(Pour ceux qui avaient déjà commencé la fanfic il y a longtemps, j'ai réecris le chapitre, parce qu'il n'était pas super bien rédigé.)
Anthracite
Bellatrix avançait à pas feutrés dans les couloirs. Elle ne faisait pas de bruit. Elle avançait comme une ombre. L'on entendait simplement la faible résonnance de ses pas parmi les couloirs lugubres. Ses pas la menaient vers le rez-de-chaussée. Elle laissait traîner ses doigts sur les murs pour se diriger, aveuglée par la noirceur des couloirs des dortoirs. Du bout des doigts, elle sentait les aspérités du mur et de la tapisserie des dortoirs. Ses yeux pas encore assez habitués à l'obscurité ambiante, ne distinguaient que la forme étroite de la fin du couloir. Une bouche en tapisserie prête à l'engloutir. La jeune fille sentait la baguette de Tom dans sa poche. Elle sentait le bois rigide de la longue baguette. Elle glissa sa main dans sa poche et referma sa main sur la baguette. Elle avait ramassé l'objet alors que Tom s'en était allé, et qu'il avait oublié, par mégarde, sa baguette tombée par terre.
Fait comique, Bellatrix avait la baguette de Tom, pendant que Tom possédait les leur. Quel jeu stupide. Quoique le résultat n'était en fait pas vraiment très équitable.
Bellatrix crut apercevoir de la lumière. Au bout du couloir. La jeune fille s'arrêta, et retint son souffle.
Elle plissa les yeux et, reconnut l'éclat onduleux des torches sur le plancher. Les torches signalaient l'entrée du dortoir des serpentards, et pour l'heure la sortie. Soulagée, la jeune élève s'octroya un moment de répit - en ayant la vague impression de remonter lentement à la surface. Malgré son corps courbaturé, elle s'élança vers la sortie. Elle dépassa les quelques mètres qui la séparait de l'échappatoire sous l'arcade.
La jeune fille gravit les marches au-dehors. Se retrouvant nez-à-nez avec le parfum humide des cachots. Là aussi, la pénombre demeurait. Les cachots étaient on ne peut plus effrayant en cette heure. Mais après les évènements de la nuit, plus rien ne pouvait effrayer Bellatrix. Sauf peut-être… vous-savez-qui, évidemment.
Bellatrix remonta les marches pour émerger des cachots. La jeune fille était en sueur.
Le souffle court, elle apparut sur le seuil du petit escalier. La lumière bleutée du dehors, provenant de la lune, filtrait par les hautes fenêtres cintrées, plongeant le couloir dans une immense baignoire de bleu. Elle fût traversée par l'étrange sentiment rassurant d'en avoir fini. Dehors, la neige tombait lentement à gros flocons. Mais son petit doigt semblait lui chuchoter que tout n'était pas fini. Pas encore. Les paroles de Tom s'étaient ancrées en elle, et ne semblaient pas vouloir en déloger. Tout ça était de sa faute, à elle : « C'est grâce à toi, tu sais. C'est toi qui m'a ouvert la voie…Tout ça à cause de toi » avait dit Tom.
Elle s'adossa contre un mur, et plia les genoux. Elle se sentit couler le long du mur, et atterrir sur le sol froid de Poudlard. La serpentarde s'obligea à rassembler ses souvenirs désordonnés, pour tenter de trouver une suite logique dans les évènements des derniers jours. Une explication, au moins un élément de rationalité. Certes, Tom demeurait un point d'interrogation. Mais elle, ne jouait pas sur deux tableaux à la fois.
Bellatrix récapitula calmement. Le soir de Thanksgiving, où elle avait prévu de mettre fin à ses jours. Un frémissement étreignit la jeune fille alors qu'elle ne pouvait s'empêcher de penser que si elle l'avait fait, elle n'aurait sans doute jamais rien vécu de tout cet enfer. Quoiqu'il en soit, Severus l'avait interrompue dans son geste. Tom, depuis son canapé, lui avait ensuite proposé ses cigarettes. Elle avait gentiment refusé, et lui était retourné à sa lecture, ou à l'écriture de son journal.
Mary était arrivée, et Tom était parti. Laissant là son journal dans la salle commune. Les mots de Severus lui revinrent, la tempête, les bougies, tout concorde pour créer une atmosphère angoissante. Et, ce soir-là ils avaient eu peur. Peut-être que le livre en avait profité, pour gagner en puissance. Le lendemain, elle était revenue chercher le journal dans l'après-midi, il n'avait pas bougé de place, toujours sur le canapé. Ensuite, Mary s'en était emparée, le prenant sous son aile, pour ne plus le lâcher. Le journal, avec eux jusque dans les toilettes des filles, du deuxième étage. Ils avaient eu peur, encore. Lors de l'ouverture de la chambre des secrets, et du froid de canard qui avait suivi. Puis lors de la traque de Tom jusqu'à sa chambre, là encore, n'étaient-ils pas tous apeurés ? Le journal avait donc eu maintes occasions de se charger en énergie. C'était une aubaine.
Mais il y a quelques heures, Tom avait déclaré que… Mais le livre, c'est moi. Cela avait de quoi glacer le sang... savoir que celui qui se chargeait en énergie était Tom. Comme si cela ne suffisait pas, il semblerait que Bellatrix ait été l'élément déclencheur, elle ne savait pourquoi mais elle avait joué un rôle majeur dans l'histoire.
Bellatrix releva la tête. Elle voulait comprendre. Elle avait besoin de réponses. Elle désirait savoir ce qu'il se passait, à quoi tout cela menait. Elle ne pouvait pas laisser s'évaporer Tom, comme si de rien n'était. Il n'était pas question de laisser couler tout ça. Il lui fallait retrouver Tom. Il lui devait des explications, peu importe ce qui lui en coûterait. Ces questions allaient la hanter pour toujours, si elle n'avait pas le fin mot de l'histoire. Elle voulait savoir si les péripéties avaient réellement pris fin ce soir, être sûre que tout était fini, mais avant toute chose, elle désirait comprendre ce qui se tramait dans la tête de Tom, ou ce qui s'y était tramé. Savoir quel était le but de Tom, résoudre tous les mystères entourant le garçon, enfin savoir quel avait été son rôle dans l'histoire. T'es inconsciente, songea-t-elle. Elle était censée tomber. Certes, mais elle ne portait pas le nom des Black pour rien, c'est une entêtée, peu importe les conséquences.
Le corps parcouru par les courbatures, Bellatrix se redressa dans la quasi-obscurité, sous les arcades peintes en blanc du château. Seule, et dans le silence. Il n'y avait personne autour. Le temps semblait s'être suspendu. Rien d'autre autour que le noir abyssal. A l'extérieur, le rideau de neige se superposait à la nuit noire, comme dans un film en noir et blanc. Une étrange sensation s'empara d'elle, celle d'assister à un spectacle lunaire, un paysage apocalyptique. Elle aurait dû avoir peur, vu ce qu'elle planifiait, mais en cet instant, Bellatrix se sentait étrangement calme. Elle n'aurait su dire ce qu'il se passait en elle.
Elle pouvait aussi tout plaquer, s'enfuir, retrouver ses amis qui avaient besoin d'aide. Mais ce serait là, un acte lâche. Ce serait abandonner face à Tom. Le déclarer vainqueur de leur drôle de jeu. « Autant en finir », avait dit Lucius. C'était ça. C'est ce qu'il fallait faire. C'était ça le fait nouveau, Bellatrix n'avait plus peur.
L'énergie bouillait en elle… Une rage indestructible. Des forces de magie noir rampaient en elle, en pulsant, elles les sentaient prêtes à exploser.
Tom allait sûrement souffrir.
Il allait regretter ce qu'il avait fait. Ce qu'il leur avait fait.
Bellatrix se demanda, où il pouvait se terrer.
Elle avait faim de vengeance.
Elle longea les portes fermées de salles de cours, afin de se diriger vers l'escalier. Elle ne faisait pas de bruit. Au niveau du second étage, elle aperçut une lumière orangée onduler dans l'un des couloirs. Intriguée, elle s'engagea dans le couloir obscur. L'étrange lumière ondulait sur le mur et se reflétait sur le sol. Alors que Bellatrix s'en approchait, elle se rendit compte que ce n'était qu'une torche allumée accrochée au mur.
Quelques mètres plus loin, une porte était ouverte sur le couloir.
Bellatrix s'en rapprocha à pas prudent. Elle s'aperçut que c'était la salle de cours de DCFM.
Elle fronça les sourcils et, pleine d'appréhension, elle pénétrait à l'intérieur de la salle de cours. Au fond de la pièce, un homme écrivait sur les grands tableaux noirs.
Les pas de Bellatrix sur le parquet brisèrent le silence feutré de la pièce. Nullement surpris, Tom se retourna vers elle et annonça d'une voix forte :
_ Bienvenue au cours de psychologie.
Le jeune homme s'effaça et d'un geste théâtral désigna le tableau.
Sur le tableau, une seule question était écrite et réécrite en dizaine, et même en centaine de fois : Pourquoi Bellatrix Black ?
_ Etudions la question, lança-t-il d'une voix pleine de sous-entendus.
_ Qu'est-ce que t'es en train de faire ? fit Bellatrix désarçonnée.
Tom passa devant les tables du premier rang, d'une démarche féline et assurée. Bellatrix ne put s'empêcher de penser que dans chacun de ses gestes, l'élégance lui collait à la peau. Derrière ses jambes, sa longue cape noire tombait sur le sol, en miroitant dans la pénombre.
_ Je viens prendre des cours, répondit-il calmement sur un ton faussement innocent.
Bellatrix referma son poing sur sa baguette. Les langues de magie noires revenant à la surface de sa peau. Il n'avait pas l'air de comprendre la gravité de ses actes.
_ Toi, j'ai une furieuse de te zigouiller…
Tom marcha vers les fenêtres qui donnait sur un paysage plongé dans la nuit, sous l'égide de la lune. Il posa sa main calleuse et de longs doigts fins sur le renfoncement de la fenêtre et les aspérités du mur. Le jeune homme se tint immobile, silencieux, presque comme une statue, brusquement pensif.
_ Ecoute… je comprends que tu ne m'aimes pas trop, commença-t-il d'une voix grave et douce.
Ces paroles la sortirent subitement de ses rêveries.
Bellatrix se redressa furieuse.
_ Tu tu, bredouilllat-elle sous l'effet de la colère, tu nous as tous fais du mal. Et tu as gravement blessé Lucius ! le coupa-t-elle en s'indignant, sans s'en cacher désormais.
_ Lucius…., répéta le jeune homme en rigolant.
_ Bon sang ! Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il va pas chez toi ? Pourquoi nous détestes-tu à ce point ?
_ Je ne vous déteste pas..., murmura-t-il d'une voix presque inaudible.
Sa voix semblait paradoxalement soucieuse, comme s'il était en proie à un dilemme dont il n'arrivait pas à se défaire.
Bellatrix, stupéfaite, le dévisageait sans bouger. Malgré tous ses efforts, elle n'arrivait pas à saisir les pensées de Tom.
Il croit vraiment que je vais avaler ça ? se reprit-elle.
Pas la peine d'essayer les mots doux, songea-t-elle avec hargne. Ca marchera pas.
Comme s'il avait deviné ses pensées, Tom ancra ses yeux sombres cerclés d'un rouge brillant dans ceux de Bellatrix.
Un douloureux échange de regards noirs se passa entre eux. Le jeune homme s'éloigna des fenêtres.
_ Bellatrix, lui intima Tom.
Détends-toi, semblait-il lui dire de sa voix traînante.
Calmement, il se déplaça entre les tables. Cette démarche nonchalante, cette aura arrogante, ces cheveux noirs corbeau qui semblaient briller dans la pénombre le regard perdu dans le vague. Soudain Tom s'arrêta dans son élan.
_ On m'a dit qu'il me fallait quelqu'un, un ami, confia-t-il d'un ton hésitant. Je… je n'ai pas envie d'être seul. Je sais que toi tu peux m'aider. Et je peux t'aider. On peut s'aider mutuellement.
Immédiatement, Bellatrix sentit l'adrénaline couler dans ses veines.
_ Je ne t'aiderai pas, déclara-t-elle en détachant chaque mot… Même si je devais mourir à cause de ça, ajouta-t-elle d'un ton ferme.
Elle eut un regard triste pour lui, presque de pitié. Tom dut le percevoir, puisqu'il répliqua d'un ton légèrement plus mordant…
_ C'est pas pour toi qu'il faut t'en faire.
Les images de ses nouveaux amis submergèrent son esprit : Mary, Severus, Lucius. La menaçait-il de leur faire du mal, encore, si elle ne voulait pas coopérer ? Une goutte glacée lui glissa le long du dos. Son cœur tambourinait plus vite dans sa poitrine. Elle reposa son regard sur lui. Tom eut un geste compatissant. Ou plutôt un sourire faussement compatissant. Mais qui était-il ? Bellatrix avait un mal fou à le cerner. A chaque fois qu'elle pensait avoir saisi un pan de sa personnalité, elle se voyait contredite par la suite dans les actes du jeune homme.
Quoiqu'il en soit, quelques minutes plus tard, Bellatrix était assise à l'une des tables de la salle de cours. Elle observait le préfet de la maison Serpentard. Lui était debout, face à elle, les poings posés sur l'une des tables. Quelques rangées de tables les séparaient l'un de l'autre.
_ Bon. Finissons-en, déclara Bellatrix...
Tom la scruta de son étrange regard sombre cerclé d'un rouge hypnotique.
_ Réponds à ma question.
Ce qui était plutôt comique étant donné, que elle, Bellatrix, était d'abord venue jusqu'ici pour obtenir des réponses de la part de Tom, ce qui n'était visiblement pas près d'arriver vu les agissements de Tom.
Ce dernier se déplaça avec grâce vers le bureau.
_ Tu veux du thé ? lui demanda-t-il en la contemplant.
Bellatrix se demanda si c'était ça sa question. Elle aperçut un petit service à thé qu'elle n'avait pas vu jusque-là, et qui était disposé sur le bureau en chêne noir du Professeur de DCFM. La théière fumait.
Elle haussa les épaules. Les agissements de Tom la dépassait, il y avait longtemps déjà, quoiqu'elle ne pensait pas qu'il était du genre à vouloir prendre le thé. Tom revenait déjà vers elle avant même qu'elle n'ait rendu sa réponse. Et puis ce n'était pas comme si elle était totalement libre de ses actes. Tom lui faisait croire qu'elle avait l'opportunité de choisir, mais Bellatrix n'avait pas le choix. Ses amis mal en point comptaient sur elle, sur son aide, alors que la menace de Tom pesait sur eux - encore. Bellatrix ferait de son mieux pour leur venir en aide. Le jeune homme s'approcha doucement de sa table, en veillant à ne pas renverser le liquide chaud par terre.
Il déposa la tasse sur sa table. Le jeune homme laissa trainer sa main sur le bois de la table juste devant Bellatrix. Une main pâle aux longs doigts fins.
Elle savait qu'elle était censée le remercier. Ne pas le faire serait considéré comme un signe d'impolitesse. Mais Bellatrix conserva le silence : elle ne coopérait pas, elle ne voulait pas coopérer, elle n'était pas son amie. Bellatrix releva les yeux et s'aperçut qu'il l'observait avec attention. Son cœur rata un battement. Elle ne put échapper à son regard sérieux. Elle était prisonnière de ses yeux rouge grenats. Prisonnière de ces abysses sombres, que nul n'avait réussi à explorer, à comprendre. Tom était si proche – et pourtant si loin. Malgré tout, elle ne laissa rien paraître de son trouble. Son regard ne cilla pas. A la maison, on lui avait bien appris à contrôler ses émotions. Au moins, une chose qu'elle avait réussi à apprendre. Un avantage de son éducation. Elle crut qu'il allait se rapprocher d'elle, mais il s'en retourna. Tom marcha en faisant tournoyer ses capes et remonta vers le tableau.
_ Voici le fruit de mes réflexions, dit-il d'une voix calme.
Il saisit une craie blanche et retourna le tableau sur son côté vierge. Sa main se suspendit dans l'air, comme s'il hésitait. Puis il posa fermement la craie sur le tableau et traça un trait vertical.
Il dessina un tableau.
Alors qu'il avait le dos tourné, occupé à écrire, la serpentarde glissa sa baguette, ou plutôt la baguette de Tom, dans sa marche. Tom se retourna à ce moment-là.
Bellatrix releva les yeux vers lui. Elle était sûre de ne pas s'être fait surprendre, mais au cas, où elle entreprit de s'emparer de la tasse de thé, en un geste qui se voulait aimable pour détourner l'attention du garçon. Elle huma les effluves qui s'en dégageaient… De la fleur d'Ylang-Ylang. Et une pointe de musc. C'était une senteur très discrète, avec une pointe de masculinité indéniable. Elle prit une longue gorgée. Le liquide chaud se répandit dans son gorge, lui procurant mille frissonnements.
Tom avait le dos tourné, et restait silencieux. Bellatrix reposa les yeux sur le tableau qu'il avait dessiné à la craie. Il y avait deux colonnes, l'une titrée B, l'autre T.
_ Toi et moi. Bella et Tom. On a beaucoup de points communs, tu sais… On a tous les deux été abandonnés par nos parents.. Toi, par ton père... et ta mère d'une certaine façon. On a été élevé par des gens qui ne voulaient pas de nous, des gens qui ne nous comprenaient pas.
Tom écrivit le mot abandonné et cocha les deux colonnes. Elle ne comprit pas où il voulait en venir.
_ Mes parents me comprennent très bien, répliqua-t-elle d'un ton ferme.
_ Tu te mens. Faut que t'arrêtes, fit-il d'une voix grave.
La jeune fille baissa involontairement le regard. Il avait raison sur ce point. Sur ce point uniquement.
_ On est tous les deux allés à serpentard, poursuivit-il d'une voix traînante.
Tom écrivit serpentard sur le tableau et cocha les deux colonnes. Il suspendit la craie - un instant - dans un mouvement d'hésitation, puis la reposa sur le tableau.
_ Et... nous sommes puissants.
Il écrivit le mot puissance en lettres détachées. Il se tourna vers elle, après quelques instants d'incertitude.
Bellatrix ne dit rien. Tom était puissant, il avait donné suffisamment de preuves comme ça au cours des derniers jours. Mais elle, puissante ? Qu'est-ce qui lui prenait de penser ça ? La jeune fille ne comprenait pas comment il avait pu en arriver à de telles conclusions. Cependant, s'il la croyait puissante, ce ne pouvait constituer qu'un avantage pour elle, étant donné que pour l'heure ils n'étaient pas dans les meilleurs termes.
_ J'ai compris.. Certes, on a quelques points communs aléatoires. Où tu veux en venir au juste?
Tom se rapprocha lentement de l'élève en sixième année.
Elle frissonna, elle ne put s'en empêcher.
_ Nos points communs n'ont absolument rien d'aléatoires, murmura son Préfet.
Tom se rapprocha jusqu'à sa table. Il prit une inspiration et la regarda dans les yeux.
_ Ils sont fondamentaux. Ils sont à la base de nos deux existences.
Ses yeux étaient deux abysses dans la salle de cours à peine éclairée.
_ Toi et moi, on a les mêmes… bases.
La voix du garçon était d'une infinie douceur. Elle sentit un calme apaisant l'envahir. Elle songea à ce que lui disait Tom.
Qu'ils aient les mêmes bases... ?
Bellatrix ferma les yeux deux secondes. La jeune fille eut l'impression de subir un lavage de cerveau. Il fallait qu'elle s'en aille… avant qu'il ne soit trop tard. Elle rouvrit les yeux, alors qu'elle avait entendu du bruit, un bruissement près d'elle. Lorsqu'elle les rouvrit, elle s'aperçut qu'il s'était mis à son niveau. Juste à côté d'elle, un coude posé sur la table. Il la scrutait d'un regard inquiet. Elle put observer son visage de près. Une peau pâle et soyeuse, un nez très droit, un front haut et quelques cheveux en avant et, deux grands yeux sombres qui la fixaient, encerclés par un liseré rouge écarlate, par-dessus ses cils noirs.
Elle sentait son parfum. Il portait un parfum enivrant. Tellement enivrant que c'en était difficile de se concentrer.
Elle laissa son regard glisser sur son corps caché sous ses vêtements. Et son bras lourdement posé sur la table qui faisait ressortir ses veines. Elle se sentait étrangement en sécurité. Dans cette douce posture. Près de lui. Etrangement à l'aise, avec lui. Il pencha la tête sur le côté d'un air interrogateur. Elle repensa à ce qu'il s'était passé ces derniers jours. Comment tout cela était-il possible ? Tom était un si beau garçon - il avait l'air d'un ange. Mais si c'en était un, c'était un ange déchu. Tom était dangereux, elle ne devait pas l'oublier. Une main glacée lui étreignit le cœur. C'est alors qu'elle prit conscience du risque qu'elle courait, Tom si proche. Une sueur froide coula dans son dos. Son coeur tambourina dans sa poitrine.
Pars, pensa-t-elle dans un éclair de lucidité.
_ Je vais finir ton thé mais..., déclara-t-elle calmement sans finir sa phrase.
Elle essaya de ne plus penser à sa présence, et prit la tasse entre ses mains. Elle but jusqu'à la dernière gorgée. Elle se leva soudain de sa chaise.
_ Tu veux savoir la différence entre nous ? demanda-t-elle d'un ton brusque.
Elle le toisa de toute sa hauteur.
Tom la regardait en attendant la suite. Ces yeux sombres dont l'iris était rouge sang, étaient braqués sur le visage de Bellatrix. Cette dernière se pencha vers lui par-dessus la table.
_ Toi, TU es un psychopathe, lui murmura-t-elle en le regardant dans les yeux.
Ses paroles flottèrent dans la pièce. Comme imprimé au fer blanc dans l'espace. Ils n'étaient séparés plus que de quelques millimètres, et se toisaient d'un air de défi.
_ Mystère élucidé…, conclut-elle.
Elle se redressa et partit à reculons vers la sortie de la salle de cours, tandis que Tom lui tournait le dos, immobile, un genou toujours posé sur le sol.
Bellatrix gagna le seuil de la porte.
Tom se redressa de tout son long. Il jeta un violent coup de baguette, et Bellatrix était stupéfiée.
D'un second mouvement du poignet, il la projeta sur une longue table de cours, près du mur à droite.
Sous la surprise, Bellatrix ne put que pousser un gémissement de douleur. La douleur sous ses cuisses était terrible. Le sort de Tom était TRES puissant. Elle sentait la force du sort sur chaque millimètre de son corps. Son corps entier était soumis au sort de Tom. Elle ne pouvait PAS bouger d'un millimètre. Elle eut l'impression d'être un aimant fixé à un immense bloc de métal.
Elle eut envie de hurler sous la douleur, mais se parvint à se contenir à grand peine.
_ Tu crois que je suis en train de jouer…
D'un mouvement du poignet, il lança un nouveau sort. La pression sur son corps augmenta considérablement.
Cette fois elle ne put retenir un hurlement de douleur.
Bellatrix se crispa. Sa respiration devint laborieuse. Un poids énorme l'écrasait contre la table. Le jeune homme se rapprocha doucement. Elle était sans défense, elle ne pouvait même pas le voir faute de pouvoir tourner la tête. Elle fût soudain traversée par un élancement d'une douleur intense. Elle pouvait sentir chaque milimètre de son corps souffrir. Elle en avait le souffle coupé.
_ Je te parle de ma vie, asséna-t-il.
Tom était tout près désormais. Presque au-dessus d'elle.
_ Arrêtes… tu délires complètement, fit-elle en gémissant de douleur.
Elle tentait de l'arrêter dans son délire.
Le visage de Tom apparut dans son champ de vision. Des cheveux courts retombaient sur son front.
_ Si t'es là, c'est pour m'aider… A moins que tu te fiches complètement que je taille tes copains en fines tranches de gigot.
Sur ces mots, il sortit un objet de sous sa cape. Du coin de l'œil, elle s'aperçut que c'était une dague, dont la lame brillait dans la pénombre.
La respiration de Bellatrix se figea.
La pression sur son corps s'amoindrit. Mais Bellatrix ne réussit pas à reprendre une respiration normale, sa respiration était hachée.
_ Si tu t'obstines à ne pas coopérer…, commença-t-il en laissant en suspens la fin de sa phrase.
Il approcha sa main qui tenait la dague. Le cœur de Bellatrix battait à toute rompre. Une sueur froide coula dans son dos, alors qu'elle fixait des yeux la lame que tenait Tom entre ses doigts. Son instinct de survie lui hurlait de s'enfuir, mais elle était coincée sur la table. Elle mobilisa toutes ses forces contre la puissance du sort. Mais elle ne parvenait pas à bouger n'aurait-ce été qu'un ongle.
_... Ca veut dire que tu joues contre moi, conclut-il.
Le jeune homme fit glisser la pointe de la lame sur les jambes de la jeune fille. Ce simple effleurement fit irradier une douleur insupportable dans toute sa jambe. Une fois la douleur passée, elle ressentit quelques picotements partir de là où la lame l'avait touchée. Il repassa la lame du mollet jusqu'au genou. Elle tira la tête en arrière en proie à l'intensité de la douleur. Elle entendit un cri, elle ne sut pas si c'était le sien.
Elle croisa le regard de Tom, ses yeux étaient bordé d'un rouge brillant. L'intérieur était d'un noir intense comme la nuit.. on aurait dit l'antichambre des ténèbres. La lame remontait, sans la toucher, sur l'extérieur de sa cuisse, à quelques milimètres de son jean, de sa peau.
_ Qu'est-ce que tu fais ? dit-elle.
Il reporta son regard sur elle, au niveau de son visage. Une soudaine envie sembla survenir dans son esprit, elle put le voir à cet éclair dans ses yeux.
Mais il ferma soudain les yeux et, Tom prit une longue inspiration.
Il s'éloigna d'elle. Ses pas résonnaient dans la pièce. Bellatrix était déroutée par les réactions du jeune homme. Il se retourna et la contempla de loin avec un sourire en coin. Il se passa une main dans les cheveux.
_ Bellatrix Black…, soupira-t-il.
Il revint vers elle et tira une chaise vers lui, la faisant racler sur le sol. Il la plaça à un mètre d'elle et s'assit lourdement dessus.
_ Toi et moi on devait se trouver, parce qu'on est fait du même bois.
_ Je suis tout le contraire de toi, contra-t-elle avec fermeté.
_ Tu as ce trait de caractère que j'ai, continua-t-il de sa voix trainante. Tu te sers de la magie noire, c'est-à-dire de ton don, ou de ta malédiction familiale si tu veux, pour bâtir des cloisons. Tu t'enfermes à l'intérieur... De façon à ce qu'il te soit impossible d'avoir de vraies relations avec des gens.
Elle ne prêta pas attention à ses dires. Elle tentait de remuer son bras droit, caché de la vue de Tom. Les effets du sort commençaient à s'estomper.
_ Tu parles de choses auxquelles tu ne comprends rien, déclara-t-elle.
Elle fit glisser sa baguette, ou plutôt celle de Tom, dissimulée dans sa manche, jusque dans la paume dans sa main.
_ Tu me sous-estimes, dit-il d'un air ironique.
Elle pensa à son plan de fuite et comprit qu'elle n'aurait que très peu de temps pour agir, elle devait le faire très vite.
_ Tout ce que tu demandes, c'est de te libérer…, dit-il.
Il tapota la cuisse de Bellatrix de sa main lourde.
Bellatrix saisit cette opportunité. Elle se leva de table et se tourna vivement vers Tom.
_ Diffindo, jeta Bellatrix pleine de rage... C'est une erreur de croire que tu me connais !
Tom hurla de douleur. Il se prit le corps à deux mains, plié en deux de souffrance.
La baguette toujours en main, Bellatrix bondit sur ses pieds et, s'enfuit vers la porte d'entrée, sous les hurlements du garçon. L'adrénaline coulait dans ses veines.
Bellatrix s'enfuya dans les dédales tortueux des couleurs, ses pieds martelant le sol en pierre et froid. Elle se mit à courir à en perdre haleine. Mettre le plus de distance possible entre elle et lui, toujours dans la Salle de DCFM. Les cris du garçon résonnaient sans arrêt dans la tête de Bellatrix, et elle avait envie de crier.
A un moment, elle sentit ses jambes perdre force et se dérober sous elle.
Elle tomba en avant, sans qu'elle ne maîtrise plus rien.
Pour atténuer la chute, elle tenta d'atterrir sur ses mains. Sa baguette lui échappa des mains et roula sur le sol.
Elle s'était bien réceptionnée mais elle avait le vertige. La jeune fille secoua la tête pour retrouver ses esprits.
Il y avait des bruits de fond. Elle essaya d'appeler à l'aide, mais les mots restèrent collés dans sa bouche. Elle sentit la fatigue la gagner, de manière imperceptible.
Elle posa les mains par terre, tenta de se relever. Mais dans le mouvement, elle s'écroula, c'était un trop dur effort : « le thé ».
Soudain elle en eut la certitude, Tom avait mis une potion dans le thé. Elle déglutit avec peine.
Les battements de son cœur s'accéléraient à cause de la peur, ce qui favorisait la diffusion de la potion dans l'organisme. Ses sens s'engourdissaient. Elle ferma les yeux, essayant de reprendre son calme. Si Tom la trouvait, c'en était fini. Car après ce qu'elle lui avait fait et son sort de diffindo, il ne devait pas être de très bonne humeur. Tom devait être très en colère. Il fallait qu'elle reste cachée, qu'il ne la retrouve pas.
Il en allait de sa vie, elle en était convaincue.
« Adrénaline… J'ai besoin d'adrénaline… ».
Elle savait comment se la procurer. Son regard rencontra la baguette qu'elle avait perdu, sur le sol, à moins d'un mètre.
Elle concentra tout ses efforts pour forcer son bras à bouger. Elle se concentra pour tirer sa main sur en dallage en pierre froide, jusqu'à la baguette. Elle l'attrapa et, la tint fermement dans sa main. Elle la tourna de façon à ce qu'elle vise son deltoïde, au-dessus de l'épaule. Et elle lança le sort. Le sort lacéra le cuir de sa veste et arracha la chair. Elle hurla de douleur. Mais elle reprit connaissance.
La partie n'est pas encore finie.
_ Lumos.
Elle se releva et recommença à marcher. Elle se sentait comme dans ces rêves où quelqu'un est poursuivit et où on n'arrive pas à courir, parce que les jambes sont trop lourdes, comme si on était immergé jusqu'aux genoux dans un liquide dense. Elle se trouvait dans un de ces très larges couloirs décorés de tapisseries et de peintures sur les murs, au premier étage. Le sol était nu. De la pierre et des flaques d'humidité. Elle fournissait un effort énorme pour faire un seul pas. Sa blessure pulsait mais elle ne perdait pas beaucoup de sang. Elle avait jeté le sort correctement. Elle serra les dents et, pas après pas, il lui sembla apercevoir le bout du couloir. Elle entraperçut une rampe d'escalier.
Avec les blessures et la drogue qui circulait dans son corps, épuisant ses forces, elle n'avait pas d'espoir de parvenir jusqu'à la rampe. Elle le savait. Elle aurait dû écouter Mary, quand elle avait essayé de la décourager de venir ! Elle appela à l'aide. Elle hurla le nom de Mary, Severus, et même Lucius.
Mais seul l'écho et les murs muets lui répondirent.
Elle secoua la tête. Mais elle n'était plus maîtresse d'elle-même. Un long frisson parcourra les muscles de ses bras. Cela ressemblait à une convulsion sur laquelle on n'avait aucune prise. Quand elle tentait de l'arrêter, l'idée de la fin revenait la narguer. La promesse de la mort que, si elle fermait les yeux, tout finirait. Pour toujours.
Combien de temps avait passé ? Une demi-heure ? Dix minutes ? Et combien de temps lui restait-il ?
Maintenant elle était prise au piège. Et elle s'y était mise toute seule, peut-être parce que, inconsciemment, une partie d'elle le voulait. Elle se rappela la potion endormissante qu'elle avait voulu prendre le premier jour de vacances. Elle eut envie de rire. Peut-être qu'elle méritait tout ce qui lui arrivait, peut-être qu'elle aimait ça.
« Non ! Je veux vivre. », s'écria-t-elle en son for intérieur.
Comme c'était drôle. Il lui arrivait ce qu'elle avait tenté de faire au premier jour des vacances : boire la potion endormissante.
Comme s'il voulait lui faire vivre ce qu'elle craignait le plus : la potion de Narcissa, symbole de son suicide.
Fatiguée, son Lumos faiblit.
Jusqu'à s'éteindre. L'obscurité se referma sur elle comme les doigts d'une main.
Combien de fois s'était-elle retrouvée dans le pétrin ? Cela lui était déjà arrivé quelque fois. Quand elle subissait les mises à l'épreuve des sorts douloureux de ses parents. Mais ces derniers jours, elle s'était en compagnie des autres de sa maison serpentard, elle avait trouvé des amis. Elle ne s'était jamais retrouvée aussi mal en point que là, en ce moment.
Droguée, blessée, sans force, seule, et en proie à un futur incertain.
Le pire, c'était l'obscurité. Il faisait tout noir dans le couloir froid. Mais elle pouvait aussi la considérer comme un avantage : si elle ne pouvait pas voir Tom, il ne pouvait pas la voir non plus.
« Je dois me cacher. »
Elle pouvait sombrer à tout moment dans le sommeil. Elle gardait sa main autour de sa baguette, ce qui était rassurant.
Elle trouva le renfoncement du mur, s'y recroquevilla, et écouta. L'écho n'aidait pas : il amplifiait des sons trompeurs et distants, qu'elle n'arrivait pas à interpréter. Ses paupières se fermaient inexorablement.
Des formes invraisemblables se mirent à danser devant ses yeux.
« Ca doit être la potion », pensa-t-elle.
Soudain, elle sentit une traction. Son corps semblait tiré vers l'arrière.
La sensation d'être aspirée en arrière. Sans que rien rien ne la touche.
« Ce salaud s'est réveillé et il utilise un accio »
Elle tenta de s'accrocher à quelque chose, mais il n'y avait rien pour s'accrocher ! C'est possible d'utiliser les accio sur les personnes ? se demanda-t-elle.
Son corps était tiré en arrière de plus rapidement. Ses jambes se surélevèrent dans la puissance du sort.
Sa respiration était plus qu'un souffle bruyant et paniqué. Elle tenta d'amoindrir la traction, en enfonçant ses mains dans le sol. Ses ongles crissèrent sur le sol. Ses jambes rencontrèrent une flaque. Tous ses vêtements furent trempés. Soudain un virage, elle pénétrait dans l'un des couloirs adjacents : celui qui menait à la salle de DCFM.
Elle hurla de frayeur.
Le sang battait à ses tempes. Le trajet était interminable. Elle ressentait toutes les aspérités du sol sous son abdomen.
Elle était prisonnière d'une baguette.
Bellatrix savait qu'elle n'avait plus assez d'énergie pour se défendre, et qu'elle arriverait à lui d'un moment à l'autre.
A ce moment-là, elle l'entendit.
Il était proche. Très proche. Au bout du couloir.
Elle tourna la tête vers ses pieds, dans la vitesse. Elle le vit.
Cela ne dura qu'une fraction de seconde. Dans la couronne lumineuse qui l'entourait depuis la torche, il la regardait.
Elle allait se débattre quand Tom annonça :
_ Tu ne peux pas m'échapper.
La voix du jeune homme était rauque et entêtante. Mais ce que Bellatrix ressentait, c'était de la peur. Ses jambes se dérobèrent définitivement, ainsi que les muscles de ses bras. Et elle se laissa glisser sur le sol.
La lueur d'une torche.
La torpeur l'enveloppa d'une couverture froide. Elle entendit beaucoup plus nettement les pas de Tom qui se rapprochait.
« C'est fini. Il m'a eu. »
Deux grandes mains fines qui la saisissaient. Elle sentit qu'on la soulevait. Tout son corps monta dans les airs. Elle tenta de dire quelque chose, mais les sons restèrent coincés dans sa gorge.
Elle perdit connaissance.
Elle se réveilla en percevant une démarche souple : Tom la portait sur son dos, comme un sac à patates. Il montait des marches.
Elle s'évanouit à nouveau.
Une très forte odeur de potion de Beltaniac la tira à nouveau de son sommeil artificiel. Elle était allongée par terre. Tom agitait un flacon sous son nez. Il lui avait attaché les mains. Mais il voulait qu'elle soit consciente.
Un vent glacé lui giflait le visage. Ils étaient dehors. En haut d'une des tours du château.
Tom se désintéressa d'elle un moment. Elle le vit se diriger vers le parapet. Il regarda vers le bas.
_ Wow, c'est haut, fit-il.
Puis il revint, l'attrapa par les jambes et la traîna jusqu'à la corniche. Son visage et son corps frottaient contre la surface glacée du sol. Avec le peu de force qui lui restait, Bellatrix tenta de ruer. Mais sans succès.
Elle hurla. Se démena. Un désespoir aveugle lui inondait le cœur. Il lui souleva le buste pour la caler sur le rebord du parapet. La tête penchée en arrière, Bellatrix regarda le gouffre derrière elle.
Tom s'approcha de son oreille. Elle sentit son souffle chaud tandis qu'il lui chuchotait :
_ C'est fini…
Sa voix grave et languissante, suave, et déterminée. Tragique.
A ce moment-là, Tom s'efforça de la pousser. Malgré ses mains nouées derrière le dos, elle attrappa le rebord glissant de la corniche. Elle s'opposa de toutes ses forces, mais elle savait qu'elle ne pourrait pas résister longtemps. Sa seule alliée était la glace qui recouvrait le sol de la tour, qui faisait glisser le pied sur lequel Tom chaque fois qu'il tentait de la pousser définitivement. Elle vit son visage concentré par l'effort. Puis il perdit son calme, à cause de la résistance obstinée de sa victime. Il prit place entre ses jambes. Et il appuya sur ses épaules.
Bellatrix le sentait tellement proche, qu'elle sentait sa douce chaleur émaner de son corps malgré la température glacial en haut de la tour. Il avança plus près, sa cape frôlant sa cuisse soumise au froid hivernal.
Il baissa sa main et la mit sur le haut de sa cuisse.
Sa main était chaude et grande, et s'agrippait désespérément à son jean.
Bellatrix retint sa respiration, le cœur battant à tout rompre. Elle sentit qu'ils avaient changé de perspectives.
Il s'était arrêté de bouger. La main toujours sur son jean.
Elle lui jeta un coup d'œil pour voir ce à quoi il réfléchissait. Ses yeux étaient fermés. Il fronçait les sourcils.
A quoi pensait-il ?
Des mèches de cheveux lui tombaient sur le visage. Et de la sueur les lui collait sur le front. Il était entre ses cuisses.
Elle allait dire quelque chose, quand soudain il rouvrit les yeux. Ses yeux étaient d'un rouge particulièrement sombre. Sans prévenir, il décida de lui faire passer les jambes par-dessus le parapet. Mais ce changement de technique, Bellatrix l'avait prévu. Son instinct de survie désespéré lui permit de concentrer toute la force qui lui restait dans son genou, qu'elle lui planta dans le ventre.
Tom recula, plié en deux, le souffle coupé, les mains sur son ventre. Bellatrix sentit que c'était sa seule chance avant qu'il ne se reprenne.
Sans énergie, sa seule alliée était la gravité.
Sa blessure à l'épaule la brûlait dans le froid hivernal, mais elle n'écouta pas la douleur. Elle se redressa : maintenant la glace était contre elle, mais elle prit tout de même son élan et s'élança vers lui. Elle lui tomba dessus à l'improviste, et Tom perdit l'équilibre.
La dague de Tom tomba sur le côté parmi la glace.
Bellatrix s'en empara. Un second souffle de vie sembla tout à coup s'embraser le long de ses veines. Des langues de magie noire lui léchaient la chair à l'intérieur de sa peau. En criant dans la tempête, elle planta la dague dans le dos de Tom. Sous l'omoplate de Tom. Il se cambra de douleur. Un hurlement s'échappa de sa gorge.
Elle ne put s'empêcher de ressentir du plaisir qui lui picotait douloureusement les doigts gelés de Bellatrix.
Quelques secondes plus tard, Tom se surélevait en s'appuyant sur ses coudes. Bellatrix le vit tourner la tête vers elle.
Il sembla étudier un instant son expression.
Soudain un grand sourire éclaira son visage.
Un vrai sourire.
Il partit dans un grand éclat de rire triomphant. Jouissif. Démoniaque. Fou.
Tom se releva, sous les yeux éberlués de Bellatrix. Elle se redressa d'un coup devant lui.
_ Qu'est-ce que tu fais ? lui cria-t-elle par-dessus les rafales de vent.
_ Rien, dit-il en secouant la tête.
Il avait un regard mystérieux étrangement satisfait. Bellatrix, de son côté, ne comprenait pas : Etait-il heureux d'avoir reçu une dague dans le dos ?
_ Ok, s'écria-t-elle. Tu veux jouer ? Moi je joue pas !
Elle prit le bras gauche du garçon et avec une force qui lui venait des tripes, elle l'envoya valdinguer par-dessus la rambarde. Elle le vit passer par-dessus.
Il agita les bras en cherchant un point d'appui. Ses doigts frôlèrent la rambarde.
Quand il comprit qu'il n'avait aucune chance de remonter, il jeta un ultime regard à Bellatrix. Un regard surpris, semblable à celui qui n'avait pas prévu le coup de l'adversaire dans un jeu de dame. Mais il y avait quelque chose d'autre que la surprise dans ses yeux irisés. Mais elle ne sut pas quoi. Elle le regarda tomber au ralenti, comme si les flocons candides en atténuaient la chute.
L'obscurité le recueillit.
Le sang battant à ses oreilles, Bellatrix se précipita pour le voir tomber.
Elle perdit connaissance.
