Jour 1955 :
Me revoilà chez moi, sur la Lune, à l'université. Je ne sais pas trop comment d'ailleurs. Tout allait pourtant bien quand on a quitté Nouvelle Terre. Le Docteur avait programmé un voyage aléatoire pour ne plus « vivre dans le passé » comme il l'a dit.
On a donc laissé le TARDIS dériver dans le vortex spatio-temporel et on est allé se coucher. Quelle nuit d'ailleurs, le Docteur voulait vraiment oublier ses anciens compagnons, et je dirais ceux qu'il a perdus avant mes parents aussi, autant que moi.
Mais tout a dérapé le lendemain. Aujourd'hui…
A notre réveil, le TARDIS s'était matérialisé quelque part et sans que le Docteur ne regarde où nous étions, pas plus que moi, je suis sortie la première de notre vaisseau spatio-temporel. A l'extérieur, nous étions dans une sorte d'immense ville, faite de gratte-ciels qui couvraient tout l'horizon. Nous étions nous-mêmes au sommet d'une tour où le TARDIS s'était matérialisé. L'air était chaud comme s'il n'était pas naturel, pas à une telle hauteur. La planète ne me rappelait rien. Mais je n'en avais sûrement jamais entendu parler de cette véritable merveille. Parce que ce n'était pas une vraie planète, enfin je ne crois pas, mais en tout cas c'était une immense bibliothèque.
Nous étions tout près de milliers d'étagères, toutes consacrées à des biographies historiques. Je promenais mon regard sur ces étalages de bois et de métal où se mêlaient œuvres de personnalités contemporaines à ce siècle qui me semblait proche du mien et œuvres d'historiens de l'antiquité et du moyen-âge terrien. Les noms des auteurs ne m'étaient pas inconnus. Certains étaient même ceux de mes collègues.
Cette Bibliothèque devait exister peu de temps après mon siècle. Peut-être même que certains de ses livres d'historiens ont été écrits par des collaborateurs de mon propre travail ? Je sortis l'un des livres en reconnaissant le nom de l'auteur qui était l'un de ceux que j'avais étudié quelques années plus tôt quand je commençai mon cursus d'archéologie à l'université lunaire. Je le feuilletai quand le Docteur sortit du TARDIS. Il avait eu du mal à trouver son nœud-papillon à ce qu'il grommelait.
« Quoi ? Dit-il ensuite en me voyant avec ce livre à la main. Repose ce livre, River !
- Pourquoi ? Il existe déjà à mon époque. En fait je l'ai même déjà lu !
- Non, mais qu'est-ce qui t'a pris, vieille boite bleue volante ?! C'est beaucoup trop tôt ! Tu n'aurais jamais dû nous emmener ici ! River, rentre dans le TARDIS. Maintenant !
- Pourquoi au juste ? Tu pourrais t'expliquer mon petit cœur !
- Spoilers… »
Il m'avait dit d'une façon si ferme de rentrer dans sa boite bleue, et c'était presque avec des larmes qu'il me demandait maintenant d'attendre. Mon avenir qui était son passé, toujours la même histoire… Et moi qui croyait que c'était enfin terminé ces « spoilers », que nous étions à égalité… J'avais oublié que je n'avais pas encore rencontré un Docteur pour qui le nom de « River Song » ne rappellerait rien.
Le Docteur cognait encore contre sa TARDIS avec son poing et répétai qu'il était « trop tôt » et qu'il n'était aussi « pas prêt »… Mais prêt pour quoi ? Qu'est-ce que c'était que cet endroit ? Cette planète qui me semblait artificielle, morte,… Cette planète qui me glaçait à présent le sang, cette planète qui avait jeté ce froid entre mon mari et moi…
A l'intérieur du TARDIS, je demandai encore à mon mari de s'expliquer. Mais il serrait les dents et ne voulait rien me dire. J'enrageai. Je détestai quand il ne pouvait rien m'expliquer. Et là, il avait agi si bizarrement, si vivement, et il avait été aussi si effrayé. Ça m'effrayait aussi. J'avais peur de rester dans le TARDIS à présent :
« Si c'est comme ça, ramène-moi sur la Lune, au LIème siècle ! Lui cria-je. »
Il soupira puis me répondit que c'était sûrement mieux comme ça et programma cette destination que je lui avais presqu'ordonnée. Il était aussi triste de me voir partir du TARDIS qu'il en semblait aussi soulagé. Juste avant de me laisser, il m'a embrassé une dernière fois et m'a promis de vite revenir et de ne pas me laisser seule trop longtemps. Qu'il voulait encore voyager avec moi, mais de façon plus occasionnelle à présent. Et plus jamais en laissant son TARDIS décider de notre destination.
La seule que j'avais pour l'instant en tête c'était mon bureau de recherches ou mon petit appartement. Une bonne nuit de sommeil, c'était ce qui m'aiderait le mieux, songeai-je. Et me voici donc revenue dans l'appartement que je loue depuis un an. Je m'y sens autant chez moi que dans le TARDIS ou à une époque à Leadworth. Mais je m'y sens aussi seule. Plus d'Amy et Rory, plus de Docteurs, que ces livres qui s'empilent et un rappel de mon travail d'archéologue. Je devrais me concentrer dessus maintenant. Je sais de toute façon que je le reverrais.
Au moins encore une dernière fois : ce Docteur que je ne veux tellement pas rencontrer, cette rencontre qui va me tuer…
