Chapitre 3
Il était cinq heures. Un calme étrange régnait dans l'obscurité des couloirs déserts.
Bellatrix avait cru, à tort, que le départ de Narcissa l'aurait apaisée. Au contraire, elle sentait monter en elle une crainte irraisonnée. Depuis 3mois qu'elle était entrée à Poudlard, Bellatrix était accoutumée aux dizaines d'étudiants, qui vivaient là d'ordinaire privée de ses habitants la grande bâtisse semblait très vaste – quelques étages sous terre pour les dortoirs de la maison Serpentard, sept autres étages au-dessus _ partie visible de l'iceberg et des ailes de corridors labyrinthiques, où elle avait du mal à se repérer en l'absence de visages connus.
Plus troublant encore, tous les couloirs se ressemblaient quand les chambres étaient fermées. Comment l'atmosphère pouvait-elle lui paraître si peu familière ? Comme si la maison, en temps habituel, s'imprégnait de la vitalité des autres. Mais à présent, Poudlard était à l'abandon.
Aucune chambre n'avait de fenêtre, les dortoirs étant enfoui sous terre, dans les combles du château… A Serpentard , mieux valait ne pas être claustrophobe. Et même si elle ne pouvait pas voir le temps qu'il faisait, il lui semblait que le vieux château, à la merci des éléments, avait perdu son enveloppe protectrice. Le long des murs, un vent glacial s'infiltrait dans les minuscules fissures, des courants d'air sinueux se glissaient entre les lattes de parquet, la pluie s'était remise à tomber de plus belle, sous de nouvelles rafales de vent et l'édifice tout entier oscillait, gémissant sous ses fondations.
Bellatrix venait de se rappeler que la salle de bains commune se situait à l'autre extrémité du couloir. Il lui faudrait quitter sa chambre au milieu de la nuit, alors que n'importe qui pouvait être tapi dans l'ombre, à l'affût d'étudiantes solitaires, assez bêtes pour ne pas être rentrées chez elles pour le week-end. Elle aurait beau hurler de toutes ses forces, personne ne l'entendrait.
Calme-toi un peu, espèce d'idiote, se dit-elle. Vas-y tout de suite au lieu de te faire des films.
Elle sortit sur le palier plongé dans le noir et jeta un coup d'œil aux portes fermées, derrière lesquelles se dressaient les chambres muettes. Elle prit une inspiration, puis remonta le couloir jusqu'à la salle de bains. Elle entra et s'arrêta net, le souffle coupé. Quelqu'un d'autre était déjà là.
Une fille mince aux cheveux bruns lissés, se tenait penchée au-dessus d'un lavabo devant le long miroir horizontal. Les lèvres pincées, elle s'appliquait à souligner de khôl ses yeux pourtant déjà très maquillés. Son chemisier de dentelle déchiré et sa courte jupe laissaient entrevoir un piercing au nombril ainsi que quelques tatouages placés à des endroits stratégiques. Un bracelet de corde rouge s'effilochait autour de son poigne.
D'après ce qu'elle savait, la fille s'appelait Mary Marlowe, mais ici tout le monde l'appelait Mimi. Elle vivait au même étage qu'elle, de l'autre côté du couloir. Le teint pâle et l'air blasé, on aurait pu la prendre pour une droguée, mais il y avait des ses yeux une curieuse étincelle de défi – du genre « Je vous emmerde tous ». Depuis la rentrée, Bellatrix avait aperçu un nombre incalculable de garçons entrer et sortir de sa chambre, à toute heure du jour et de la nuit – rarement le même deux fois d'affilée.
Sans quitter le miroir des yeux, Mary lui lança un regard de biais.
_ Génial, ces vacances… fit-elle observer.
Bellatrix envia la vivacité que cette fille dégageait, mais pour une fois, une émotion inattendue l'emporta sur sa jalousie – le désir impulsif de se rapprocher d'elle. Debout devant les casiers, indécise, elle s'apprêtait à lui demander si elle aussi restait là pour le week-end, quand soudain quelqu'un parla juste derrière elle.
_ Tu t'amènes ou quoi ?
Bellatrix sursauta, pivota et vit un jeune homme à la mine renfrognée et aux cheveux teints en noir, vêtu d'une veste en cuir, avachi contre le chambranle de la porte. Mary esquissa un sourire ambigu, coinça son crayon de maquillage derrière une oreille et passa avec nonchalance devant Bellatrix en roulant des hanches. Elle s'éclipsa en compagnie du garçon, en direction des escaliers.
Un long moment, Bellatrix ne put détacher ses yeux de son reflet dans le miroir. Cheveux sombres, yeux sombres, vêtements sombres… Le noir total. La lumière crue des néons bourdonnait au-dessus d'elle. De l'autre côté de la cloison carrelée, un robinet de douche gouttait.
Elle tendit le bras et plaqua la main sur le miroir pour ne plus voir son visage.
