Jour 660 :
Et me revoilà sortie. J'écris dehors, c'est rare. Plus encore à l'air libre et dans un jardin familier et chaleureux. Je suis en "permission pour services exceptionnels rendus à l'Eglise". Bien sûr, c'est un peu plus compliqué que ça en vrai, puisque je me suis quand même enfouie dans le temps; chez mes parents. Ma mère et mon père sont si heureux que je sois là auprès d'eux, même si je ne pourrais pas rester très longtemps.
De leur côté, cela fait des mois, ou peut-être des années, qu'ils ne m'ont pas revus. Ils vivent dans cette maison que le Docteur leur a offerte et non plus dans la maison d'Amy de Leadworth. Je savais déjà par le Docteur qu'ils vivaient ici, je l'avais déjà vu se poser dans ce jardin. Mais jamais encore, je n'avais pris le thé auprès de mes parents sous une tonnelle, comme une famille normale. Même si je parais plus âgée que mon père et ma mère... De toute façon, il n'y a personne d'autre que nous trois.
Pour eux, le Docteur était toujours bel et bien mort. Ils venaient de me voir épouser le Docteur dans l'univers de poche crée par mon acte insensé pour lui sauver la vie. Et ils le croyaient mort en m'épousant. J'ai hésité à leur dire la vérité, mais ce sont les Pond, les compagnons du Docteur et j'étais sûre qu'un jour ils retourneraient dans le TARDIS. Ou en tout cas, je voulais leur rendre cet espoir. En fait, non, pas le leur rendre, je savais qu'Amelia Williams et son mari voyageaient encore avec le Docteur du temps de nos voyages romantiques dans le TARDIS, nos premières nuits en tête-à- tête. Donc ils allaient le revoir. Alors je n'allais pas non plus leur mentir en cachant ce qu'il m'avait vraiment dit cette nuit-là, en m'épousant. Ma mère insistait presque pour que je lui dise la vérité. Et puis je les aime tous les deux, je voulais leur offrir cette joie. Alors je l'ai fait, je leur ai dit que le Docteur était vivant.
Et ma mère et mon père ont fêté cela - et ma mère a failli s'évanouir en comprenant qu'elle était à présent la belle-mère du Docteur. Eh bien oui, c'est bien ce qu'elle est devenu : la belle-mère de son Docteur débraillé qu'elle avait rencontré à l'âge de sept ans.
Maman a repris des couleurs et on a partagé une bouteille de vin. Maintenant mes parents me regardent écrire dans mon journal. Ils savent combien celui-ci est important pour moi. Avant que mon père n'arrive et que je ne dise la vérité sur la "mort" du Docteur, je disais à ma mère que je l'avais rencontrée avec le Docteur dans le Byzantium. Elle était si jeune, mais elle se souvient encore bien de cette aventure. Et nous avions tant de souvenirs en commun à présent...
Mes parents - et surtout ma mère - voulaient savoir aussi où le Docteur m'emmenait toutes ces nuits où elle savait que je m'évadais de ma cellule à ses côtés. J'avais tellement à lui raconter... Je ne savais pas par quoi commencer. Je ne voulais pas lui parler d'une aventure qu'elle n'avait pas encore vécue, parce qu'il y en a encore. Et eux-aussi, ils ont déjà vécus des événements que je vivrais bientôt. Et en particulier ce jour terrible où "je" leur ai avoué être leur fille. Pourquoi je ne cesse d'y penser à ce jour-là? Ce jour où il saura qui je suis? Je sais bien que tout changera pour lui.
Et pour moi-aussi, certainement. Je ne le verrais plus comme avant. Il ne sera plus le mari qu'il est encore aujourd'hui. Il sera le Seigneur du Temps de Neuf Cent ans et plus ma moitié. Mais ce jour n'est pas encore arrivé, et je dois arrêter d'y penser. J'ai encore sûrement de nombreux jours et de nombreuses nuits à passer avec lui dans le TARDIS, avant de ne plus être qu'une étrangère qui ne le connaitrait que mieux qu'il ne se connaissait lui-même, et qui ne pourrait que répondre "spoilers" à toutes ses questions à son sujet.
