Jour 2015 :
Tout le monde meurt un jour… J'ai toujours cru que c'était vrai. Mais être la femme du dernier des Seigneur du Temps ça fait changer les possibilités. Et je me retrouve donc ici, là où tout se finit. Morte. Et pourtant toujours en vie, consciente, et pouvant écrire dans cette version virtuelle du cher journal de bord de mon mariage qui m'accompagne depuis mon premier jour en tant que River Song.
Et j'avais raison : la Bibliothèque a bien été l'une des clés de mon existence et de ma relation avec le Docteur. Les deux ont de toute façon toujours été liées d'une façon que j'ai encore du mal à comprendre, même dans la mort. Même alors que tout le chemin a été arpenté…
Je viens de coucher mes trois enfants virtuels. Être mère… Voilà quelque chose que je n'avais envisagé. Ma seule expérience maternelle revenait après tout à ma meilleure amie, que j'ai d'ailleurs plus élevée que le contraire…
Et pourtant, je suis bien une nouvelle River Song depuis la Bibliothèque : un fantôme, une River Song éternelle, hantant pour toujours la mémoire de la plus grande des bibliothèques de l'univers entier. Et une River Song dont la vie a pris fin.
Une River Song qui a accepté sa fin… Une fin qui n'en est pas une grâce à mon cher mari. Il n'abandonne jamais…
Déjà, j'aurais dû dire que j'avais trouvé son tournevis sonique dans la poche de mon manteau après notre voyage à Durilium, je le gardais précieusement, pensant qu'il l'avait peut-être oublié, estimant que ce n'était pas quelque chose d'essentiel. Et pourtant… Il savait Il avait toujours su. Il avait pleuré son deuil à Durilium, il m'y avait emmené pour me dire au revoir, il m'avait donné son tournevis sonique parce qu'il y avait mis un dispositif pour garder l'essence de mon esprit après ma mort Et ce Docteur qui m'a rejoint dans la Bibliothèque, avec sa compagne Donna Noble, a utilisé ce tournevis pour me « sauvegarder » dans l'esprit de CAL – Charlotte Abigail Lux, la tante décédée de l'instigateur de ma dernière expédition archéologique qui est en réalité l'ordinateur central de la Bibliothèque.
Voilà son si grand secret : elle a été construite après la mort de cette petite fille par son père pour contenir son esprit et la garder immortelle. Au milieu de tous les livres qui n'aient jamais existé… Quelle fin unique, quelle fin magnifique ! Et mon cher Docteur m'a réservé la même. Une vie éternelle. Qui n'en a jamais rêvé ? Quand notre imagination peut nous donner tout ce que l'on veut ? Quand on est prisonnier d'un rêve ? Quand nous n'avons plus de corps mais un esprit qui ne mourra, lui, jamais ? Je n'en avais jamais rêvé. Mais il ne sait pas s'arrêter. Il ne sait pas dire non. Et me voici ici… J'aime cet endroit, il est beau, il est calme. Un véritable paradis.
Et puis, je ne suis pas seule comme dans une tombe. Je suis avec mes collègues, Dave et Anita, il y a aussi l'autre Dave, le pilote, et puis Miss Evangelista. Après les terribles épreuves que nous réservait la Bibliothèque, nous sommes plus unis que jamais. Une amitié éternelle, fraternelle. Tout comme avec nos nouveaux hôtes : le Docteur Moon, la lune de la Bibliothèque qui servait en fait d'antivirus pour l'esprit de cette petite fille si extraordinaire : C.A.L Charlotte Abigail Lux nous a tous sauvés, elle a construit ce paradis, elle nous a offert une nouvelle vie, une vie éternelle tout comme la sienne. Elle a aussi sauvegardé les 4042 personnes qui se trouvaient dans la Bibliothèque au moment où celle-ci a émis son dernier message et a été désertée pendant un siècle. Toutes ces personnes sont maintenant saines et sauves, dans le monde réel. Grâce à moi, mon sacrifice, et aussi au Docteur quand même.
Ah ce Docteur… Rien que pour lui, la Bibliothèque était mon dernier paradis. Il avait pour la première fois de nos voyages ces yeux si jeunes, si pétillants, et si curieux à mon sujet. Parce qu'il ne me connaissait pas. J'y étais enfin arrivée, à ce jour que je savais fatidique : celui où il me rencontrerait. Où je saurais tout de lui et où lui, mon futur mari, n'aurait jamais entendu le nom de River Song… Un Docteur d'une autre régénération. Certainement celle juste d'avant.
Un grand, brun, au corps si mince, au costume bleu couvert d'un long manteau marron, avec des sortes de baskets aux pieds, parfaites pour courir,… Il avait aussi ce visage, ces yeux, ces expressions si jeunes. Il refusait de me croire, il s'interrogeait sur moi, il ne reconnaissait pas mes surnoms, il ne reconnaissait pas mon visage, il ne reconnaissait pas mon nom. Pire : il ne me connaissait pas.
J'ai dû lui murmurer son propre nom à l'oreille. Je sais bien que je n'en avais pas le droit, que c'était le pire des « spoilers » que de lui révéler qui j'étais. Qui d'autre que son épouse pouvait connaitre son vrai nom, celui qu'il cachait derrière son titre choisi de Docteur ? Personne… Il a toujours su qui j'étais pour lui. Il s'en est toujours douté.
Autant que moi, j'avais compris que le jour où il me verrait pour la première fois serait celui où je le verrais pour la dernière fois… Et nous y voilà. Adieu, Docteur… Adieu pour toujours, mon petit cœur.
(…)
Je n'y aurais jamais cru et pourtant ce n'étaient pas encore nos derniers adieux ! J'ai été téléportée autour d'une table, dans un rêve où j'avais été convoquée en fait. Il y avait de vieux amis du Docteur : Jenny, sa femme la Silurienne Madame Vastra, et en face de moi, la jeune compagne que le Docteur s'était trouvée des siècles après ma mère et mon père. Des siècles après notre dernier voyage dans l'espace et le temps… Et elle s'appelle Clara. Clara Oswald. Je me sens liée à elle…
Elle est tout autant impossible dans la ligne temporelle du Docteur que je ne le suis moi-même. Elle est spéciale. Et elle l'ignore encore. Mais je crois qu'elle va le découvrir. Je vais rester attachée à elle. Le tombeau du Docteur a été découvert. Et je dois le suivre jusqu'à Trenzalore, enfin y téléporter mon enveloppe psychique toujours connectée à l'esprit de Clara. CAL sera d'accord, j'en suis certaine.
Je dois le faire. Ce n'est pas la seule vie du Onzième qui est en jeu. C'est celle de mon Docteur pour tous les visages qu'il n'a jamais eu. C'est mon propre passé qui risque d'être effacé. C'est ma propre existence… Trop est en jeu. Je dois l'accompagner dans son tombeau depuis ma propre tombe.
La Bibliothèque n'est pas encore mon caveau, je peux toujours te sauver. Nous sauver, sauver nos vies et notre amour. J'arrive, Sweetie.
(…)
La Grande Intelligence… J'avais donc raison sur le danger. Mes remarques ont permis à Clara et au Docteur de sauver leurs amis. Et dire son nom au vieux TARDIS mort devant nous a permis de l'ouvrir. Sans moi, il ne l'aurait jamais fait et ils seraient tous morts. Et voilà que nous étions à l'intérieur. Le TARDIS n'avait plus rien de l'être-machine qui m'avait tout appris, de ma vieille amie. Elle était morte, elle souffrait pourtant encore, elle était vide de tout espoir.
Au cœur de la première salle, à la place de la rassurante console qui avait eu tant d'apparences différentes au fil du temps et qui nous avait conduits d'un bout à l'autre de l'univers, se dressait la colonne bleue désarticulée et flamboyante d'un fil ADN de Seigneur du Temps : la ligne temporelle complète, achevée, de mon époux.
Après que la Grande Intelligence se soit jetée à l'intérieur pour la détruire, tuer les Docteurs dans chacune de leurs Régénérations en même temps, le faire mourir des dizaines, voire des centaines de fois, le torturer avant de le faire disparaitre, tout changer dans le cours du temps… C'est Clara après qui s'est sacrifiée.
Elle s'est jetée à son tour dans la ligne spatio-temporelle du Docteur. Elle s'est divisée en centaines d'échos pour le sauver.
Mon mari était désespéré. Il croyait avoir encore perdu sa compagne. Une de trop, je crois. Mais elle était sa fille impossible. Et le Docteur a toujours été bien plus impossible. Il m'a attrapé mon bras, pourtant immatériel et invisible hormis pour Clara… Mais il le tenait dans sa poigne, il me fixait comme s'il me voyait.
Parce qu'il me voyait, il m'avait toujours vu, mais il avait trouvé trop douloureux – pour lui – de me parler. Il voulait sauter et sauver Clara. Il voulait la sauver, ne pas l'abandonner. Je lui ai demandé de me dire, s'il m'avait vraiment aimé, adieu comme si nous allions nous revoir. Je voulais l'entendre me le dire au moins une fois.
Il s'est alors reculé, il m'a souri et m'a ensuite juste dit « A bientôt, Professeur River Song ». Je lui ai répondu avec un grand sourire « à la prochaine fois, Docteur ». Et ensuite, je lui ai dit d'une façon mystérieuse que si Clara était morte, j'aurais dû disparaitre puisque j'étais liée psychiquement avec elle et non avec lui.
« Comment ? M'a-t-il demandé.
- Spoilers… Lui-ai juste répondu avant de lui dire « au revoir » une dernière fois. »
C'était mon dernier spoiler. C'était la dernière fois que je le voyais, mon Docteur, celui qui m'avait aimé, épousé, dit adieu et accepté que je sois définitivement partie de sa vie. Qui avait appris à vivre encore après Durilium, et moi qui avais désormais pris le partie de ne plus vivre sans lui après la Bibliothèque. Et me voilà de retour dans mon propre caveau Trenzalore était le tombeau de ma vie avec le Docteur…
