Bonjour à tous et à toutes! Je tenais à vous remercier pour vos réponses au vote. La réponse 2 gagne ! Alors voici un bon gros chapitres,rien que pour vous, pour l'instant le plus long de la fic. Un grand merci aussi à tous ceux qui ajoutent cette histoire en favoris ou en alerte !
Bonne lecture !
CHAPITRE 9
Dans la chambre de Mary, les filles dormaient comme des souches, chacune d'un côté du vaste lit. Mais il y avait autre chose, qui veillait. Les ténèbres semblaient respirer…
Bellatrix remua, les sourcils froncés… puis ouvrit les paupières. Dans l'ombre, au pied du lit, un jeune homme au visage blême l'observait de ses yeux noirs et cernés, insondables…
Bellatrix se réveilla en sursaut, le cœur battant à tout rompre, et dirigea aussitôt ses yeux vers le bout du lit.
Personne.
Elle respira lentement, s'assit et regarda tout autour d'elle. Elle avait encore la chair de poule, mais il n'y avait aucun intrus dans la chambre. Forcément, se reprocha-t-elle. Que croyais-tu trouver ?
Un réveil éclairait légèrement la pièce et indiquait qu'il était 14h02. Elle jeta un coup d'œil vers Mary, qui dormait d'un sommeil de plomb. La soirée de la veille lui revint en mémoire, un tourbillon d'images et d'émotions insolites : le sentiment de crainte devant son préfet, la sensation de fourmillement dans ses doigts sur le journal mais aussi la promesse de quelque chose d'énigmatique, de fougueux, presque à portée de main. Elle se sentait à la fois excitée et vivante. Pour la première fois depuis une éternité, elle avait du mal à contenir son impatience à l'idée de ce qui allait peut-être survenir. Elle se redressa, réprimant une envie de rire, prit une profonde inspiration et sortit du lit en se faisant aussi discrète que possible.
Habillée, peignée tant bien que mal, Bellatrix sortit à pas furtifs, referma doucement la porte derrière elle en serrant dans sa main une tasse décorée d'un serpent enroulé sur lui-même qui ronflait et qu'elle avait trouvé sur l'étagère de Mary. Elle scruta le bout du couloir, où les plafonniers ne fonctionnaient toujours pas les portes étaient closes et le corridor semblait aussi humide et froide qu'au milieu de la nuit. Elle attendit que ses yeux s'habituent à l'obscurité, puis rejoignit l'escalier qui remontait vers le rez-de-chaussée.
Le petit coin cuisine était lui aussi plongé dans la pénombre. Bellatrix entra dans la pièce – et se figea net. Quelqu'un se tenait près du plan de travail. Elle reconnut la silhouette souple de Tom avant même qu'il se retourne, une cafetière en pyrex à la main. En la voyant, le visage du garçon s'éclaira un peu.
_ Oh, salut, dit-il en lui offrant la cafetière.
L'attitude de Tom ne traduisait rien de la tension d'hier soir. Comme si tout ça n'était jamais arrivé. Le jeune fille décida de jouer le jeu.
_ Comment t'as fait pour le chauffer ? demanda Bellatrix, réellement intriguée.
_ Quand il est question de café, rien ni personne ne peut m'arrêter, dit-il en faisant jaillir de petites étincelles du bout de sa baguette de sa main libre.
Bellatrix se rapprocha de lui et tendit sa tasse il la servit puis la regarda à nouveau.
_ Vous vous êtes bien amusé hier soir ? lui demanda-t-il d'une voix chargée d'ironie.
_ On est allé se coucher juste après ton départ, mentit-elle.
Mieux valait qu'il n'apprenne jamais ce qu'ils avaient fait la veille.
Pris au dépourvu, Tom se mit à rire, et elle en éprouva une bouffée de plaisir. Rassurée.
_ Autant pour moi ! dit-il.
Leurs yeux se croisèrent une fois encore – un échange intense, inattendu. Toute remuée, Bellatrix détourna le visage et avala très vite une gorgée de café qui lui brûla le palais.
Le même frisson d'attirance persistait eux quand ils descendirent l'escalier principal, un peu troublés. Ne sachant comment parler des évènements de la nuit précédente à Monsieur Propriétaire du fameux journal, Bellatrix ne pipait mot, mais se rendit que Tom l'observait en silence. Ils titubèrent légèrement l'un contre l'autre et eurent l'impression qu'un courant les avait traversés. Bellatrix s'écarta de lui et parla avec une brusquerie qu'elle mit sur le compte de la caféine et de sa nervosité.
_ C'est quoi, ta matière principale ?
_ Défense contre les forces du Mal… ça se voit pas ? dit-il en lui décochant un sourire. Et toi ?
_ J'ai pas encore choisie, répondit-elle, plus détendue. Ça se voit pas ? ajouta-t-elle sans réfléchir.
Cette fois, Tom ne rit pas, mais lui lança un coup d'œil amusé. Elle dut à nouveau baisser les yeux. En bas des marches, ils traversèrent le vestibule de Serpentard Bellatrix ne s'était pas rendu compte de la direction qu'ils avaient prise, mais leur pas les menaient vers les dortoirs, et pour cela, inévitablement il fallait passer devant la salle commune. Sur le seuil de la porte en arcade, ils s'arrêtèrent, et Bellatrix sentit l'air lui manquer au souvenir de la veille.
Quand elle se retourna, Tom avait disparu dans les couloirs.
Bellatrix était retournée dans les hauteurs de l'école. Trop troublée, pour pouvoir retourner dans les profondeurs des dortoirs de Serpentard. Apeurée, tu veux dire. Dans son élan, la jeune fille avait grimpé la volée de marches qui menait jusqu'au rez-de-chaussée, puis d'autres escaliers et finalement elle s'était retrouvée, par hasard, appuyée sur la rambarde en haut d'une des tours du château.
Devant elle, la pluie se déversait, monotone, et de petits lacs se formaient sur les pelouses qui entouraient les vieilles bâtisses. Sous les arbres aux branches courbées, des ruisseaux de boue envahissaient les sentiers. Le givre se posait sur le sol comme un silence sur le monde.
Tandis que les courants d'air glacés agitaient ses cheveux, Bellatrix réfléchissait à beaucoup de choses. A Tom, inévitablement, ce mystérieux garçon qu'elle n'arrivait pas à cerner. Mais au journal aussi qui répondait aux questions qu'elle posait,… et à la magie noire débordante que le livre dégageait. Enfin, à la chambre des Secrets qu'on avait récemment ouverte. Mais elle se disait aussi que tout ceci pouvait aussi être une farce, une mise en scène bien préparée et il était très possible que Tom ait décidé de leur jouer un tour. Aussitôt une pensée lui vint subitement en tête. Et si Tom avait tenté une expérience ? Une sorte de test… sur ceux de sa maison ? Pour savoir si on était digne d'être à Serpentard. Elle frissonna et serra ses bras autour d'elle. C'est pourtant ce que tu veux, pas vrai ? Tu aimerais que Tom fasse tout cela pour de vrai.
Elle se concentra alors sur les plans de Poudlard cherchant où la Chambre des Secrets pourrait être établie. Personne ne l'avait jamais trouvé dans Poudlard. Pourtant, aux dires de Jedusor, la Chambre existait bel et bien. Celle-ci resterait donc tapie quelque part dans les combles du château. Savoir que la chambre existait, permettrait de savoir si le garçon disait la vérité. Sur cette nouvelle perspective, Bellatrix décida qu'elle irait poser directement la question sur le lieu au journal de Tom, en espérant que ce dernier ne l'ait pas déjà reprit. Pour cela, elle devrait faire vite. Le temps était compté.
Elle retourna à l'intérieur avant que le froid poignant ne lui paralyse les muscles et ne l'empêche de marcher.
Il faisait froid dans le salon vide où personne n'avait remis les pieds depuis hier soir. Assise dans le renfoncement d'un fauteuil, Bellatrix avait posé un livre sur ses genoux, sans pourtant travailler. Son regard divaguait entre le bouquin sur ses genoux et le journal de Jedusor juste en face. Malgré toute sa bonne volonté, elle n'arrivait pas à se résigner à s'introduire à nouveau dans les affaires privées du Préfet. La peur l'en empêchait. Elle reposa ses yeux sur la phrase du bouquin qu'elle lisait et relisait depuis une heure, sans savoir de quoi ça parlait. Déprimée, elle se blottit un peu plus dans le renfoncement du fauteuil. Les fondations du château gémissaient autour d'elle, et elle sentait le vent glacé de l'hiver qui tentait de s'infiltrer dans la maison.
Elle soupira, car Tom pouvait revenir d'un instant à l'autre en découvrant l'absence de son journal dans sa chambre et mettre ainsi fin à ses intentions. Bellatrix s'obligea à se relever, et enfin s'avança prudemment en direction du livre relié de cuir qui reposait tranquillement sur le vieux canapé défoncé, comme si, patiemment, il n'attendait qu'une chose : qu'elle le prenne.
Elle resta clouée sur place, la gorge nouée. Elle observait le livre noir, d'un air méfiant, le défiant presque du regard - vous savez comme dans les films de western où les cow-boy se jaugent du regard, prêts à dégainer. Dès qu'elle l'effleura, elle ressentit un léger picotement, identique à celui qu'elle avait éprouvé la veille. Elle l'ouvrit, et en un éclair sut soudain qu'elle était sur le bon chemin. Bellatrix regarda sous ses doigts, les pages se déployer fièrement.
Assise à la même petite table que la veille, Bellatrix trempa la plume dans l'encrier et demanda où se trouvait la Chambre des Secrets. A son plus grand étonnement, le livre lui répondit.
AU DEUXIEME ETAGE
Bellatrix écarquilla les yeux, tandis que le livre annonçait la suite en quelques mouvements narquois.
DANS LES
TOILETTES DES FILLES
Bellatrix fronça les sourcils. Elle connaissait bien les toilettes des filles du second étage, il n'y avait jamais eu de Chambre des Secrets là-bas. Elle pensa que le livre se jouait d'elle. Toutefois, elle demanda comment on y entrait. Dans le livre, des lettres se tracèrent avec soin. Puis avec détermination, un mot se dessina. Une combinaison à ce point énigmatique, que Bellatrix secoua la tête de dépit.
RACHASASIENN
Une pointe de déception s'enfouit au fond d'elle. Elle se vit soudain de l'extérieur, comme si elle quittait son propre corps. Elle vit une jeune fille désespérée, au point de discuter avec un livre. Pathétique. T'es bonne pour l'asile, ma pauvre. Puis de rage, se rappelant les paroles de Tom, elle comprit que le garçon les avait trompés. Alors furieuse, Bellatrix rentra dans le jeu du livre et le provoqua en alignant question sur question.
Pourquoi Tom avait-il ouvert la Chambre des Secrets ?
Que cache-t-il ? D'où vient la colère de Tom ? Que lui est-il arrivé pendant toutes ces années ? Pourquoi ne met-il pas fin à tant d'horreur et à l'inquiétude des élèves en refermant la Chambre une bonne fois pour toutes ?
Lorsque les questions eurent finies de s'imprégner au cœur du livre, les pages tressautèrent et se froissèrent entre elles.
Soudain, les deux pages qu'elle avait sous les yeux se couvrirent d'encre. Des pages entières gravées d'écritures avec l'encre la plus noire qu'elle n'ait jamais vu. Une écriture très penchée et vive. Parfois apparaissait en travers des pages, des mots en grand dont les larges lettres s'étalaient par-dessus l'écriture fine et penchée, puis disparaissaient sans prévenir.
C'est ce qu'il y a de pire en moi. Le besoin de tuer. La chasse. La soif. Le plaisir qui en ressort. J'étais pas fait pour être mauvais…
Arrivée devant la chambre de Mary, Bellatrix cogna à la porte en trompe l'œil, qui mit une éternité à s'ouvrir devant la jeune fille, seulement vêtue d'un caraco et d'un bikini. Ses yeux charbonneux étaient à peine ouverts. Elle semblait morte de fatigue.
Bellatrix, rouge d'excitation, lui tendit le journal.
_ Regarde !
Sur la couverture de cuir, les lettres d'or brillaient plus que jamais :
Tom Marvolo Riddle
Mary, les paupières plissées, examina l'ouvrage que sa camarade avait ouvert sur les nombreuses écritures noires qui relataient la vie du Propriétaire du journal.
_ Oh, j'y crois pas, s'exclama Mary dans un souffle, la voix vibrante d'admiration.
Bellatrix résuma ce qu'elle avait lu entre les lignes.
_ Tom y écrit que l'ombre est son amie, la nuit son domaine. Il a admit que des pulsions le poussaient à tuer, mais que le crime originel était sublimé par le bruit de la fuite de ses victimes. Mais Tom a toujours peur. La peur devient paranoïa. Et la paranoïa devient psychose.
Mary entrouvrit la bouche, sans un mot. Electrisées, les jeunes filles se dévisagèrent un instant, puis allèrent s'agenouiller devant le lit de Mary elles posèrent l'ouvrage sur le couvre-lit et le consultèrent page après page, avides d'en apprendre davantage. Une phrase troublante attira leur attention : «J'ai dompté le monstre de la Chambre des Secrets, car je suis l'héritier de Salazard Serpentard».
_ Merde merde et merde, lança Mary. Il faut absolument qu'on aille voir.
_ Tu veux aller là-bas tout en sachant qu'un monstre y est enfermé ? interrogea Bellatrix qui commençait à s'inquiéter.
_ On n'a pas 36 solutions, c'est la seule façon de savoir à quoi on a affaire, lui rappela Mary en faisant la grimace. Eh bien, dans ce cas, ajouta-t-elle avec un sourire malicieux, il nous reste plus qu'à demander de l'aide aux garçons…
A présent vêtue d'un pull effiloché de cachemire noir sous lequel se devinait un chemisier de dentelle violette, Mary tambourinait à une porte de l'aile des garçons. Bellatrix se tenait derrière elle, hésitante. Mary cogna à nouveau.
_ Allez vous faire voir, gémit Lucius.
Mary tourna la poignée, qui céda, et franchit le seuil de la chambre d'un pas décidé, Bellatrix à sa suite. A l'exception des posters de rock et des gadgets achetés au chemin de Traverse qui décoraient les murs et les étagères, elles furent frappées de découvrir que la chambre du garçon était bien rangée, tout était clean… presque trop. Lucius était vautré sur son lit, torse nu, les cheveux en bataille. En l'apercevant, Bellatrix s'empourpra, alors que Mary ne semblait nullement impressionnée.
_ On a besoin de toi, cow-boy, annonça-t-elle en se jetant sur le lit, rebondissant légèrement près de lui.
_ C'est ce qu'elles disent toutes, répondit Lucius en l'attirant confortablement contre lui, comme s'ils étaient de vieilles connaissances – un geste intime, naturel, toute trace de l'hostilité de la veille paraissant effacée.
Lucius jeta un coup d'œil à Bellatrix, mortifiée et mal à l'aise, qui était restée sur le seuil de la pièce, et releva l'autre pan de la couette.
_ Y a de la place pour trois… lui proposa-t-il avec un sourire paresseux.
Bellatrix rougit davantage – à supposer que cela fût possible. Mary laissa lourdement retomber le livre sur la poitrine du jeune homme et l'ouvrit sur les pages les plus intéressantes.
_ Bellatrix l'a fait avouer.
Le jeune homme baissa les yeux vers le texte. Bellatrix s'aperçut de son trouble.
_ Putain…
_ Allez, bouge ton cul, la Chambre des Secrets nous attend, lui ordonna Mary en roulant sur le côté pour se relever, avant de donner un coup de pied autoritaire dans le montant du lit. Elle arracha le journal des mans de Tom, lui jeta un polo à la figure et tira Bellatrix vers la sortie.
Tandis qu'elles remontaient le couloir obscur, Mary lui lança un sourire entendu.
_ Toi aussi, il t'aime bien.
_ Il sort avec ma sœur, rétorqua Bellatrix, le visage à nouveau empourpré.
_ Tu te crois encore à la petite école ? dit Mary en secouant la tête – un mouvement qui fit onduler ses cheveux ébouriffés. Tu l'as dis toi-même, tu t'entends même pas avec elle. Lui, il est plus chez lui, son papa est loin… Miss Angleterre s'accroche à lui mais il vaut mieux qu'elle, et il en est conscient. Tu sais, « poupée », ce cow-boy cherche le grand amour.
Elle partit en courant et jeta un coup d'œil à Bellatrix par-dessus son épaule, un sourire taquin aux lèvres, avant de disparaître dans un virage. D'humeur soudain légère, Bellatrix accéléra elle aussi le pas et la rattrapa devant une porte close. La chambre de Severus était située tout au bout d'un couloir, plongé dans l'obscurité, au deuxième étage des dortoirs de Serpentard. Contrairement à la plupart des portes, la sienne ne comportait ni pancartes, ni artifices.
_ Severus, on a besoin de toi. Ouvre, s'il-te-plaît, insistait Mary qui frappait à la porte. Je nettoierai tes chaudrons, c'est promis…
Aucune réponse. Mary décida d'ouvrir quand même la porte en bois foncé et pénétra dans la pièce Bellatrix, indécise resta à l'entrée. Une lampe de bureau éclairait d'une lueur blafarde une chambre aux murs tapissés de rayonnages de livres – pas un seul poster sur une porte de placard, ni tapis sur le sol. Il y régnait un profond silence et un voile de solitude paraissait recouvrir la pièce. Des piles inégales de livres encerclaient Severus, attablé à son bureau. Des ouvrages de magie noire.
Severus releva à peine les yeux vers Mary, qui s'approcha de lui à grandes enjambées. Le jeune homme, penché sur de nombreux livres ouverts, ignorait délibérément le journal que Mary lui tendait et garda le silence.
_ Allez, viens avec nous, lui lança Mary . Tu en as envie, tu le sais bien, ajouta-t-elle d'un ton enjôleur, une cuisse sur le bureau.
Severus se contenta de poser sur elle son regard noir et réfléchi.
_ Jamais tu te trouves fatigante, Marlowe ? rétorqua le garçon.
_ A chaque seconde de la journée, Rogue, répondit Mary sans sourciller, bien qu'elle eût l'air furieuse.
Durant un long moment, ils se dévisagèrent avec animosité. La veille, se rappela Bellatrix, Severus était pourtant prêt à tout pour avoir le fin mot de l'histoire. Elle ne comprenait pas le revirement soudain du jeune garçon, elle s'attendait à plus d'enthousiasme de la part de Severus.
_ Sans moi, déclara soudain le garçon en secouant la tête. Tout ça ce ne sont pas nos affaires. Et je crois que toi aussi tu devrais laisser tomber.
Bellatrix, surprise, lui rendit son regard et voulut lui répondre, mais Mary la devança.
_ C'est ça, dégonfle-toi si ça te chante, mais sois pas rabat-joie ! s'emporta-t-elle.
Severus prit brusquement un journal posé sur le bureau d'acajou et l'ouvrit à la page des sports, sur laquelle s'étalait un gros titre. Livide, il le leur montra comme l'aurait fait un avocat présentant sa première pièce à conviction :
LE NEBRASKA BATTU A PLATE
COUTURE
60 à 40
Mary écarquilla les yeux, avant de s'emparer du journal pour lire l'article en détail.
Personne n'aurait pu le savoir à l'avance. Aucun de nous, songea Bellatrix, sous le choc.
_ Maintenant, explique-moi un peu comment selon ta théorie on aurait pu annoncer ça au hasard, lança Mary qui jubilait.
Le visage de Severus était impassible. Il jeta un coup d'œil sévère à Bellatrix, qui l'observa à son tour, perplexe. Mary coinça le journal sous son bras.
_ OK. Maintenant, on y va.
Elle dirigea un regard impatient vers Bellatrix qui était restée figée dans la pièce.
_ On devrait peut-être aller demander des explications à Tom avant, hésita-t-elle.
_ C'est ça, pour qu'il nous mette des bâtons dans les roues ? J'ai bien l'impression que ce gars-là ne se laisse pas faire facilement. Il faut aller voir ce qui se passe là-bas, de nos propres yeux. En plus je ne suis pas sûre qu'il prenne bien la nouvelle s'il apprend qu'on est en possession de son carnet…
La longue tirade de Mary flotta dans l'air.
_ Pour ce que j'en ai à faire, coupa Severus en baissant les yeux sur ses livres.
Il se pencha à nouveau sur ses bouquins, sans plus regarder Bellatrix.
_ Allez, viens.
Bellatrix finit par lui emboîter le pas. Mary en sortant claqua fort la porte de la chambre derrière elle. Et pourtant, tout en entraînant Bellatrix vers la cage d'escalier, Mary souriait. D'humeur toujours aussi changeante… songea Bellatrix.
_ Il va monter, affirma-t-elle avec insouciance. Fais-moi confiance.
Bellatrix la suivit dans les escaliers jusqu'au sortir du dortoir des Serpentards. Mary, qui serrait contre sa poitrine le journal de Jedusor et l'exemplaire de la gazette du sorcier, où étaient inscrits les scores du match, à la manière de boucliers, paraissait déterminée, inflexible mais l'enthousiasme initial que leur mission leur avait inspiré s'était refroidi.
Une fois rendue dans le Hall de Poudlard elles empruntèrent un autre escalier. Dehors, derrière les hautes fenêtres, les arbres bruissaient dans le vent où la température se rafraîchissait. Parvenues au seuil du deuxième étage, elles se dirigèrent droit vers les toilettes des filles. Mais comme elles s'y étaient toutes deux attendues, rien n'avait changé dans les toilettes. Tout était resté tel quel, c'est-à-dire des portes, du carrelage et des lavabos. De hautes fenêtres cintrées laissaient passer la lumière du dehors, d'un gris monochrome. Elles se mirent à déambuler à l'intérieur en quête d'un indice. Bellatrix examina soigneusement chaque recoins de la pièce mais ne trouva rien de concluant.
Au même instant, Lucius, légèrement vêtu d'un survêtement et d'un polo, fit son entrée d'un pas nonchalant. Il bâilla puis examina la pièce d'un œil paresseux.
_ Quoi, c'est ça vos toilettes ?!
Bellatrix et Mary échangèrent un regard et sourirent puis éclatèrent de rire. C'était du soulagement. Il n'y avait jamais eu de Chambre des Secrets ici. Bellatrix éprouva un élan de sympathie pour ses compagnons et s'aperçut, non sans surprise, qu'elle était au bord des larmes. Lucius les dévisagea tour à tour, puis extirpa une bouteille de Jack Daniel's qu'il avait coincé dans l'élastique de son survêtement.
_ Coup de bol. J'ai tout prévu pour nous sortir de ce mauvais pas.
Tom s'est bien foutu de nous, pensa Bellatrix. Une bouffée de panique l'envahit, accompagnée d'un sentiment d'humiliation glaçant. Elle avait fait confiance au garçon. Et si la nuit précédente n'avait été qu'une vaste farce ? Placer là le vieux journal du Préfet-en-chef sur le canapé, bien en vue, faire semblant communiquer avec lui… Bellatrix n'en avait pas la certitude, mais peut-être étaient-ils tous de mèche contre elle…
Et que penser du résultat du match, confirmé ce matin dans la gazette du Sorcier ? C'est une preuve tout de même… A moins que le journal ne soit un faux… A cette idée, la paranoïa la gagna à nouveau, si bien qu'elle se sentit soudain tremblante, presque nauséeuse. Mais pourquoi ? Pour quelle raison auraient-ils agi ainsi ?
Elle examina Lucius à la dérobée le garçon, adossé contre le mur dans une pose nonchalante, scrutait attentivement le miroir au-dessus du lavabo. Il détourna les yeux et s'apercevant que Bellatrix l'observait, la gratifia d'un regard indéchiffrable.
_ Je me suis encore jamais saoulé dans des toilettes pour fille, confessa-t-il et les filles se tournèrent vers lui. Mais ça vaut le coup d'essayer et… Où est Rogue ? demanda-t-il l'air curieux.
_ Il va monter, t'inquiète, dit Mary un sourire énigmatique aux lèvres. Il veut pas venir à cause de ça, expliqua-t-elle en lui montrant la gazette du Sorcier.
Bellatrix se rendit compte que Lucius n'avait toujours pas été mis au courant.
_ Le Minessota vainqueur. Putain, ça me scie, dit Lucius, bouche bée, avant de s'emparer du journal pour lire l'article en détail.
Mary dirigea un regard impatient vers Bellatrix. Lucius, sa lecture terminée, leva les yeux vers Mary.
_ Comment quelqu'un a-t-il été foutu de savoir ça ?
_ J'en sais rien, répondit-elle.
Le garçon dont les cheveux tiraient vers les couleurs du soleil, rendit la gazette du Sorcier à Mary. Il alluma son joint.
_ Ca m'aide à y voir plus clair ! se justifia-t-il, affichant un grand sourire.
Puis il tendit le joint à Mary, qui s'en saisit et tira une bouffée, en connaisseuse. Puis la jeune fille sautilla, frivole, et se mit à compter les pages de la Gazette du Sorcier qu'elle déchirait. Elle bondissait de joie, près des lavabos.
Bellatrix la regardait avec des yeux ronds, étouffant des rires, et se dit que définitivement cette fille était folle et qu'elle devait vraiment songer à arrêter la drogue. Un petit tas de confettis gris se formait sur le sol. Lucius observait la scène en tirant sur son joint.
Une voix excédée s'éleva depuis l'entrée des toilettes.
_ OK, arrêtez ça. Ça n'a rien d'amusant.
Severus se tenait sur le seuil il paraissait à bout de nerfs. Mary s'immobilisa.
_ Les martèlements ? Dans la tuyauterie ? s'enquit-il d'une voix grinçante et passablement agacée.
_ On est tous restés là, ensemble, et personne n'a tapé sur les tuyaux, dit Lucius en se redressant.
Severus se tourna vers Bellatrix. Incapable de dire un mot, elle confirma d'un signe de tête.
_ Qu'as-tu entendu, exactement ? demanda Lucius.
_ Ca venait du plafond. Comme des coups de marteau… Plutôt bruyants… précisa-t-il en les observant.
Les autres échangèrent des regards perplexes.
_ On est juste resté là à regarder Marlowe nous faire une petite démonstration de sa personnalité, lança Lucius. Elle était en train de sauter pour je ne sais pour quelle raison…
Depuis les lavabos, leur parvint une voix essouflée.
_ Venez voir, les gars…
Ils se tournèrent vers Mary.
Pliée en deux, la tête en bas, elle observait les gros tuyaux des lavabos qui s'enfonçaient dans le sol.
_ J'ai sauté sur la robinetterie et… le son a dû se réverbérer jusqu'aux dortoirs dans le sous-sol.
Les autres s'approchèrent, dubitatifs. Comment le son aurait pu se propager jusqu'en bas par ces tuyaux ? Si cela avait été le cas, un vacarme se serait produit dans tout le château du deuxième étage jusque dans les fondations, tout le long du chemin que parcourait ces tuyaux. Mais ça n'avait pas été le cas. Pourtant, c'était là la seule explication. A moins qu'un de ces tuyaux s'enfonce droit vers les dortoirs de Serpentard, ou juste à côté des dortoirs. Mais Bellatrix savait bien que dans le sous-sol du château, il n'y avait rien d'autre que les dortoirs de Serpentards.
Méfiant, Severus alla jeter un œil à la robinetterie tandis que Mary se dégageait du dessous des lavabos pour lui laisser un peu de place et de lumière. Mary avait le visage rouge – le sang lui était monté à la tête parce qu'elle avait trop gardé sa tête en bas. Elle ouvrit le robinet pour se rafraîchir le visage. Comme l'eau ne coulait pas, elle ouvrit le robinet en grand. L'eau ne venait toujours pas. La jeune fille fronça les sourcils et se demanda si elle n'avait pas pété quelque chose en sautant sur la tuyauterie. En dessous d'elle, Severus donna un coup brusque sur les tuyaux.
Le bruit se répercuta en écho dans la pièce. Une résonnance qui parut se prolonger jusque sous les pieds de Mary.
_ Le robinet ne marche pas, dit-elle simplement.
_ Ça marche pas ? répéta Severus qui se relevait en frottant ses mains couvertes de gouttelettes d'eau.
Severus se pencha pour examiner le robinet. Il trouva la forme d'un serpent incrusté dessus.
_ Je crois que vous devriez venir voir, leur dit Severus.
Quand les trois autres s'approchèrent, aucun ne savait pas à quoi s'attendre. Le symbole de leur maison, un serpent, qui ornait un robinet dans les toilettes des filles du second étage.
_ C'est là, leur dit Mary, les pupilles dilatées.
Bellatrix tressaillit d'excitation, une émotion à laquelle se mêlait panique, doutes et embarras. Une farce ? Ou un vrai indice sur la Chambre des Secrets ? Que leur arrivait-il ?
Mary quitta le robinet des yeux et les leva vers elle. Derrière l'enthousiasme qu'elle affichait, elle semblait désarmée, peut-être même un brin effrayée. Bellatrix se mordit la lèvre. Sors d'ici, se dit-elle. Remonte dans ta chambre, maintenant. Sinon, tu vas le regretter. Mais le désir de participer à un évenement sortant de l'ordinaire l'emporta. Elle s'approcha brusquement et tendit la main vers le serpent du robinet. Le premier contact lui fit l'effet d'une décharge électrique – il y avait là de la magie noire dedans, elle en avait la certitude. Le souffle coupé, elle dévisagea Severus avec incrédulité. Celui-ci croisa son regard et acquiesça. Il l'avait senti, lui aussi.
_ On devrait pouvoir entrer, ajouta Mary en contemplant les lavabos.
Bellatrix se rappela tout à coup le mot étrange qu'elle avait lu dans le livre.
_ Rachasasienn, se rappela-t-elle.
Elle fût traversée d'un long frisson quand elle le prononça. Les autres se tournèrent vers elle, intrigués. Quand tout à coup, les murs se mirent à trembler et les lavabos à crisser.
Bellatrix eut un mouvement de recul, étouffant un hoquet. Lucius fit un bond de surprise. Tous les quatre se reculaient dans le fond de la pièce. Le lavabo en face d'eux semblait battre en retraite et remonter dans les hauteurs. Une cavité se découvrait au centre des lavabos. Le mouvement des lavabos s'interrompirent dans un bruit sourd.
Tous contemplaient l'ouverture apparue derrière les lavabos. Ils étaient sous le choc, frappés de stupeur. Severus en avait pâli - Bellatrix croyait que cela pourtant impossible vu la blancheur habituelle de sa peau - il fût le premier à s'aventurer jusqu'à l'ouverture (Bellatrix faillit s'écrier « non ! » mais n'y parvint pas).
Médusés, ils regardèrent Severus s'avancer. Personne n'avait comprit ce qui venait de se passer. Bellatrix pouvait voir des volutes de poussières entourer Severus qui s'était figé devant l'entrée. Comme personne ne disait rien, Bellatrix s'engagea à la suite du jeune homme. Sous ses pieds, un gouffre sans fond plongeait dans une immensité noirâtre. Atterrée, elle resta clouée sur place.
_ Putain de merde… murmura Lucius d'une voix haletante.
Le cœur de Bellatrix battait à tout rompre. A côté d'elle, Severus, le souffle court, clignait des paupières. Il régnait un silence total dans la pièce. Tous les quatre étaient amassés devant l'abîme qui paraissait engloutir les ténèbres.
_ C'est mouillé, remarqua Severus d'une voix éteinte, comme en transe. Ca doit être la tuyauterie, pour les eaux usées.
_ T'es à la rue ou quoi ? s'écria Mary d'une voix perçante. Tu vas nous faire croire que ça c'est un tuyau ? Que le lavabo s'envole, comme ça ! A l'endroit précis où est censé se trouver la Chambre des Secrets. Quoi de plus normal, en effet !
Severus prit la parole d'une voix sèche. (Bellatrix eut l'impression de l'entendre de très loin – Est-ce que je suis dans les vapes ? se demanda-t-elle.)
_ C'est de l'hystérie, dit-il, presque pour lui-même.
_ Je t'interdis de me traiter d'hystérique ! s'écria Mary, folle de rage.
_ Non, pas toi, mais ce qui est en train de se passer. C'est ce que Tom veut. Créer un état de tension psychologiquement instable…
Il avait parlé d'une voix neutre, monocorde, mais Bellatrix, toujours détachée et pourtant parfaitement lucide, avait noté qu'il dissimulait sa peur. Lucius, dont la silhouette imposante se découpait dans la pénombre, laissa échapper un rire inquiet.
_ C'est qu'une illusion d'optique…, c'est ça ? tenta-t-il.
Près de lui, Mary, hébétée, paraissait frissonnante. Le garçon tendit la main et se mit à lui masser la nuque. Bellatrix en ressentit une pointe de jalousie, puis une pensée plus rationnelle la traversa. Il est habitué aux hystériques. Avec Narcissa…
Tout autour d'eux, les ombres semblaient s'étirer le long des murs. Comme absente, la jeune fille s'entendit poser la question fatidique :
_ On devrait peut-être aller voir à l'intérieur ?
Les autres avaient la mine pensive – peut-être essayaient-ils de donner une réponse à cette question. Elle fût tentée de croire qu'ils ne l'avaient pas entendues. On est tous encore sous le choc, songea-t-elle. C'est pour ça que tout me semble si lointain, comme irréel. Severus se redressa d'un coup.
_ Surtout pas, chuchota-t-il en se tournant vers elle. S'il t'a dit où se trouvait l'entrée de la Chambre des Secrets et le mot de passe pour y accéder, c'est que Tom ne souhaite qu'une chose. Qu'on descende tous là-dedans.
Des questions se succédèrent dans l'esprit de Bellatrix. Se pouvait-il que Tom, ce garçon qu'elle avait vu ce matin, sache déjà tout ? Qu'il avait l'intention de les piéger ? Qu'il nous attende là-dessous ?... se demandait-elle. Nous ne sommes que des pantins.
Lucius posa un bras autour des épaules de la jeune fille – un bras pesant, chaud et bien réel. Elle s'appuya avidement contre lui, pressant son corps contre le sien. Elle aperçut Severus qui s'écartait d'eux. Mais rien n'avait plus d'importance – seuls comptaient la chaleur que dégageait le corps de Lucius, le bouillonnement de son sang, les palpitations de son cœur – son énergie vitale.
_ Il faut qu'on s'en aille, dit Severus.
Les autres le dévisagèrent. Bellatrix sentit Lucius s'agiter. L'intervention de Severus l'agaçait – Qu'est-ce que je suis puérile, songea-t-elle. Il pouvait bien dire n'importe quoi, elle ne voulait pas y être mêlée. Elle avait seulement envie de se faufiler dans Lucius, de se recroqueviller et de ne plus jamais avoir à bouger.
_ Il faut qu'on parte, insista Severus en les regardant tour à tour.
Bellatrix sentit Lucius se détacher complètement d'elle. Il dominait Severus, tout petit à côté de lui.
_ T'es pas un peu cinglé ? Tu veux qu'on laisse ça, là, aux mains du Préfet comme si de rien n'était ?
_ Exactement, répondit Severus en s'en prenant à Lucius.
Sous l'effet de leur colère respective, l'atmosphère de la pièce était devenue électrique.
_ Qu'est-ce que tu racontes ? demanda Lucius. Je te rappelle qu'il y a un monstre là-dessous, qui pétrifie les enfants, les premières années. Toute l'école est sous le choc à cause de ça.
Severus lui fit face, les poings serrés, les bras le long du corps.
_ Justement. Quand Tom va apprendre qu'on a ouvert la Chambre, on va avoir de gros ennuis. Parce qu'on est incapable de la refermer ! ... Donc, soit Tom l'apprend et referme la Chambre, soit Le « monstre » s'échappe et se lance à l'assaut du château. Dans tous les cas, c'est pas bon pour nous… En plus, dehors, c'est glacé. On ne peut pas sortir, on est coincé.
Severus enchaîna, on ne pouvait plus l'arrêter.
_ Et si Tom apprend ce qu'on a fait, il va nous chercher. Il ne prendra pas le risque de nous laisser avec son secret en poche.
Bellatrix n'osait pas imaginer ce qui se passerait si Tom les trouvait, après qu'il ait apprit que tous les quatre savaient pour la chambre. En plus du journal intime volé.
Les ombres des deux garçons se projetaient contre le mur. Ils s'avancèrent l'un vers l'autre. Le ton monta.
_ Tu sais que t'es qu'un sale taré ?
_ Je suis pas aveugle, espèce de connard je sais ce que je dis.
Bellatrix eut l'impression de se réveiller en sursaut d'un rêve devenu beaucoup trop réel à son goût elle retrouva soudain l'usage de la parole et s'empressa de s'interposer.
_ Arrêtez ! La situation est déjà pas brillante, vous croyez pas ?
Les deux garçons, tendus, se dévisageaient d'un air furibond. Soudain la voix fébrile de Mary s'éleva dans les airs.
_ Je vais demander au journal de Jedusor comment on la referme.
Comme pour donner un sens à ses paroles, elle prit le livre et l'ouvrit sur ses genoux. Les pages étaient redevenues blanches.
_ Attends ! l'interrompit Severus. Je crois que Tom et le journal sont reliés. Et si on met au courant son journal qu'on a ouvert la Chambre, peut-être que le message sera conduit jusqu'à Tom lui-même.
Cette phrase flotta dans l'air. Personne ne bougeait. On est coincé, se répétait Bellatrix qui pensait au monstre de la Chambre des Secrets maintenant ouverte. Bellatrix, tout en se rongeant les ongles, posa les yeux sur le livre fermé que Mary avait gardé sur ses genoux, puis sur les traces de brûlé qui bordaient la couverture. Noircie par le feu. Un détail inquiétant qu'elle ne parvenait pas à s'expliquer. Quelqu'un a-t-il essayé de brûler le journal ?
Il faut que j'arrête. Tout de suite, pensa-t-elle. Ce jeu va trop loin.
Dans les lavabos quelques filets d'eau coulaient, renvoyant des reflets bleutés sur le sol. Un long frisson s'empara d'elle. Il fait si froid… Elle se mit à claquer des dents. La pièce s'était s'assombrie. Derrière les hautes fenêtres des toilettes des filles, Bellatrix vit le ciel débarrasser lentement ses nuages violacés de leur neige. Elle se redressa, elle avait cru entendre quelqu'un hoqueter. Terrorisée, elle fit volte-face et aperçut Lucius et Mary debout à quelques mètres.
Bellatrix reprit son souffle et chuchota :
_ Qu'est-ce qu'il se passe ?
_ J'ai entendu… quelque chose, expliqua Lucius, la gorge nouée.
Il semblait mal à l'aise, aussi désorienté qu'elle. Mary aussi claquait des dents. Ses yeux grands ouverts luisaient dans la pénombre, qui se propageait dans la pièce.
_ J'ai senti un truc. J'ai peur… j'ai vraiment peur.
_ Je sais, parvint à murmurer Bellatrix.
A la vue de son souffle qui flottait, en suspension dans l'air, elle se contracta la température de la pièce était devenue glaciale. Lucius et Mary s'en étaient aperçus eux aussi.
_ Mais… qu'est-ce qui arrive ? dit Mary d'une voix étouffée.
A chaque mot, une petite bouffée d'air gelé sortait de sa bouche. Bellatrix s'approcha et referma sa main sur celle de sa camarade, qui semblait littéralement figée d'effroi. Bellatrix vit une porte entrouverte dans les cabines de toilettes.
_ Bon sang… marmonna Lucius, les lèvres pincées, les yeux vitreux. On se les gèle, ajouta-t-il en déglutissant.
Bellatrix avait envie de lui saisir la main à lui aussi, mais elle était paralysée, engourdie – comme droguée.
_ Je crois… je crois qu'il y a un truc là-bas, murmura Mary, les pupilles aussi larges que des soucoupes.
Bellatrix sentit son sang se glacer elle tourna la tête à contrecœur. L'ouverture de la porte semblait s'être agrandie. Comme si la porte s'était entrouverte un peu plus.
Tout à coup, Lucius s'arma de sa baguette et annonça d'une voix étranglée.
_ Je me taille d'ici.
Puis il s'avança droit sur la porte qu'il ouvrit d'un coup de pied. Les autres le virent pénétrer à l'intérieur des toilettes, figés d'effroi. Lucius en ressortit, il n'avait rien trouvé.
_ Sale fils de pute, déclara-t-il. Je vais te tuer.
Et il sortit en trombe de la pièce, sa baguette à la main.
A suivre !
J'espère que vous avez apprécié... N'hésitez pas à me faire part de vos réactions... Kissoux.
