Tous les quatre se faufilaient dans le dédale des tentures de serpentard. Ils avaient refermé le livre, et l'avaient déposé sur le canapé où Tom s'était allongé, avec la plume et l'encrier .

Devoir remonter tous ensemble vers leurs chambres, baguette allumée à la main, avait quelque chose d'un peu décevant. La lueur pâle les désorientait, et ils durent trouver la rampe de l'escalier à tâtons. Quand il faisait jour, Bellatrix n'avait jamais remarqué que les marches grinçaient autant. Personne ne pipait mot. Ils avaient laissé le journal de Tom sur le canapé, comme s'ils n'y avaient pas touché. Après avoir si proches les uns des autres, on aurait dit qu'ils étaient à nouveau des étrangers. Comme si on avait honte… Pourtant elle mourrait d'envie d'interroger ses compagnons, savoir ce qu'ils pensaient de l'étrange garçon, de voir si l'un d'eux était prêt à admettre que le garçon cachait bien quelque chose. Suis-je la seule à l'avoir ressenti ce soir, ce regard de tueur posé sur moi ? Elle rougit, soudain méfiante. Sont-ils tous dans le coup, en train de me faire marcher ?

Etait-elle tombée dans un piège horrible et humiliant ? A la lueur de leur baguette, Bellatrix entrevit les traits épais et grossiers de Lucius et détourna vivement la tête pour dissimuler son trouble. Alors qu'ils arrivèrent sur le palier du second étage des dortoirs de serpentard, Severus fit halte, sur le point de parler, mais le devança.

_ Bien. Jeunes filles, je déteste dormir tout seul le week-end. Qu'en dis-tu, Marlowe ? suggéra-t-il en s'étirant.

_ Après mademoiselle Pimbêche, tu saurais pas t'y prendre avec moi, répondit Mary du tac au tac, tout en esquivant le bras qu'il essayait de passer autour de sa taille.

_ Je parie que ça ferait pas de mal à Severus d'être un peu malmené, rétorqua-t-il avec aigreur.

Severus baissa promptement la tête et s'éloigna à petits pas dans le couloir qui menait à l'aile réservée aux garçons.

_ Bon sang, t'es vraiment un sale con, s'enflamma Mary.

_ Tu veux qu'il revienne ? Je peux t'arranger ça, à tarif réduit….

De rage, Mary lui gifla la joue. L'espace d'un bref instant, tout parut se figer. Mais une fraction de seconde plus tard, le garçon, déjà revenu de sa stupeur, lui attrapa le bras il plaqua la jeune fille contre le mur, collant son corps contre le sien. Les yeux de Mary étincelaient de colère. La tension sexuelle entre eux était palpable. Clouée sur place contre le mur d'en face, Bellatrix se faisait toute petite.

_ T'en vaux pas le coup, dit Lucius en souriant lentement, avant de reculer et de relâcher Mary.

_ T'en sauras jamais rien, lui lança-t-elle avec hargne tandis qu'il s'éloignait d'un pas nonchalant vers l'aile des garçons.

Elle fit volte-face et ouvrit à toute volée la porte de l'aile des filles, sans adresser la parole à Bellatrix. Celle-ci resta quelques secondes à l'intersection des deux couloirs, puis se résolut à suivre Mary. Elle s'arrêta subitement, le cœur battant.

Une lumière flottait dans l'obscurité, devant elle.

Elle en eut le souffle coupé, puis se rendit compte que c'était sa propre baguette éclairée qui se réfléchissait dans le miroir accroché au fond du corridor. Elle se retourna et aperçut Mary qui l'attendait, appuyée contre le mur, et qui l'observait de biais, le visage baigné par la lumière de sa baguette.

_ Tu veux dormir avec moi ? demanda celle-ci à brûle-pourpoint.

Bellatrix, prise au dépourvu, se sentit à nouveau emportée par un sentiment proche de la paranoïa. Cela fait-il parti de leur jeu ? Attirer Bellatrix dans sa chambre et attendre qu'elle s'endorme pour lui flanquer la trouille ? La jeune se rappela soudain la sensation électrisante du livre sous ses doigts quel que fut le sale tour que Mary aurait l'intention de lui jouer, cela ne pouvait être pire que de passer la nuit seule…

_ OK, répondit-elle avec un bref hochement de tête.

Mary s'engagea dans le long couloir et Bellatrix lui emboîta le pas, jusqu'à une porte avec… une fenêtre ? Bellatrix, interloquée, examina de plus près la porte, décorée d'une peinture en trompe l'œil : une fenêtre qui s'ouvrait sur un paysage boisé, une cascade vertigineuse sous une petite lune. Intéressant… Nous sommes tous tellement plus intéressants que nous en avons l'air à première vue.

Mary ouvrit la porte pour Bellatrix, qui franchit le seuil la première. Elle en oublia un instant ses soupçons et contempla le surprenant décor : des lits jumeaux, rapprochés pour en former un seul, spacieux et confortable, des miroirs dans des cadres d'étain, un paravent de bois sculpté. Mais ce ne fût pas ce qui retint l'attention de Bellatrix la chambre avait l'air inondé. Au sol, quelques flaques d'eau rampaient sur le parquet entre les livres ouverts et parcouraient la pièce comme bon leur semblait, dans des bruits de clapotis. Dans un coin de la pièce, une gouttière connaissait une fuite d'eau. Les murs, quant à eux, étaient bleutés comme plongés sous des flots capricieux, et de temps en temps une bulle remontait le long du mur. Enfin le plafond n'était qu'un entrelacs de fils luminescents, qui faisaient penser au fond d'une piscine placée sous le soleil.

Bellatrix se retint de rire devant ce décor saugrenu.

_ T'as une chambre individuelle ? demanda-t-elle à Mary, qui la détaillait avec attention.

_ Personne semble tenir à cohabiter avec moi, c'est comme ça, répondit l'autre jeune fille d'un air faussement innocent.

Elle fit un grand sourire à Bellatrix, lui lança un tee-shirt pour dormir, puis ôta son pull effiloché et son caraco avec des gestes volontairement affectés, révélant un tatouage sous le sein gauche. Elle se tourna pour s'étudier dans le miroir de la commode et, sans lâcher sa camarade des yeux, laissa ses mains glisser le long de ses hanches.

Bon sang, tous les prétextes sont bons pour te donner en spectacle, pas vrai ? songea Bellatrix. Il y avait de l'électricité dans l'air, une tension palpable. Avec irritation, elle se dirigea vers le lit et laissa trainer ses doigts sur la table de chevet. Si je comprends bien, on ne va pas parler de ce qui s'est passé ce soir ? Elle plaça sa baguette sur la table de chevet, quand elle vit des lunettes rondes aux verres épais et dont les branches étaient soigneusement repliées sur elle-même.

_ Tu portes des lunettes ? demanda-t-elle surprise, en défaisant la fermeture éclair de sa jupe.

Mary ouvrit de grands yeux, comme si elle était prise sur le fait. Bellatrix enleva sa jupe, et le flacon de potion tomba de sa poche, puis roula bruyamment sur le sol. Embarrassée, elle se pencha pour le récupérer, mais Mary, qui l'avait devancée, jeta un coup d'œil expert à la potion.

_ Tu comptais en prendre beaucoup ? Le flacon entier ou juste assez pour faire l'intéressante ?

Mais Bellatrix lui attrapa le poignet et le retint si fermement que Mary étouffa un hoquet de surprise.

_ J'ai pas l'intention de te le dire. Le livre, c'est toi qui écrivais dedans, pas vrai ?

_ J'aurais juré que c'était toi, ma chérie, répondit Mary, les sourcils arqués, un léger sourire aux lèvres.

Elles s'observèrent un long moment. Bellatrix se sentit soudain frissonnante.

_ Tiens tiens. Ca pourrait devenir palpitant, non ? fit remarquer Mary, les yeux pétillants.

Elle grimpa dans le lit, laissant entrevoir de longues jambes nues, et se blottit sous les couvertures. Bellatrix s'assit sur l'autre bord, l'esprit troublé et pourtant curieusement exalté. Mary ouvrit le flacon de Narcissa et avala une gorgée, avant de l'offrir à Bellatrix, qui fit non de la tête. Elles se coulèrent bien au fond du lit, le sommeil les emportait, quand Bellatrix ne put s'empêcher de demander :

_ Dis, pourquoi de l'eau dans une chambre ?

_ Je sais pas, marmonna-t-elle prête à divaguer. Peut-être que ça me rappelle mes larmes, ajouta-t-elle très bas.

La suite n'était que murmures, si bien que Bellatrix pensa avoir mal compris.

_ Si je pouvais rentrer dans un tuyau et m'enfermer dedans pour pleurer et ressortir que pour rameuter les beaux garçons, ce serait le pied.


VOTE !

Votre avis m'intéresse! Au vu de vos réactions, j'ai remarqué que vous aviez l'air plutôt intéressé par la montée des mangemorts, donc j'ai une question à vous poser pour donner une suite à cette fic qui vous plaît.

Vous avez envie de passer directement à la création des mangemorts OU ALORS Tom Jedusor nous montre qu'il est méchant et nous embarque dans les scènes effrayantes promises ?

Sachant que dans la deuxième proposition, l'organisation des mangemorts se fait aussi mais de manière detournée, avant leur montée en puissance. Je ne vous cache pas, que j'étais partie sur cette idée-là, mais c'est votre avis qui compte ;) Alors dîtes-moi.

A + les loulous. Anthracite