Bonjour bonjour ! J'ai écrit beaucoup de ce chapitre assez régulièrement, d'ailleurs j'étais assez fière de moi… mais je l'ai fini après plusieurs semaines sans y toucher, manque d'inspiration, je suppose.
Tout d'abord, je voulais rendre à César ce qui lui appartient et rappeler que la chanson du chapitre précédent appartient bien évidemment à Edith Piaf.
Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture.
Si l'amour vit d'espoir, il périt avec lui
Pierre Corneille
VIII) La conséquence des actes
Quelques semaines de recherches vaines plus tard, Sarah commençait à perdre espoir mais surtout à perdre patience. Depuis cette nuit-là, ses insomnies avaient empiré et elle n'avait plus pu avoir ne serait-ce qu'une nuit entière de sommeil. Elle était d'une humeur exécrable et repoussait de ce fait toute personne qui voulait l'approcher. Et le match contre les Serdaigle qui aurait lieu le jour prochain ne faisait rien pour arranger son humeur. Bien qu'elle ait participé à de multiples match, dont un contre les Poufsouffle en début d'année, et qu'ils avaient remporté, elle ne pouvait à chaque fois empêcher son cœur de s'emballer et ses mains de trembler. Encore une fois, elle se retrouvait à la bibliothèque, seule, au lieu de se balader dans le château en compagnie de ses amies. Une fois encore, elle referma le livre devant elle dans un grognement. Et une fois encore, elle se leva de la chaise sur laquelle elle était avachie et replaça son livre dans la bibliothèque d'un coup sec de baguette. Elle rejeta ses cheveux bruns en arrière d'un geste souple et se dirigea rapidement vers la sortie. À peine eut-elle traversé le couloir attenant qu'une silhouette assez haute lui fonça dedans, extatique.
« Maelis ?! S'exclama Sarah, surprise.
- Qui d'autre ? Railla la jeune fille avec enthousiasme.
- Qu'est-ce qui te met dans cet état ? Interrogea la Serpentard.
- Alors, non seulement je viens pour te dire que demain mon équipe va ratatiner la tienne, mais aussi... commença Maelis.
- Même pas en rêve ! La coupa Sarah.
- Mais aussi pour te dire que je me suis remise avec Anthony ! Continua la blonde sans relever.
- Et ça te met de bonne humeur ? Grinça Sarah.
- Bah oui ! Répondit Maelis comme si c'était une évidence.
- Je te rappelle que tu l'as largué, dit Sarah.
- Non, c'était juste un break, corrigea Maelis.
- Quand on fait un break il y a quatre-vingt-dix-huit pour cent de chances qu'on ne se remette pas ensemble, répliqua Sarah.
- Tu les sors d'où tes probabilités ? Sourcilla Maelis, sceptique.
- De ma tête mais là n'est pas la question, répondit la brune.
- Alors Anthony et moi faisons partie des deux pour cent restants ! s'enthousiasme Maelis.
- Tu sais, Maelis, si tu fais ça parce que tu as besoin d'affection, tu peux te trouver quelqu'un de beaucoup mieux !
- Mais je ne fais pas ça pour avoir de l'affection ! Se récria Maelis.
- Alors pourquoi ? S'étonna Sarah.
- Mais parce que je l'aime ! Rougit Maelis.
- Oui, et il est l'homme de ta vie, c'est ça ? Railla Sarah. »
Maelis rougit encore davantage, trahissant sa pensée. Sachant que la conversation serait vaine, elle préféra clôturer le sujet.
« Qu'est-ce que tu es rabat-joie ! Lui reprocha-t-elle amicalement. »
Aujourd'hui, Maelis était de trop bonne humeur pour être même légèrement agacée et Sarah ne savait pas trop si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Tout en discutant, elles se baladèrent dans les couloirs jusqu'à arriver devant une porte close du deuxième étage qui leur bloquait la route. Sans se questionner davantage, et après s'être assurées que la porte était bel et bien verrouillée, elles firent demi-tour tout en continuant de discuter. Le seul point positif que Sarah pouvait trouver à l'annulation du break entre Maelis et Anthony, c'était que, étant donné que la Saint Valentin aurait lieu dans une semaine, Maelis aurait un cadeau. Dégoulinant d'un romantisme absolument abject, certes, mais un cadeau quand même. Rien que pour cette raison, elle songea un instant à se trouver un petit ami de dernière minute, puis elle abandonna l'idée.
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« Mangez ! S'écria Thomas Spencer, faisant sursauter tout le monde dans un rayon de cinq têtes autour de lui.
- Donne-nous l'exemple ! Intima Sarah, quelque peu énervée. »
Ses camarades lui donnèrent raison en prononçant des « ouais » et des « c'est vrai ça ! »
Thomas soupira devant la bêtise de ses camarades et, cédant à leurs caprices – être capitaine avait forgé sa patience, bien qu'elle ne soit pas non plus exceptionnelle – il enfourna une cuillerée de porridge, mâchant avec difficulté à cause du stress qui l'envahissait.
« Recommence, je n'ai pas bien vu ! Demanda Sasha pour retarder encore l'échéance.
- Arrêtez de vous moquer de moi ! S'énerva le capitaine, faisant cette fois-ci sursauter toute la Grande Salle. Vous allez manger, et plutôt deux fois qu'une ! On a un match à gagner !
- Relax, mec, tenta sans succès Terrence Flint.
- Que je me calme ? Que je me calme ? S'époumona le capitaine. »
Sa voix partait dans les aigus, ne manquant pas de faire rire cette bande d'idiots qui lui servait d'équipe.
« Mais qu'est-ce que j'ai fait à Merlin pour avoir une équipe pareil ? Se lamenta-t-il en retour.
- Tu lui as volé son chapeau ? Tenta Meredith Clark, une Poursuiveuse.
- Et en plus ils ont beaucoup d'humour ! Railla Thomas. C'est le pompon !
- Le quoi ? S'étouffa de rire Sasha.
- C'est une expression Moldue... se justifia Thomas, au bord de la dépression.
- Calme-toi, on va les écraser, ces Serdaigles, tenta de minimiser Meredith dans un élan de compassion.
- Tu crois vraiment que c'est si facile ? Déclama tragiquement Thomas.
- Autant pour la compassion, marmonna Meredith, vexée par la réaction du capitaine.
- Tu n'as pas autant stressé pour les Poufsouffles, fit justement remarquer Terrence.
- Euh… on les a battus à plate couture et c'était complètement prévisible ! Rétorqua le capitaine. »
Il avait sans doute oublié qu'il criait car des exclamations indignées fusèrent à la table desdits Poufsouffles. Cela eut au moins le mérite de faire redescendre Thomas sur terre et, se rendant compte qu'il s'était levé dans son élan d'exaspération, il se rassit. Faire tourner leur Capitaine en bourrique avait ouvert l'appétit aux joueurs et, finalement, ils dévorèrent ce qu'il y avait sur la table, tandis que Thomas regardait fixement son bol de porridge à peine entamé.
« Eh bien ? Lui dit alors Sarah. Tu ne manges pas ?
- Feli, dès qu'on aura terminé le match, tu es morte, la menaça Thomas. »
Et l'adorable regard meurtrier qu'il lui lança en accompagnement de ces mots ne signifiait malheureusement pas que c'était une heureuse blague. Bon, le message était clair : Sarah irait se cacher juste après le match.
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Le Cognard arrivait à toute vitesse. Renforçant sa prise autour de la batte, Sarah se prépara puis, au moment de l'impact, donna un puissant coup dans la balle noire qui s'élança instantanément en direction de l'Attrapeur des Serdaigles, Alexia Smith.
Ça faisait dix minutes à peine que le match avait commencé et elle semblait déjà s'être élancée après le vif d'Or. Heureusement pour les Serpentards, le Cognard força Alexia à dériver de sa trajectoire et elle perdit de vue la petite balle dorée. Après avoir lancé un regard meurtrier à Sarah – décidément, c'était de l'acharnement ! - elle recommença à effectuer des tours du terrain. Le commentateur, Derrick Jones, un élève de Poufsouffle de sixième année, suivait l'affaire de près.
« La balle est aux Serpentards, disait-il. Malefoy la lance à Sasha Thomas, une jolie fille, si vous voulez mon avis, ajouta-t-il, rêveur. Vous pensez qu'elle est libre ? Interrogea-t-il la foule. Ah... si j'en crois la tête de Flint, il la trouve jolie aussi. T'as une touche, Thomas ! Thomas repasse la balle à Malefoy mais ! Oh, elle est interceptée par Charles Montague. Un Cognard envoyé par Feli le force à lâcher la balle et elle est rattrapée in extremis par... Sasha Thomas ! Quelle force elle a cette Feli ! On croirait pas vu sa maigreur. Je sais pas vous mais moi ça me fait peur ! Elle est anorexique vous croyez ? Oh ! Elle m'envoie un regard pas très gentil si vous voulez mon avis. Je n'aimerais pas être à la place du Cognard, personnellement. Mais je m'égare. Le Souaffle repasse aux jolies mains de Sasha Thomas qui le passe à Flint qui tire et... MARQUE ! La balle est reprise par les Serdaigle et... »
Sarah décrocha. Il y avait quelque chose qui n'allait pas du tout. Du tout ! Cette Alexia Smith était une coriace ! Déjà, elle s'élançait de nouveau après le Vif d'Or, s'approchant à toute vitesse des buts de l'équipe des Serpentards. Prête à en découdre, Sarah scanna rapidement l'environnement autour d'elle afin d'inventer une stratégie qui mettrait définitivement la Serdaigle hors-jeu. La petite balle dorée voletait près des anneaux, résignée à faire tourner Alexia en bourrique. Cette dernière s'approchait bien trop rapidement pour sa propre sécurité desdits anneaux et, examinant son territoire, Sarah repéra un Cognard qui fonçait sur Meredith Clark. Parfait, elle ferait d'une pierre deux coups : protéger une coéquipière et assurer la victoire des Serpentards en éliminant Alexia. S'élançant à toute vitesse sur son balai, il ne lui fallut qu'une seconde pour se retrouver devant la balle noire. Une demi-seconde plus tard, celle-ci était propulsée à toute vitesse en direction de l'Attrapeuse qui s'apprêtait à refermer son poing sur la balle dorée. Percevant le bruit émis par la grosse balle, Alexia se retourna et regarda par-dessus son épaule. Le Cognard arrivait droit sur elle. Sans regarder dans quelle direction elle allait, elle pivota rudement vers la droite et... se prit l'anneau central en plein dans la figure.
« Aouch ! Ça doit faire mal ! S'écria Derrick derrière son micro. Heureusement, notre Attrapeuse/cascadeuse semble très résistante et n'a pas décroché de son balai. Elle ne va pas tenir encore longtemps si vous voulez mon avis. En tout cas, Feli, je n'ai jamais rien dit sur toi, jamais ! Je trouve que tu es une personne absolument formidable hein ? C'est vrai ! Fayota-t-il. »
Sarah darda sur lui un regard mauvais, accompagné d'un sourire tout aussi machiavélique. Madame Bibine siffla un temps mort et tous redescendirent de leur balai. Sarah reçut quelques regards furibonds mais se contenta d'y répondre par un regard hautain, l'air très satisfaite d'elle-même. Alexia Smith ne semblant pas capable de se remettre à voler – à peine avait-elle atterri sur le sol qu'elle s'était évanouie – c'était la victoire presque assurée pour les Serpentards. Et dans les règles de l'art en plus ! Bien qu'elle ait été un adjuvant – très très important – ce n'était tout de même pas elle qui avait écrasé la face d'Alexia sur l'anneau !
Le match reprit après quelques minutes de repos et, quittant son poste de Poursuiveuse, Dominique Weasley endossa le rôle d'Alexia. Une demi-heure et quelques douzaines de Cognards renvoyés plus tard, le match était clos. Thomas Spencer avait fini par attraper le Vif d'Or. À vrai dire, Dominique n'était pas une concurrente de taille, habituée qu'elle était à lancer le Souaffle dans des anneaux. Elle n'avait même jamais expérimenté le rôle d'Attrapeuse, et elle se portait très bien comme ça.
À peine se fut-elle douchée et changée que Sarah s'enfuit des bâtisses préfabriquées qui servaient de vestiaires. Thomas Spencer prenait toujours ses menaces très à cœur et, bien qu'il ne prendrait pas le risque de se débarrasser définitivement de sa meilleure Batteuse – elle avait bien le droit de se lancer des fleurs après tout – il serait bien capable de lui lancer quelques sortilèges de mauvais goût. Elle fut rejointe dans sa course par Jane et Sasha, qui avaient trop l'habitude de voir Sarah poursuivie par son Capitaine. Elles coururent ensemble et entrèrent dans la Grande Salle pour manger le repas du midi. Il était près de deux heures et Sarah, qui n'avait pas beaucoup mangé le matin, était littéralement au bord de l'hypoglycémie ! Elles s'assirent toutes trois à leur table et commencèrent à manger des parts de tartiflettes à n'en plus finir. Sarah, par mesure de sécurité, jetait fréquemment des petits regards vers la porte de la Grande Salle. Si jamais Thomas rentrait, il lui faudrait dégainer sa baguette et partir à toute vitesse !
Enfin, alors qu'elle en était à sa troisième platée de tartiflette, l'Attrapeur des Serpentards rentra dans la Grande Salle. Sans plus attendre, il scanna la salle des yeux et dénicha rapidement Sarah. Il lui lança un regard noir qu'elle sût interpréter : « Ça ira pour cette fois, mais c'est juste parce qu'on a gagné ! »
En réponse, Sarah lui adressa un grand sourire et se resservit une part du gratin. Cette journée commençait merveilleusement bien !
C'était ce qu'elle pensait jusqu'à ce qu'elle se retrouve la tête plongée dans son assiette pleine de fromage fondu. Elle releva doucereusement la tête et darda Thomas d'un regard glacial. Celui-ci, évitant son regard, feignait l'innocence la plus extrême, sifflotant tranquillement.
« Qu'y-a-t-il ? interrogea-t-il innocemment Sarah en apercevant son regard meurtrier.
- Tu auras beaucoup de mal à me faire croire ton innocence quand ta main est encore sur ma tête, abruti ! cracha Sarah.
- Ah, mince, sembla remarquer Thomas. »
Il allait repartir, tout content, quand une grande quantité d'un liquide orangé le glaça de la tête jusqu'au pied. Du jus de citrouille par Merlin !
« Bordel, Feli ! S'énerva-t-il. Ça tâche le jus de citrouille ! »
La Serpentard ne put même pas lui répondre, trop occupée qu'elle était à se noyer dans son rire.
Sarah passa le reste de la journée avec ses trois amies dans leur salle secrète elles restèrent allongées contre le sofa à manger des cochonneries et à discuter bêtement.
« Et donc, intervint Roxanne, comment vous vous êtes remis ensemble Anthony et toi ?
- En fait, je me suis rendue compte qu'il me manquait, expliqua Maelis en rougissant.
- Ah oui ? s'enthousiasma Shaïla en liant ses deux mains, fascinée par ces histoires d'amour, abracadabrantesques selon Sarah. »
D'ailleurs, cette dernière les regardait, l'œil impassible, en soufflant sur une mèche de cheveux qui retombait sur son visage.
« Oui, sourit tendrement Maelis. Quand je l'ai quitté, je pensais que je ne ressentais plus rien pour lui mais, voilà… je l'aime toujours autant. »
Et, paradoxalement, Sarah s'amusait comme une petite folle à faire s'envoler sa mèche de cheveux, qui décollait quelques secondes avant de retomber doucement sur sa joue gauche. Qu'est-ce qu'il ne fallait pas entendre !
« Et tu t'en es rendu compte tout d'un coup ? interrogea encore Roxanne.
- Non, pas exactement, corrigea la Serdaigle. Ça fait déjà une semaine que je ressens beaucoup de choses en le regardant !
- Ah oui, c'est vrai que ça change tout, marmonna Sarah.
- T'as dit quoi ? demanda Maelis.
- Rien, rien, assura Sarah.
- Et tu ne dis rien depuis tout à l'heure, remarqua Shaïla. Ça ne te ressemble pas !
- Et puis pourquoi tu souffles sans cesses sur ta mèche de cheveux ? fit encore remarquer Roxanne.
- Il faut bien s'amuser un peu, rétorqua Sarah, étonnée par tant de questions.
- Je vais faire semblant de ne pas me vexer, rétorqua Maelis.
- Bonne initiative, railla Sarah.
- Enfin bref, lui il t'aimait toujours ? demanda Roxanne en passant outre les commentaires sarcastiques de la Serpentard.
- Oui ! s'exclama Maelis, toute heureuse. »
Et Sarah recommença à jouer avec sa mèche de cheveux, sans relâches, pendant encore une demi-heure, puis toute l'heure que dura la conversation qui portait sur le couple Shaïla/Leo. A croire que les filles n'avaient que ce sujet de conversation… au moins, Mile ne lui parlait jamais de ses histoires d'amour étant donné qu'il n'en avait pas. Et entendre parler de ses déboires amoureux était toujours très drôle. Mile avait le don de se dégoter les filles les plus compliquées qui soient.
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Jeanne Delaware, si elle avait toujours été très active dans tout ce qu'elle entreprenait, se tuait à la tâche depuis désormais quelques semaines, faisant du bénévolat dans plusieurs organisations non-gouvernementales destinées à aider les enfants pauvres de République Centrafricaine et leur favoriser l'accès à l'éducation. Depuis un mois, elle travaillait en moyenne dix heures par jour, sans relâches, sans prendre aucun jour de congé, pas même le dimanche, et avait déjà fait un voyage en Afrique pour donner vêtements, matériels de travail et nourriture aux nécessiteux. Et un nouveau voyage était programmé, de six mois cette fois-ci, pour enseigner le français dans une école nouvellement construite à Kaga Bandoro. Le seul problème était que la vie n'était pas très sûre là-bas. C'est pourquoi l'ONG avait décidé de construire une école isolée, un internat qui hébergerait beaucoup d'enfants de tous âges qui venaient de la campagne et n'avaient pas les moyens de s'inscrire dans des écoles officielles.
Mais Jeanne était face à un dilemme. Si elle partait, elle ne verrait pas sa fille, ni pendant les vacances de Février, ni pendant celles de Pâques. Et c'était bien plus difficile que ce qu'on pouvait penser. Depuis la mort de son mari, Maelis, c'était toute sa vie. La grande demeure des Delaware était vide, elle qui, autrefois, était pleine de rires. Jeanne s'amaigrissait de jour en jour, mangeant peu, dormant peu, travaillant et se dépensant énormément. Elle avait perdu sa vie équilibrée, ne savait plus à quel saint se vouer mais… elle ne voulait pas que sa fille s'inquiète de sa santé. Oui, elle ferait mieux de partir. Prenant une pause de cinq minutes, elle sortit un parchemin, une plume, un petit pot d'encre, et commença à gratter le parchemin de sa plume humide d'encre. Elle mordilla un instant l'extrémité de la plume, réfléchissant à ce qu'elle pourrait dire. C'était un voyage humanitaire important, pour elle, pour son épanouissement personnel, et pour ces enfants qui, de l'autre côté de l'équateur, croupissaient dans des campagnes, ne s'épanouissaient pas, et survivaient au lieu de simplement vivre. Elle coucha sur le papier tout ce que ce voyage signifiait pour elle et, à peu près satisfaite, concluant sa lettre d'un « je t'aime, Maelis », elle saisit la chouette désignée à l'utilisation personnelle des bénévoles, accrocha sa lettre à la patte de celle-ci et, la tête posée sur la main, regarda le volatile s'éloigner au loin, jusqu'à ne plus rien voir. Enfin, elle détourna la tête et reprit ses comptes, fit imprimer des affiches à placarder partout dans la ville, pour recueillir de l'aide humaine et des fonds, s'occupa elle-même de placarder lesdites affiches et, enfin, plia bagages et retourna chez elles. Arrivée là-bas, elle se doucha, se coucha sans même avoir mangé, et resta là, allongée sur son lit vide, à comptabiliser les fissures du plafond, sans trouver le sommeil.
Demain, elle se lèverait, lasse et épuisée, au bord de l'effondrement et, en désespoir de cause, avalerait une fois encore des amphétamines, boirait trois grandes tasses de café serré et, déjà plus en forme, se rendrait au cabinet du bénévolat avant même que les sept heures aient sonnées.
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« Sarah ! Cria quelqu'un depuis l'autre bout du couloir, sa voix résonnant à l'avance de l'intonation de la personne qui avait quelque chose à demander.
- Oui ? répondit Sarah, se retournant pour parler à la personne qui l'avait interpellée.
- Est-ce que tu es très gentille ? interrogea mielleusement ladite personne.
- Maelis, ne tourne pas autour du pot ! soupira Sarah en levant les yeux au ciel.
- Est-ce que tu pourrais m'héberger pendant la première semaine des vacances de Février ? interrogea Maelis.
- Quoi ? s'exclama Sarah, ahurie.
- Ma mère part en voyage humanitaire, et je dois mendier chez les uns et les autres pour ne pas passer les vacances toute seule à Poudlard, expliqua Maelis.
- Je demanderai à mes parents mais normalement, il ne devrait pas y avoir de problèmes, répondit Sarah.
- Cool ! s'écria Maelis. Sarah, tu es super !
- Je sais, je sais, répondit Sarah avec une fausse modestie.
- Bon, bien, je te laisse, la prévint Maelis. Anthony m'attend ! C'est la Saint Valentin, chantonna la blondinette en sautillant en tous sens, rejoignant son petit-ami à leur lieu de rendez-vous. »
Sarah leva les yeux au ciel en la voyant s'en aller, stupéfaite par tant d'enthousiasme pour une fête aussi ridicule. Soit. Et, comble de désespoir, c'est à ce moment-là qu'elle vit Stephen Ziou, son soupirant, s'avancer vers elle, les joues rougies par le stress. C'était de très mauvais augure…
« Sarah ! L'interpella-t-il.
- Oh mince ! s'écria cette dernière, angoissée. Je dois y aller, dit-elle en tournant les talons.
- Mais… pourquoi ? interrogea Stephen.
- J'ai… laissé ma casserole sur le feu et ça va déborder ! mentit-elle gauchement en détalant illico presto. »
Pour toute réponse, Stephen lui jeta un regard énamouré. Et en plus, elle savait cuisiner !
Tout en courant le plus vite possible, Sarah songea que, aujourd'hui, elle ferait peut-être bien mieux de rester cachée dans son dortoir. Il y avait là-bas une douche, ce qui était parfait pour se relaxer en chantant, quelques livres pour se cultiver un peu, des devoirs en cas d'ennui mortel et des sucreries pour se gâter les dents ! Mais que demander de plus ? Malheureusement, Sarah ne sut respecter son programme car, trop affamée, elle redescendit les escaliers de son dortoir pour le repas du midi. Elle avait mangé toutes ses réserves, toutes celles de Jane, de Sasha, et même de Hannah – qui lui en voudrait sûrement beaucoup, d'ailleurs – mais rien à faire, elle avait encore faim. De plus, même si la décoration était trop rose à son goût et que la nourriture était bien trop sucrée et mièvre, les Elfes de Maison faisaient toujours des efforts pour concocter des repas toujours plus délicieux. Dans le Grande Salle, des grandes banderoles roses en forme de cœurs étaient suspendues d'un bout à l'autre, des nappes rouges étaient posées sur les quatre tables, des petits anges volaient en tous sens pour déclamer des poèmes aux élèves de la part de leur prétendant, et des petits cœurs tombaient en confetti du plafond. Mais, surtout, une masse incalculable d'élèves se tenaient amoureusement la main et s'embrassaient à pleine bouche. Bon. Rien que voir les couples et la décoration lui avait coupé l'appétit. Cependant, alors qu'elle allait détaler en courant, elle vit Roxanne, à la table des Gryffondors, lui faire signe de la rejoindre. Elle, au moins, était seule et serait une bonne camarade de critiques. Sarah s'assit à côté de la rousse et se servit une portion de pattes à la bolognaise. Apparemment, les élèves étaient très inspirés par le dessin animé « La belle et le clochard », comme le démontrait ce couple, plus loin, qui déplaçaient amoureusement les boulettes de viande en direction de leur partenaire, les poussant à l'aide de leurs… nez ?! Sarah frissonna de dégoût et, sans plus faire attention à ce qu'il se passait autour d'elle, piqua dans son assiette et commença à se sustenter.
« Qu'est-ce qu'ils sont ridicules, commenta à raison Roxanne, grimaçant une moue dégoûtée.
- Il est vraiment nécessaire de te rappeler que tu faisais exactement la même l'année dernière avec ton chéri d'amour ? rétorqua Sarah.
- Touchée, grimaça Roxanne. »
Puis la Gryffondor lança un regard éloquent audit chéri d'amour qui, à quelques places d'elle, bécotait tendrement une fille de Serdaigle. Une ombre passa dans ses yeux et une sonnerie d'alerte s'enclencha dans l'esprit de Sarah « attention ! Danger ! Détourner l'attention immédiatement ! »
« Mais je dois admettre que cette année, c'est vraiment pas supportable ! concéda Sarah.
- Oui, renchérit Roxanne. Même Maelis et Shaïla s'y mettent en plus !
- M'en parle pas, grimaça Sarah. Autant j'ai vraiment confiance en Leo, bien que je trouve le pari qu'il a fait avec Shaïla absolument stupide, autant Anthony…
- Ouais, il ne m'inspire pas confiance, professa Roxanne.
- Ce n'est pas ce que tu disais… hier, chantonna innocemment Sarah.
- J'ai ce qui s'appelle de la diplomatie, espèce d'idiote ! rétorqua vertement Roxanne.
- On ne me la fait pas à moi, railla Sarah. Tu trouves ça très mignon. Avoue ! »
Avant que Roxanne n'ait pu démentir, les angelots grognons se précipitèrent vers la table des professeurs et, s'alignant en rang devant la directrice, entonnèrent une chanson endiablée en remuant leurs petits corps de gauche à droite lascivement :
« Madame la directrice on vous aime,
D'un amour inconditionnel
Votre simple vue nous remplit de bonheur
Et dès lors notre journée est la plus belle du monde.
Vos rides qui pendent sur vos joues creuses,
Font de vous un vrai canon de beauté
Votre chignon strict et vos cheveux blancs,
Nous rappellent que le temps nous est compté.
Vous êtes vieille et laide, sûrement même sénile,
Mais nous, on vous aime comme vous êtes,
Ménopausée depuis des siècles,
Les hormones à ébullition et, en cet instant même,
Toute prête à crier notre nom !
Et puis votre corps tombant,
Et rempli de cellulite,
Hante nos rêves les plus poignants,
On en espère juste une suite
Le matin en se réveillant.
Vous avez les lèvres tellement pincées,
Que c'est à se demander,
Si dans le derrière un balai,
Vous ne vous êtes pas enfoncé. »
Nul ne sut si les angelots avaient pour ambition de continuer ainsi car, d'un coup de baguette très sec, ils furent tous métamorphosés en théière, tasses et petites cuillères pour mélanger. Sous le choc devant tant de violence, les élèves ouvrirent de grands yeux ébahis et, se remettant doucement, se mirent à exploser bruyamment de rire. La directrice, pour sa part, n'avait pas du tout envie de rire et s'était levée, scrutant la Grande Salle derrière ses lunettes et cherchant le ou les coupable(s). Tout le monde, la directrice inclue, connaissait les responsables, et eux-mêmes ne s'en cachaient pas, riant sous cape. Ils feignaient tout de même l'innocence car cet acte leur vaudrait certaines heures de colle fort peu agréables en compagnie de Rusard. La directrice, les vrillant d'un regard d'une intensité colérique très élevée, finit par se rassoir, ne pouvant pas les accuser sans preuves. Il suffirait qu'ils placent un mot plus haut que l'autre et elle tiendrait sa vengeance ! Sales mômes !
Sarah, depuis la table des Gryffondors, jetait à James Potter des regards songeurs. Il était vraiment ridicule, là, tenant la main d'une fille de sixième année, nulle autre que Ferby Stevenson, la fille dont Sarah avait fait la connaissance à la rentrée des vacances. L'amie de Ferby, Kate Finch-Fletchey, s'était assise en face des deux tourtereaux et, remarquant l'air profondément dégoûté de Sarah, lui renvoya un regard éloquent. Sarah n'en revenait pas. Ferby avait eu l'air si rationnel… Un discret mouvement de baguette plus tard, une substance poudreuse et marron tomba en masse sur la cuillère pleine de Potter qui, sans s'en rendre compte, l'enfourna dans sa bouche. Quelques secondes plus tard, il recracha l'intégralité de sa bouchée dans son assiette, sous le regard dégoûté de ses camarades.
« Tu es étrangère à tout ça, n'est-ce pas ? Ironisa Roxanne en levant les yeux au ciel.
- Comment t'as su ? mentit Sarah.
- Et ton extrême intelligence aura analysé la substance pas vrai ? railla la Gryffondor.
- Eh bien oui, révéla Sarah. Potter n'a pas l'air de bien supporter la cannelle, étonnamment. Il a même eu l'air de s'étouffer avec, c'est fou !
- De la cannelle, répéta Roxanne, l'air ahuri. Complètement cinglée, marmonna-t-elle en faisant un geste de la main qui reflétait bien ses paroles. »
Pendant ce temps d'inattention, un visiteur impromptu s'était approché de la tablée, avançant dangereusement en direction de Sarah. Avant que Roxanne n'ait pu lui faire un signe pour la prévenir, Sarah sentit une main tapoter son épaule, lui intimant de se retourner. Elle se retourna donc et c'est horrifiée qu'elle reconnut Stephen. Son visage était rouge de gêne et d'appréhension. Morgane ! Sarah hésita à trouver une excuse, puis elle vit le regard de Roxanne qui signifiait : dis-lui maintenant, le pauvre !
« Est-ce que je peux te parler ? Bégaya le Serdaigle.
Si tu veux, accepta à contrecœur Sarah, se levant à sa suite. »
Tout en avançant en direction de la porte de la Grande Salle, elle jeta autour d'elle des regards désespérés. Elle croisa le regard de Potter, qui leva le pouce en haut, l'air de dire : t'inquiète c'est un beau gosse, tu devrais accepter ! Elle lui fit un doigt d'honneur pour toute réponse et, enfin, les portes se refermèrent sur elle. Elle suivit Stephen quelques couloirs plus loin et se plaça face à lui quand il s'arrêta.
« Tu voulais me dire ? demanda-t-elle avec appréhension.
- Est-ce que tu voudrais… balbutia-t-il.
- Continue, l'incita Sarah.
- Je t'aime, avoua Stephen en adoptant une jolie teinte tomate.
- Euh… marmonna Sarah, profondément gênée.
- Et je me demandais si tu voulais sortir avec moi, demanda-t-il enfin.
- Stephen… hésita Sarah. Nous sommes amis, tu sais, commença-t-elle avec difficulté. Et j'aimerais autant qu'on le reste, conclut-elle finalement. »
Elle leva le regard, qu'elle avait jusqu'alors fixé sur ses pieds, et les plongea dans les yeux de son prétendant. Ils étaient recouverts de nuages sombres, teintés de chagrin et de douleur. Ne pouvant supporter cette vision, elle recommença à fixer ses chaussures qui, décidément, avaient beaucoup de charme. C'étaient des bottines en cuir noir, avec des talons de quelques centimètres. Et puis, les lacets noirs leur donnaient un attrait tout particulier et…
« Je vois, parvint finalement à articuler Stephen. Je crois que je vais m'en aller, dit-il.
- Stephen… marmonna Sarah pour le faire rester.
- Quoi ? interrogea-t-il.
- Nous sommes toujours amis, non ? demanda-t-elle, presque suppliante.
- Peut-être après, Sarah. Mais là c'est trop dur, refusa Stephen. »
Et sur ces mots, il s'en fut, laissant là Sarah, troublée par ce qui venait de se passer. Elle n'aurait jamais cru que lui refuser ce qu'il demandait pourrait la troubler autant. Il ne semblait pas prêt à entretenir avec elle des rapports strictement amicaux et c'était désolant. C'était décidé, à la prochaine Saint Valentin, elle ferait des provisions énormes et resterait dans son dortoir toute la journée. Pour ne plus faire de mal à personne.
Et, alors qu'elle émergeait à peine de ses pensées dépressives, elle vit Maelis et Anthony passer dans le couloir le plus proche, main dans la main, riant aux éclats. C'était officiel, elle raterait le spectacle l'an prochain, non mais !
ooo
Voilà j'ai fini. Comme toujours, je ne promets rien pour les éventuelles fautes d'orthographe ( je sais qu'il y en a… ^^ ) et je vous souhaite une très bonne journée/soirée.
Bisous !
PS : après vérification, je me suis rendue compte que tous les tirets avaient disparu. J'y ai donc remédié et j'en ai profité pour corriger les fautes d'orthographe qui me passaient sous la main.
