Titre : Can't be tamed

Résumé : Sterek. L'amour, Stiles connaît. Lui et sa passion légendaire pour Lydia Martin. Mais l'amour plein de questions, il le découvre. Et pas avec le meilleur des enseignants…

Réponse review anonyme :

Amel : Merci voilà la suite !

Bonne lecture !

Can't be tamed

Chapitre 2 : Can't be saved

Stiles pressa légèrement le pas. Il faisait déjà nuit et il savait mieux que personne que rôder dans les rues de Beacon Hills alors que les contours de la lune se précisaient n'était pas de bon augure. C'est alors les mains dans les poches que le lycéen longea l'avenue qui menait à la foire. Les forains s'étaient installés quelques jours auparavant et la fête battait son plein. Stiles n'appréciait pas particulièrement cette ambiance trop bruyante, mais les lumières des manèges paraissaient plus rassurantes que les rues sombres des allées voisines. Il avait d'abord pensé à prendre sa jeep pour rejoindre Scott et ses amis, mais s'était rétracté en pensant au taux d'alcoolémie qui pourrait, au préalable, compromettre ses capacités indéniables de bon conducteur. Il avait ainsi pris son courage à deux mains et s'était décidé à parcourir les deux kilomètres qui le séparaient de son meilleur ami.

Le brun se remémora la conversation qu'il venait d'avoir au téléphone avec Scott et accéléra encore le pas. Penser à Lydia à moitié dévêtue était la meilleure motivation qu'il n'ait jamais eue.

Lorsque Stiles arriva devant la porte d'entrée de chez son meilleur ami, il se persuada qu'il passerait une excellente soirée. Il entendait déjà la musique raisonner entre les quatre murs de la maison et Isaac et Lydia chanter à tue-tête une chanson des années 2000. Scott ouvrit la porte et l'accueillit à bras ouverts.

« J'ai oublié de prendre un cadeau, murmura Stiles, honteux. »

« T'inquiète, ton meilleur pote a pensé à tout ! répondit Scott avec un clin d'œil complice. »

Le brun entra dans le hall et put apercevoir ses amis danser, un verre à la main, le sourire aux lèvres et les yeux brillants d'une sobriété plus vraiment d'actualité.

« Vous avez commencé sans moi ! se plaignit Stiles, un faux air triste sur le visage. »

« T'as vu à quelle heure t'arrives ! répondit Isaac, le bonheur se lisant sur ses traits. »

Il lui tendit un verre de champagne et l'invita sur la piste de danse. Stiles repéra Peter, Derek et Boyd discuter d'un côté du salon, un verre également à la main. Le brun ne put s'empêcher de remarquer le comportement agité de l'alpha qui semblait avoir perdu son habituel self-control. Ses yeux croisèrent les siens, toujours peu émotifs. Il connaissait ces yeux par cœur, ayant plongé les siens maintes et maintes fois dans leur prunelle, appréciant par dessus-tout l'irrégularité des sillons dorés qui parsemaient l'émeraude de ses iris. Ce simple souvenir provoqua un goût amer dans sa bouche. « La double vie de Stiles Stilinski » pensa le brun, l'humour un peu acerbe ce soir. Il n'aimait pas voir Derek en public. Ca perturbait son écosystème sentimental et il perdait pied face au désintérêt que le loup pouvait innocemment lui vouer. Il le vit froncer le nez, comme s'il avait repéré une odeur désagréable, mais n'y fit pas plus attention, puisque Lydia l'avait entraîné dans une danse endiablée.

« Stilinski ! appela Isaac, le sourire éclatant, une pâtisserie entre ses doigts. »

« Oui Lahey ? répondit Stiles, essoufflé par l'énergie débordante de Lydia qui tournoyait dans ses bras. »

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Allison lui lança un clin d'œil complice et prit Scott par le bras pour danser un slow langoureux. Stiles ne comprit pas vraiment l'allusion qu'elle venait de lui faire, mais ne s'en formalisa pas. L'alcool n'aidait pas à éclaircir ses idées certes, mais le jeune homme pensait tout de même être relativement lucide. Lydia était-elle réellement venue pour le voir, à lui ?

Stiles repéra Isaac et Derek sortir par la cuisine, laissant Peter et Boyd à leur discussion. Essayant d'ignorer ce qu'il venait de voir, il se balança au rythme de la musique et se joignit à l'ambiance de ses amis.

Boyd, toujours en compagnie de Peter, sortit un paquet jaune de sa veste en cuir et en tira une cigarette.

« Dehors, dit simplement Scott. »

Boyd haussa les épaules et se dirigea vers la porte menant à la petite cour longeant la maison de Scott. Il gratta une allumette et porta la cigarette à sa bouche. Isaac et Derek s'affrontaient à un match de basket à la déloyale, chacun utilisant ses instincts de loup-garou pour leurrer son adversaire. Mais Boyd ne put profiter pleinement de son petit plaisir son alpha virevolta brusquement, délaissant le ballon entre les mains d'Isaac qui n'en demandait pas tant. Le brun se dirigea d'un pas rapide et déterminé vers son bêta et lui confisqua d'un geste sec et presque imperceptible sa cigarette à peine consumée. Il laissa échapper un grognement de mécontentement à l'égard de Boyd qui haussa les sourcils, surpris. Ce n'était pas la première fois que Derek le surprenait à fumer et jamais il n'avait eu une telle réaction.

« Pas pendant une pleine lune, lança l'alpha en levant les yeux au ciel pour illustrer ses propos. »

Boyd acquiesça, un peu perdu. Il n'eut pas le temps de penser plus que Derek avait fourré sa main dans la veste de son vis-à-vis pour en extraire le paquet jaune et le glisser dans la poche de son propre jean. Stiles, Scott et Peter admiraient la scène à travers la fenêtre de la cuisine. L'aîné fronça les sourcils et lança un regard intrigué à Stiles qui continuait à regarder l'échange dehors, sans se rendre compte du soudain intérêt de Peter.

« Stiles, tu ne m'as jamais dit que tu avais un chat. »

Le brun leva son regard vers lui, surpris.

« Euh… Tu es le genre de personne à qui on ne prêterait même pas son stylo… alors te raconter ma vie… »

Peter fit un rictus provocateur, comme il aimait si bien le faire.

« L'image que tu as de moi est réellement flatteuse. »

« Tu t'attendais à quoi ? Que je te jette des confettis ? »

« Non, tu préfères me lancer un cocktail molotov. »

« Et je le referai si j'en avais un sous la main, là, maintenant, tout de suite ! »

Le silence se fit lorsque Derek et Isaac rentrèrent dans la cuisine. Les deux loups ne s'aperçurent pas de la situation tendue.

« Tu pues le chat, tu pues le chat… chantonna doucement Peter en regardant Stiles en souriant. »

Ce dernier lui offrit son plus beau regard noir avant de se diriger vers le salon, où les entremets étaient disposés sur la table. Il n'avait pas particulièrement faim, mais toute excuse était valable à ses yeux quand il s'agissait de ne pas rester dans la même pièce que l'oncle de Derek. Cet homme le dérangeait plus qu'il ne le haïssait. Il ne lui faisait absolument pas confiance, après tout, il avait essayé de le tuer, et avait tenté de transformer Lydia. Non, il ne voyait pas en quoi l'ancien alpha pouvait éventuellement espérer une moindre once de sympathie de sa part.

Lydia se joignit à lui en se servant une autre coupe de champagne. Ses joues rosies témoignaient de son taux d'alcoolémie déjà bien avancé. Elle lui lança un sourire amusé en haussant les épaules, ses yeux brillant de mille feux. Son chemisier entrouvert laissait deviner une poitrine généreuse, et Stiles ne put s'empêcher de plonger son regard dans le décolleté si gentiment offert à lui.

« Ca te plaît ? »

Stiles sursauta et se sentit rougir incroyablement vite. Alors qu'il se demandait s'il se transformait en homard, Lydia posa sa coupe sur la table, s'approcha de lui sensuellement, ses hanches dansant sous les prunelles inquisitrices du lycéen.

« Euh… Eh bien… C'est à dire que… »

Stiles, à court de mots, préféra finalement se taire. Les gestes de la rousse le désemparaient et son cerveau à demi embrouillé par la situation n'osait plus analyser ce qui se passait vraiment devant lui. Avait-il le droit de profiter de l'ivresse de Lydia ? Les mains de la jeune femme se posèrent sur ses hanches, ramenant le brun contre son corps brûlant.

« Lydia, réussit-il à souffler. »

La rousse posa un doigt sensuel sur la bouche de son vis-à-vis avant d'emprunter ses lèvres d'un baiser langoureux. Stiles, surpris, prit un instant avant de répondre à la sollicitation de la jeune femme. Leurs langues s'entremêlèrent, les différentes saveurs se rencontrant dans une danse maladroite. Le cœur du brun s'emballa sous l'excitation, mais ne put s'empêcher de penser qu'un baiser alcoolisé de Lydia Martin n'était pas à la hauteur de ses courbes aguicheuses. La jeune fille gémit de plaisir et passa une main inquisitrice sous le tee-shirt du brun, caressant du bout des doigts la peau brûlante qui s'offrait à elle. Sentant que la situation prenait un chemin différent, Stiles prit la décision de mettre un terme à leurs actes inconsidérés.

« Lydia… Tu es saoule… »

La rousse gloussa et porta une main à sa bouche.

« Et alors ? »

Le brun haussa les épaules.

« Et alors… »

Stiles ne trouva rien à dire. Il se pencha et captura ses lèvres pour un autre baiser élancé. Lydia s'écarta finalement du brun, fronça les sourcils et se précipita vers les toilettes sans crier gare.

« Sympa l'effet que je lui fais, ricana le brun en passant une main gênée dans ses cheveux. »

Scott choisit ce moment-là pour rejoindre son meilleur ami.

« Alors ? lança-t-il, le regard taquin en lui assenant un léger coup de coude complice. »

« Elle est en train de vomir dans les toilettes, répondit simplement Stiles en soupirant. »

Scott crut bon de ne rien répondre immédiatement. Mais l'alcool se faisant, sa langue ne put retenir ces mots :

« Tu sais l'amour ça donne parfois envie de vomir. »

Stiles lui jeta un regard noir et prit d'un geste vif un morceau de gâteau au chocolat sur la table.

« Moi c'est l'amertume qui me donne envie de vomir. »

« T'as le mal de mer ? demanda Scott, on ne peut plus sérieux. »

Le brun lui tapota gentiment dans le dos, un sourire las dessiné sur ses lèvres.

« T'en es à combien de verres, Scott ? »

« Hum, assez pour te dire que j'ai bien envie que tout le monde se taille pour m'offrir une bonne nuit d'amour avec Allison, si tu vois ce que je veux dire… »

Stiles ricana.

« Je vois, je vois… En bon ami que je suis, je vais donc vous quitter. Ca donnera peut-être des idées aux autres. »

Scott prit un air étonné et semi-affolé.

« Eh non, ne crois pas que je veux te virer ! Reste ! »

« T'inquiète Scott, de toute façon je n'ai pas prévenu mon père que je sortais ce soir. J'espérais rentrer avant qu'il ne revienne de son travail. Et puis bon, on se voit demain pour que tu me racontes – sans détails s'il te plaît – tes ébats charnels avec Lara Croft ! »

Scott sourit.

« T'es le meilleur des meilleurs des meilleurs amis ! »

« A ton service, vieux. »

Stiles attrapa sa veste pendue au porte-manteau et fit un tour rapide dans la cuisine pour saluer tout le monde. Son regard croisa celui de Derek. Ce dernier esquissa une légère grimace de dégoût qui étonna le brun. Il haussa les sourcils, plus pour lui-même que pour réclamer des explications. Son cœur se serra à cette image, mais il ne répliqua rien. Il vit Peter lui adresser un sourire narquois, un air amusé sur le visage. Ses yeux riaient. Riaient de quoi ? Stiles n'en savait rien. Mais à quoi bon s'alarmer, c'était Peter Hale après tout.

Stiles sortit de la maison de Scott, la pleine lune éclairant la ruelle sur son passage. Il n'avait pas dit au revoir à Lydia. Leur moment à tous les deux s'était avéré moins fantastique que dans ses rêves. Certes, la jeune rousse avait l'excuse de l'alcool. Ses baisers humides et trop assurés n'avaient pas laissé place à la surprise. Tout était mécanique et impersonnel.

Le lycéen se rapprochait rapidement de la fête foraine qui commençait à fermer ses manèges. Il était deux heures passées déjà et les gens s'en allaient rejoindre leur voiture, barbapapa, ballons colorés et pomme d'amour toujours en main. Stiles sourit à la vue d'un petit garçon qui refusait de lâcher son énorme peluche Bob l'Eponge alors que son père lui intimait de la placer simplement dans le coffre. Le brun passa près d'une machine à sous qui lui rappela des souvenirs douloureux. Entre douleur et bonheur, la limite était mince et Stiles ne savait pas lequel de ces sentiments enserrait réellement son cœur en ce moment-même. Il décida néanmoins de ne pas se laisser aller dans ces instants nostalgiques et continua sa route d'un pas déterminé. Le père eut finalement raison de son fils et enferma Bob l'Eponge dans le coffre, un sourire satisfait sur les lèvres. Stiles sourit aussi et hésita une minute à s'acheter une gaufre que la vieille dame vendait dans sa vieille camionnette encore éclairée. Il tâta dans ses poches et en sortit quelques centimes. Il n'avait pas faim, mais une envie soudaine de sucreries. Alors qu'il comptait le peu de monnaie qu'il possédait, le brun releva lentement la tête, méfiant. Il lui avait semblé entendre un grognement. Le genre de grognement qu'il n'aimait pas ouïr le soir d'une pleine lune.

Après quelques secondes de flottement, il repartit dans ses comptes, néanmoins toujours sur ses gardes. Il n'eut pas le temps d'arriver à un dollar que le même grondement retentit, plus distinct. Stiles releva soudainement la tête, cherchant des yeux la provenance de ces bruits.

« Scott ? appela-t-il, incertain. »

Le silence lui répondit. Abandonnant ses pièces dans les poches de son pantalon, le brun reprit la direction de sa maison, sur ses gardes, au bord du pas de course. Ses yeux analysaient tous les recoins sombres sur leur passage et ses sens restaient en alerte. Peut-être était-il parano, mais s'il avait bien appris une chose à Beacon Hills, c'était de ne jamais ignorer le moindre jappement. Canin ou lupin. Il regretta sa jeep bleue, tranquillement garée sur son perron. Perron qui lui semblait bien loin en ce moment-même. Un troisième râlement caverneux parvint aux oreilles de Stiles, dont le cœur battait maintenant la chamade.

« Scott ! s'écria-t-il, le souffle court. C'est pas drôle ! »

Alors que les battements de son cœur cognaient contre ses tempes en sueur, le brun sentait la panique envahir son corps, sa gorge serrée empêchant une respiration fluide et assurée. Il savait très bien que son meilleur ami ne lui causerait jamais une telle frayeur. Mais essayer de le croire l'empêchait de rester tétanisé sur le trottoir, à quelques centaines de mètres de sa maison. Il avait pour impression que s'il se mettait à courir, la bête en ferait de même. Or, Stiles préférait qu'elle ne se dévoile pas encore, quitte à retarder son arrivée.

« Isaac ? »

Le lycéen était bien décidé à énumérer tous les noms des loups garous qu'il connaissait pour apaiser son rythme cardiaque. Il avait chaud, l'adrénaline courant dans ses veines enflammant la température de son corps. Sa voix raisonna dans l'obscurité de la nuit.

« Isaac, je t'assure, c'est pas moi qui t'ai offert un lapin en peluche ! »

Stiles n'entendit pas de réponse, bien sûr. Le silence était pesant et l'atmosphère se faisait lourde. Il n'entendait que sa respiration rapide qui brisait la quiétude apparente des environs. Son souffle lui sifflait dans les oreilles et l'empêchait de percevoir le moindre bruissement des feuilles.

« Ou si c'est le fer à repasser qui te gêne, je t'assure, c'est pas moi non plus ! »

Le brun n'était plus qu'à quelques mètres de sa maison, et l'envie de courir se faisait plus pressante. Il pouvait apercevoir sa porte d'entrée qui lui tendait les bras, chaleureuse, et l'invitait à franchir le seuil le plus rapidement possible. Stiles ne tint finalement plus et piqua un sprint dont il se croyait incapable. L'adrénaline filant dans ses veines, il sentait le vent siffler dans ses oreilles, le souffle saccadé et le cœur accélérant encore sa mélodie endiablée. Ses yeux le piquaient et sa bouche sèche brûlait sa gorge jusqu'à ses poumons. Une douleur vive s'éveilla sur son flanc, mais Stiles en fit fi et poursuivit sa course jusqu'au portail de sa maisonnée, chaque foulée devenant plus lourde et étirant chacun de ses muscles endoloris. Alors qu'il atteignait la pelouse tarie par la chaleur, il sentit ses pieds décoller du sol, fauchés par un bras dur comme de la pierre. Les bras protégeant son visage, le brun heurta la terre avec lourdeur, glissant sur plusieurs centimètres, la poussière terreuse s'engouffrant dans sa bouche, ses yeux et ses narines. Laissant échapper un gémissement de douleur, il n'osa pas relever la tête pendant plusieurs secondes. Il resta là, recroquevillé sur le perron, à quelques mètres de la porte, le visage enfouit dans le sol terreux. Immobile, il attendit.

Un miaulement strident lui glaça le sang. Il releva la tête, hésitant. Ses yeux papillonnèrent, sa vue obscurcie par les grains sablés infiltrés sous ses cils. Rien. Le porche semblait désert. Lentement, il se remit sur ses pieds, toujours aux aguets, ses jambes tremblant sous l'émotion. Il se massa le genou sans s'en rendre compte. Il n'avait pas rêvé. Quelqu'un l'avait intentionnellement fait tomber.

« Skitty ? appela-t-il doucement, la voix éraillée. »

Une masse noire apparut dans les airs pour atterrir lourdement à quelques mètres des pieds de Stiles dans un bruit mat. Le brun recula d'un pas. Il se frotta les yeux, un picotement perça sa cornée qui rougissait au fil des secondes. Il leva les yeux vers le toit mais ne perçut que l'obscurité.

« Skitty ? répéta-t-il, prêt à rendre son dîner. »

Il venait de découvrir que la peur pouvait également donner envie de vomir. Ne voyant personne se manifester, Stiles prit son courage à deux mains et sortit son téléphone de sa poche pour éclairer la masse gisant sur sa pelouse devant lui. A sa vue, il porta une main tremblante à sa bouche, un haut le cœur soulignant tout son dégoût face à un tel spectacle. Les larmes au bord des yeux, il regretta vite les quelques mots qui s'échappèrent de ses lèvres :

« Montre-toi ! »

Seul le silence fragile lui répondit. Il n'osait toujours pas bouger. Un seul mouvement de sa part rendrait la situation trop réelle. Son genou l'élançait. Ses coudes le brûlaient. Il avait chaud. Et froid. Et il était éreinté. Il voulait se réveiller, prendre son petit-déjeuner et être encore en retard à l'école. Des larmes de fatigue scintillèrent entre ses cils.

« Vas-y Peter, montre-toi ! »

Sa voix craqua mais Stiles était sûr de lui. Peter lui avait reproché de sentir le chat. Manifestement, il gardait une certaine rancœur envers les félins. Le pourquoi n'intéressait pas le lycéen. Il voulait simplement regarder l'ancien alpha dans les yeux et lui crier ses quatre vérités. Alors qu'il abandonnait l'espoir d'un tel affrontement, une ombre surgit du toit, atterrissant à quelques centimètres du brun qui crut sa dernière heure arriver. Des yeux rouges perçants le foudroyèrent et Stiles se paralysa de stupeur. Les oreilles pointues de la bête tendaient en arrière et le reflet de la lune brillait sur les crocs saillants du loup. Un grognement menaçant s'échappa des canines du lycanthrope qui retenait toute son agressivité face au brun effrayé.

« De… Derek ? bégaya Stiles d'une voix blanche, stupéfait. »

Le loup gronda derechef, les griffes acérées, le dos arqué et les yeux luisant d'une folie ardente.

« Putain Derek, c'est quoi ce délire ! »

Stiles reprit une certaine contenance, préférant garder contrôle de lui-même. Il ne put s'empêcher de penser qu'il était là, seul en présence de cet homme, et que cette proximité, bien que menaçante en cet instant-même, le mettait mal à l'aise. Il n'aimait pas les sensations que lui procurait le loup quand il le regardait. Il n'aimait pas les pensées interdites qui lui traversaient l'esprit. Ni les palpitations trop rapides qui cognaient contre sa poitrine. Ni les tremblements presque imperceptibles de ses mains. Il évitait tout contact optique avec Derek Hale. Pour le bien de son cœur.

Un bruissement se fit entendre chez la maison voisine. Une porte claqua. Une lumière apparut.

« Shérif Stilinski ? »

La voix vieillissante de Monsieur Bryant ne trouva aucune réponse. Le loup plaqua le jeune homme contre la porte d'entrée. Son souffle était roque et rapide. Une tension palpable naissait entre les deux corps collés l'un à l'autre. Les mains griffues de Derek enserraient les poignets de Stiles qui commençait à grimacer sous la douleur, les ongles charnus pénétrant sa chair fragile. Mais il n'en avait cure. Les yeux carmin du loup le transcendaient. Un grognement sourd s'échappa des lèvres du lycaon qui montra un peu plus les dents. Le lycéen déglutit, partagé entre les deux sentiments intenses du désir et de la peur.

Ils comprirent que le voisin rentrait chez lui, bougonnant qu'il avait encore dû entendre des voix et que depuis la mort de sa femme l'année passée, cela devenait trop récurrent. La porte claqua encore une fois et le silence se refit, plus intense.

« Derek… souffla Stiles d'un ton qu'il voulait assuré. »

Le brun respirait difficilement. Le loup-garou grogna derechef.

« Derek, lâche-moi, articula Stiles de manière plus ferme. »

Lentement, les oreilles pointues se rétractèrent pour retrouver leur forme originelle et les dents acérées suivirent leur cadence. La poigne douloureuse sur les bras du lycéen se fit moins enserrée, ce qui lui permit de se dégager doucement des doigts maintenant imberbes de Derek. Un silence gêné s'abattit entre les deux hommes.

Stiles leva une main légèrement tremblante près du visage de son vis-à-vis. Ses yeux rougeoyaient encore de temps en temps, signe que le loup ne se trouvait pas loin. Il se posait beaucoup de questions sur les réactions agressives de Derek – Skitty en avait fait les frais – mais son esprit s'évadait vers un horizon plus torride et plus agréable, qu'il connaissait par cœur. Sa main se posa sur la joue de son aîné et, pris, d'une impulsion qu'il ne connaissait trop bien, ses lèvres emprisonnèrent celles du loup qui ne mirent pas longtemps à suivre leurs ardeurs.

Stiles réussit à ouvrir la porte d'entrée dans son dos. La tâche ne fut pas facile, accroché au cou de Derek, et il se tordit maladroitement la main en actionnant la poignée de la porte. Ils titubèrent à l'intérieur de la maison, leur passion prenant le dessus sur leur raison. Stiles dévorait la bouche du loup qui répondait avec ferveur et tentait vainement de maîtriser sa force surnaturelle, ses bras étreignant la taille du lycéen assez maladroitement. Stiles appuyait sur sa nuque pour approfondir toujours plus leur baiser langoureux. Une de ses mains s'égara sur le postérieur de Derek et percuta un objet rectangulaire qui dépassait de la poche de son jean. Sans y prêter plus attention, ses doigts s'aventurèrent sous le tee-shirt du loup qui grogna au contact de leur peau brûlante. Stiles sentait qu'il perdait pied, abandonné dans sa passion fiévreuse. Plus rien n'avait de cohérence, juste leur deux corps collés l'un à l'autre. Il ne savait plus où il se trouvait, tous ses sens restaient uniquement dirigés vers celui qui lui faisait face. Très vite, l'ardeur qu'ils échangeaient agressa ses lèvres qui commencèrent à brûler sous les assauts de celles de Derek. Mais Stiles ne pouvait s'empêcher de l'ignorer, et d'en quémander encore plus. Son souffle saccadé témoignait de l'intensité du moment qu'ils partageaient.

Les deux hommes se dirigèrent difficilement vers les escaliers qui menaient à la chambre de Stiles. Après deux trébuchements presque passés inaperçus, ils atteignirent finalement l'étage et le lycéen guida le loup à travers le couloir sombre jusqu'à la porte de sa chambre. Il tira Derek par son tee-shirt pour le ramener vers lui et l'enlacer dans une étreinte plus tendre. La ferveur passée, Stiles enveloppa de ses lèvres celles de Derek qui répondit chaleureusement, avec moins d'intensité. Le baiser qu'ils échangèrent n'avait plus rien de spontané. C'était un baiser sucré, engendré d'une envie naturelle, né d'une attirance irrévocable.

Les deux hommes s'allongèrent sur le lit, leurs lèvres toujours scellées. La pénombre de la chambre soulignait leur instant secret, avec pour seul spectateur, une grande lune clandestine qui les observait à travers les rideaux de la fenêtre. Stiles fit courir ses doigts agiles le long du dos de Derek qui se tenait au dessus de lui. Ses muscles tendus témoignaient de l'intensité de leurs échanges et le lycéen n'en fut que plus stimulé.

Etrangement, les baisers de Derek étaient doux. La première fois, Stiles s'était attendu à ce que le loup prenne possession de sa bouche et mène la danse. Mais il en était tout autre. Bien que ses gestes restaient fermes, le jeune homme ne pouvait dissimuler un côté timide, pas maladroit, mais seulement effarouché. Ses baisers contrastaient avec sa nature de loup-garou, et Stiles ne pouvait s'empêcher de penser que cet aspect-là de cet homme le rendait encore plus attirant.

Le brun sentit son plaisir se manifester en son bas-ventre et une légère teinte rose apparut sur ses joues. Il remercia silencieusement la pénombre de dissimuler les traits de son visage, et continua l'exploration dorsale de son loup. Ses mains glissèrent lentement sur les fesses musclées de Derek qui continuait de sillonner le cou de Stiles de baisers voluptueux.

Le vrombissement de la voiture du shérif paralysa tout instant d'intimité. Stiles sut dès lors qu'il eut entendu le moteur si particulier du véhicule que leur nuit s'arrêterait là. Il vola un dernier baiser au brun et approfondit légèrement leur échange. Il gravit dans sa mémoire toutes les sensations que ce simple geste lui procurait. Car il ne savait pas quand cela se reproduirait. Leurs lèvres se séparèrent alors que Stiles faisait glisser sa main le long de la joue de son amant d'un soir.

« Derek, souffla-t-il d'un ton suppliant ».

Il s'agrippa au bras du loup de toutes ses forces alors que ce dernier s'était déjà levé pour quitter les lieux de leur folie. Etrangement, le brun, après une légère hésitation, tourna la tête vers le jeune homme toujours sur le lit. Ses yeux clairs le dévisagèrent un instant mais son expression resta neutre. Stiles entrouvrit la bouche, prêt à déblatérer tout ce qu'il avait sur le cœur. Mais les mots n'étaient pas suffisants pour exprimer ce qu'il ressentait en ce moment-là. Il n'y arrivait pas. Il n'osait pas.

Derek se dégagea doucement de l'étreinte de Stiles et enjamba la fenêtre pour disparaître dans la nuit. Le lycéen resta quelques secondes à fixer la porte de sortie du loup. La lune pleine semblait se rire de lui. Il soupira doucement et ramena la couette sur son torse. Stiles baissa les yeux, déjà nostalgique, et son regard accrocha un objet brillant à demi-dissimulé sous les plis de sa couverture. Il le saisit du bout des doigts et le ramena sous la lumière de la lune. Un sourire triomphant éclaira son visage.

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Le shérif entra sans prévenir dans la chambre de son fils. Stiles peinait à enfiler ses chaussures, toujours bouleversé par les événements de la veille. Ses pensées s'entrechoquaient, n'arrivant pas à se stabiliser et à remettre un ordre logique aux incidents de cette nuit. Il leva un œil hagard et vide vers son père alors qu'il sentait son gros orteil souffrir le martyre dans sa converse. Oui, il avait définitivement interverti la droite et la gauche. Alors que le brun ouvrait la bouche pour demander des explications, il se heurta à un regard dur et furieux. Le shérif arborait une mine pincée, les sourcils froncés et les muscles tendus.

« Tu n'as rien à me dire ? »

Stiles pensa un bref instant à prendre une moue renfrognée et innocente. Mais l'expression sérieuse de son père lui fit vite changer d'avis. Son cerveau essaya vainement de comprendre la situation, les idées se percutant toujours les unes contre les autres, sans jamais exposer une théorie cohérente. Alors que les battements de son cœur commençaient à s'accélérer, signe d'un début de panique alarmant, la douleur grandissante de son pied gauche le sortit de son état léthargique. Il ôta rapidement sa chaussure, laissant son gros orteil crier sa souffrance et sûrement proférer des insultes à son égard. Il eut le bon réflexe de l'enfermer entre ses doigts et d'effectuer de légères pressions pour atténuer le lancinement. Malgré les quelques secondes de répit que Stiles avait réussi à voler, l'imagination n'était malheureusement pas au rendez-vous ce jour-là.

« Stiles ? »

Le shérif attendait toujours, planté comme un piquet à l'embrasure de la porte. Il ne semblait pas vouloir abandonner et comptait bien recevoir quelques explications sérieuses.

« Euh… Je… balbutia Stiles, le cerveau tournant à cent à l'heure. »

Sa loquacité était à l'image de son niveau intellectuel à ce moment précis. A savoir, nul et… nul. Il passa une main nerveuse sur sa nuque. Son téléphone sonna à ce moment-là. Voyant ceci comme une autre minute de répit, Stiles s'empara de l'objet salvateur d'un geste un peu trop précipité et s'apprêta à décrocher lorsque son père tonna un « Stiles ! » ferme. Le lycéen eut le temps d'apercevoir le nom de son interlocuteur avant de reposer son téléphone sur le lit. Il se demanda un instant si son père avait remarqué la carcasse de Skitty pas loin du palier de la porte d'entrée. Sa disparition n'avait pas pu passer inaperçue, et il était certain que son père venait lui demander quelques explications méritées. Mais les événements de la veille ne lui avaient pas laissé le temps d'inventer une de ses excuses foireuses auxquelles son père ne croyait jamais. Il pensa un instant jouer la carte de l'innocence encore une fois, mais les traits de son visage devaient exprimer au monde entier tout le poids de sa culpabilité. Skitty était un brave chat après tout, malgré tous ses défauts. Il espérait qu'il avait rejoint le paradis des chats où il pourrait chasser toutes les abeilles qu'il rencontrerait.

Son téléphone vibra sur le lit, signe d'un nouveau message. Stiles osa à peine regarder l'écran. Il aurait voulu disparaître sous son lit, comme il le faisait quand il était petit et qu'il s'était fait prendre à arracher les nouveaux hortensias de la voisine. Ou même quand il s'était amusé à dessiner des maisons sur la Mustang de son oncle à l'aide des cailloux qui jonchaient l'allée menant chez lui.

« Passe-moi ce téléphone. »

Le brun grimaça. Il n'aimait pas du tout la tournure que prenaient les événements.

« Papa… essaya-t-il de protester. »

« Non, Stiles. »

Le lycéen souffla et lui lança nonchalamment son téléphone. Le shérif l'attrapa avec agilité et jeta un regard sévère à son fils. Ses sourcils se froncèrent à la vue des notifications de l'écran.

« Je peux savoir pourquoi Derek Hale possède ton numéro ? »

Stiles se mordit la lèvre inférieure, gêné.

« Euh… Eh bien… »

« Et pourquoi il t'appelle à une heure aussi matinale ? »

Le brun se doutait bien de la raison de son appel, mais ne pouvait certainement pas en faire part à son père.

« Je sais pas, hier on avait cette soirée chez Scott pour l'anniversaire d'Isaac, et tu sais que Derek est le tuteur d'Isaac, et il voulait sûrement me remercier d'être passé à la fête. »

Quelques secondes de silence s'installèrent, pendant lesquelles Stiles se demanda s'il n'avait pas pu trouver une meilleure excuse.

« Une soirée chez Scott… répéta suspicieusement le shérif. »

Stiles porta une main à sa bouche et se rendit compte trop tard de son erreur.

« Je pense que Mélissa serait ravie d'apprendre que sa maison a servi d'hôte le temps d'une nuit. »

« Papa… essaya de protester le brun. »

« Stiles, il y a plutôt intérêt que je ne retrouve aucune trace d'alcool sur les lieux du crime, sinon je t'assure que terminées les soirées pendant l'année scolaire ! »

Le brun grimaça encore une fois et pria pour que son père ne sorte pas un éthylotest de sa poche (il pouvait être surprenant parfois). Mais il savait bien. Il savait bien que son fils vivait son adolescence de la même manière qu'il avait vécu la sienne. Il voulait seulement faire comprendre à sa progéniture que malgré tout, il restait là pour lui et qu'il était prêt à le recadrer si nécessaire. Stiles avait beau être mature et débrouillard, il demeurait son enfant et le shérif ferait tout pour le protéger des aléas de la vie.

« Tu n'as toujours rien à me dire ? »

Stiles haussa les sourcils en guise d'incompréhension. Son père sortit alors un paquet carré de la poche arrière de son jean et lui agita sous le nez. Stiles sentit la honte lui monter aux joues, des images de sa nuit passée flottant devant ses yeux. Il prit alors son air le plus outré qu'il avait dans son répertoire et s'écria le plus naturellement du monde :

« Tu FUMES ?! »

A suivre…