Jour 1999 :
Je pourrais presque dire que je l'avais senti venir. J'aurais presque pu hier… Mais ce n'était pas non plus comme si ça avait été une certitude. Au contraire, je pensais bien ne pas le revoir avant d'être dans la Bibliothèque. Et que c'était pour ça qu'il était parti ainsi la dernière fois qu'il m'avait déposé devant ma maison. Et pourtant non, j'avais quand même raison, pour cette légère impression que j'avais en moi, hier.
Il était bien là, à ma porte, ce soir. Habillé d'un nouveau costume et d'un nœud-papillon que je ne l'avais jamais vu porter. Ses cheveux parfaitement coiffés. Son TARDIS matérialisé derrière lui dans la rue devant ma maison dans cette cité lunaire.
« Je te promets quelque chose de fabuleux pour ce soir : les tours chantantes de Durilium, m'a-t-il seulement dit avant de me prendre par le bras et de m'emporter jusqu'à son TARDIS. »
On a commencé par aller dans un cratère de sur Lune, où le TARDIS nous a téléportés dans le temps. Dans le même cratère mais à une autre époque, avant la construction de la cité. Avant peut-être même le premier pas de l'Homme sur le satellite terrestre.
Mais il y avait un petit problème quand même : des extraterrestres avec des armes-laser qui se tiraient dessus. Est-ce que ce n'étaient pas eux qui avaient creusé ces cratères ? On faisait quelques pas hors du TARDIS quand on a entendu les premières détonations. Quand j'ai finalement vu ce qui se passait, j'ai couru en arrière pour rejoindre le TARDIS. Le Docteur était sur mes talons mais d'un coup je ne l'ai plus vu.
Quand je retournais ma tête je ne voyais que leurs lasers qui atteignaient presque ma tête. Le TARDIS était enfin là, je me jetai à l'intérieur de la cabine bleue et plongeait sur le Docteur – sans penser à remarquer qu'il ne portait plus le même costume. Et qui s'inquiétait de mon état comme s'il ignorait pourquoi j'étais à terre à ses pieds. Et il avait une excellente raison d'avoir oublié qu'on nous tirait dessus : c'était bien mon mari, mais pas celui de mon temps. Celui de ma première sortie de prison. Je me souvenais de notre premier rendez-vous, un si beau moment… En fait, je n'ai vraiment compris ce qui se passait, que nous nous trouvions en plein paradoxe que quand « mon » Docteur est entré dans ce TARDIS où je m'étais engouffrée par erreur.
Il m'a fait sortir et retourner dans notre vaisseau spatio-temporel après avoir parlé un peu avec son ancien « lui », je l'ai vu revenir dans notre TARDIS. Il semblait larmoyant mais reprit son air sérieux et recalibra son vaisseau avant de lui indiquer la bonne destination. La boite bleue semblait pourtant refuser ces coordonnées. Durilium était donc si difficile à atteindre ? Mon Docteur me promettait vraiment quelque chose d'unique pour cette nuit ! Nous voilà maintenant dans le vortex spatio-temporel et nous sommes en route pour cette planète. Si loin de la Lune et de cette rencontre paradoxale avec nos anciens « nous » encore à l'aube de leur vie de couple. Si loin de mes recherches sur la Bibliothèque et de mon prochain départ pour celle-ci. Nous ne sommes plus que des éternels voyageurs spatio-temporels…
(…)
Durilium valait vraiment tous les éloges que le Docteur lui avait faits. Planète du système Oméga, celle-ci était connue avant tout pour ces célèbres tours chantantes. Mais c'était aussi depuis des millénaires un des plus grands pièges à touristes de cette galaxie. Pourtant, cette nuit-ci, elles ne chantaient que pour nous. Et c'était plus que fabuleux : c'était tout simplement magique.
Les « tours » sont en fait des immenses tubes – aussi hauts que les gratte-ciels de New New New New New New New New New New New New New New York… Et elles sont des tubes de roches, peut-être de magma d'après leur couleur noir mais après tout je suis archéologue, pas géologue… En tout cas, elles étaient alignées et presque colées comme les tubes d'une flute de pan.
Elles « chantent » ou plutôt vibrent grâce au vent mais j'ignore autant que le Docteur comment. C'est juste une des plus grandes merveilles de tout l'univers. Une merveille naturelle devenue la plus incroyable attraction touristique de la planète, le phare de la civilisation qui allait apparaitre des siècles plus tard après ce soir. Parce que nous n'étions pas venus n'importe quand. Le Docteur avait vraiment très bien choisi notre destination : la nuit où les Tours de Durilium ont chantées pour la première fois dans l'air de la planète. Les vibrations résonnaient dans nos oreilles, sifflant dans le vent…
Le Docteur et moi nous nous étions allongés sur le sommet d'une colline proche de ces tours où l'on voyait l'immense flute de pan magmatique ou rocheuse quand on levait les yeux. Mais nous les levions peu… Nous les fermions plutôt en écoutant le chant des tours. Le Docteur en était encore plus ému que moi, j'entendais ces sanglots alors qu'il me prenait dans ses bras, je sentais ses larmes couleur sur mon visage alors qu'il m'embrassait. Je sentais le battement de ses cœurs s'accélérer alors qu'il la serrait contre sa poitrine. Qu'il embrassait mes cheveux et qu'il me répétait encore combien il m'aimait. Et il pleurait toujours, il ne retenait plus ses larmes qui inondaient son visage.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? Lui ai-je demandé inquiète.
- Tu ne trouves pas que ce moment est parfait ? »
Je m'étonnais que la seule émotion que ce chant lui inspirait puisse être aussi grande, qu'il puisse y être autant sensible, mais j'étais tout autant chamboulée que lui. Et c'est vrai : c'était un moment parfait Un moment comme il ne pouvait pas y en avoir deux dans une vie. Mais pourquoi me demandait-il ça maintenant ?
Je lui répondais par un langoureux baiser alors que ses bras m'entouraient encore et me serraient contre lui, de plus en plus près, comme si nous ne faisions plus qu'un en cette nuit parfaite. Je ne sais pas combien de temps on est resté là comme ça. Ca semblait durer pour toujours. Et pourtant, le chant s'est arrêté. Les Tours se sont tues. Et le Docteur m'a relâché, il a essuyé les larmes de ses joues et il s'est frotté les yeux effaçant la plénitude qui nous avait reliés comme si le seul chant des Tours l'avait créé. Comme si maintenant, un froid, une distance nous séparait…
Il m'a ramené à la maison. Il ne m'a pas embrassé une nouvelle fois, il ne m'a pas pris dans ses bras, il ne m'a pas regardé sortir du TARDIS, il n'en est pas sorti non plus. Il n'a pas attendu que je sois rentrée chez moi pour faire dématérialiser sa boite bleue.
Et me revoilà donc à nouveau seule. Seule et fatiguée.
Un voyage dans l'espace jusqu'à une Bibliothèque fermée pour des raisons mystérieuses qui m'intriguaient plus d'heures en heures alors que ce n'étaient plus que des heures qui me séparait de mon départ pour la planète perdue de la Bibliothèque, de cette nouvelle River Song en qui la Bibliothèque allait me transformer. Si loin de cette nuit si merveilleuse au bas des Tours de Durilium…
