas un seul ange dans ce vaisseau comme nous nous l'étions imaginés, ils étaient toute une armée; le crash du Byzantium - que j'avais quand même en partie provoqué - était en fait une mission de sauvetage de centaines voire plus de milliers d'anges pleureurs. Toutes les "statues" du Labyrinthe de morts en fait. C'étaient tous des anges pleureurs vieux et méconnaissables. Mais les fuites de radiation du vaisseau les régénéraient. Et ils ont failli tous nous tuer.

Ça aurait été le cas sans aucun doute s'il n'y avait pas eu une menace encore plus grande. Une menace qui me rappelait à la fois ma vieille mission de tuer le Docteur et à la fois la terrible expérience que j'avais vécue, il y a si peu de temps pour moi, et que le Docteur n'a pas encore vécu de son côté, l'ouverture de la Pandorica. C'est d'ailleurs en lui parlant de ce "conte de fées" que je lui ai dit au revoir cette fois. Je savais déjà qu'il la vivrait bientôt cette aventure extraordinaire. Et moi, je sais à présent qu'un beau jour je serais Professeur. Le professeur Song... Ça sonne bien quand même.

En tout cas, c'était la faille spatio-temporelle, la faille du mur de la chambre d'enfant de ma mère. Cette faille qui nous poursuit. Cette faille qui a un lien fort avec le Silence. Elle s'est nourrie des anges pleureurs quand le Docteur a eu l'idée de génie de les y envoyer en désactivant la gravitation artificielle du Byzantium. Nous avons dû bien nous accrocher, mais, contrairement aux anges, nous nous en sommes sortis.

Le père Octavien est mort et me revoilà dans ma cellule. Pour un court temps mais quand même! Le pire, ou peut-être était-ce nécessaire, c'est qu'avant de mourir, il a avoué au Docteur que j'étais en prison - il ne le savait donc encore pas - et que pour y être j'avais tué quelqu'un, quelqu'un de bien. Pour parler de lui, je n'aurais jamais pu employer de meilleurs mots que ceux par lequel j'ai décrit cet "homme bien" au Docteur quand il m'a demandé qui j'avais tué : "un homme bien, le meilleur homme que j'avais jamais rencontré". Sans lui, ma vie n'aurait jamais été celle-ci. Sans lui, je ne serais pas River Song, une archéologue voyageant dans l'espace et le temps et sauvant sa mère en la téléportant à l'abri juste avant qu'un ange ne la tue ou ne la renvoie dans le passé, et tout ça des années sûrement avant ma naissance.

Je ne sais pas s'il a compris que je parlais de lui. Il ne doit même pas du tout y avoir pensé. Tout dépend de ce qu'il sait déjà de moi, de ce que j'ai déjà dit de moi dans son passé. Mais de toute façon, je sens qu'approche l'instant où ce sera mon tour de lui révéler la vérité sur mon identité. Je sais que je devrais le faire, je l'ai toujours su. Et ce jour est tout proche. Tout autant que celui où je verrais dans ses yeux, plus jeunes que jamais, que le nom de River Song lui est parfaitement étranger.