Bonjour bonjour !

Désolée d'avoir... presque un mois de retard c'est ça ?!

Manque d'inspiration et manque de temps, sans doutes. J'ai fini ce chapitre aujourd'hui, au feeling, alors je ne sais pas trop si il y a des fautes, auquel cas je n'ai pas le temps de les corriger ( j'ai cours quand même ). Je corrigerai peut être dans la semaine. À part si je manque vraiment de temps le chapitre 6 ne devrait pas trop vous faire attendre j'ai pas mal d'idées.

Merci à Barbiemustdie et Didi-elisabeth pour leur review.

Bonne lecture !

Personne ne sait encore si tout ne vit que pour

mourir ou ne meurt que pour renaître

Marguerite Yourcenar

V) Même après la mort nos erreurs continuent de nous poursuivre.

Maelis et Anthony étaient dans le parc de Poudlard. La nuit avait été glacée, et une couche de gel recouvrait l'herbe, la faisant craqueler à chaque mouvement, au plus grand amusement de Maelis. Le couple laissait derrière lui des traces de pas qui ne disparaîtraient certainement pas avant quelques jours. Le froid ambiant avait gelé leurs mains et celles-ci se retrouvèrent dans l'espoir de trouver une source de chaleur plus que par romantisme. Leurs mains s'agrippèrent et ils continuèrent à marcher, le nez, les pieds et les mains engourdis par le froid et les joues rougies par l'effort. De la buée glacée sortait de leurs bouches lorsqu'ils expiraient.

« Il fait froid, constata bêtement Maelis.

- Oui, acquiesça Anthony dans un frisson. Et dire qu'on est encore en Automne... soupira-t-il.

- Oui. Ne pense même pas à me faire sortir du château de tout l'hiver ! Prévint-elle.

- Pour ça, il faudrait déjà que j'ai envie de sortir, fit remarquer le brun.

- On s'assoit ? Proposa la blonde.

- Si tu veux, répondit Anthony. »

Le parc était complètement désert, et trouver un arbre libre leur fut inhabituellement facile. Ils orientèrent leur choix vers un grand chêne, et Anthony s'assit en s'adossant au tronc tandis que Maelis posait sa tête sur ses genoux, allongée dans l'herbe fraîche. Ils restèrent silencieux. En vérité, ils n'avaient rien à se dire. Ils étaient deux personnes qui aimaient être ensemble mais qui ne se connaissaient pas. Mais ils interprétèrent différemment ce silence, se disant qu'ils n'avaient juste pas besoin de paroles, qu'être ensemble leur suffisait. Et, vraisemblablement, Maelis se sentait bien. La vie n'aurait pas pu être plus belle, lui semblait-il. Le froid la faisait se sentir plus vivante et les doigts d'Anthony qui caressaient ses cheveux la relaxaient. Rien ne pouvait arriver, rien ne pouvait gâcher ce moment.

C'est deux heures plus tard, alors que le Soleil commençait sa longue décente dans le ciel écossais, que les deux élèves rentrèrent au château, transis par le froid, avec pour seul objectif d'aller se réchauffer dans la cuisine avec un bon chocolat chaud. Seulement, alors qu'ils marchaient près de la salle commune des Poufsouffles, ils virent Sylvia Carter courir le long du couloir et s'arrêter en les voyant, les joues rouges comme si elle venait de courir un marathon. Elle haletait. Quand elle eut repris son souffle, elle s'expliqua d'une voix hachée.

« On t'attend, Maelis, expliqua-t-elle. Je crois... que ta mère est venue, tout le monde a essayé... de te retrouver, ordre de la directrice. Mais je ne sais pas pourquoi, finit-elle avant de s'accouder au mur de pierre et de reprendre difficilement son souffle.

- Tu n'en sais pas plus ? S'étonna Maelis, livide.

- Non, répondit Sylvia. La directrice t'attend dans son bureau. »

Ni une ni deux, Maelis commença à arpenter les couloirs en direction du bureau, avançant à un rythme tel que Anthony fut obligé de courir pour la rejoindre.

« Tu veux que je t'accompagne ? Lui proposa-t-il.

- Non, non, rentre avec Sylvia, répondit Maelis en lui adressant un sourire plutôt forcé.

- Tu es sûre ? Insista-t-il.

- Oui... oui, souffla Maelis. »

Lui obéissant, Anthony s'arrêta net et la regarda partir le long du couloir, puis disparaître après un croisement. Si sa mère était venue la voir, c'était que quelque chose de vraiment très grave s'était produit, mais quoi ? Pour en avoir le cœur net, la jeune fille n'avait qu'une alternative : se rendre au lieu de rendez-vous. En chemin, elle croisa Sarah, qui marchait d'un pas tranquille, l'air songeur. Elle ne semblait pas la chercher.

« Ah, Maelis, tu es là ! Sourit-elle en la voyant. Tu as passé une bonne journ... Tu vas bien ? L'interrogea-t-elle enfin lorsqu'elle vit l'air paniqué de la jeune fille. »

On était samedi, elles auraient dû être ensemble mais Maelis, en ayant franchement marre de devoir sacrifier ses week-ends à ses amies et ainsi de ne pas pouvoir profiter de son petit-ami, avait décidé qu'elles ne feraient désormais qu'un week-end sur deux ensembles. Cela avait bien arrangé Sarah, qui profitait de cette journée pour être enfin avec Sasha et Jane.

« Il paraît que ma mère m'attend dans le bureau de la directrice, expliqua Maelis tout en continuant de marcher à la même allure.

- Tu veux que je t'accompagne ? proposa Sarah.

- Non, non c'est bon, répondit Maelis.

- Eh bah je viens quand même, rétorqua Sarah. »

Elle adapta son pas à celui de la blonde et marcha à ses côtés. Enfin, elles arrivèrent au bureau de la directrice où, comme prévu, Jeanne Delaware attendait sa fille. Alors qu'elle allait lui sourire, Maelis aperçut les yeux rougis débordant de larmes et les traits affaissés de sa mère, et elle sentit la peur l'envahir.

« Miss Feli, vous êtes priée de sortir, ordonna Mme MacGonagall.

- Non, laissez, s'opposa Jeanne. Elle a le droit de savoir.

- Qu'y a-t-il ? S'écria alors Maelis, la voix étranglée par l'anxiété.

- Ton père... souffla Jeanne avec horreur. Il est... décédé, finit-elle en laissant échapper quelques larmes de ses jolis yeux bleus. »

Les yeux de Maelis s'agrandirent d'horreur tandis que le sang quittait ses joues et qu'elle se sentait défaillir. Tout son monde s'écroulait autour d'elle, se fendait en plusieurs morceaux et elle sentit tout son être se raidir tandis qu'elle peinait à respirer. Alors qu'elle allait tomber, Sarah posa ses mains sur ses épaules et la maintint debout. Elle ne pouvait réaliser ce que la mort de son père impliquait. Elle ne voulait pas le réaliser. Jamais. Ça faisait trop mal.

« Vous pouvez quitter l'école dès à présent, annonça la directrice. Des elfes de maison vous feront vos valises et vous les donnerons d'ici demain. »

Sarah pleurait, et ses yeux verts étincelaient sous l'afflux des larmes.

« Je veux assister à l'enterrement, quémanda-t-elle d'une voix rauque.

- Je... commença froidement la directrice.

- Ce serait une bonne idée, la coupa Jeanne. En fait, il serait... intelligent de faire venir tous les amis proches de Maelis. »

Si Madame MacGonagall fit une moue agacée, elle ne protesta pas. C'était à la veuve de choisir.

« Une annonce publique sera faite dès demain, dit-elle. Vous pouvez disposer. Toutes mes condoléances, émit-elle finalement avec compassion. »

Sarah serra Maelis dans ses bras et l'embrassa sur la joue avant de la laisser aux mains de sa mère. La mère et la fille saisirent un rouleau de parchemin et, à la fin du décompte, elles se sentirent emportées dans un tourbillon. Mais Maelis ne ressentit pas le fil tirer sur son nombril. À vrai dire, elle ne ressentait plus rien, si ce n'est un vide immense au creux de son ventre. Lorsqu'elle fut arrivée dans son manoir, dans le salon vert dédié aux arrivées, Maelis s'assit sur le vieux canapé de cuir vert, le dos voûté, les yeux dans le vague, et n'en bougea plus. Sa mère s'assit à côté d'elle et s'effondra sur la canapé, posant une main sur la jambe de sa fille. Elles restèrent ici plusieurs heures, sans bouger, sourcillant à peine.

« Je veux voir le corps, dit simplement Maelis.

- Tu le verras demain, répondit sa mère. »

Les deux femmes restèrent ensemble sur le canapé, fermant l'œil trois minutes avant de se réveiller dans un sursaut, envahies par des cauchemars récurrents. Lorsque la pendule murale sonna 7 heures, elles se réveillèrent de leur léthargie et se levèrent tant bien que mal. Ni l'une ni l'autre ne souhaita manger, plus nauséeuses qu'affamées, et elles s'occupèrent d'elles superficiellement avant de saisir une poignée de la poudre de cheminette et de dire « Hôpital Sainte-Mangouste ».

Lorsqu'elles y arrivèrent, elles sortirent successivement de la cheminée et furent rapidement interceptées par Bryan Fawkes, le guérisseur légiste qui était venu examiner le corps de Jean-François Delaware.

« Vous devez être Maelis, je suppose, demanda-t-il à Maelis.

- Oui, souffla la jeune fille.

- Vous venez voir son corps ? Questionna-t-il encore.

- Oui, répéta Maelis.

- Suivez-moi, les enjoignit le quadragénaire. »

Au lieu d'emprunter les ascenseurs habituels, les trois individus traversèrent un long couloir puis arrivèrent dans une patio où deux ascenseurs privés descendaient au sous-sol. Devant l'air étonné des deux femmes, Bryan consentit à fournir des explications.

« Les corps sont entreposés aux sous-sols, pour être analysés et conservés en vue de l'inhumation. C'est une sorte de morgue. Nous préférons garder ce lieu secret autant que possible pour préserver l'intimité des guérisseurs légistes en général. »

Bryan dût faire un test ADN et ils entrèrent enfin dans un long couloir éclairé par des néons qui diffusaient une lumière tamisée affreusement glauque. Il ouvrit un box numéroté D112 et les trois individus entrèrent dans une pièce longiligne sertie de casiers suffisamment larges pour accueillir des corps.

« D'après nos analyses, expliqua Fawkes en s'arrêtant sur le seuil de la porte, il a eu une défaillance cardiaque au cours de la nuit. Il n'a pas souffert. »

Les chaussures de cuir noir de Bryan claquèrent sur le sol alors qu'ils avançaient vers le fond de la pièce. Il saisit une clé et ouvrit le casier 509 puis le fit coulisser en avant, révélant le corps blanc et raide de Monsieur Delaware. Maelis eut un haut-le-cœur en le voyant et, elle qui n'avait pas versé une larme depuis la veille ne put empêcher le torrent salé de franchir la barrière de ses yeux. Elle s'effondra, s'écroula au sol, et sentit son corps être piétiné, elle sentit la haine, la culpabilité, le regret, la douleur, l'imprégner. Avant que tout ne disparaisse.

Elle sortit de sa torpeur près de six heures plus tard. Elle était allongée sur un lit blanc et entendait le compte-goutte déverser une à une les gouttes la potion analgésique dans les tuyaux de plastique mou. Elle entendait du mouvement autours d'elle. Beaucoup de mouvement. Au moins cinq personnes étaient à son chevet et elle entendait quelques bribes de conversation :

« Encore heureux que MacGonagall nous ait laissées prendre une pause d'une semaine, disait une voix assez grave aux intonations rauques, bordée d'un soupçon de dédain. »

Sarah.

« Oui, ça m'étonne vraiment d'elle, acquiesça une voix assez haut-perchée ayant perdu toute trace de gaieté. »

Roxanne.

« De sa part, c'est assez inhabituel, ajouta une voix plutôt flûtée avec un léger accent arabe qui lui faisait accentuer les h. »

Shaïla.

« Il a fallu lui apposer beaucoup d'arguments, avoua une autre femme, mais je me suis dit que votre présence lui serait profitable. »

La voix était rauque, éraillée par les pleurs. Sa mère.

Et tout revint en bloc à Maelis et, alors qu'elle n'avait pas ouvert les yeux, une larme coula de l'œil gauche de la jeune fille, brûlant ses paupières closes. Le silence se fit dans la pièce et Maelis sentit cinq regards se poser sur elle. Elle supposait que la dernière personne était Bryan Fawkes. C'était sa respiration qu'elle entendait, profonde et rauque. Sereine. Il n'avait pas l'air affecté par le décès qui la bouleversait tant. Enfin, Maelis se décida à soulever ses paupières. Et jamais ses yeux bleus, si quelconques, n'avaient paru aussi beaux à ses visiteurs.

Le soir-même, Maelis put rentrer chez elle et passer une soirée pyjama avec ses amies. Elle s'était tout d'abord fermement opposée à cette idée mais les trois autres n'avaient rien voulu entendre et avaient eu l'approbation de Jeanne.

« Ne me refais jamais ça ! Grommela Sarah pour la énième fois.

- Si tu veux, dit Maelis sans grande conviction.

- Et mange ! S'écria Shaïla, à court de sang-froid devant l'entêtement de Maelis.

- Je n'ai pas faim ! Protesta Maelis dans un gémissement.

- Garde le chocolat dans ta main, ordonna Roxanne. Je lui bouche le nez ! »

Roxanne sauta de sa chaise et se rua sur Maelis pour lui pincer le nez jusqu'à ce qu'elle soit obligée d'ouvrir la bouche. Shaïla profita de cette occasion inopinée et enfourna le fondant du chaudron dans la bouche de la blonde. Malheureusement, Maelis s'étouffa avec le chocolat que lui avait servie Shaïla et en recracha l'intégralité sur Sarah, qui ne put que bougonner, dégoûtée au possible. Maelis ne put s'empêcher de rire, rapidement suivie des deux fautives. Prenant sa revanche, Sarah sauta par-dessus le tas de gourmandises et projeta ses trois amies sur la moquette.

ooo

La pièce était pleine de monde. Le cercueil était posé près de l'estrade, entouré de fleurs multicolores. Des rangées de chaises en bois s'alignaient à l'infini, et sur le mur de pierre était accrochée une énorme horloge symbolique, rappelant que le temps était compté.

Jeanne Delaware monta sur l'estrade et commença un discours qu'elle avait écrit avec le meilleur ami de son défunt mari :

« Jean-François a toujours été une présence fraternelle, amicale, paternelle. Il a toujours été pour nous une source de réconfort. Dans les moments les plus sombres il était notre rayon de soleil. Il représentait la sagesse, avait une vie sereine malgré tout ce qu'il avait vécu auparavant. Il n'a pas eu une enfance facile. À ce qu'il disait toujours en plaisantant, l'enfance ne lui avait jamais réussi, et il gardait de sa jeunesse des séquelles que je n'ai jamais réussi à panser. Il faisait partie des personnes admirables, et admirées. Dignes d'admiration, surtout. Il était un ami, un mari, un père exemplaire. Il louait l'objectivité et méprisait la subjectivité. Il a toujours été pour moi un ami cher. Il a toujours été là pour quiconque en avait besoin, et envisager sa perte est... difficile, laborieux, ingérable. Le monde paraîtra bien terne sans son éternelle gaîté, sa quête de savoir et de justice, et le réconfort qu'il prodiguait en un seul sourire. Mais en nous voyant ainsi, en pleurs, tout habillés de noirs, il aurait certainement ri de notre chagrin en argumentant que, de toute manière, il veillerait sur nous de tout là-haut, et rirait à nos dépends de toutes nos frasques. Nul ne sait ce qu'il y a après la mort. Seuls les morts et les Dieux le savent. J'espère néanmoins que Jean-François, qui aimait tant le Soleil, continuera de nous éblouir à travers celui-ci, chaque matin de chacune des journées du reste de notre vie. Je laisse la parole à Maelis. »

Il y eut beaucoup d'applaudissements. Beaucoup étaient ceux qui avaient connu Monsieur Delaware. Il avait eu une vie longue, ponctuée de moult rebondissements pas toujours profitables. Maelis était probablement la seule qui ne s'était pas vêtue de noir. Non pas parce que sa peine n'était pas sincère, non pas parce qu'elle aimait déroger aux coutumes. Non. Comme l'avait si bien dit sa mère, Jean-François avait aimé la lumière et c'est vêtue d'une ample robe d'une blancheur aux reflets nacrés qu'elle s'avança sur l'estrade. Elle avait relevé ses cheveux en un chignon serré et son visage reflétait toute la douleur du monde tandis que des larmes glissaient sur ses joues rougies.

« Papa... commença-t-elle d'une voix éraillée, était... est pour moi un exemple, un modèle de bonté. Chaque fois que je suis confrontée à un dilemme, je me demande comment lui aurait réagi et alors, je sais que j'ai pris la bonne décision. Il avait une telle sagesse qu'on ne pouvait que s'incliner. Peut-être que cette sagesse n'est pas innée, auquel cas il a encore plus de mérite. Quoiqu'il en soit, pour moi il est un exemple à suivre et, chaque fois que je verrai une injustice, son souvenir me submergera et j'agirai au mieux, tant que faire se peut, pour honorer ce qu'il a mis des années à construire, je veux perpétuer son existence de sagesse, parce qu'il l'a mérité. Il a tous les mérites, mê , où que tu sois, je t'aime. »

Sans attendre que les applaudissements ne cessent, Maelis redescendit de l'estrade précipitamment et s'assit au premier rang, enfouissant sa tête dans ses deux mains blanches.

Remonter la pente serait affreusement difficile, d'autant plus que Sarah, à ses côtés, ne cessait de s'épouvanter :

« Oh, mais c'est affreux ! Absolument affreux ! Je ne vois pas d'autre mot. Enfin si : affreux, horrible, irrespectueux, étroit...

- Mais qu'est-ce que tu racontes à la fin ? S'étonna Roxanne.

- Mais regarde la taille de son cercueil par Morgane ! S'écria Sarah. C'est absolument intolérable ! Être enfermé dans une boite, et puis quoi encore ?

- Tu sais Sarah, dit doucement Shaïla. Il ne s'en rend pas compte.

- Moi, je m'en rends compte, et je préfère encore me décomposer à l'air libre le moment venu plutôt que d'être enfermée dans une misérable boite !

- Ne dis pas de bêtises, souffla Roxanne. Ce n'est pas parce que tu es claustrophobe que tu dois obligatoirement te désintégrer à la vue de tous ! »

Sarah soupira et se renfrogna. Au moins, cette confrontation avait eu le mérite de faire apparaître un pâle sourire sur le visage de Maelis. Sarah avait une peur inconditionnelle de l'étroitesse. C'en était même risible, parfois. Après que les discours furent terminés, chaque individu fut invité à déposer sur le cercueil étroit des pétales de rose contenues dans un panier d'osier. Lorsque ce fut son tour, Sarah saisit trois pétales et veilla à ce qu'elles retombent vers le milieu de la boite. Et, la larme à l'œil, elle déclama : « bonne chance à toi pour vivre emmuré, JF. Ou plutôt emboîté, ricana-t-elle. Tu as saisi le jeu de mot ? Au revoir ! »

La personne suivante, une femme bien en chair portant des vêtements moldus, préféra déposer une cigarette magique sur la tombe de Jean-François, fervent fumeur, en arguant qu'il lui semblait plus réaliste de faire ça plutôt que de mettre des fleurs. Maelis, quant-à elle, eut du mal à marcher jusqu'à la boite en bois de sapin, et ses jambes menacèrent de plier à moult reprises. Lorsque tout le monde fut passé, Maelis sortit sa tête de ses mains, dans lesquelles elle pleurait, pour jeter un énième regard au cercueil, toujours entreposé au même endroit. Une personne attira son regard cependant. Une jeune femme, de vingt-cinq ans tout au plus, svelte, avec une crinière blonde similaire à la sienne, se tenait devant le cercueil. Il y avait une seule larme qui brillait dans son œil gauche mais tout son être reflétait le mépris, la haine, ainsi qu'une once de soulagement. Maelis jeta un regard haineux à ce qu'elle considérait être une souillure, et s'apprêta à aller lui dire sa manière de penser, mais l'inconnue était déjà partie, rejetant en arrière sa longue chevelure blonde et marchant d'un pas décidé. Alors Maelis l'oublia.

Le corps fut porté magiquement par le fossoyeur et les invités suivirent solennellement le cortège funèbre. Enfin, l'on arriva à l'emplacement dans lequel la famille Delaware au complet était enterrée. C'était une vaste possession sur laquelle on avait édifié une bâtisse funéraire en marbre. Elle avait été modelé selon le style de la Rome antique. Magiquement, on recreusa la fosse et on y déposa le cercueil, touche de vie parmi toutes les couleurs mortuaires. Puis on referma le trou. Et le nom de Jean-François fut gravé sur la stèle de cette famille aux mœurs françaises. Tout le monde partit petit à petit, et ne subsistèrent bientôt que les quatre amies et Jeanne. Cette dernière se résigna et s'en alla, laissant derrière elle sa fille, qui devrait faire son deuil. Seule. Roxanne, Shaïla et Sarah s'en rendirent compte aussi et, après une dernière embrassade, elles dirent à Maelis qu'elles se retrouveraient à l'entrée principale du cimetière, dans un café où elles prendraient un « petit remontant ».

Restée seule, Maelis ne put détacher ses yeux du nom de son défunt père. Elle ne sentit pas une personne approcher derrière son dos, et ne se rendit compte de sa présence que lorsqu'une main se posa sur son épaule. Elle ne sursauta même pas, trop anéantie pour ressentir quoique ce soit.

« Il faut bien se l'avouer, son épitaphe est plutôt bien choisie, dit la nouvelle venue. »

Maelis se retourna vers elle et la reconnut finalement. La souillure.

« Je me demande si il a dit ça pour faire une leçon de moral ou parce qu'il s'est enfin rendu compte de ses erreurs. Enfin, l'espoir fait vivre, finit-elle d'une voix légère, où subsistait une once de rancœur. »

L'épitaphe était : On n'efface pas ses erreurs mais la nature humaine a la faculté d'accorder le pardon.

« Il n'a fait aucune erreur, il était la personnification même du mot Sagesse ! Protesta avec vigueur la plus jeune.

- Tu es bien naïve, sourit l'inconnue. Maelis, c'est cela ? Demanda-t-elle. »

Mais c'était une question rhétorique.

« Oui, acquiesça froidement Maelis. Mais je ne vous connais pas.

- Gryffondor ? Supposa l'inconnue en omettant volontairement de répondre à la question.

- Serdaigle, corrigea Maelis.

- Évidemment !

- Comment ça ? Sourcilla la plus jeune.

- Rien, rien, répondit vaguement la plus âgée.

- Pourquoi êtes-vous là ? S'énerva Maelis.

- Tu peux me tutoyer, tu sais, dit nonchalamment la plus âgée.

- Qui es-tu ? S'écria Maelis.

- Tu n'es pas encore prête à entendre ce que je veux te dire, rétorqua-t-elle.

- Je ne suis plus une gamine, s'insurgea Maelis.

- Non, accorda la jeune femme. Justement, continua-t-elle d'une voix grave, tu mérites de l'être encore un peu. »

Maelis ne trouva rien à rétorquer et, pour toute réponse, quelques larmes coulèrent encore de ses yeux bleus.

« Quand le moment sera venu, expliqua l'inconnue, je t'enverrai une lettre afin que l'on se voie. Et tu répondras à ta chouette que la destinataire est Asleigh. Asleigh Delaware. »

Et sur ces mots, Asleigh partit vivement et s'empressa de transplaner lorsqu'elle fut arrivée à la porte secondaire la plus proche. Maelis put donc s'étonner à son aise. À vrai dire, elle en avait même oublié de pleurer. Avec un dernier regard pour la stèle, Maelis quitta le cimetière en direction du café où ses proches l'attendaient. Alors que sa mère buvait un café noir et que Roxanne et Shaïla dégustaient une bièraubeurre, Sarah avait réussi en usant de persuasion à convaincre Jeanne de la laisser boire du calvados, une boisson alcoolisée moldue qu'elle affectionnait tout particulièrement et que les sorciers consommaient également.

« Que veux-tu consommer ? Lui proposa sa mère. »

Pour toute réponse, Maelis saisit le verre de Sarah et en but la moitié cul-sec. Jeanne se retint de protester, tout en espérant intérieurement que sa fille ne réfugie pas son chagrin dans l'alcool. Si la liqueur était amère, en coulant dans sa gorge, elle prodigua à Maelis une chaleur des plus agréables. Sarah lui fit un sourire complice et elles partirent dès qu'elles eurent fini de consommer. Le plus dur resterait à faire, mais Maelis était forte.

ooo

Durant cette même semaine, à Poudlard, la vie continuait son cour. James Potter, comme à son habitude, s'était fait une nouvelle conquête Iris continuait désespérément ses recherches, avec la ferme intention de déterminer qui était Dawn Leonora Druvel continuait de parler sans modérations des vêtements que proposaient les magasins de Pré-au-Lard Cedric Donco continuait d'étudier avec un sérieux profondément inhumain Sylvia Carter conservait toujours son secret Alice Londubat ne s'épanouissait toujours pas et Violette Voden considérait haineusement tout être humain l'entourant, comme à son habitude. Cette dernière désespérait intérieurement de l'approche des vacances de Noël. En effet, celles-ci arriveraient dans moins de deux semaines. Lorsque Maelis revint à Poudlard, elle le trouva inchangé, et ce fut pour elle le meilleur des réconforts.

Sarah eut, le lendemain, une grande difficulté à se lever, pour ne pas changer de son habitude. Sasha fut dont obligée de la réveiller.

« Je te jure qu'un jour, je te laisserai dormir et tu rateras les cours ! Menaça-t-elle après avoir reçu une énième insulte.

- Quel supplice ! Railla Sarah en se levant péniblement.

- Tu as une tête proprement épouvantable, fit remarquer Jane qui passait par là.

- Pour changer, ricana Sasha.

- Je t'emmerde, rétorqua Sarah en allant dans la salle de bain comme un zombi. »

En vérité, Sasha et Jane avaient tout à fait raison. Sarah avait les cheveux qui allaient dans tous les sens, des yeux bouffis par le sommeil, des cernes violets qui ne la quittaient pas, un air de zombi qui l'amochait considérablement, les paupières plissées par la luminosité ambiante et les traces de son oreiller sur sa joue gauche. Elle soupira en se voyant, se contenant de ricaner devant sa tête de déterrée vivante, et appliqua sa doctrine matinale habituelle. Elle n'avait pas le temps de se doucher le matin – allez savoir pourquoi – alors elle le faisait le soir. Elle se brossa les dents, appliqua de la crème sur son visage, dessina un épais trait d'eye liner sur ses paupières, mit du crayon prune qui faisait ressortir ses yeux, appliqua du mascara, gomma ses imperfections avec un correcteur et étala sur ses lèvres un rouge profond. Elle avait conscience que beaucoup de filles la traitaient de « fille de rue » mais c'était pour elle un moyen de s'affirmer. Après quoi elle sortit.

« Sarah tu as oublié de te coiffer ! Ricana Sasha dès qu'elle fut sortie. »

Sarah soupira et retourna dans la salle de bain à reculons. En effet, elle avait toujours son nid de corneilles sur la tête. En désespoir de cause, après s'être escrimée au moins quinze secondes à démêler sa chevelure, Sarah rendit les armes et se fit une tresse sur le côté.

« Mademoiselle est enfin prête ! Ironisa Sasha lorsqu'elle sortit enfin.

- J'appelle ça de la persécution, déclara Sarah, faussement outrée. Je vais porter plainte !

- Essaie seulement, infâme traîtresse à ton sang ! Menaça Jane avec un sourire dément. »

Alors qu'elle aurait voulu continuer leur comédie, Sarah ne put résister plus longtemps et éclata de rire.

« Un peu plus et tu ferais presque peur, complimenta-t-elle.

- Ce n'était toujours pas au point ? Désespéra Jane. J'y travaille pourtant.

- Mais si, mais si, la rassura Sarah. C'est juste qu'on te connaît trop bien pour ça.

- On ferait bien de se dépêcher, sinon on va être en retard, prévint Anna Corner qui, à titre exceptionnel, avait décidé de délaisser Violette Voden pour manger avec elles.

- Oui, oui, sourit Sasha. »

Violette Voden, encore assise dans son lit, jeta vers elles un regard profondément haineux. Merlin savait à quel point elle avait horreur de la solitude !

« Je vous accompagne ! Dit-elle finalement avec arrogance alors que les filles étaient déjà sorties.

- Oui, bien sûr, si tu veux, répondit Jane avec un regard étonné. »

Violette se leva donc et rejoignit ses camarades de dortoir. Enfin, les cinq filles sortirent de leur salle commune et se rendirent dans la Grande Salle pour manger le petit déjeuner. Elles s'assirent et, alors que Violette, Jane et Anna mangeaient proprement, Sarah et Sasha se jetèrent littéralement sur la nourriture, et plus précisément sur les bagels et les pancakes.

« Sarah comment tu fais pour être si maigre en mangeant autant ?! S'indigna Jane pour la énième fois.

- Magie magie, rétorqua Sarah en étalant sur son bagel une couche conséquente de chocolat à tartiner.

- Le fait que je ne reçoive pas de commentaire laisse à supposer que je suis grosse, s'insurgea Sasha.

- Tu es fine mais tu n'es pas maigre ma pauvre chouquette, opposa Jane.

- Et grand bien t'en fasse, maugréa Sarah. »

Sarah était en effet bien trop maigre comparé aux autres et faisait même presque anorexique, alors qu'elle mangeait de manière presque boulimique. C'était un fait. Sa mère arguait que c'était la génétique ; l'honorable famille Greengrass n'avait aucune trace de graisse. Ce à quoi Sarah rétorquait que c'était un héritage tout à fait maudit de ressembler à une planche à pain. Mais là n'était pas la question. Les quatre filles mangèrent tranquillement et, une fois qu'elles eurent fini, elles se rendirent à leur cours de défense contre les forces du mal – que les Serpentards avaient en commun avec les Gryffondors.

Pénétrant dans la salle où avaient lieu les cours de DCFM, Sarah rejoignit sa table à côté de Shaïla et s'apprêta à s'asseoir lourdement sur sa chaise, sans grâce aucune, comme elle en avait l'habitude. Cependant, cela ne se passa pas exactement selon ses plans pour la simple et bonne raison que James Potter, assit derrière elle, eut la bonne idée de reculer sa chaise juste au moment elle allait s'asseoir dessus. Cela ne se passa pas non plus exactement de la manière dont l'avait escompté James. Sarah tomba à la renverse, ne trouvant aucun appui autours d'elle, réalisant trop tard que plus rien ne la retenait, et l'arrière de sa tête frappa violemment le bord de la table de James. Elle sentit son corps s'écrouler par terre, sa tête douloureuse atterrir durement sur les pierres froides du sol, la douleur qui l'envahit à ce moment-la, puis plus rien.

Affolés, ses camarades de classe se précipitèrent vers elle, majoritairement curieux de savoir pourquoi la jeune fille était inconsciente sur le sol, puis le professeur la fit soucieusement léviter et l'emmena à l'infirmerie en empruntant la voie des airs. Si Sarah avait vu le regard ambre de James, empreint de culpabilité, la suivre pendant que son corps s'envolait, elle lui aurait certainement dit quelque chose du genre : « Bien fait pour toi, espèce de brosse à chiotte. »

Mais elle ne voyait rien et n'avait plus conscience de rien.

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Ça faisait désormais trois heures que Sarah était réveillée. Elle s'était réveillée deux heures après l'accident, mais Madame Pomfresh l'avait droguée avec des analgésique et elle avait dormi près de dix heures d'affilé. Elle avait eu le bilan de son état et le résultat n'était pas glorieux. Grâce aux antidouleurs, elle ne ressentait plus qu'un léger tiraillement au niveau de la nuque et s'ennuyait ferme, pas fatiguée pour un sou, et avec aucune occupation. Madame Pomfresh avait même interdit les visites !

Avec un soupir las, Sarah retourna à son occupation première, c'est à dire compter les fissures dans le plafond – et mine de rien, il y en avait beaucoup. Alors qu'elle en était arrivée à trente-sept précisément, elle sursauta en entendant une personne tirer un tabouret juste à côté d'elle et s'asseoir lourdement dessus. Elle baissa les yeux vers son visiteur et, lorsqu'elle l'eut reconnu, le toisa d'une moue dédaigneuse tout en s'écriant :

« Toi !

- Oui, moi, répondit d'une voix lasse James Potter.

- Enchantée, répliqua Sarah avec un sourire joyeux.

- Tu as perdu la mémoire ? S'inquiéta James.

- Non, non, j'ai gagné une occupation ! Contra la Serpentarde.

- Ah, fut la chose la plus intelligente que James trouva à dire.

- B, railla Sarah.

- Quoi qu'il en soit, soupira le jeune homme, je suis venue pour m'excuser.

- Eh bien t'as de quoi mon petit vieux ! Rétorqua Sarah.

- Quoi ? S'écria James.

- Feur. Coiffeur, t'as pigé, ricana Sarah, faisant esquisser à James un petit sourire.

- Oui, oui, bien ! Se moqua-t-il en conséquent.

- Je sais, je sais. Bref, je disais donc, ne crois pas que je vais accepter tes excuses mon petit loup, parce qu'il en est hors de question !

- Comment ça ? Blêmit James.

- Je vais te réciter tes crimes, Potter : à cause de toi, je suis enfermée dans l'infirmerie et je m'ennuie comme un mangemort devant les teletubbies...

- Devant quoi ? S'étonna James.

- Peu importe, peu importe, rétorqua Sarah avec un petit geste de la main. J'ai des tiraillement dans la nuques, je suis sous analgésiques, je peux plus bouger et en plus tu as failli me casser la moelle épinière espèce de Botruc ! Termina Sarah.

- Quoi ? Répéta encore James, pâlissant encore davantage.

- Eh oui, asséna Sarah. Non seulement tu as fait de moi une handicapé moteur temporaire, mais en plus tu as failli me faire perdre ma mobilité et je t'assure que si ça avait été le cas je me serais suicidée et, du haut des enfers, je t'aurais pourri ta vie jusqu'à la mort, et bien plus encore !

- Et tu es sous analgésiques, dis-tu, remarqua James.

- Oui, il y a peut-être des effets secondaires, avoua Sarah. Donc, ne comptes pas sur moi pour t'excuser. Comprends-moi bien, Potter, c'est la guerre !

- Certes, verdit ledit Potter.

- Mais culpabilise pas, hein, c'est pas si grave, le rassura Sarah d'une voix plus gentille. Sinon, tu m'as ramené des trucs à manger ? Demanda Sarah d'une voix légère.

- J'aurais dû ? Sourcilla Potter.

- Oui, dit simplement Sarah.

- TIGGY ! Beugla James, faisant sursauter Sarah. »

Aussitôt, un elfe apparut dans un ploc sonore et tourna son regard chaleureux vers James.

« Oui, maître Potter ? Demanda humblement l'elfe.

- Tu pourrais amener de la nourriture à Feli s'il-te-plaît ? Demanda-t-il poliment.

- Oui, maître Potter, dit l'elfe en transplanant de nouveau. »

Il réapparut quelques secondes plus tard avec un plateau entier de victuailles, tant salées que sucrées et, après avoir reçu des remerciements, il disposa sans plus de cérémonie.

« Tiggy, donc, dit Sarah.

- Oui, acquiesça James.

- Pratique, pratique, murmura-t-elle tout en ingurgitant une part de cheesecake à la cerise.

- Il ne t'obéira pas, rétorqua James avec arrogance.

- Et pourquoi donc ? S'indigna Sarah.

- Il n'obéit qu'à moi ! Expliqua James, non sans vantardise.

- C'est bien dommage, marmonna la jeune fille tout en croquant dans un cupcake.

- Tu manges comme un Troll, grimaça James.

- Parce que tu penses que t'es mieux ? Sourcilla Sarah.

- Bon, de ce point de vue là... concéda James.

- Monsieur Potter, le temps de visite est fini. Monsieur Rusard vous attend dans la salle des trophées pour votre retenue, dit l'infirmière.

- Ah ah ah ! Tu vas en retenue ! Railla Sarah.

- Oui, grimaça James. Mais au moins, ajouta-t-il avec un sourire goguenard, je ne m'ennuierai pas comme un mangemort devant les télébêtises !

- Teletubbies ! Rectifia Sarah. Crétin ! L'insulta-t-elle. »

Et c'est en ricanant qu'il sortit de l'infirmerie. Mais, pensa Sarah, il rigolerait beaucoup moins avec son torchon dans la main en train d'astiquer des trophées poussiéreux. Elle ricana toute seule, puis repartit dans sa contemplation des lézardes du mur, tout en ingurgitant un à un les mets sur le plateau.

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Sarah sortit de l'infirmerie le jour suivant, et ce fut pour elle une libération. Les cours du professeur Binns étaient plus intéressant que l'infirmerie, c'est pour dire ! La semaine s'écoula tranquillement.

Le mercredi, alors que Maelis se promenait dans les couloirs avec Ashley Hasbrook, elle sentit une main chaude se poser sur son épaule, et sursauta.

« Anthony ! Dit-elle d'une voix atone.

- Maelis ! Rétorqua celui-ci avec enthousiasme. Tu ne veux pas qu'on aille se promener un peu ? Proposa-t-il.

- Non merci, ça ira, refusa Maelis. Ashley, je peux lui parler seule à seul une minute s'il-te-plaît ? »

Ashley acquiesça silencieusement et s'en alla attendre Maelis deux couloirs plus loin, sans pouvoir s'empêcher de tendre l'oreille pour capter quelques bribes de la conversation.

« Anthony, je... balbutia Maelis.

- Oui ? L'incita Anthony en fronçant les sourcils.

- Je pense qu'il vaudrait mieux qu'on arrête, murmura-t-elle. »

En effet, depuis la mort de son père, elle s'était aperçue que son affection pour Anthony avait peu à peu laissé place à de l'irritation. Et ce n'était plus possible.

« Que... quoi ? Balbutia Anthony.

- On devrait faire un break, explicita Maelis.

- Mais... pourquoi ? Demanda encore Anthony.

- Je ne ressens plus rien, j'ai besoin de temps, dit Maelis. »

Et, sans attendre la réponse de Anthony, Maelis partit précipitamment, soulagée d'en avoir fini avec ça. Elle rejoignit Ashley d'un pas tranquille, et toutes deux repartirent, laissant derrière elle un jeune Poufsouffle littéralement anéanti.

Les professeurs avaient décidé d'être plus permissifs durant la semaine précédant les les vacances, et les élèves en profitèrent pour passer de bons moments avec leurs amis avant la nouvelle année. Le vendredi soir, comme à chaque veille de vacances, une fête fut organisée dans la salle commune des Serpentards. L'alcool coulait à flot et l'ambiance était joyeuse.

« Et donc là, pépiait Sasha, il m'a dit que les courgettes ailées avaient remporté le tournoi international de Quiddotch en 364 !

- Je suis la seule à ne rien comprendre ? Questionna Sarah sur le ton de la conversation.

- Tout ce que je comprends c'est qu'elle va avoir une sacré gueule de bois demain, commenta Jane. »

Les autres pouffèrent tandis que Sasha continuait de parler pour ne rien dire. Levant les yeux au ciel, Sarah se rendit au buffet pour grignoter quelques toasts grillés à la rillettes et un plein verre de calvados qu'elle commença à déguster sur le chemin menant à son groupe d'amis. Sur le trajet, elle fut interceptée par Mile.

« Tu veux tirer une latte ? Lui proposa-t-il.

- De quoi ? Demanda Sarah.

- Chicha magique ? Questionna Mile.

- Allez, accepta-t-elle. »

Alors, elle le suivit jusqu'à une table ronde et prit quelques lattes avant de commencer à discuter avec Mile.

« Tu vas faire quoi pendant tes vacances ? Lui demanda-t-elle.

- Pas grand chose. Je vais passer la première semaine chez ma mère, l'autre chez mon père, dit Mile.

- Ah oui... tu le prends bien ? S'inquiéta Sarah.

- Tu sais ça fait deux ans qu'ils ont divorcé, dit Mile en haussant les épaules, indifférent. J'ai l'habitude maintenant.

- Mouais, rétorqua Sarah, pas convaincue pour un sou. Tu danses ? Proposa-t-elle.

- Si tu veux, répondit Mile. »

Et ils commencèrent tous deux à danser sur la musique que diffusait une vieille chaîne magique. Si Sarah avait une passion après le chant, c'était la danse. Elle ne dansait ni le classique ni le hip hop, elle ne dansait pas la danse du ventre ni la tectonique. Non, c'était plutôt une danse, pas forcément sensuelle, qui faisait bouger. Ils dansèrent longtemps tous deux, jusqu'à ce qu'ils décident d'un commun accord de se chercher un autre verre. Alors qu'elle le sirotait tranquillement, Sarah se rendit compte d'une chose.

« Où est passée Sasha ? Demanda-t-elle dans un froncement de sourcils.

- Je ne sais pas, rétorqua nonchalamment Mile. »

Légèrement inquiète, Sarah partit à la rencontre de Jane, qui dégustait tranquillement un verre de jus de citrouille, agrémenté de whisky pur feu par les Serpentards.

« Où est Sasha ? Lui demanda-t-elle.

- Elle est partie avec un garçon, dit indifféremment Jane.

- Qui ? Demanda Sarah.

- Un certain Terrence Flint, répondit Jane. Elle a très mauvais goût, soit dit en passant. »

Sarah le connaissait. Il faisait partie depuis le début de l'année de l'équipe de Quidditch de Serpentard. Elle ne pouvait qu'acquiescer à la remarque de Jane. Terrence Flint n'était franchement pas beau, mais il avait un charme brutal qui lui accordait une virilité indéniable.

« Et où sont-ils ? Demanda encore Sarah.

- Dans le dortoir des garçons de sixième année, répondit Jane.

- Ah, je m'inquiétais pour rien alors, soupira Sarah avec soulagement. »

Ce fut une réaction qu'elle regretterait le lendemain mais, pour l'heure, elle avait trop d'alcool dans le sang pour seulement songer à réfléchir à la question.

Le lendemain, il fallut se lever relativement tôt pour rejoindre la gare de Pré-au-lard. Sarah et Jane avaient un mal de tête terrible et, lorsqu'elle retrouvèrent Sasha, elles ne songèrent même pas à l'interroger sur ses occupations nuptiales. Heureusement, dans la Salle Commune, il y avait à la disposition des élèves une quantité faramineuse de potions anti-gueule de bois. Une fois qu'elles l'eurent ingurgitée, Sarah et Jane se retournèrent vers Sasha d'un seul mouvement et la regardèrent fixement.

« Une nuit torride ? Interrogea Sarah.

- Je ne sais pas si je dois vous en vouloir, rétorqua Sasha. À cause de vous je me suis fait dépuceler ! Les accusa-t-elle.

- Et c'était bien ? Demanda Jane sans prendre en compte les reproches.

- Mes souvenirs sont un peu flous mais oui, c'était pas mal, sourit Sasha. Ça fait juste un choc.

- Tu m'étonnes, acquiesça Sarah. »

Elles descendirent toutes trois dans la Grande Salle et commencèrent à manger.

Après un rapide trajet dans les calèches, les élèves arrivèrent devant le Poudlard Express, majestueux et rougeoyant. Les trois filles de Serpentard ne tardèrent pas à dénicher un compartiment libre et furent bientôt rejointes par Shaïla, Roxanne, Maelis, Ashley et Eva. Le trajet se passa dans la joie, la bonne humeur et la nourriture et, avant qu'elles ne soient arrivées, les filles se changèrent et prirent tant bien que mal leurs valises.

« Quels sont vos projets pour les vacances ? Demanda Eva.

- Je veux me faire des mèches ! S'exclama Sarah en sautillant.

- Quelle couleur ? S'étonna Ashley.

- J'hésite entre violet et doré ! Répondit Sarah.

- … certes, marmonna Ashley. Je préférerais le doré, personnellement, choisit-elle.

- Sérieusement ? Questionna Sarah.

- Largement, ajouta Maelis.

- Moi, je trouve que ce serait mignon le violet, commenta Sasha pensivement.

- Vous m'embrouillez, les accusa Sarah.

- Hi hi hi, ricana Jane d'un rire diabolique.

- Encore raté, railla Sarah en levant les yeux au ciel.

- Pff, maugréa Jane. »

Puis tous descendirent et rejoignirent leurs familles, se disant au revoir avec de grands sourires et quelques larmes. Puis, au bout d'un quart d'heure, tout le monde fut parti. Et la gare était étrangement vide. Seul le chauffeur descendait enfin de la locomotive, laissant ici le Poudlard Express qui ne bougerait plus jusqu'à la rentrée.

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Voilà, voilà ! Avis please ?

Merci d'avoir lu, bisous !