Finalement, j'avais tort. J'ai peut-être enterré mon mariage avec le Docteur trop tôt. Tout a commencé par une enquête des plus banales - c'est à dire dans les années 30 du XXème siècle terrien dans la ville de la grande pomme où je m'étais rendue avec mon manipulateur de vortex - où je devais enquêter sur des "statues" qui bougeraient toutes seules. J'avais deviné qu'il s'agissait d'anges pleureurs et peut-être avais-je l'espoir d'y revoir le Docteur... Mais j'ai déchanté en découvrant l'année précise : 1938. Impossible d'y faire atterir le TARDIS. Je venais donc d'arriver et j'allais rencontrer l'ancien enquêteur sur cette affaire. Mais il était porté disparu et je ne pouvais qu'imaginer le triste sort que ces statues lui avaient réservé. Il devait être déjà mort, ou très loin dans le temps. Je repris donc l'affaire sous le nom de Melody Malone, mon alias pour mes missions au XXème siècle. Je m'habillais a la mode de ces année de façon assez sexy pour cacher mon jeu et partais vers le lieu de rendez-vous avec le propriétaire de la statue en question.

J'arrivai sur les lieux quand je me retrouvai face à face avec mon père. Il était perdu et je compris vite que s'il portait des cafés d'un magasin du XXIème siecle dans ses mains, c'était parce qu'il n'était pas venu ici en TARDIS. Déjà que c'était impossible...

Il était donc victime lui-même d'un ange pleureur. Mais je ne pouvais pas le ramener. J'avais cette enquête à mener et Rory était menacé d'un pistolet. Nous sommes donc tous les deux montés dans la voiture qui nous a conduit jusqu'à la demeure de mon propriétaire d'ange mystérieux. Rory et moi avons été séparés et il a été envoyé à la cave avec les "bébés"...

De mon côté, je découvrais la maudite statue. Et celle-ci criait. Elle soufrait et elle appelait les autres anges pleureurs à sa rescousse. Je devais faire vite.

Les idéogrammes chinois du vase de la dynastie Chin se traduisirent dans mon esprit, par le biais de mon lien avec le TARDIS. Mon mari m'envoyait un message : « Yaouzah ». Je souris en le voyant et envoyai rapidement le même message au TARDIS, je savais qu'il voulait s'en servir comme balise de guidage. Intelligent quand même, au moins je pouvais le revoir et il pouvait m'aider. Contre les Anges pleureurs, l'aide du Docteur n'allait pas me faire de mal.

Il a donc réussi à faire se matérialiser son TARDIS dans le salon où je me trouvais. Et où j'étais prisonnière de l'ange, ou plutôt où mon poignet l'était. Charmant, plus encore que durant nos retrouvailles clandestines les nuits où je sortais de prison, il m'a demandé où nous en étions tous les deux. Il m'a appelé « docteur » et ignorait que j'avais été graciée. La dernière fois qu'il m'avait vu devait donc pour lui aussi remonter à mon anniversaire où il m'avait emmenée patiner sur la Tamise gelée. Mais nous n'avons pas vraiment pu parler du passé. Quand il a vu mon poignet, il m'a avoué ne pas pouvoir faire grand-chose car il avait déjà lu ce qui allait se produire dans un livre qu'Amy aurait lu. Un livre que je devais écrire dans le futur et qui le guiderait ici. Et dans ce livre, il devait casser mon poignet et non celui de la statue.

Mais ma mère cherchait son mari et elle a eu l'idée de regarder le sommaire des chapitres de mon futur livre. J'y aurais intitulé un chapitre « le romain dans la cave » et Amelia Pond Williams est immédiatement descendue au sous-sol retrouver son centurion. De notre côté, le Docteur et moi, nous devions encore me libérer de l'ange pleureur. Mais le Docteur a lu quelque chose dans le livre, dans ce sommaire, qui l'a énervé. J'ai eu le temps de voir qu'il s'agissait du dernier chapitre intitulé par mes futurs soins « les derniers adieux d'Amelia ». Mon mari m'a alors ordonné de tout faire pour me libérer sans casser mon poinet pour commencer à changer l'avenir. Il refusait de voir Amelia Pond, le premier visage qu'il avait vu dans cette régénération, mourir. Et je ne le souhaitais évidemment pas non plus. Pour autant, je n'avais pas vraiment le choix… J'ai donc cassé de moi-même mon propre poignet.

Quand j'ai rejoint le Docteur et Amy, celui-ci était tout enthousiaste à voir que j'avais changé l'histoire en me libérant toute seule. Rory avait été téléporté par un ange pleureur mais heureusement pas dans le temps mais dans l'espace, et à seulement quelques pâtés de maisons de la demeure où nous nous trouvions.

Alors que nous allions partir retrouver et sauver mon père, le Docteur s'est rendu compte en touchant mon poignet que je l'avais cassé et donc respecté l'avenir écrit. Nous étions assis dans des escaliers et le Docteur m'a pris mon poignet et l'a soigné avec son énergie régénératrice, puis il m'a baisé la main. Dans beaucoup d'autres circonstances, j'en aurais été séduite, ravie,… Mais pas cette fois-ci : je l'ai giflé. Il osait se servir du peu d'énergie régénératrice qui lui restait pour de telles futilités qu'un poignet cassé et ce n'était pas l'acte responsable d'un honorable Seigneur du Temps. La vérité, telle que je l'ai ensuite avouée à ma mère, c'est que lui ne vieillit pas, ou vraiment très peu, et qu'il se régénère à chacune de ses morts, tandis que moi je ne le peux plus. Et moi, je vieillis comme n'importe quelle humaine. Aussi, j'ai parfois peur de montrer ces signes qui montrent que je ne suis pas infaillible contrairement à ce « dieu sans âge » comme je l'ai décrit à Amy. Mais je sais que c'est de la superficialité. Et le vrai problème, c'est qu'en plus de vieillir, je me rapproche de plus en plus de mes derniers jours, et que lui, non. Et pourtant nous étions égaux, nous étions enfin synchronisés dans notre histoire commune.

Rory était dans une sorte d'hôtel qui se révéla être une ferme d'énergie temporelle pour les anges pleureurs : ils ramenaient leurs victimes dans le passé et les condamnaient à mourir, dans leur lit, de vieillesse et de solitude, dans ce même « hôtel ». Et ils se nourrissaient ainsi des voyages temporels et de cette vie qu'ils n'avaient pas menés et qu'ils leur avaient prise. Rory Williams avait sa chambre dans cet hôtel et un vieillard s'éteignit devant nous après avoir pris la main de ma mère avec tendresse et souffrance. C'était mon père, bien plus âgé. Et il n'était plus là.

Les anges pleureurs venaient pour le ramener dans le passé, et nous étions sur leur chemin, avec les lumières vacillantes de cet hôtel new-yorkais. Le Docteur et moi, nous avons réussi à leur échapper et à grimper sur le toit. Mon père et ma mère se tenaient debout sur la bordure du toit, prêts à se laisser tomber dans le vide, main dans la main et nous regardant à peine alors que le Docteur les suppliait de ne pas sauter. Amelia Pond et Rory Williams avaient pourtant déjà faits leur choix. Ils voulaient créer un paradoxe en mourant ici et non pas dans cette chambre d'hôtel. Le paradoxe devait tout effacer et même les anges pleureurs.

J'ai dû retenir le Docteur pour qu'il ne tombe pas à son tour et le convainquit du bien-fondé de leur théorie. J'avais en même temps très peur de les avoir perdus pour toujours mais je croyais pour autant dur comme fer à la possibilité qu'ils aient raison et que cela arrange tout. Et ça a fonctionné.

Nous nous sommes retrouvés dans un cimetière new-yorkais, mais au XXIème siècle. Je commençai à sortir un pot de peinture bleue quand mes parents se sont réveillés auprès de nous. Nous étions sur le point de fêter cette victoire et je proposai déjà de partir voyager en famille dans le TARDIS, quand mon père a été touché par un ange pleureur survivant. Renvoyé dans le passé… Sa tombe était toujours là.

Ma mère et le Docteur fixaient l'ange responsable Amelia Williams regardait aussi la tombe de son mari et elle demanda d'abord à retourner dans le temps pour aller le chercher. Mais comme le Docteur, je savais que ce n'allait pas être possible. Un paradoxe avait déjà été tenté, retourner en 1938 ne ferait que plus de mal encore au Temps de cette époque. Et même le TARDIS ne pourrait pas réaliser un tel exploit. Rory était perdu, j'avais perdu mon père. Mais j'allais aussi perdre ma mère…

Amy a ensuite fait remarquer qu'il restait de la place sur la tombe de mon père. Et c'était vrai : elle pouvait vivre sa vie avec lui, même au début du XXème siècle – après tout ils voyageaient déjà dans le temps -, et mourir à ses côtés et non le laisser périr seul après une vie solitaire loin d'elle.

Le Docteur était horrifié à l'idée de perdre son Amelia Pond, sa princesse de contes de fées, et je dus encourager ma mère en lui assurant comme elle le disait déjà elle-même que c'était bel et bien sa meilleure chance. Mon mari n'était pas prêt à l'accepter et la supplier de revenir avec nous dans le TARDIS. A la place, Amelia m'a demandé d'approcher, je lui ai pris la main qu'elle me tendait et elle m'a demandé de veiller sur le Docteur et d'être une « bonne fille ». Elle m'a appelé Melody… J'en étais toute émue. J'avais si peu pu la connaitre en tant que mère mais je savais quel lien d'amour nous liaient, et plus encore celui qui liaient mes deux parents ensemble. Et je comprenais son choix, contrairement à mon mari.

Amy m'a lâché la main et a fait ses adieux au Docteur en l'appelant comme dans son enfance son « Docteur débraillé ». Puis elle lui a dit « au revoir », et elle s'est tournée vers lui dans un dernier regard où elle ne fixait plus des yeux l'ange pleureur qui la menaçait et qui l'a fit disparaitre devant un Seigneur du Temps plié à genoux par la douleur de cette séparation.

Je le ramenais au TARDIS et essayai de le réconforter, lui rappelant qu'il ne devait pas voyager seul. Il m'a proposé de voyager avec lui, non plus seulement durant mes nuits, donc, mais de rester dans le TARDIS à ses côtés. En famille, comme je l'avais dit, mais juste nous deux. J'ai bien sûr acceptée – mais je ne veux pas rester là tout le temps. J'ai encore ma vie et mon boulot d'archéologue sur la Lune au LIème siècle. C'est ma vie, et maintenant que mes parents sont « morts » pour moi et pour lui, je dois bien me raccrocher à celle-ci. Mais vivre dans le TARDIS quelques temps, et surtout alors que je sais qu'il se sent si mal de n'avoir pas pu sauver ses deux compagnons, ça ne pourra qu'aider mon mari. Voyager pour oublier…

En attendant, j'écris, assise sur notre lit, alors qu'il a foncé hors du TARDIS pour aller récupérer « la dernière page » de Melody Malone, le livre que je suis censée écrire un jour. Il faudra que je commence à le rédiger d'ailleurs… Dès que j'aurais refermé ce vieux journal qui ne m'est plus tellement utile puisque le Docteur et moi, nous sommes enfin synchronisés dans nos lignes temporelles, mais qui m'est encore utile pour me confier et pour ne pas oublier ces terribles épreuves que nous avons vécu aujourd'hui. Et puis… Ceci n'est-il donc pas un journal de mariage ? Et tout ce qui touche à notre couple et nos voyages communs ne doit-il pas y être reporté ?

Puisque c'est exactement ce que je vais faire maintenant, voyager avec mon mari, je crois que je vais continuer de tenir ce journal. J'écrirais Melody Malone plus tard… Pour l'instant, le Docteur vient de rentrer, il est plus heureux, soulagé,… Le mot d'Amy lui a rendu le sourire. Et il m'a proposé de partir avec lui « où bon le TARDIS nous mènera ». J'ignore si c'est une bonne chose, mais ce sont là des souvenirs qui mériteront d'être transcrits sur ce papier encore blanc et déjà usé. Alors Yaouzah… Elle n'est pas si mal cette nouvelle expression du Docteur après tout.