Titre : Can't be tamed
Résumé : Sterek. L'amour, Stiles connaît. Lui et sa passion légendaire pour Lydia Martin. Mais l'amour plein de questions, il le découvre. Et pas avec le meilleur des enseignants…
Note : Et nooon, vous ne rêvez pas ! Comme quoi, il ne faut jamais désespérer…
Can't be tamed
Chapitre 4 : Don't change me
La porte d'entrée était grande ouverte, preuve incontestable que John avait terminé son travail plus tôt et qu'il attendait Stiles de pied ferme. Sans aucun doute, le shérif eut vite remarqué que son fils avait retrouvé ET récupéré son téléphone alors qu'il l'avait si bien dissimulé. Le brun présentait sans aucun doute toutes les qualités d'un futur bon inspecteur de police, mais son père préférait qu'il se concentre plus sérieusement sur ses années lycée plutôt que de s'essayer à jouer au petit enquêteur de quartier. Stiles se distrayait trop vite, et John se sentait obligé de le recadrer continuellement afin que son jeune garçon ne détourne pas son attention de ce qui déterminerait son avenir, à savoir, les PSATs. Même si le brun jouissait de capacités intellectuelles non contestables, la réussite scolaire ne se fondait pas sur de simples connaissances conceptuelles et rationnelles, mais se justifiait d'un travail plus ou moins acharné – selon les compétences de chacun – afin d'uniformiser la société et d'en assurer son meilleur fonctionnement.
Le docteur Edmond, meilleur pédopsychiatre de Beacon Hills, avait diagnostiqué à Stiles, dès ses premières années, un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité. Claudia et John ne comprirent pas de suite l'importance du cadre spécifique dont nécessitait leur progéniture afin de mieux s'épanouir. Pensant que seule la guidance parentale jouerait un rôle déterminant dans son développement personnel et dans l'accomplissement de sa scolarité, Claudia avait eu la bonne idée d'inscrire le jeune garçon à des séances de sophrologie pédagogique en guise de médecine alternative. Cependant, Stiles refusa d'y mettre les pieds, prétextant qu'il passait assez de temps assis sur une chaise à l'école et qu'il préférait pratiquer un sport de son âge. C'est ainsi qu'il s'intéressa en premier lieu au football, sport très à la mode à cette époque, mais abandonna très vite, lassé de ne pouvoir frapper dans le ballon sans lui marcher dessus et se retrouver les quatre fers en l'air la moitié du temps d'entraînement.
Ce fut quelques semaines plus tard que John apprit que son fils ne profitait d'aucune récréation - pourtant plus que nécessaire à sa condition - souvent puni par sa maîtresse qui ne supportait pas la nervosité maladive de son élève. C'était Melissa McCall, la maman de Scott, le meilleur ami de Stiles, qui lui avait confié que les deux garçons restaient en classe durant le temps de pause. Nullement inquiétée pour son fils et connaissant l'hyperactif par ses nombreux allers retours à l'hôpital, elle avait prévenu le shérif Stilinski de la situation de Stiles, pensant qu'il serait utile de discuter de ses troubles pédopsychiatriques avec la maîtresse de leurs enfants. Découvrant le petit manège du bonnet d'âne et s'outrageant de cette méthode si controversée, John n'eut besoin que d'un seul rendez-vous avec le proviseur de l'école de son fils pour que cette mascarade cesse au plus vite et que son garçon ne subisse plus de telles humiliations auprès de ses camarades de classe. Ne comprenant pas le silence de Stiles sur cette affaire qu'il qualifiait d'extrêmement préoccupante, il s'était entretenu avec ce dernier pour s'enquérir des répercussions psychologiques que tout cela avait pu avoir sur lui. Contre toute attente, le brun ne semblait pas affecté par cet acharnement disproportionné et paraissait, à l'inverse, s'amuser du rôle de bouc-émissaire qu'on lui avait injustement attribué. Plus tard, il lui avait confié combien Scott l'aida à outrepasser l'intolérance déraisonnable de la maîtresse et son intention de ne plus se laisser marcher sur les pieds. Stiles avait grandi de cette expérience et affirmait enfin un petit caractère que personne ne lui soupçonnait auparavant.
Le lycéen gara sa jeep bleue dans l'allée qui précédait la grande maison beige aux volets indigo. Pestant encore une fois contre le pare-brise de son véhicule qui jouait le rôle de cimetière aux insectes volants assez fous pour lui couper la route, il claqua la porte d'un coup sec et tressaillit à l'étrange bruit métallique qui en résulta. N'osant pas jeter un regard en arrière de peur de ce qu'il pourrait découvrir, il s'avança vers la porte d'entrée, d'une démarche légèrement sautillante, son sac à dos nonchalamment posé sur son épaule. Scott lui avait promis de passer dans la soirée, ayant bien compris que son meilleur ami s'était décidé à se confier sans détour. Ou presque.
Stiles n'aurait plus qu'à l'annoncer à son père, alors que celui-ci l'avait privé de sortie.
« Je suis rentré ! lança joyeusement le lycéen en franchissant la porte. »
Il s'engouffra dans le salon, persuadé de trouver son père avachi dans le canapé en cuir noir, éreinté de n'avoir rien fait de la journée. Cependant, seule la télévision, allumée, diffusait en boucle les informations de la chaîne régionale.
« Papa ? appela-t-il en posant son sac sur le sofa. »
Il éteignit le téléviseur et prit la direction de la cuisine. Il pouvait sentir la douce odeur du café et du pain perdu que son père venait de préparer. Son estomac réagit joyeusement aux doux arômes qui emplissaient le salon. C'était leur petit rituel lorsque ce dernier bénéficiait de jours de repos. Contrairement à son père, qui ne jurait que par « sa dose psychotrope », comme l'appelait son fils, Stiles se délectait d'un bon chocolat chaud, exquis privilège de sa condition juvénile et tendre conséquence de son TDA.
« Ici ! répondit une voix grave dans la cuisine. »
John patientait, assis devant la table à manger, un coude sur celle-ci et son menton appuyé sur sa main.
« Viens là qu'on discute tous les deux, reprit-il en lui lançant un regard qui ne présageait rien de bon. »
Le jeune homme s'assit face à son père, essayant par tous les moyens d'arborer son air le plus innocent. Après un « hum hum » pour se donner contenance, Stiles haussa les sourcils, prêt à encaisser tout reproche qui lui était destiné.
« Tu ferais presque peur comme ça… dit-il, essayant de détendre l'atmosphère devenue légèrement pesante. »
« Je sais, ça m'empêche de dormir la nuit. »
Le brun sourit à cette remarque qu'il connaissait si bien pour l'employer lui-même de temps à autre.
« Je peux savoir pourquoi tu n'es pas allé à ton cours de sociologie aujourd'hui ? »
Stiles ouvrit la bouche, étonné, avant de la refermer. Il répéta ce manège plusieurs fois avant qu'un son ne franchisse ses lèvres. D'abord, il ne s'attendait pas à ce que son père l'apprenne, mais surtout, il ne s'attendait pas à ce que son père l'apprenne si vite.
« Ce prof est une balance, commenta-t-il en posant ses coudes sur la table, dépité. »
« Non, il fait son boulot de prof, répliqua son père en fronçant les sourcils d'un air sévère. Toi, en revanche, tu ne fais pas ton boulot d'élève concerné par son avenir. Du coup, t'es privé de sortie. »
Stiles ouvrit la bouche encore une fois, prêt à répliquer, mais n'eut pas le temps de contester que le shérif reprenait déjà :
« Oh oui je sais, tu es déjà privé de sortie. Disons qu'on passe d'une semaine à deux. Et plus de voiture. Tu prendras le bus. Peut-être que la prochaine fois tu y réfléchiras à deux fois avant de sécher un cours. »
Le lycéen grimaça puis soupira. Il ne pouvait pas en vouloir à son père. Il n'avait juste pas assuré. Tant pis, il en assumerait les conséquences, même s'il devait bien avouer qu'il regrettait amèrement. Et en plus, il n'avait plus faim, pensa-t-il en regardant tristement le pain perdu dans son assiette.
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Stiles prit une grande inspiration, ne sachant pas par où commencer. Il se demanda un instant s'il faisait réellement le bon choix, si finalement il ne pouvait pas tout garder pour lui. Après tout, tout était resté secret si longtemps, pourquoi ne pas continuer ainsi ? Il avait l'impression que s'il révélait tout ce qui se passait depuis des mois, le rêve prendrait fin, et la réalité le rattraperait, anéantissant la clandestinité de ce faux bonheur avec son amant de nuit. Avouer cette relation défendue changerait le cour de l'avenir, il en était persuadé. Un peu comme prendre conscience de quelque chose en le disant tout haut. Il ne se sentait pas prêt à faire une croix sur son histoire avec Derek, mais il savait qu'il s'agissait de la meilleure chose à faire. Pour lui. Pour son entourage aussi. Mais surtout, pour son cœur, qui battait trop fort à la simple pensée du loup. Oui, il était temps d'y mettre un terme. De tout mettre à plat, et de ne plus avancer dans cet épais brouillard qui lui bouchait la vue et qui faisait de sa vie un enfer paradisiaque.
Scott lui faisait face, assis en tailleur sur son lit. Stiles avait convaincu son père de le laisser rentrer, lui expliquant qu'ils avaient des choses à régler, des affaires personnelles, question d'amitié ou de petite mort sociale. Le latino avait décoché son plus beau sourire innocent devant la plaidoirie de son meilleur ami, mais surtout, face au regard courroucé du shérif qui se demanda si son fils parlait réellement la même langue que lui, quand il lui disait qu'il était puni de sortie. Stiles, adepte passionné du détail rhétorique et fervent défenseur de la langue de Shakespeare, avait répliqué qu'ils resteraient dans sa chambre, en chiens de faïence, et qu'aucune escapade par la fenêtre n'était prévue. Le shérif, exaspéré, baissa les bras et s'installa sur son fauteuil en cuir vert favori, devant le match de basketball dont le coup d'envoi venait d'être sifflé. « Vous avez une heure, avait-il cinglé, le dos tourné, en levant haut l'index pour appuyer ses paroles. »
Il était à peine vingt heures quand les deux amis étaient montés jusqu'à la chambre du brun.
« Je… Je sais pas comment te dire tout ça… commença-t-il, les yeux baissés, en triturant nerveusement ses doigts, les tordant dans tous les sens, cherchant par là une quelconque solution. »
Scott le fixa mais ne dit rien. Il attendrait le temps qu'il faudra, mais il sentait que son meilleur ami avait besoin de parler. Il était l'heure de mettre fin à cette mascarade, quelle qu'elle soit, et de trouver une réponse ensemble à toutes ces questions que le brun semblait se poser, seul dans son coin. Le loup voulait l'aider, mais il ne l'obligerait jamais à se confier contre son gré.
« C'est difficile, continua Stiles, les yeux toujours rivés sur ses doigts. »
Scott bougea légèrement sur le lit. Il réfléchit à toute allure, cherchant un moyen d'apaiser l'anxiété de son ami, de le rassurer, et de lui faire comprendre qu'il était prêt à entendre ce qu'il avait à lui dire, sans juger, sans statuer, et surtout, sans condamner.
« Stiles, amorca-t-il, tu peux tout me dire, tu le sais ça ? Tu es avec moi depuis le début. Depuis le tout début, insista-t-il, faisant allusion à leur enfance insouciante. Je ne te tournerai jamais le dos. Pas après tout ce que tu as fait pour moi. »
Scott s'arrêta un instant, laissant ses idées s'ordonner dans son esprit. Faisant fi de sa fierté masculine, il reprit d'une voix plus timide :
« T'es mon meilleur ami… On a vécu tellement de choses tous les deux. Des choses insensées ! Et pourtant tu vois, on est toujours là, ensemble, à se serrer les coudes. »
Stiles se mordit la lèvre inférieure et releva la tête. Ce que Scott lui avouait le touchait. Mais il avait peur des conséquences que son secret engendrerait. Est-ce que leur amitié pouvait tout affronter ? Est-ce qu'un meilleur ami peut tout entendre ? Tout accepter ? Tout pardonner ?
« Alors, je ne sais pas ce que tu es sur le point de me dire, mais il y a une chose que je sais… »
Scott fit une pause, cherchant ses mots. Leur face-à-face était important pour lui, ça faisait trop longtemps qu'ils ne s'étaient pas retrouvés seuls, comme avant. Avant Allison, avant Lydia, avant leur marathon contre la mort, avant sa morsure. Le loup se souvenait mal de leur vie d'adolescents impopulaires, condamnés à rester dans l'ombre des plus admirés, cruelle loi de la génération lycée. Ces derniers mois avaient été trop intenses pour se remémorer d'un seul instant de quiétude. Scott se sentait triste et honteux de ne pouvoir se souvenir de ce sentiment de bien-être et d'insouciance qui l'habitait auparavant. Honteux et nostalgique. Depuis quand n'avait-il pas joué aux jeux vidéos avec son meilleur ami à leur soirée spéciale « pizza-coca-dead or alive 3 » ? Depuis quand ne s'étaient-ils pas retrouvés isolés dans sa chambre, seulement lui, Stiles et leur amitié ? A parler des filles qui les ignoraient comme s'ils faisaient partie des murs de l'école ? Du dernier film sorti au cinéma, ce blockbuster qu'il ne fallait absolument pas rater ? Pourquoi avait-il l'impression que cette vie-là n'avait jamais existé ?
« … si tu as un cadavre sur les bras, on demandera une pelleteuse à Isaac. »
Stiles sursauta, resta interdit, les yeux ronds, la bouche entrouverte.
« T'es con ou quoi ? le sermonna-t-il en lui frappant l'épaule de son poing. »
Scott lâcha un « aïe » plus pour le principe que par réelle douleur.
« Je voulais juste détendre l'atmosphère, tu m'avais l'air tellement coincé… »
« Et tu crois que c'est comme ça que je vais me décoincer ?! le réprimanda Stiles en haussant légèrement la voix. »
Le loup laissa échapper un rire.
« Si t'as tué personne, je vois pas ce qu'il peut se passer de pire… »
Stiles souffla.
« Tu me trompes avec Allison ? demanda Scott, un sourire mesquin et une lueur moqueuse dans les yeux. »
Le brun prit un air étonné.
« Tu devrais pas plutôt dire « Allison me trompe avec toi ? » ? »
Scott haussa les épaules.
« C'est du pareil au même. »
« Si tu le considères comme ça alors, on peut dire que je te trompe… »
Stiles se pinça les lèvres. Il avait sauté sur l'occasion pour lui avouer qu'il avait plus ou moins quelqu'un dans sa vie. Il avait l'impression d'avoir fait un pas de géant, alors que le plus long restait encore à faire. Scott, de son côté, ouvrit grand les yeux et se redressa sur le lit, le cœur battant fort d'excitation pour son ami.
« Quoi ? Tu as une copine ? s'exclama-t-il, un énorme sourire aux lèvres, ne cachant ni sa surprise, ni la joie qu'il éprouvait à cette révélation inattendue. »
« J'ai quelqu'un, rectifia le brun. Pourquoi t'as l'air surpris d'abord ? C'est si inconcevable que ça de m'imaginer en… couple ? »
Il buta sur ce dernier mot. Ce terme était inexact, il le savait bien. Son flot de babillage habituel ne répondait pas présent, et pour une fois, il le regrettait amèrement. Pourquoi, quand il s'agissait de Derek, tout devenait compliqué ?
« Ahah ! Mais c'est génial ! Pourquoi t'as mis tant de temps à me le dire ? T'es bête ou quoi ? Alors c'est qui ? Lydia ? Ou l'autre là, la fille avec nous en cours de chimie, la blonde à lunettes vertes toujours en jupe ? »
Visiblement, Stiles avait fait un transfert d'hyperactivité sur son meilleur ami qui s'agitait dans tous les sens sur son lit, excité comme tout de passer une soirée « potins », lui qui se plaignait intérieurement quelques instants plus tôt de ne plus se rappeler de ces moments fraternels si fréquents auparavant.
« Pourquoi je devrais sortir avec la fille la plus moche du lycée ? Hein ? s'énerva Stiles en lui jetant un regard noir, lourd de reproches. »
Scott déglutit.
« Euh… c'est pas ce que je voulais dire… c'est juste qu'elle avait l'air intéressé… »
« Et moi j'ai eu l'air intéressé peut-être ?! »
Le loup sourit honteusement.
« Non ? souffla-t-il. »
« Tout juste ! cria presque Stiles, les sourcils froncés. »
Scott soupira.
« Lâche le morceau, j'en peux plus là ! »
« Tu mérites même pas que je te révèle son nom ! le nargua Stiles en tournant la tête vers le mur, l'air hautain. »
Malgré l'humeur blagueuse, le brun n'en menait pas large, son esprit cherchant toujours le meilleur moyen de tout révéler en douceur, si seulement c'était possible. Scott lui lança un regard éloquent. L'atmosphère se tendit soudain, la conversation reprenant son sérieux. Stiles baissa la tête, incapable de soutenir la pression qui s'abattait sur ses épaules. Il se sentait frêle, fragile, prêt à fondre en larmes, et sa gorge serrée ne l'aidait pas à formuler son secret le plus profond, lui qui, à présent, voulait tant partager avec son meilleur ami ce qui lui pesait sur le cœur depuis si longtemps. Il avait retrouvé leur complicité qu'il pensait perdue et comptait combler toutes les dissidences qui déviaient les rails de leur amitié depuis trop de mois.
« J'ai… Je… hésita Stiles, triturant cette fois le drap sous ses jambes repliées. »
Il prit une grande inspiration.
« Tu as déjà… été attiré… par un homme ? demanda-t-il en relevant lentement la tête, guettant malgré lui la réaction de Scott. »
Ce dernier haussa les sourcils, étonné de cette question. Il comprit vite où son ami voulait en venir, et prit un air doux et compréhensif avant de répondre :
« Tu es gay ? demanda-t-il. »
« Tu n'as pas répondu à ma question, cingla Stiles en croisant les bras sur son torse. »
Scott fit une grimace, l'air de réfléchir.
« Non, je crois pas… en fait, je me suis jamais posé la question. Donc j'imagine que… non… »
Stiles hocha la tête, acceptant la réponse de son ami. Un silence gêné plana quelques instants dans la chambre, devenue prison de révélations.
« Enfin, si tu es gay, y a aucun souci hein, je veux dire, on est bien potes avec Danny. Oh putain, tu sors avec Danny ?! s'exclama Scott en se redressant encore une fois sur le lit, les yeux grands ouverts. »
L'hyperactif soupira.
« Nooon, gémit-il en se prenant la tête dans ses mains. »
Pourquoi ne pouvait-il pas seulement la dire ? Cette phrase toute bête qui résumerait ses activités nocturnes de ces six derniers mois ? Scott bougea légèrement sur le lit, à la fois impatient et inquiet.
« Je ne suis pas gay, affirma Stiles. »
Il eut un temps d'arrêt.
« Enfin, je crois pas, reprit-il finalement hésitant. Je sais pas, y a que lui qui m'attire, j'avais jamais ressenti ça pour un autre mec auparavant. C'est comme si j'étais hétéro, tu vois, mais avec une exception… je sais pas comment expliquer, comme si j'aimais les filles, parce que j'aime les filles, mais que lui chamboulait toutes mes convictions, tu vois ? Enfin non, il chamboule pas mes convictions, j'aime les filles, répéta Stiles, s'emmêlant les pinceaux, mais il bouleverse, oui bouleverse est le bon terme, il bouleverse ma ligne droite d'homme hétéro pour rajouter une pincée de « Stiles, faut jamais que tu fasses comme tout le monde », tu vois ? »
Scott acquiesça, faisant mine de comprendre, même si, au fond de lui, il ne voyait rien du tout. Son ami hocha la tête avec lui, plutôt content de son explication, même si quelque peu bancale. Il avait un peu repris contenance, même s'il savait que le plus dur était encore à suivre. La moitié du chemin était parcourue. Il restait maintenant le grand saut. Vous savez, la falaise qui vous donne le vertige, celle qui fait tourbillonner le paysage autour de vous, donnant l'impression que la Terre tourne trop vite sur elle-même et que votre corps ne suit pas la cadence, les pieds fragilement posés sur le sol poussiéreux, prêts à se dérober au moindre souffle prononcé du vent.
Stiles déglutit. Le silence de Scott ne l'aidait pas vraiment. Il se sentait seul tout à coup. Seul avec lui-même, seul avec son secret qui le bouffait de l'intérieur. Les larmes montèrent à ses yeux dont les paupières ne cessaient de battre à vitesse folle. Il ne fallait pas qu'il craque. Pas maintenant. Pas si près du but.
« Stiles ? appela Scott, inquiet, en posant une main réconfortante sur le genou de son ami. »
Il ne l'avait jamais vu si nerveux. Il crut même percevoir une larme s'échapper de ses yeux brillants. Mais non, il avait dû halluciner.
« Stiles ? répéta-t-il, dévisageant son vis-à-vis qui gardait la tête baissée. »
Il fit un point de pression sur son genou, comme pour le réveiller de sa léthargie.
« Stiles, qu'est-ce qui se passe ? Quel est le problème ? Tu peux tout me dire tu sais ? »
Le brun hocha la tête. Une larme s'écrasa sur le drap, formant un petit rond sombre sur le tissu pâle. Il prit une respiration douloureuse, une migraine s'insinuant dans les moindres recoins de ses tissus nerveux, menaçant d'éclater à tout moment. Un hoquet s'échappa de ses lèvres.
« J'ai… hoqueta-t-il, les mains tremblantes. J'ai… j'ai mal… »
Une deuxième larme s'échappa. Stiles ferma les yeux et appuya ses poings serrés sur ses paupières, interdisant à son chagrin de s'exprimer. Il gémit, désespéré, et un sanglot presque imperceptible franchit ses lèvres closes.
« Stiles, s'étrangla Scott en se précipitant sur son ami. »
Il le prit dans ses bras, dans une étreinte réconfortante, partageant sa peine qu'il ne comprenait pas. Pourquoi ne lui disait-il donc rien ? Pourquoi était-ce si dur ?
« Stiles, s'il te plaît, où est-ce que tu as mal ?! Dis-moi ! »
Le brun sanglotait entre ses bras, cédant au flot d'émotions qui l'habitait depuis trop longtemps et qu'il refusait de partager. Evacuant son trop plein de sentiments, il hoquetait contre l'épaule de son ami, incapable de refreiner son élan de tristesse, trouvant malgré lui du réconfort contre celui qui l'avait accompagné toute sa petite vie, celui à qui il avait tant voulu cacher sa relation avec Derek, de peur de son jugement, son regard, ses reproches, et qui sait, son mépris.
« Stiles, supplia Scott, son menton posé sur le haut du crâne de son meilleur ami. »
Ce dernier renifla et essaya de contrôler son souffle saccadé. Un sifflement franchit ses lèvres toujours closes. Il passa finalement une main tremblante sur son visage toujours dissimulé dans l'étreinte de Scott.
« Derek… geignit-il, comme une lamentation. »
Il regretta en suivant ses paroles.
Le latino eut un sursaut de recul.
« Quoi ? s'exclama-t-il alors que Stiles se dégageait doucement de ses bras. »
Stiles renifla encore une fois et frotta son poignet gauche sur ses yeux, essuyant ses larmes avec la manche de son tee-shirt. Il essaya de prendre une respiration assurée, qui lui procurerait un regain de sérénité. En vain.
« C'est Derek… murmura-t-il enfin. »
Scott ouvrit la bouche, abasourdi, les yeux écarquillés. Stiles releva la tête, le regard mouillé et hésitant, les lèvres tremblantes de sa révélation.
« C'est Derek, répéta-t-il, guettant la réaction de son meilleur ami, presque à contre cœur. »
Le latino garda son air ébahi, incapable d'exprimer quoique ce soit. Sous le choc.
« Scott ? murmura Stiles, incertain. »
Les rôles s'inversèrent le temps d'une seconde. Le loup cligna des yeux, comme s'il se réveillait d'un rêve dans lequel il était resté enfermé.
« C'est une blague, lâcha-t-il d'une voix blanche. »
« Une blague ? chevrota Stiles, mi-vexé, mi-énervé, ne sachant pas vraiment ce que son ami insinuait par là. »
Scott le dévisagea, méfiant.
« Derek ? Derek Hale ? s'assura-t-il, afin de ne pas créer de malentendu. »
Stiles acquiesça lentement.
« LE Derek Hale ? insista le loup. »
« Oui, souffla son ami, toujours contrarié. »
Scott prit une longue inspiration.
« Je comprends pas, darda-t-il, l'air pincé. »
Il était passé de la surprise, à l'incompréhension, à la méfiance.
« Je… C'est… bégaya Stiles, soudainement gêné de devoir parler de sa relation charnelle avec l'alpha. C'est juste… des fois… comme ça… quand… quand on se voit… »
Scott haussa les sourcils, éberlué par ce qu'il entendit. Il se demanda brièvement si tout cela ne relevait pas d'une stupide plaisanterie que ses amis lui jouaient, mais cette idée fut vite balayée par le souvenir de son ami désemparé, en pleurs dans ses bras, incapable d'émettre le moindre son, jusqu'au fameux prénom. Il connaissait trop son meilleur ami pour ne pas prendre en compte son état émotionnel actuel. Il essayait juste d'assimiler l'information qui lui avait fait l'effet d'un boulet de canon.
« Tu veux dire vous… »
Scott laissa la fin de sa phrase en suspens, sachant que Stiles comprendrait sa question muette. Ce dernier piqua un fard et acquiesça silencieusement de la tête. Le loup lâcha un « oh la vache », éberlué, et ne sut pas vraiment la réaction à adopter. Il ne savait même pas s'il existait une attitude à prendre dans ces cas-là. Il prit une grande inspiration, chassant les images trop intrusives qui se dessinaient devant ses yeux étonnés et fit le vide dans sa tête. Il s'était promis de ne pas juger son ami. Même s'il devait avouer qu'il était dur de rester de marbre face à une telle surprise. Et encore, existait-il un mot plus fort que surprise ? Surprise faisait trop bon enfant à son goût dans cette situation-là. Ce n'était pas une surprise, celle où on fait semblant d'être étonné, alors qu'on sait depuis deux semaines que son ami prépare une fête surprise, mais plutôt une surprise, comme quand on découvre sa copine dans le lit d'un autre, en pleine action, alors qu'elle est sensée être partie en week-end avec ses parents dans le Missouri. Voilà, ce genre-là. Celle qui ne vous rend pas indifférent, mais qui s'évertue à vous faire cogiter si fort qu'une migraine s'immisce sournoisement entre les quelques neurones miraculés restés au front, les armes toujours à la main, piétinant leurs confrères tombés sous le traître assaut de la stupeur.
« Oh, lâcha Scott pour combler le silence. »
Stiles baissa les yeux, mi-honteux, mi-soulagé.
« Evite de te faire un scénario imagé dans ta tête s'il te plaît, ricana-t-il, voyant les joues de Scott rougir alors que le temps semblait s'être arrêté. »
Le loup rit :
« Trop tard… »
Stiles s'empara vivement d'un coussin et l'abattit sur la tête de son ami.
« Comment tu veux que je reste stoïque face à ce que tu me dis ! se défendit Scott. Toi et… Derek ?! »
Sa voix s'étrangla au prénom de l'alpha.
« Comment ça a pu arriver ? continua-t-il, plus pour lui-même. »
Il se rendit compte de la douce cruauté de ses paroles quand il vit son ami baisser la tête, penaud.
« Je veux dire, se reprit-il, comment tu… vous… enfin, quand ? »
Les questions étaient trop nombreuses pour qu'il puisse les classer distinctivement dans sa tête.
« Ca doit faire un peu plus de six mois, avoua Stiles, les yeux rivés sur son drap, qui, décidément, n'avait jamais eu autant d'attention que ce soir-là. »
« SIX MOIS ?! s'exclama Scott, les yeux ébahis. »
Un court silence naquit.
« Six mois… répéta Scott dans un murmure. Mais pourquoi tu me l'as jamais dit ?! C'est pour ça que ça n'allait pas ? Pourquoi t'as gardé ça pour toi ? »
Stiles remua légèrement sur son lit, inconfortable.
« Parce que… je ne sais pas vraiment ce qu'il y a entre Derek et moi… On en a jamais parlé sérieusement, tu vois… »
Scott acquiesça, un air compréhensif clairement visible sur son visage hâlé.
« Ca fait six mois que tu cogites, Stiles ? »
Stiles, en réponse, soupira.
« Et tu es d'accord avec ça ? »
Le brun fit non de la tête, las de se poser des questions auxquelles personne ne semblait pouvoir répondre.
« Tu as clairement des sentiments pour lui, affirma Scott, sans détour. »
Stiles releva brusquement la tête, étonné de cette déduction.
« T'as vu dans quel état tu es ? expliqua le latino. On ne se met pas dans des états pareils pour un plan cul, crois-en mon expérience. »
« Et à part Allison, t'as eu quoi comme expérience ? répliqua l'hyperactif, connaissant déjà la réponse. »
Le loup eut un temps d'arrêt et balaya l'air de la main avant de reprendre :
« On s'en tape. C'est une façon de parler. »
Un autre silence s'introduisit entre les deux amis, vite brisé par le brun :
« De toute façon, c'est pas réciproque. »
« Il te l'a dit ? »
« Non. Mais ça se saurait sinon. »
« Il sait que t'as des sentiments pour lui ? »
« Non, j'crois pas… j'espère pas ! »
Scott croisa les bras sur son torse.
« Faudrait que tu lui demandes. »
Le visage de Stiles se déforma en une grimace horrifiée :
« Non mais t'es malade ?! s'exclama-t-il, dans un mouvement de recul. »
« Tu vas pas rester à te morfondre comme ça ! répliqua son ami. »
« Si, je peux très bien le faire, bouda Stiles en croisant à son tour les bras et en prenant un air hautain. »
« Combien de temps encore ? le provoqua Scott, en haussant légèrement la voix. »
« Comment tu veux que je demande un truc pareil à un… mec pareil ? s'étrangla Stiles. »
« T'arrives bien à coucher avec ! répliqua le loup, une image encore explicite menaçant d'apparaître devant ses yeux. »
« Chhhhuuuuut, le réprimanda son ami en posant un doigt devant ses lèvres. Va pas alerter tout le quartier non plus ! »
Scott haussa les épaules.
« Tu comptes faire quoi ? Continuer à déprimer ? »
« Je sais pas, Scott, c'est pas comme si je contrôlais quoique ce soit ! »
Le loup arbora une moue dubitative. Il n'était pas vraiment d'accord avec son ami. Stiles se devait de prendre les choses en main, au vu de la tournure de leur relation. Si chacun n'y mettait pas du sien, cette situation deviendrait rapidement ingérable. Pour Stiles, mais également pour la cohésion du groupe. Tout le monde était plus ou moins conscient que quelque chose taraudait l'hyperactif, et tous se sentaient impuissants face à son silence persistant.
Scott fronça le nez. Il connaissait cette odeur. Une senteur de pin, de feuilles humides et de terre boisée. Un effluve de début d'automne.
« Je vais aux toilettes, dit-il brusquement. »
Ces mots à peine prononcés, Scott se leva prestement du lit. Arrivé à la porte de la chambre, il se tourna néanmoins vers Stiles, une question lui brûlant les lèvres depuis un moment déjà. Depuis qu'il avait franchi la porte d'entrée de la demeure des Stilinski. Que le père de son ami lui avait rappelé les raisons qui le clouaient chez lui, logique résultat de son comportement inacceptable. Le shérif lui avait tenu un sérieux procès, et Stiles n'eut qu'à acquiescer bêtement de la tête, comme un animal pris en faute. Scott eut un temps d'arrêt, se mordit la lèvre inférieure et demanda :
« C'est quoi cette histoire de cigarettes ? »
Stiles prit tout à coup une teinte fuchsia, concurrençant les plus belles fleurs du mois d'avril. Non. Scott n'avait finalement pas envie de savoir.
A suivre…
