Titre : Can't be tamed
Résumé : Sterek. L'amour, Stiles connaît. Lui et sa passion légendaire pour Lydia Martin. Mais l'amour plein de questions, il le découvre. Et pas avec le meilleur des enseignants…
Note : Et nooon, vous ne rêvez pas ! Comme quoi, il ne faut jamais désespérer…
Can't be tamed
Chapitre 3 : It's set in my DNA
Flashback – quelques mois plus tôt
Stiles s'écarta un peu plus du loup. Ses bras l'enveloppaient dans une étreinte protectrice et ferme. Son corps irradiait d'une chaleur propre à sa nature : le jeune homme avait l'impression d'être blotti contre une épaisse fourrure duvetée. La sensation était d'abord agréable, mais elle devenait vite insoutenable. Stiles sentait de fines gouttelettes glisser le long de son dos, témoins de la température suffocante qui régnait sous les draps. Il esquissa une petite grimace de dégoût. Comment Derek pouvait-il supporter une chaleur pareille sans transpirer comme lui ? Le brun souleva le bras de son amant pour s'en dégager discrètement, sans le réveiller. A peine eut-il amorcé son geste que le loup, par réflexe, resserra son étreinte, et émit un grognement de mécontentement. Stiles sentit le souffle endormi de Derek dans son cou et frissonna de plaisir. Leurs escapades secrètes se faisaient de plus en plus nombreuses, même si très irrégulières. Le lycéen ne pouvait pas rêver mieux que de passer ses nuits dans les bras du loup. A la fois tendre et viril, ce dernier exposait des facettes de lui-même que peu de personnes lui connaissaient, et Stiles se réjouissait d'être de ces privilégiés-là. Par ailleurs, il osait espérer être l'unique dans son lit, même si aucun contrat d'exclusivité n'avait été discuté jusque-là. A vrai dire, les deux partis n'avaient jamais pris le temps – ou eu l'envie – de débattre sur la nature ambiguë de leur relation. Le lycéen, de son côté, y nourrissait une anxiété trop grande pour s'autoriser à mettre le sujet sur le tapis. Il préférait encore être de passage de temps en temps dans le lit de Derek que de bouleverser leurs rapports intimes et se retrouver seul sur le seuil, accablé, avec trop d'amour à donner et personne avec qui le partager.
Les rideaux, d'une opacité nullement efficace, laissaient filtrer les rayons du soleil matinal, éclairant le loft austère du loup. Stiles laissa courir son regard sur l'immensité de la pièce. La demeure manquait honteusement de couleurs, et il se surprit à imaginer à quoi ressemblerait l'appartement de Derek si leur vie avait été normale. Il décorerait ce mur-là d'un grand tableau rouge, afin de contraster avec le gris anthracite de la façade dénuée de couleur. Puis il accrocherait un bel abat-jour, orange peut-être, afin d'habiller cette affreuse ampoule qui pendouillait malheureusement du plafond, désespérément triste de ne pouvoir scintiller de son plus bel appareil. Enfin, il changerait ces draps sombres qui recouvraient leurs deux corps enlacés, ainsi que les taies d'oreiller dépareillées qui cassaient vulgairement l'harmonie de ce lit si sacré. Le loft n'était que le reflet de Derek, froid au premier abord, mais riche de doux souvenirs qui tiraillaient les sentiments du lycéen.
Stiles, de nouveau contre son amant, se résigna à y rester. Il tritura un instant le bracelet argenté au poignet de Derek. Son doigt passa sur la surface lisse et rectangulaire, signe qu'il devait s'agir d'une gourmette, plus qu'un bracelet ordinaire. Cependant, rien n'y était inscrit, et Stiles se permit de la retourner pour vérifier que rien n'y était gravé sur son revers non plus. La gourmette ne comportait assurément aucune inscription, et ce fut lorsque le brun repassait une énième fois son doigt sur les mailles du bijou qu'un soupir plus prononcé sur sa nuque balaya agréablement les petits cheveux naissant à sa base. La main, inerte quelques secondes auparavant, se réveilla doucement pour entrelacer les doigts de Stiles avec les siens, dans une petite étreinte délicate que le brun appréciait tant.
« Tu colles… se plaignit Derek dans un souffle, tout en resserrant encore plus le corps du lycéen contre lui. »
« Il fait au moins cinquante degrés dans le lit, se défendit Stiles en exerçant une légère pression sur leurs mains entrelacées. »
Le loup posa ses lèvres brûlantes sur la nuque transpirante du brun qui soupira de plaisir. Il fit courir sa langue jusqu'à la naissance de sa mâchoire et termina son ascension d'un baiser charnel. Le lycéen, les yeux fermés, savoura cet instant délicat et laissa échapper un gémissement de plaisir. Derek émit un petit rire.
« Quoi ? fit Stiles, à moitié honteux de s'être laissé aller de cette manière. »
« Rien, rien, répondit doucement le loup, un sourire satisfait sur les lèvres. »
Le brun poussa un soupir frustré, et fit mine de se lever. A son grand désarroi, Derek ne le retint pas et le laissa s'extirper gauchement du lit, s'emmêlant dans les draps, et manquant de s'étaler de tout son long par terre. Mon Dieu qu'il haïssait les matinées qui s'annonçaient maladroites…
Après s'être finalement dépêtré de la literie qui lui collait à la peau, il s'empara vivement de ses vêtements nonchalamment jetés la veille, aux prémices de leur nuit d'amour, et entama la lourde tache de se rhabiller.
« Tu t'en vas ? demanda Derek, loquace, en haussant un sourcil interrogateur. »
Stiles finit de remonter son jean jusqu'à sa taille avant de se tourner vers son amant.
« Bien vu, Sherlock. »
« Il est à peine sept heures… »
« Oui, et à huit heures j'ai un cours sur la littérature et les apologistes de la colonisation. Tu vois John Hammond, Daniel Coxe ou Gabriel Thomas ? Absolument passionnant. »
« Plus passionnant que d'être avec moi ? sourit Derek avec un air mutin non dissimulé. »
Stiles eut un temps d'arrêt. Le loup n'aimait pas réellement parler de leur relation. Du moins, il esquivait tout sujet de conversation qui pourrait s'y référer. A vrai dire, les instants passés ensemble se résumaient aux folles parties de jambe en l'air et ne comptaient pas des discussions semblables. Or, c'était là tout le problème. Le brun se posait trop de questions, et à ruminer dans son coin, développait des sentiments qu'il refoulait de toutes ses forces. Le cœur et ses déboires…
« C'est une manière détournée de me demander de rester ? risqua Stiles, en enfonçant ses mains tremblantes dans les poches de son jean. »
Il avait voulu se donner un air décontracté, mais il sut très vite reconnaître son échec cuisant.
« Non… s'étonna Derek en haussant les sourcils. »
Stiles réprima son chagrin passager en se détournant et en enfilant son tee-shirt à la va-vite. Une fois dos au loup, il permit un sourire malheureux d'assombrir son visage habituellement si enjoué. Il entendit Derek sortir du lit et ramasser ses affaires au sol.
« C'est quoi ton bracelet ? s'enquit le brun, toujours dos à son amant. »
Il perçut la légère hésitation de Derek qui ne fit plus un bruit.
« Pourquoi ça ? demanda-t-il en retour. »
Stiles haussa les épaules et dit :
« Une gourmette sans nom ? »
« Tu n'as pas les bons yeux pour le voir… »
Le brun ne comprit pas le sens de sa phrase et se retourna pour demander plus de détails. Il n'eut pas le temps d'exprimer son étonnement que Derek continua :
« Le jour où tu les auras, si ça venait à se produire, tu pourras éventuellement le lire… »
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« STILINSKI ! »
Stiles leva légèrement la tête. Il se retrouvait encore une fois étalé dans l'herbe, son corps meurtri par les coups de ce sport qui devenait de plus en plus ingérable. Il se sentait faible dans ces situations-là.
« Stiles ! appela Scott, à quelques mètres de lui. »
« Oui, oui, râla le brun en se relevant péniblement sur ses coudes. »
Son dos l'élançait plus qu'à son habitude. Il devait avoir un bleu. Ou deux. Il sentait déjà celui qui pointait le bout de son nez sur son avant-bras gauche. Quelque chose de bien picotant. Les joies d'un être humain. Et dire que Scott ne se plaindrait plus jamais d'un rhume de sa vie, lui devait subir les ridicules symptômes d'encore plus ridicules petites pichenettes. Ou même l'apparition d'hématomes aux origines inconnues. Le frôlement d'une table pouvait-il réellement éclater une veine ? Chez Stiles, la réponse était oui.
Le sifflet du coach mit fin à ses pensées insalubres et le brun fut sur pieds non sans douleurs. Il pouvait voir au loin Lydia et Allison, assises dans les vieilles tribunes en bois, la première totalement indifférente à l'entraînement qui se déroulait à quelques mètres d'elle, et la deuxième tout sourire amoureux, les yeux rivés sur son petit-ami qui passait entre ses coéquipiers, donnant accolade sur accolade. Scott s'avança vers Stiles, épuisé mais ravi de leurs deux heures de lacrosse.
« Alors avec Lydia ? s'enquit-il en lui adressant un clin d'œil évocateur. »
Le brun, essoufflé, jeta un regard rapide vers la rousse, toujours absorbée dans sa lecture. Elle passa une main assurée dans sa chevelure de princesse et la posa sur l'épaule d'Allison, certainement pour attirer son attention.
« Oh oui, elle a l'air carrément intéressé, railla Stiles en souriant d'un air béta. »
Scott laissa échapper un rire moqueur.
« Pourtant hier soir- commença-t-il. »
« On pourrait parler de ça ailleurs que sur le terrain ? coupa son ami. J'ai juste envie d'enlever tout ça et de prendre une douche, continua-t-il en montrant son équipement de lacrosse du doigt. »
Scott acquiesça et tous deux se dirigèrent vers les vestiaires, emboîtant le pas à leurs coéquipiers, déjà loin devant eux. Profitant encore de leur intimité, Stiles dit :
« Au fait, j'ai trouvé un bracelet en rentrant chez moi hier, sur le chemin. Et je me demandais si tu pouvais pas y jeter un coup d'œil ? »
Le loup haussa les sourcils.
« Euh… quel genre de bracelet ? »
« Le genre qui me paraît surnaturel tu vois. »
« Parce que tu peux dire quand un bracelet paraît surnaturel, toi ? »
« C'est une gourmette sans nom. »
« Et alors ? »
« T'as déjà vu une gourmette sans nom, toi ? »
« Avant d'être gravées, elles sont sans nom, oui. »
« Mais tu ne portes pas une gourmette sans nom. »
« Peut-être qu'elle n'a jamais été portée ? »
« Tu m'agaces, conclut Stiles. »
Scott soupira.
« Et pourquoi tu veux que je la regarde ? Tu crois que c'est la mienne ? Flash info : j'en ai pas ! »
« Je veux que tu la regardes avec tes yeux, expliqua Stiles, faisant fi de la réplique moqueuse de son ami. »
« Avec mes yeux ? demanda Scott. »
« Oui. »
« Avec quoi d'autre tu voudrais que je regarde ? »
Stiles passa une main désespérée sur son visage. Ils n'étaient plus qu'à quelques mètres des vestiaires.
« Avec tes yeux, tu sais ! Tes yeux quoi ! »
Scott esquissa une grimace d'incompréhension.
« Tes yeux effrayants de loup-garou ! s'énerva Stiles en amorçant un geste irrité dans les airs. »
« Ben voilà, c'est plus clair. »
Stiles soupira exagérément et poussa la lourde porte des vestiaires.
« Et ton bracelet magique, il est où ? »
« Dans mon casier. »
Les deux garçons se faufilèrent entre leurs coéquipiers qui se changeaient, délivrant leur corps transpirant d'épaisses couches de fibres synthétiques qui n'aidaient en rien le confort peu appréciable de leur équipement de lacrosse. Un brouhaha, habituellement si tributaire de la gente féminine, naissait des conversations animées de l'équipe qui débattait sur le futur score du prochain match qu'ils joueraient à domicile. Invaincue encore cette saison, l'équipe de Scott espérait continuer dans sa lancée prometteuse et faire perdurer leur réussite jusqu'au prochain break des vacances. Chose mal convenue, deux de leurs joueurs défensifs, blessés, ne répondraient pas présents lors de leur prochaine rencontre à Clear Creek High. De quoi se poser des questions sur la future teneure de leur jeu, ordinairement dépendante d'une défense en acier.
Stiles ouvrit la porte de son casier et en extirpa son sac de cours. Il évita de justesse de se le faire tomber sur son pied, accoutumé du fait, et le laissa s'écraser lourdement sur le sol. Il se baissa et fouilla dans une des poches avant d'en retirer le bijou argenté qui scintilla aux lumières vives des néons du vestiaire.
« Tiens, dit-il en le fourguant dans la main tendue de Scott. »
Ce dernier lui lança un dernier regard interrogateur avant de baisser la tête, des mèches de cheveux lui retombant devant les yeux. Stiles attendit quelques secondes, impatient, dansant d'un pied sur l'autre. Il retint un « alors, alors, alors ? » et se pinça vivement les lèvres à la place. Scott releva finalement la tête vers lui et lui remit la gourmette dans la main. Son ami haussa les sourcils en guise d'interrogation, les lèvres rougies de leur tendre torture. Le loup ne dit rien et ouvrit à son tour la porte de son casier. Stiles écarta les bras, montrant par là qu'il attendait une quelconque réaction.
« Alors ? finit-il par demander, voyant que son capitaine ne semblait pas vouloir se décider. »
Scott ferma la porte de son casier d'un coup sec après avoir pris une serviette de bain propre et un gel douche à la mangue.
« Tu l'as eu où ce bracelet déjà ? s'enquit-il, un air méfiant lisible sur son visage habituellement souriant. »
« Euh… bégaya Stiles. Dans la rue… »
« Stiles, dit Scott, un sérieux dans la voix que son ami ne lui connaissait que lors de circonstances relatant soit des problèmes à dominante lupine, soit des interrogations sur sa relation ô combien enivrante avec Allison. Je suis ton ami, n'est-ce pas ? »
Le brun eut un geste de recul presque imperceptible.
« Mon MEILLEUR ami, répliqua-t-il, indigné. »
« Alors, continua Scott, tu me le dirais si… si ça n'allait pas ? »
Stiles prit un air pensif.
« Bien entendu, finit-il par dire. »
Mais il savait que Scott était capable de dénicher le vrai du faux, grâce à ses sens aujourd'hui surdéveloppés.
« Stiles, répéta-t-il. Tu me le dirais si ça n'allait pas ? »
Le brun se pinça à nouveau les lèvres. Scott savait qu'il lui cachait quelque chose, c'était indéniable. Et Stiles était très mauvais menteur, il en avait fait les frais plusieurs fois, notamment avec son père. Par ailleurs, grâce aux fameuses Camel malencontreusement tombées sur leur palier, le shérif Stilinski restait persuadé que son fils avait succombé à l'attrait très provocateur de la cigarette et que, de ce fait, il serait privé de sortie jusqu'à nouvel ordre. Oui, le shérif n'y allait pas par quatre chemins, et s'assurait le plus souvent que sa progéniture ne dévale pas une pente dangereuse, autrement qualifiée de « crise d'adolescence ».
« Y a quoi d'écrit sur la gourmette ? répondit-il, évitant par là la question de son ami. »
Scott soupira.
« Rien… absolument rien du tout. »
Il lui lança un dernier regard déçu et suivit les retardataires jusqu'aux douches communes. Stiles ferma les yeux, désorienté par cet échange tendu. Il devrait avoir une conversation avec Scott avant que son amitié avec celui-ci ne pâtisse de sa vie privée tumultueuse. Le loup était son meilleur ami depuis toujours et rien n'entraverait leur relation si unique.
Ils s'étaient rencontrés pour la première fois en élémentaire, quelques mois après la rentrée des classes, ils devaient avoir dans les six ou sept ans. Stiles était un enfant particulier, hyperactif, très dynamique, et souvent réprimandé par la maîtresse qui ne supportait pas son côté agité. Mais il n'y pouvait rien, Stiles, si sa jambe tressautait toute seule sous la table, et qu'il faisait vibrer le petit casier en bois qui abritait ses cahiers et ses crayons de couleur. Incapable de rester concentré lors des lectures interminables de poésies insignifiantes, le petit garçon remuait sur sa chaise, faisant grincer les pieds en fer rouillé contre le sol en bois. Souvent puni, il se levait, malheureux, pour rejoindre le coin de la classe, un bonnet d'âne vissé sur la tête, sous les rires de ses camarades trop jeunes pour comprendre la cruauté de leur maîtresse et le malaise de leur ami. Le premier trimestre passa, les jours se ressemblant plus ou moins, le nom de Stiles écrit à l'encre indélébile sur le bonnet d'âne qui l'attendait sagement sur la petite table au coin de la classe, prêt à remplir son rôle moralisateur accablant. Le brun réprimait ses envies de gigoter, la tête baissée, et luttait contre les bâillements qui menaçaient de trahir le sommeil dont il se privait, la nuit, pour contrer l'hyperactivité qui lui pourrissait la vie. Des fois, il regardait Lydia, la jolie petite rousse qui avait intégré leur classe l'année précédente. Première de la classe et attentive jusqu'au moindre détail, elle incarnait la perfection aux yeux de Stiles qui lui enviait son aisance à l'école, l'admiration de la maîtresse et la popularité de sa beauté auprès de leurs camarades. Lui n'avait que pour seul ami ce bonnet en papier mâché, vieux de plusieurs années certainement, qui lui faisait de l'œil à la moindre réprimande de la maîtresse.
Tout cela changea le jour où Scott arriva, au moins de janvier, quelques jours après la rentrée des vacances de Noël. Scott était un petit bout de chou, très souriant, appliqué dans ses devoirs et avide de se faire des amis. Originaire du Texas, Galveston, légèrement typé latino, il faisait souvent en sorte de rester dans la classe pendant les récréations afin d'éviter les jeux des garçons qui s'amusaient à faire peur aux filles en leur courant après. Aussi, son côté amical lui avait valu le surnom de « Scott la Mascotte », révélateur de son ascension sociale au sein de sa classe, après seulement quelques semaines.
Flashback
Stiles se tenait droit comme un « i », dos à la classe, face au mur. Accusé à tort d'avoir intentionnellement fait tomber sa trousse pour faire rire la galerie, il se retrouvait là encore une fois, son bonnet fétiche sur la tête. Il n'osait pas bouger de peur de recevoir une autre punition. La maîtresse l'avait grondé, mais, accoutumé du fait, le petit garçon ne pleurait plus, pas comme au début de l'année où il ne cessait de céder à son chagrin et de laisser paraître son côté trop émotif, digne héritage de son hyperactivité omniprésente.
« Pourquoi tu restes là ? »
La petite voix, timide, provenait de derrière lui. Stiles tourna la tête, intrigué, et ne fut qu'à moitié étonné de découvrir Scott la Mascotte, près du bureau de la maîtresse, le petit livre de lecture dans une main.
« Je suis puni, lui rappela Stiles. »
« Mais la maîtresse elle est sortie de la classe, répliqua Scott en montrant du doigt la salle vide. »
Stiles haussa les épaules et ne bougea pas. Il ne voulait pas d'une autre punition.
« Et toi, pourquoi t'es pas dehors avec les autres ? demanda-t-il. »
Le petit latino hésita avant de répondre.
« J'aime pas la récréation… »
« Menteur ! accusa Stiles en fronçant les sourcils. »
Lui adorerait pouvoir être dehors à se dépenser. Il pourrait enfin gigoter dans tous les sens sans que personne ne lui dise d'arrêter. Il pourrait courir après le ballon, comme le faisaient les autres garçons, ou courir après Lydia et sa robe en mousseline, qui rigolerait de son petit rire cristallin.
« Pourquoi la maîtresse elle te punit tout le temps ? demanda Scott en posant son cahier sur le bureau de la maîtresse. »
Stiles fit la moue.
« Parce que je gigote trop et que ça déconcentre les autres. »
« Pourquoi tu gigotes alors ? »
L'hyperactif haussa les épaules.
« Je sais pas c'est comme ça. »
« Maman est infirmière. Tu voudras qu'elle regarde pourquoi tu gigotes ? proposa Scott avec un sourire fier sur les lèvres. »
« J'ai déjà vu un docteur. Il m'a donné des médicaments, révéla Stiles, hésitant. »
Le latino acquiesça, un air compréhensif sur ses traits enfantins.
« Moi aussi j'ai des médicaments, confia-t-il en baissant la voix, comme un secret que l'on veut partager avec qu'une seule personne. »
« Toi aussi tu gigotes ? »
« Non, au contraire. Quand je bouge trop j'ai du mal à respirer… »
Stiles le regarda, étonné d'une telle révélation, et se détourna complètement de son mur. Il darda son petit index vers son nouvel ami :
« Alors toi tu peux pas trop bouger, et moi je bouge trop ? »
Scott la Mascotte acquiesça avec un léger sourire.
« On est frappadingues, hein ? rigola-t-il. »
« Toi plus que moi ! »
« Moi au moins je suis pas puni ! se défendit Scott. »
« C'est pareil, tu restes dans la classe parce que tu peux pas bouger, répliqua Stiles en lui tirant la langue. »
« Si t'es méchant je m'en vais ! »
Stiles eut un temps d'arrêt.
« Mais je rigolais, s'excusa-t-il en baissant la tête. »
Scott fit un grand sourire, amusé par la comédie de son nouvel ami.
« Mais non je reste. Tu veux un bonbon ? proposa-t-il en sortant un arlequin joliment coloré de sa poche. »
Ils furent interrompus par la sonnerie de la cloche qui annonça la reprise de la classe.
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Stiles sortit de la douche, seul dans le vestiaire. Tout le monde avait regagné sa classe. Lui ne se sentait pas d'humeur à rester concentré durant la longue heure de cours de sociologie qui l'attendait. Décidé à esquiver ce calvaire, il avait pris son temps sous le jet brûlant de la douche, réfléchissant à ce qu'il devrait, ou devait, faire afin de ne pas ternir ni entacher son amitié avec Scott. Ce que ce dernier ne comprenait pas, c'est qu'il devenait difficile d'amorcer la question sans que celui-ci ne lui reproche d'avoir gardé si longtemps son secret. Stiles se sentirait alors obligé de déballer tout ce qu'il conservait au plus profond de lui, très près de son cœur, afin de justifier ses actes indéfendables devant le tribunal de l'amitié.
Une serviette autour de la taille, il s'assit sur un des bancs du vestiaire, pensif. Tournant et retournant l'hypothétique possibilité de tout dévoiler à Scott, dans tous les sens, le brun n'apercevait qu'un champ vide de réaction, incapable de prédire ce que son meilleur ami penserait, ou même ferait, s'il venait à découvrir sa relation secrète et condamnable. Car Stiles ne se voilait pas la face. Sa majorité était aujourd'hui certes à portée de main, dans moins d'une année, mais nul doute que son entourage n'encouragerait pas sa relation avec une personne de sept ans son aîné, de surcroît masculine, de nature lycanthrope et pour couronner le tout, anciennement accusé du meurtre de sa propre sœur. Sans compter son tempérament très réservé, que Scott aimait qualifier d'insaisissable, pour ne pas dire répulsif, ainsi que la sombre affaire qui planait toujours au dessus de l'incendie de la maison des Hale. Tous ces éléments mis bout à bout n'incitaient pas le brun à confier son secret le plus honteux, issu du fruit défendu le plus convoité d'une adolescence tout à fait normale, soumise aux impulsions hormonales inavouables.
Stiles ouvrit la porte de son casier et en retira des affaires propres. D'un geste habituel, il vérifia son téléphone, que son père avait eu la bonne idée de cacher dans le vaisselier, vestige de sa punition. Mais le shérif sous-estimait les capacités instinctives de son fils qui connaissait toutes ses cachettes, grâce aux nombreuses vacances d'hiver passées à chercher les cadeaux que l'imaginaire Père Noël planquait dans toute la maison au lieu de passer par la cheminée suivi de son habituel « oh oh oh ». Stiles s'assura que le message provenait bien de Derek, qui faisait suite à la conversation entamée de ce matin, après que le brun eut récupéré son bien entre trois assiettes à soupe et le service à whisky. Il s'habilla rapidement, enfilant un jean légèrement effiloché sur son genou gauche et un tee-shirt noir à la phrase bien pensante « Parental Advisory : Keep Out », que son père lui avait offert l'année précédente. Stiles riait de sa propre bêtise quand ceux qui l'entouraient pensaient simplement que son humour n'était pas en adéquation avec son statut d'éternel célibataire se languissant de Lydia Martin.
« Je le récupère ce soir » lut-il sur son téléphone.
Le cœur de Stiles rata un battement. Leurs rencontres en tête-à-tête se soldaient généralement entre des draps, mais elles n'étaient pas si fréquentes que ça. Deux fois dans la même semaine équivaudrait à un nouveau record que le brun espérait battre à chacune de leur entrevue. Calmant son excitation, il redescendit vite sur terre quand il se remémora sa « mise à pied », comme il l'appelait. Par ailleurs, son père était de congé ce soir et passerait certainement sa soirée devant le match de basket opposant les Lakers au Chicago Bulls, à mâchonner du pop corn à la texture en plastique et à siroter une Heineken trop tiède pour être purement appréciée.
« Impossible ce soir, écrivit Stiles à contre cœur. Demain ? »
Il envoya son message et enfouit le téléphone dans sa poche. Il eut à peine le temps de se lever que ce dernier vibra contre sa cuisse.
« Pose-la sur le rebord de ta fenêtre, je viendrai la chercher quand même. »
Le lycéen grimaça. Il ne voulait pas de ça. Il voulait un tête-à-tête avec Derek Hale. Parce que la veille, avortée qui plus est, n'avait pas été suffisante. Parce que toutes les dernières fois n'étaient plus suffisantes. Il en voulait encore, toujours plus. Demain, après-demain, et peut-être même le surlendemain. Jusqu'ici incapable de faire face à la réalité, il se sentait enfin apte à exprimer ses désirs, autrement qu'à lui-même, et à partager son sens de la répartie qui lui causait tant d'ennuis :
« Dans tes rêves, répondit-il, avant d'insérer un émoticône en forme de doigt d'honneur, futur sujet à controverse qui ne présageait rien de bon. »
A suivre…
