Jour 1953 :

On a encore participés à un jeu télévisé. Enfin, je ne suis pas sûre que l'on soit vraiment passés à la télé... Disons plutôt que c'était un jeu de société. Mais on n'était pas des joueurs, on était des pions. Et on a bien failli en rester, et y rester...

Mais d'abord, tout a commencé de la plus étrange des façons. Notre dernier souvenir avec le Docteur remontait à la veille au soir quand nous nous étions tout simplement couchés dans son lit comme nous le faisons maintenant depuis la disparition de mes parents. Et nous nous sommes réveillés, ici : dans ce plateau de jeu géant.

On était comme paralysés. En fait, le Docteur a dit que nous étions « prisonniers d'un champ de force » qui nous maintenaient captifs dans un tout petit espace et qui nous auraient tous réactivés en même temps. Tous parce que nous n'étions pas seuls là-bas. On était au moins six, je ne suis plus sûre d'avoir bien compté. Mais on était assez nombreux. Et le plus étrange c'était qu'on pouvait parler, se retourner, mais pas passer seul d'une case à une autre sur cet immense plateau de « trivial poursuite ». Un dé gigantesque roulait pour nous au milieu du plateau et chacun notre tour nous avancions aussi soumis que des pions d'autant de cases que le dé nous l'indiquait.

Autour de nous, au-delà de ce plateau, il n'y avait qu'un grand flou blanc, un immense horizon qui nous isolait du reste de l'univers. Nous étions seuls et perdus. Et aucun de nos compagnons d'infortune n'avaient plus la moindre idée de ce qui lui arrivait que nous.

« Ça recommence, a dit le Docteur à un moment donné quand nous nous réveillions les uns après les autres mais que le « jeu » n'avait pas encore commencé, comme sur le satellite cinq… Mais au moins, on est tous dans le même jeu. »

Je ne sais pas de quoi il parlait. Il n'a pas voulu me le dire. Mais il avait de toute évidence déjà vécu des situations similaires. Peut-être pires…

Enfin en tout cas, le dé a été lancé et la partie a commencé. Même si on était nous mêmes les pions, on devait quand même répondre aux questions. Au début elles étaient heureusement faciles. Mais nous avons quand même vite vu ce qui arrivait aux perdants. Et rester enfermés dans ce labyrinthe de cases, toujours revenir à la case départ... Il nous fallait sortir de là au plus vite.

Au fur et a mesure que nous nous trouvions forcés de répondre aux questions et d'avancer sur ce plateau d'autant de cases que nous l'indiquait le dé, je reconnus une sorte de jeu de trivial poursuite dans le labyrinthe qui nous piégeaient le Docteur et moi. J'y jouais enfant avec mes parents. Et je me souvenais des règles. Les autres joueurs étaient encore trop terrifiés et perdus pour représenter de véritables adversaires. Et j'avais un esprit de seigneur du temps. Et l'aide muette du Docteur. Je devais sortir la première si je voulais le sauver. C'est pour ça que je l'ai dépassé.

Il a utilisé son tournevis sonique en comprenant mon plan et m'a permis d'atteindre plus rapidement les différents "camemberts" qui se traduisaient par des rayons de couleur sur le champ de force qui nous entourait. Il n'y avait que pour répondre aux questions que nous étions vraiment seuls, livrés a nous-même. Mais j'étais maintenant professeur d'archéologie et une voyageuse temporelle expérimentée, je savais y répondre à leurs questions. A quelque pas de la sortie du plateau, un immense trou noir, je vis le Docteur se tromper volontairement. La case départ était plus facile à regagner avec le TARDIS. Je lui fis un signe de tête et un sourire puis je sautai dans le vide.

L'espace noir où je me retrouvai était une immense salle de commandes et je vis que c'était d'ici que nous étions téléportés d'une case à l'autre. Et c'était d'ici que nous avions été transportés dans ce jeu. Des sortes de techniciens me félicitèrent de ma "victoire". Ils n'avaient donc pas vus que j'avais trichée? Ou alors ils s'en fichaient?

En tout cas, moi je ne me fichais pas du sort de mon mari et nos compagnons de jeu. Le TARDIS était garé peu loin de cette immense console et je l'ouvris d'un claquement de doigt comme j'avais vu faire le Docteur tant de fois. La cabine ouverte, je la précipitai au secours du Seigneur du Temps en la matérialisant sur la case "départ" où il était toujours. Il fit monter ensuite tous les autres "candidats" en desactivant les champs de force depuis son vaisseau.

Nous les avons ramenés chez eux maintenant et nous sommes prêts à repartir vers de nouvelles aventures. Mais le Docteur m'a promis de m'emmener sur une planète qu'il connait déjà.

Je crois surtout qu'il est pris d'une certaine nostalgie. Après tout, il a cet air triste sur son visage depuis qu'il a parlé d'un satellite cinq dont je n'ai jamais entendu l'évocation jusqu'à présent. Et il refuse toujours de me dire ce qui s'y est passé...