Bonjour, oui je suis en retard... trèèèès en retard en fait. Désolée pour l'attente, mais c'est de plus en plus dur de trouver le temps d'écrire et tout. Et puis ce que j'écris me plaît de moins en moins alors ça ne me motive pas davantage, pour tout vous dire.
Bref, bonne lecture à vous.
La puissance ne consiste pas à frapper fort ou souvent,
Mais à frapper juste.
H. de Balzac
VI) Chant révélateur et coming out
Lorsqu'il se réveilla ce matin-là, James Potter sût que ce ne serait définitivement pas une bonne journée. Ce n'était pas tellement un pressentiment mais plutôt le fait que son réveil indiquât dix heures et que son dortoir soit vide. Et les cours avaient commencé depuis deux heures. Avec le professeur de sortilège, un monstre sans scrupules.
Ce n'était pas tant le fait de sécher qui le dérangeait car, pour dire la vérité, il en avait l'habitude non, c'était plutôt le fait que ses traîtres d'amis ne l'aient pas réveillé et l'aient laissé en si fâcheuse posture. Sans plus attendre, il se leva en maugréant et... glissa sur un paillasson ensorcelé qui n'avait strictement rien à faire ici. Se retrouvant par terre, il adressa un regard brumeux au tapis inopportun et se releva. Il se sentait étrange ce matin-là...
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Pour la première fois en presque cinq ans, Sarah fut la première à se lever dans son dortoir. Elle s'empressa de réveiller Jane et Sasha et alla se préparer. Quand elle revint de la salle de bain après s'être maquillée et coiffée, elle réalisa que Sasha était toujours dans son lit et grommelait en se rendormant lentement mais sûrement. Sarah, saisissant sa vengeance après tant d'années de maltraitance, sauta presque littéralement sur le lit de son amie et l'écrasa de tout son maigre poids. C'est dans ces moments-là qu'elle maudissait sa maigreur il ne fallut qu'un mouvement à Sasha pour la projeter à terre, se retourner et se rendormir encore. Énervée, la jeune fille se leva en grimaçant et secoua Sasha de toutes ses forces.
« Sarah, laisse-moi dormir ! S'époumona Sasha. Il est à peine dix heures et on est samedi ! Qu'est-ce qu'il te prend à la fin ?
- Si tu ne veux pas voir le résultat de trois semaines d'efforts, c'est tant pis pour toi, se résigna Sarah en posant ses deux pieds par terre.
- Très bonne initiative, approuva Sasha en grommelant. Attends... Quoi ? S'écria-t-elle. Qu'est-ce que je peux être bête ! S'exclama-t-elle en sautant du lit. »
Pour rien au monde Sasha n'aurait eu envie de manquer la farce dont James Potter allait bientôt être la victime. Il était bien temps qu'il redescende de son petit nuage de supériorité. Elle se prépara rapidement et, une fois que les trois filles se furent préparées, elles descendirent avec précipitation dans la Salle Commune des Serpentards avant d'en sortir et d'arpenter les couloirs en direction de la Grande Salle. Une fois arrivées à destination, elles n'eurent pas beaucoup de temps à attendre, James Potter arriva peu de temps après. Il traînait des pieds, semblant faire d'incontestables efforts pour placer un pied devant l'autre sans trébucher. Il paraissait ivre et le spectacle n'en était que plus réjouissant à voir. Sarah, Jane et Sasha avaient une place de choix, assises côte à côte face à la table des Gryffondors. Comme tous les samedis à dix heures, la Grande Salle était pleine et tous les regards se fixèrent sur l'inopportun. Tous se posaient des questions. Y avait-il eu une fête la veille sans qu'ils ne soient invités ? Visiblement pas, étant donné que tout le monde était dans son état normal. Les Fraudeurs avaient peut-être organisé une soirée entre eux, buvant plus que de raison ? Mais manifestement pas. Les quatre autres Fraudeurs, assis à table, semblaient frais comme des roses. Ils haussèrent un sourcil étonné en voyant l'état de leur ami. Seul John Ross esquissa, pendant quelques petites secondes, un sourire amusé devant le sale état de James Potter. Heureusement pour lui, personne ne le vit et son innocence ne fut pas remise en cause. En plissant un peu les yeux pour les spectateurs les plus éloignés, on s'aperçut que, au lieu d'avoir sa touffe de cheveux qu'il se faisait un plaisir de décoiffer avec sa main habituellement, il avait les cheveux littéralement aplatis sur son crâne. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'était pas très seyant. James s'assit sur un banc à côté de Tom et entama la conversation. Après avoir été assuré que c'était le Week-end, il redirigea son attention vers le petit déjeuner, visiblement rasséréner. À peine l'aîné des Potter eut-il enfourné une cuillerée de porridge qu'il se leva hâtivement et, au plus grand désarroi de tout un chacun, se mit à chanter :
« Des yeux qui font baisser les miens
Un rire qui se perd sur sa bouche
Voilà le portrait sans retouche
De l'homme auquel j'appartiens
Quand il me prend dans ses bras
Il me parle tout bas
Je vois la vie en rose
Il me dit des mots d'amour
Des mots de tous les jours
Et ça m'fait quelque chose
Il est entré dans mon cœur
Une part de bonheur
Dont je connais la cause ! »
Trop ébahis dans un premier temps par ces paroles, cet air et les roulements de r du brun, on entendit parfaitement dans le silence pesant les rires suraigus de Sarah. À chaque début de fou rire, elle poussait un cri de goret qu'on égorge et manquait de s'étouffer. À côté d'elle, Jane parvenait tant bien que mal à étouffer son rire tandis que Sarah étouffait le sien dans sa serviette, déchirant le papier à l'image de sa dentition.
James Potter enjamba son banc et commença à marcher, lentement mais sûrement, en direction de la table des Serpentards. Et il continuait de chanter. Inlassablement.
« C'est lui pour moi
Moi pour lui
Dans la vie
Il me l'a dit, l'a juré pour la vie ! »
Il arriva bientôt au niveau de la table des Serpentards et, à la stupeur générale, s'agenouilla face à Scorpius, continuant de lui chanter et le regardant avec une tendresse dégoulinante de mièvrerie.
« Et dès que je l'aperçois,
Alors je sens en moi, mon cœur qui bat
Des nuits d'amour à plus finir
Un grand bonheur qui prend sa place
Des ennuis, des chagrins s'effacent
Heureux, heureux à en mourir ! »
En le voyant à ses pieds, Scorpius avait violemment rougi, avant de blêmir et de verdir enfin. Sarah n'avait pas apprécié son manque de compassion, lors du repas du Nouvel An avec leurs grands-parents, et plus spécifiquement leur grand-mère, et avait fait de cette farce une pierre deux coups. L'ahurissement passé, les rires commencèrent à fuser autour du « couple », partout dans la Grande Salle. Seuls les sorciers d'ascendance moldue et de parents très traditionalistes connaissaient cette chanson, soit une petite vingtaine de personnes. Ils étaient reconnaissables à leur petit sourire connaisseur, et à leur petit air supérieur.
« Quand il me prend dans ses bras,
Il me parle tout bas
Je vois la vie en rose,
Il me dit des mots d'amour
Des mots de tous les jours,
Et ça m'fait quelque chose
Il est entré dans mon cœur,
Une part de bonheur
Dont je connais la cause »
Et c'est à ce moment là qu'un flash scinda l'air. Leonora, derrière son objectif, souriait niaisement devant le succès qu'aurait son magazine « Sorcières&Potins » qu'elle n'avait pas pu alimenter depuis des semaines déjà, faute de ragots. On pouvait parier que la photo de James Potter, les cheveux aplatis sur le crâne, un air de zombie sur le visage et les lèvres ouvertes pour chanter la sérénade à un Scorpius Malefoy sur le bord de l'évanouissement aurait son petit succès. Oh ! Et quel titre ! James Potter change de bord avec un romantisme incontestable ! Quoi que, ça sonnait mal... Quand bien même, elle aurait toute la soirée pour en trouver un autre. Et pendant ce temps-là, encore, James Potter enchaînait les vibratos et les vocalises :
« C'est toi pour moi,
Moi pour toi, dans la vie
tu me l'as dit, l'as juré
Pour la vie
Et dès que je t'aperçois
Alors je sens en moi
Mon cœur qui bat
Lalalalalalalala lalalalalalala... »
Dès que la chanson fut finie, un tonnerre d'applaudissement éclata, ponctué d'éclats de rires. James, semblant se réveiller de son sommeil, fut comme deux ronds de flanc devant la scène, et regarda partout autour de lui. Le paroxysme de son ahurissement fut lorsque la directrice, Madame MacGonagall, vint le voir, et lui tint au mot près ce langage :
« Monsieur Potter, bien que, il faut l'admettre, vous semblez avoir un don pour les chants d'amour, il me plairait que vous ayez l'obligeance de vous abstenir de compter fleurette devant tout le monde vous troublez les élèves ! »
Sur ce, elle partit et laissa derrière elle un jeune sorcier complètement ébahi, des milliards de questions lui traversant le crâne au même instant, entrant inévitablement en collision et créant des étincelles. Par habitude, il passa une main dans ses cheveux pour les ébouriffer et, quelle ne fut pas sa surprise de ne toucher que des cheveux lisses et normalement coiffés ! Il allait falloir qu'on lui explique : un Potter n'avait PAS les cheveux lisses et coiffés ! Jamais ! Scorpius, qui semblait s'être remis de ses émotions, le regarda et lui dit des mots que James ne comprendrait que plus tard, trop désorienté qu'il était :
« Désolé Potter, mais c'est non, dit-il froidement. Tu me dégoûtes ! Ajouta-t-il dans une grimace. »
Et le blond de troisième année se leva de son banc et se rendit hors de la Grande Salle, le plus loin possible de son soupirant amnésique.
James, resté figé sur place, se décida finalement à rejoindre ses amis. Ils avaient quelques explications à lui donner...
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Une semaine après que James ait montré ses talents – inexistants – en chant, il était toujours la risée de Poudlard. À vrai dire, les ragots, le journal de Leonora et les conjectures des apprentis sorciers n'aidaient pas vraiment le sujet à s'amenuiser. On riait toujours sur son passage et, il n'allait pas se mentir, James savait que si ça avait été quelqu'un d'autre qui avait chanté une chanson d'amour Moldue dans la Grande Salle, il se serait bien moqué de lui aussi... Mais ce fait ne l'empêchait pas d'être terriblement vexé : on osait se rire de lui !
« Potter... James Potter, corrigea une voix. Pourrais-tu te concentrer un peu sur l'apprentissage de la langue et cesser de songer à Scorpius ? »
Il allait la tuer!
« C'est trop dur de répondre ? S'interrogea la jeune femme. »
Sale serpent ! Les rires fusaient dans la salle et, sans pouvoir le contrôler, James se sentit rougir.
« Arrête, Sarah, la coupa finalement Shaïla. »
Alors qu'il s'apprêtait à la remercier mentalement, elle ajouta :
« Il ne peut pas se contrôler, c'est le Grand Amour ! Ironisa-t-elle. »
C'était clair, net et précis, il y aurait bientôt deux meurtres impossible à résoudre dans Poudlard. Car, il n'en doutait pas, il saurait commettre le crime parfait !
« Bref, revenons à nos moutons, reprit Sarah, nous avons décidé de vous concocter un petit contrôle de connaissance pour la semaine prochaine. Ça s'appliquera à tout ce que nous avons appris depuis le début de l'année et ça mettra en évidence vos points forts, vos points faibles, ce qu'il faut approfondir, ou pas. C'est pourquoi on vous demande de ne pas tricher.
- Et si l'envie vous prend quand même de regarder la copie de votre voisin, on le saura, renchérit Shaïla. I'm watching you ! Les informa-t-elle en faisant l'allée et retour avec son doigt entre son œil et les élèves.
- Vous pouvez sortir, dit Sarah. »
Leurs élèves s'exécutèrent et, bientôt, elles se retrouvèrent seules dans la petite salle de cours. Tout en bavardant un peu, elles réunirent leurs affaires et sortirent pour se rendre dans la Grande Salle. Avec l'approche des B.U.S.E.s, la quantité de devoirs augmentait considérablement et, bien qu'il restât encore cinq mois avant les examens de fin d'année, les élèves étaient déjà submergés. Et les cours que Sarah et Shaïla devaient orchestrer leur prenaient un temps considérable. Elles espéraient que, au moins, ce serait rentable au niveau des points bonus. Elles rejoignirent chacune leur table et mangèrent avec entrain le repas. Hachis parmentier et salade, puis différentes tartes aux parfums multiples.
« Vous avez écouté la nouvelle musique de Almina Phillips ? Interrogea Jane en remuant sa tisane de sa cuillère.
- Comment aurait-on fait pour ne pas l'entendre ? Railla Sarah. Elle passe sur toutes les fréquences, impossible de la rater !
- Et quand bien même on aurait pu l'éviter, le fait que tu fasses tourner en boucle la chanson dans le dortoir ne nous l'aurait pas épargnée ! Renchérit Sasha.
- Comment ça épargnée ? Se révolta Jane. Cette chanson est juste merveilleuse.
- Peut-être, concéda Sasha, mais elle le serait peut-être encore davantage si on ne l'entendait pas chaque seconde de chaque minute de chaque heure de chaque journée de chaque semaine de chaque mois de...
- Tu es au courant qu'elle est sortie hier la chanson, non ? Rappela Jane.
- Ah oui... concéda Sasha.
- Elle est un peu trop romantique à mon goût, affirma Sarah.
- De toute façon, dès que le mot Amour est prononcé tu n'apprécies pas, riposta Jane. Tu n'arrive même pas à le prononcer, il te brûle la langue !
- Non, tu exagère ! Protesta Sarah. C'est juste qu'il est toujours employé à mauvais escient.
- Si tu le dis, concéda Jane. Mais sinon, elle est juste fantastique, non ? S'enthousiasma-t-elle encore.
- Tu crois qu'elle s'en remettra un jour ? Chuchota Sarah à Sasha. »
Alors que Jane et Sasha se levaient pour aller dans leurs dortoirs, Sarah se frappa le front avec le plat de sa main et s'écria :
« Qu'est-ce que je suis bête ! J'ai mon tour de garde ce soir !
- Et tu es en retard ? Supposa Sasha en levant les yeux au ciel, trop habituée à ce genre d'événements.
- Plutôt, oui ! Répondit Sarah en se levant prestement.
- Avec qui ? L'interrogea Jane, plus pragmatique.
- Je ne sais pas trop, avoua Sarah. Leonora, il me semble, grimaça-t-elle.
- Bonne chance ! L'encouragea Sasha.
- Si tu veux, j'ai des bouchons d'oreille, lui proposa Jane.
- Merci beaucoup mais je pense que ça ira, refusa Sarah. Bon, j'y vais ! »
Elle se précipita dehors et alla au point de rendez-vous indiqué, soit une statue d'un homme maussade au nez proéminent, au deuxième étage. Comme elle l'avait supposé, Leonora l'attendait devant, regardant pensivement les tableaux autour d'elle.
« Désolée pour le retard, s'excusa Sarah.
- Oh, ce n'est rien, sourit mielleusement Leonora. Justement, tu tombes au bon moment, commença-t-elle. Je pensais... tu crois que c'est mieux de fixer le fond de teint liquide avec de la poudre ou de mettre soit l'un soit l'autre ? Et dans ce cas, tu penses que... »
Au bout de quinze minutes de ce régime, Sarah pensait sincèrement à bâillonner la Gryffondor. Une heure plus tard, elle songeait sérieusement à se pendre.
« Oh, l'heure est passée si vite ! Mentit-elle, coupant Leonora dans ses songes d'un intérêt tout relatif. Je dois y aller, je suis fatiguée. Salut ! »
Et, sans laisser à Leonora le temps de répondre, elle s'en alla prestement, traversant à la hâte les quelques couloirs qui la séparaient d'un escalier qui lui permettrait de descendre. Elle soupira d'avance. Elle était au septième étage. Elle aurait des milliers d'escaliers à descendre avant d'arriver aux cachots.
Elle s'arrêta néanmoins avant d'être parvenue aux premiers escaliers. Il lui semblait avoir oublié quelque chose, mais impossible de se rappeler quoi. Elle regarda à droite et à gauche dans une vaine tentative de s'en rappeler, et son regard s'arrêta sur une drôle de tapisserie. Barnabas le Follet qui essayait d'inculquer aux Trolls l'art de la danse. Comique. Elle fit demi-tour une fois pour regarder au bout du couloir, essayant de se rappeler ce qu'elle avait oublié, retourna sur ses pas, se rendant compte que c'était une idée parfaitement idiote. Puis, elle se rappela enfin ce qu'elle avait oublié. Son sac qu'elle avait posé derrière une statue, en ayant franchement marre de le porter et n'ayant ni le temps ni le courage de descendre dans sa Salle Commune. À l'instant même où elle avait pilé face, une énorme porte sculptée dans du bois de cerisier avait fait son apparition. Très légèrement inquiète, Sarah empoigna fermement sa baguette avant de pousser la porte et d'entrer dans la Salle. Il faisait très noir, et il était impossible de voir quoi que ce soit. Sarah tendit l'oreille, mais aucun bruit ne se fit entendre. Rassurée, elle relâcha un peu la pression qu'elle exerçait sur sa baguette et avança de quelques pas. Cette pièce, c'était tout ce dont elle avait besoin. À l'instant même où elle se dit qu'un sofa sur lequel s'allonger serait le bienvenu, elle trébucha et se rattrapa à un bord moelleux. Intriguée, elle s'allongea sur le canapé et profita pendant un très long moment du silence et de l'obscurité. Si il y avait bien une chose dont elle avait toujours rêvé, c'était bien de ça. Toujours. Il y avait toujours du bruit partout. Et la lumière, n'en parlons pas ! Apaisée par cette atmosphère si paisible et silencieuse, elle s'endormit sans même s'en rendre compte et les pensées qui, habituellement, fusaient dans sa tête, se turent. Lorsqu'elle se réveilla – elle n'aurait su dire quelle heure il était – elle réalisa qu'elle n'avait jamais aussi bien dormi. Insomniaque de nature, il n'était pas rare que Sarah fasse des nuits blanches et, chaque soir, il lui fallait plusieurs heures pour trouver le sommeil. Il lui fallut quelques minutes pour trouver la porte de la pièce et, une fois qu'elle l'eut trouvée, elle la poussa doucement, demeurant aveuglée par l'éclat du Soleil qui, pourtant, était largement caché derrière les épais nuages. Il commençait à peine son ascension, il ne devait pas être très tôt. Elle n'avait plus la notion du temps et, légèrement inquiète à l'idée de manquer des cours, elle se précipita dans la Salle Commune des Serpents, sept étages plus bas. Elle n'avait aucune idée de ce que cette pièce faisait là, elle n'avait aucune idée de pourquoi elle était là. Tout ce qu'elle savait, c'était que, une fois qu'elle aurait découvert son fonctionnement, elle lui deviendrait rapidement indispensable. Dans la Salle Commune, il n'y avait personne. C'était très mauvais signe. Elle pénétra en trombe dans son dortoir et, alors qu'elle claquait la porte derrière elle, elle entendit un violent sursaut suivi d'un cri de frayeur. Elle sursauta et, dans un réflexe, saisit sa baguette magique.
« Bordel mais qu'est-ce qu'il te prend de nous réveiller comme ça à six heure ?! S'indigna Sasha.
- Six heures ? S'étonna Sarah.
- On peut savoir où tu étais ? Interrogea sévèrement Jane.
- Oh vous la ferme ! Il y en a qui veulent dormir ! S'indigna Anna. »
Trois regards noirs la fixèrent instantanément.
« Alors, tu peux répondre ? Insista Jane.
- Si vous le permettez, je pense prendre encore une heure de sommeil. Je vous dirai ça tout à l'heure, rétorqua Sarah.
- Tu as intérêt ! Accepta Sasha.
- Très bien, dit Jane à contrecœur. »
Sans s'attarder davantage, les trois filles se recouchèrent. Malheureusement, Sarah, dans ces conditions, ne parvint pas à se rendormir. Une heure plus tard, c'est de mauvaise humeur qu'elle se leva à nouveau. Elle eut à peine le temps de se préparer dans la salle de bain que ses deux amies fermèrent la porte derrière elles et commencèrent l'interrogatoire. Sarah, voulant se débarrasser de cette tâche le plus vite possible, leur raconta tout avec tous les détails. Mais alors qu'elle en était venue à l'apparition de la porte, elle se rappela de quelque chose elle avait oublié de récupérer son sac. Elle soupira, elle n'aurait pas le temps de manger.
« Prenez-moi des bouts de pain, recommanda-t-elle aux deux filles.
- Où tu penses aller comme ça ? Interrogea sévèrement Sasha.
- Sérieusement, si j'avais voulu que ma mère vienne à Poudlard, je lui aurais demandé de venir ! Railla Sarah en partant.
- Tu peux toujours courir pour avoir tes bouts de pain ! Menaça Sasha. »
Mais l'une comme l'autre savait qu'elle les prendrait quand même, histoire d'avoir matière à la faire chanter.
Sarah sortit précipitamment de son dortoir, rejoignit les premiers escaliers et commença son ascension. En arrivant devant la tapisserie, elle s'arrêta un instant, réfléchit puis continua à courir. Une fois qu'elle eut retrouvé sa besace, elle la mit sur son épaule et redescendit. Évidemment, elle avait cours de potions dans les cachots. Elle soupira et commença à redescendre il était trop tard pour songer à faire un détour vers la Grande Salle. Lorsqu'elle arriva devant la porte de la salle des potions, couverte de sueur et le souffle haletant. En désespoir de cause, elle appliqua sur elle un sortilège de séchage pour faire évaporer la sueur. Sasha et Jane la rejoignirent peu de temps après, les bras chargés de victuailles qu'elles exposèrent à Sarah avant de les ranger dans leurs sacs. Le professeur ouvrit la porte et fit entrer ses élèves. Les Serpentards et les Poufsouffles entrèrent donc, prenant place comme à leur habitude autours des tables de quatre. Tandis que Sasha s'asseyait aux côtés de Sarah, Jane prit place en face d'elles, à côté de son frère jumeau, Valentin. Un joyeux brouhaha s'éleva dans la pièce et le professeur, pour le faire cesser, ferma violemment le manuel qu'il lisait.
« Au vu de votre inclinaison pour le bavardage, j'ai décidé de réorganiser la configuration de la salle de cours dès la semaine prochaine, expliqua-t-il. Je vais étudier vos comportements vis-à-vis de vos camarades pour vous placer au mieux. Je vais vous diviser en équipe de deux, que je choisirai moi-même. Pas de protestation ! Dit-il pour couper court à tous les bruits. Maintenant, sortez vos ingrédients et commencez la potion page 47. Exécution ! »
Les élèves obéirent bon gré mal gré et, bientôt, la salle fut si silencieuse qu'on eut pu entendre les bourdonnements d'une mouche.
Le reste de la journée se passa tranquillement et, après le dîner, les élèves retournèrent bruyamment dans leur Salle Commune respective. Comme tous les soirs de Week-end, les Serpentards les plus âgés restèrent ensembles dans leur antre plutôt que d'aller dans leurs dortoirs. Différents jeux furent organisés : échecs sorciers, bataille explosive et Bavboules. Sarah, pour sa part, préférait passer ce moment-là avec Mile, en discutant autour d'une bouteille de Bièraubeurre.
« Comment ça se passe avec tes parents ? Interrogea soucieusement Sarah.
- Oh, tu sais, ils ne se parlent plus et ils font tout pour que je les choisisse l'un contre l'autre. Ils m'ont même offert des cadeaux à se damner ! Répondit sombrement le garçon.
- Ah oui ? S'enthousiasma Sarah. Et tu en as fait quoi ?
- Je les ai mis à la poubelle, répondit le jeune homme.
- Ah, fut la seule chose que put émettre Sarah, estomaquée.
- Oui, acquiesça Mile.
- Mais tu trouve pas que c'est un peu un manque de respect ? Ça a dû leur coûter cher, non ? Avança-t-elle.
- Je ne leur avais rien demandé ! Grogna Mile.
- Je sais, tenta de le calmer Sarah.
- Non tu ne sais pas ! S'énerva Mile. Tu ne sais pas ce que ça fait d'avoir des parents qui se disputent à chaque fois qu'ils se voient, qui te déchirent en voulant que tu fasses ton choix, qui font tout pour t'avoir, toi, et non pas pour te faire plaisir ! Ces cadeaux, tu penses que c'était ce que moi je voulais ? Non ! C'était ce qu'ils pensaient que tout garçon de mon âge voulait ! Ils ne se sont jamais souciés de mes goûts !
- Mile... Mile, calme-toi, dit doucement Sarah.
- Tu n'as jamais vécu ça, toi, cracha-t-il. Tes parents sont heureux ensembles, entre vous c'est le bonheur, la jolie petite famille unie qui n'a aucun problème.
- D'accord, je vois, tu as besoin de quelque chose de plus fort, grimaça Sarah en se levant et en allant chercher dans ses affaires la bouteille de Calva à peine entamée que lui avait offerte Sasha. Elle dévissa le bouchon et fit apparaître deux petits verres qu'elle remplit presque entièrement. Mile en saisit un, elle prit l'autre, et le liquide ambré disparut dans leur gorge.
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Le lundi, à 14 heures précises, les élèves furent invités à entrer dans la salle de cours de potion et, en effet, la configuration de la pièce avait changée. Finie les tables de quatre personnes, il s'agissait maintenant de deux tables individuelles l'une à côté de l'autre, et ce sur une dizaine de rangées. Le professeur, fermant la porte derrière eux, s'assit lentement à son bureau et, savourant l'anxiété grandissante de ses disciples, commença à énumérer les élèves qui seraient placés l'un à côté de l'autre, guettant la réaction de chacun et haussant un sourcil surpris lorsqu'il entendait un soupir de soulagement.
Jane fut placée à côté de Silver Islock, un Serpentard arrogant que même elle, pourtant pacifique, aurait bien envie de claquer, Sasha avec Alice Londubat, qu'elle méprisait pour sa passivité et son manque d'initiatives, Mile avec Lola Dabon, une fille métissée avec qui il était sorti deux ans plus tôt et dont la séparation ne s'était pas faite en douceur. Et Sarah se retrouva assise aux côtés de Violette Voden, cette Serpentard méprisante et puriste. Après une heure de cours, Sarah tenta de relativiser au moins, Violette était plutôt douée en potions et elle était silencieuse, ce qui n'était pas le cas de tout le monde. Les cours de potion allaient être longs, c'était certain !
Le Week-end suivant, après une semaine de vaines recherches, Sarah n'avait toujours pas retrouvé la salle silencieuse, si bien qu'elle s'était résolue à faire des recherches à la bibliothèque. Elle n'était pas installée depuis dix minutes qu'elle entendit la voix reconnaissable de sa sœur s'exclamer :
« Mais c'est pas possible ! Comment ça se fait qu'il n'y ait jamais rien dans les livres ? »
Légèrement étonnée, Sarah se leva et marcha en direction de la voix. À vrai dire, il était vrai que sa sœur fréquentait beaucoup la bibliothèque quand elle-même cherchait à retrouver ses grands-parents maternels, mais elle ne s'était pas demandé une seule seconde pourquoi. Lorsqu'elle arriva à sa hauteur, dans un coin reculé de la bibliothèque, elle la vit avec stupéfaction sauter sur place avec énervement comme un enfant gâté dont on n'aurait pas cédé au caprice. Elle trouva préférable de signaler sa présence avant qu'Iris ne se roule par terre de dépit.
« Je peux savoir ce que tu cherches ? Interrogea-t-elle avec un ton légèrement amusé.
- J'en ai marre, j'en ai marre, j'en ai marre ! S'écria Iris.
- Et plus précisément ? Insista Sarah.
- Tu vois qui Dawn Oggen ? Interrogea Iris en tentant de retrouver son calme.
- Une amie à toi ? Supposa Sarah en fouillant dans sa mémoire.
- Eh bien non justement ! Répliqua la jeune Gryffondor. Madame est trop supérieure pour m'adresser la parole !
- Hou là ! S'exclama Sarah. Sujet sensible on dirait !
- Non, tu crois ? Ironisa Iris avec mauvaise humeur.
- Et tu sais pourquoi elle refuse de te parler, au moins ? Interrogea Sarah. Et puis qu'est-ce que tu fais à la bibliothèque pour elle... je veux dire, tu pense vraiment que tu vas trouver sa biographie ou je sais pas quoi ?
- Mais non ! S'exaspéra Iris. Sa Majesté refuse de m'adresser la parole tant que je n'aurai pas découvert qui elle est ! Expliqua-t-elle.
- Qui elle est ? Sourcilla Sarah. Tu ne m'avais pas dit qu'elle s'appelait Dawn Oggen ?
- Si, si, mais elle a des pouvoirs peu communs, commença Iris.
- C'est-à-dire ? Coupa Sarah, étonnée.
- Elle pratique la télékinésie, la légilimancie... énuméra Iris en levant les yeux au ciel.
- Tu crois qu'elle voudra bien m'apprendre ? S'enquit Sarah avec enthousiasme.
- Tu peux toujours rêver ! Rétorqua Iris. Elle se contentera de chanter :
« Non non non, je ne te le dirai pas !
Tu dois apprendre de toi même,
C'est inné ou ça l'est pas.
Point final et tralala ! »
Iris accompagna sa chanson absolument ridicule de mouvements de bras et de jambes littéralement stupides.
« Bien, je vois, hésita Sarah. Tu la portes en très haute estime, c'est bien. Sur ce, je te laisse ! »
Et Sarah s'empressa de fuir, traînant ses jambes maigres en direction de la table sur laquelle elle avait laissé ses livres. L'histoire de Poudlard lui semblait être un bon début. Sarah soupira, mettant sa tête dans ses mains fines. Ça devenait assez lassant à force de devoir plonger dans des livres à tout bout de champs au lieu d'avoir une réponse directe. Malgré elle, elle sentit bientôt ses yeux se fermer et sa tête tomber en avant.
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Ce chapitre a près de 1 000 mots en moins que le précédent, mais bon... Je ne savais plus quoi mettre dans celui-là sans que ça fasse trop et je ne voulais pas non plus prendre plus de retard. Je vous avoue que je n'en suis pas très fière... d'ailleurs je suis un peu dans une période de doutes... vous pourriez me dire très sincèrement si elle est un peu nulle ( la fiction ) ? Merci. Et bien sûr j'accepte toutes les critiques.
Bisous !
