Titre : Can't be tamed

Résumé : Sterek. L'amour, Stiles connaît. Lui et sa passion légendaire pour Lydia Martin. Mais l'amour plein de questions, il le découvre. Et pas avec le meilleur des enseignants…

Can't be tamed

Chapitre 5 : Like I'm under inspection

Stiles lançait des regards frénétiques vers la pendule murale, son pied battant une mesure imaginaire sur le sol. Cette journée avait été interminable, entre interrogations surprises et cours magistraux absolument ennuyeux, le lycéen passait un lundi prometteur d'une semaine absolument lamentable. Les aiguilles de la pendule semblaient, par dessus le marché, prendre un malin plaisir à jouer avec le temps, le modulant à leur convenance. Bobby Finstock s'agitait dans tous les sens pour essayer de faire rentrer dans le crâne de ses élèves une notion pourtant si basique – « mais enfin, bande de cuistres aérés du cortex ! » - de l'offre et de la demande.

La craie blanche, source intarissable de maux de tête, parcourait furieusement le tableau noir de long en large, dessinant mécaniquement des schémas des plus obscurs. Un babillement assommant, certainement la voix de Finstock, achevait d'accabler les élèves, mollement assis sur leur chaise, le stylo à la bouche et le regard hagard.

Malgré le jeu cauteleux de la pendule, les yeux de Stiles ne décollèrent pas de la grande aiguille blanche qui annoncerait, dans une poignée de secondes seulement, la fin si attendue du cours.

Cinq…

Il abhorrait l'économie.

Quatre…

Par ailleurs, ses comptes en banque frôlaient malicieusement le découvert. Peut-être devrait-il se trouver un job à temps partiel en dehors des cours, comme Scott ? Pas besoin de s'appeler Adam Smith pour réaliser que le moyen le plus efficace de gagner de l'argent est de travailler. Ni Finstock. D'ailleurs, ne pas comprendre quelque chose que Finstock percevait comme évident ne pouvait être que le résultat d'une erreur de la nature. Il en exécrait d'autant plus l'économie.

Trois…

Il avait déjà songé à postuler au McDonald's de la ville, mais la simple pensée d'être entouré de junk food tous les jours lui retournait les entrailles. Il terminerait certainement obèse en une semaine avec un taux de cholestérol qui défierait les normes sanitaires de tout Américain pseudo-sportif qui se respecte. Grâce à son esprit tordu et excessivement imaginatif, il rêverait sûrement toutes les nuits d'armées indomptables de frites contre celles, plus hardies, de potatoes. Mauvaise idée que de rêver de pommes-de-terre en cotte de mailles en mithril.

Deux…

Son estomac grogna, exprimant ainsi un de ses besoins physiologiques, élémentaires à la pyramide de Maslow.

Un…

A la crispante sonnerie libératrice, le jeune homme bondit bruyamment de sa chaise, manquant de la renverser, et s'empara vivement de son sac, prêt à fuir la salle de cours curieusement silencieuse.

Tous les regards convergeaient maintenant vers lui. Debout au milieu de la salle, il ne comprit pas le soudain intérêt de ses camarades envers sa petite personne, ni celui de son professeur qui le fixait avec des yeux plus grands que les anneaux des jeux olympiques. Bobby Finstock pouvait se vanter d'être une personne particulièrement éloquente. Un atout de taille pour désorienter les plus pusillanimes des mortels.

« Stiles ? souffla Scott, toujours assis à sa place, légèrement penché en avant afin de rester le plus discret possible. »

Finstock n'eut pas le temps de réagir que Stiles se rasseyait déjà précipitamment, déconfit. Il avait oublié que le lundi, c'était deux heures d'économie.

« Pressé de nous quitter Stilinski ? »

Stiles gigota nerveusement sur sa chaise, mal à l'aise. Être le centre d'attention de toute une classe préludait un embarras inévitable quand on s'appelait Stilinski. Cette fois-ci ne dérogeait pas à la règle. Faire le clown amenuisait généralement les moqueries taquines des autres élèves, mais le jeune homme n'était pas prédisposé à dégainer son habituelle stratégie d'acrobate de la rhétorique.

Le brun reconnaissait volontiers que les regards pesants sur lui renforçaient son sentiment d'insécurité. Ils lui rappelaient ces moments à l'école élémentaire où, en joli bouc-émissaire, il se faisait en permanence réprimander par la maîtresse pour quelque chose qu'il ne contrôlait pas. Trop impulsif, l'hyperactif fournissait pourtant des efforts considérables pour rester concentré sur ce qui l'entourait. Mais la tâche s'annonçait plus difficile au fil des jours. Il n'arrivait plus vraiment à mettre de l'ordre dans ses pensées omniprésentes, agents insatiables de migraines toujours plus térébrantes. Même la lumière du soleil lui tenaillait le crâne.

Sentant une rougeur traîtresse lentement teinter ses joues contre son gré, Stiles baissa la tête pour admirer le bois usé de sa table, où quelques grossières inscriptions gravées aux ciseaux immortalisaient des amours de jeunesse.

Quelques rires fusèrent, compréhensifs, et l'hyperactif ne put qu'essayer de se cacher sous ses mèches brunes désespérément trop courtes.

Mémo de survie : se laisser pousser les cheveux.

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« Tu pensais à quoi, sérieux ? »

Stiles haussa les épaules et ouvrit son casier nonchalamment. Comment expliquer à son meilleur ami que son esprit n'était plus en mesure de classifier les données qui cavalaient dans chaque recoin de sa tête. Il avait besoin de repos. De beaucoup de repos. Cérébral si possible.

« Cette journée était interminable. J'ai juste tenté de l'écourter. »

Scott hocha la tête, magnanime.

« Du nouveau du côté de Derek ? »

Le week-end avait passé à une lenteur épouvantable. Derek n'avait pas pointé le bout de son museau, et Stiles n'osa pas une seule fois envoyer le moindre message pour s'enquérir de ses nouvelles. Ils n'entretenaient pas ce genre de relation, à son grand désespoir. Cependant, le fardeau de ces six derniers mois s'était considérablement allégé depuis que Scott partageait son secret. Et même si son ami n'avait pas clairement exprimé ce qu'il en pensait, il se rangeait toujours du côté de Stiles, pour le meilleur ou pour le pire. Souvent pour le pire.

« Bien sûr que non. Tu crois franchement qu'il pense à moi des fois ? »

« Les pouvoirs de loup-garou ne s'étendent pas jusqu'à la télépathie, rappela Scott en rangeant son livre d'histoire dans son sac. »

Il savait très bien qu'il ne lirait pas le chapitre sur « la Guerre de Sécession » pour le devoir noté du lendemain, mais l'intention était là.

« C'était une question rhétorique. »

Allison choisit ce moment-là pour les rejoindre, rayonnante comme à l'accoutumée. Robin des Bois au féminin, la jeune femme comptait plus d'une corde à son arc et son charme désarmant ne montrait qu'une maigre partie de ses réels atouts. La petite robe bleu azur en dentelles qu'elle portait aujourd'hui la mettait particulièrement en valeur, et les deux cordelettes fuchsia de son maillot de bain nouées contre sa nuque trahissaient le programme sportif de son après-midi.

« Vous parlez de quoi ? demanda-t-elle, inconsciente d'avoir interrompu une conversation qui aurait pu être intéressante… s'il y avait eu quelque chose à raconter. »

Son sourire ensorceleur fit littéralement tourner la tête de Scott qui ne put s'empêcher de la dévorer du regard, les yeux pétillants de niaiserie. A cette vision désolante, Stiles donna un coup de coude discret à son ami pour qu'il cesse de se donner en spectacle de la sorte. Même un loup-garou pouvait ressembler à un dogue du Tibet à ses dépends.

Au silence persistant de Scott, l'hyperactif décida finalement de répondre à sa place :

« Le match de lacrosse de ce week-end. On joue contre Clear Creek High et Lenny et Justin sont hors concours. Le coach est dans tous ses états pour changer. On va encore ramasser… »

« Oh, répondit Allison en remontant la bandoulière de son sac sur son épaule. Lydia m'en a parlée. Il paraît qu'ils ont gagné le championnat l'année dernière ? »

« Tu y seras ? coupa brusquement Scott, plein d'espoir, faisant fi de la question de sa petite-amie. »

Allison sourit.

« Evidemment. Je crois que Lydia ne me pardonnerait pas si je manquais un seul match cette année. »

« Et pas que Lydia, ricana Stiles en donnant une tape amicale dans le dos du loup-garou. »

Ce dernier, étrangement sérieux, referma soudainement la porte de son casier d'un coup sec et fronça les sourcils, ignorant le sous-entendu de l'hyperactif.

« Scott ? »

Le brun tourna lentement la tête vers lui, un air anxieux assombrissant son visage d'habitude si allègre.

« Y a un loup. »

« Quoi ? »

« Y a un loup sur le campus, dehors. »

« Euuh oui… et ? Tu m'aurais dit ça y a un an, j'aurais compris ton air bizarre – quoique je t'aurais demandé comment tu peux sentir ce genre de chose, non, d'abord je t'aurais amené à l'infirmerie et j'en aurais profité pour mater le joli petit derrière rebondi de madame Hawkins, et ses seins aussi, parce qu'entre toi et moi, elle a un balcon qui rend même Danny muet de stupéfaction – mais entre Boyd, Erica, Isaac, les Hale, la fine fleur d'alphas tout feu tout flamme et toi, l'être humain s'assujettit irrémédiablement à la théorie de Darwin. Un vrai petit nid de loup-garou cette ville. »

Il fit une courte pause, dubitatif.

« Je crois que le moi de l'année dernière m'aurait totalement enfermé à Eichen House s'il entendait mon moi d'aujourd'hui. »

« C'est une odeur que j'ai jamais sentie, interrompit Scott, faisant fi de la tirade de son meilleur ami. Elle est avec Derek. »

Stiles déglutit et lui lança un regard inquiet.

« Derek est… là ? »

« Oui. »

Stiles sentit chaque rouage de ses méninges se mettre en action dans un bruit tonitruant. Un bombardement de pensées incohérentes embuèrent son esprit et obstruèrent la moindre logique qui aurait pu en découler, si peu que l'hyperactif ait déjà pu faire preuve de logique dans une situation aussi alarmante. Un sifflement presque douloureux s'empara de ses tympans.

« C'est quoi déjà les signes avant-coureurs d'une crise de tachycardie ? »

« C'est ma mère qui est infirmière, pas moi. »

« Là aussi c'était une question rhétorique. »

A la fois curieux et impatients, les trois amis parcoururent rapidement le couloir qui les séparait de la porte de sortie de l'école, où tout le monde se précipitait avec une joie non dissimulée. Le soleil dehors tapait fort et nul doute que l'après-midi s'annonçait plus que distrayante pour certains. La mairie de Beacon Hills inaugurait la nouvelle piscine municipale qui contenait quatre bassins au grand air, prêts à accueillir familles et amis qui comptaient profiter de la pré-saison étonnamment agréable cette année. Indéniablement, cet événement – il était rare que Beacon Hills inaugure quoique ce soit au vu du déficit budgétaire proéminent de la ville qui investissait dans le Memorial Beacon Hills plus que de raison, mais à juste titre compte tenu des incidents inhabituels passés - attirerait du grand monde, Scott et Allison inclus.

Stiles, lui, était condamné à prendre le bus pour aller à la pharmacie afin de soulager ses maux de têtes incessants et à rentrer chez lui comme tout bon adolescent qui obéit aux directives de son papa. Il comptait bien lui faire plaisir cette fois et suivre à la lettre ses deux semaines de punition largement méritées. Faire parti d'une meute n'excusait pas tout.

Allison sortit la première de l'école, suivie des deux garçons.

« C'est qui ce mec ? lança Stiles d'un ton plus agressif qu'il ne l'aurait souhaité. »

« Serait-ce une pointe de jalousie que je ressens dans ta voix ? se moqua Scott en prenant un accent outre-Atlantique exagéré. »

« Ne parle pas comme ça, c'est flippant, cingla l'hyperactif en jetant un bref coup d'œil à Allison pour s'assurer qu'elle ne rebondisse pas sur l'étrange commentaire de son ami. »

Toujours sur le perron de l'école, Scott, Allison et Stiles contemplaient discrètement les deux loups appuyés sur la Camaro rutilante. Malgré la chaleur étouffante, Derek arborait sa veste en cuir dont il ne semblait jamais se séparer. A croire qu'il s'agissait d'un package inclus dans sa condition de lycanthrope. A prendre ou à laisser. Mais Stiles ne s'en plaignait pas, ce style vestimentaire ne faisait qu'accroître le sex-appeal indéniable du jeune homme.

« Il est célibataire ? »

Trois paires d'yeux se tournèrent instantanément vers Lydia qui venait de les rejoindre. A travers ses RayBan – indispensablement fashion, aurait-elle dit – il n'était pas dur de deviner que son regard dévisageait – pour ne pas dire déshabillait – le blond au look de surfeur californien qui accompagnait Derek. Malgré la distance qui les séparait, Stiles pouvait prouver et certifier qu'il devait s'agir d'un homme particulièrement attirant. Bon, d'accord, les lycéennes qui gloussaient bêtement en passant à côté de la Camaro l'aidaient grandement à ce constat navrant. Et l'attitude soudain intéressée de Lydia confirmait son intuition.

« Qui est ce super canon ? demanda-t-elle finalement, en inclinant ses lunettes de soleil. »

« Il n'est pas d'ici en tous cas, répondit Scott. »

Stiles fronça le nez. Il ne l'avait jamais vu non plus dans les parages. Il avait vécu ici toute sa courte vie et Beacon Hills n'était pas une si grande ville. Selon son expérience, les nouveaux arrivants n'amenaient rien de bon, et il ne voyait pas pourquoi celui-ci dérogerait à la règle.

« Tu peux entendre ce qu'ils se disent ? souffla l'hyperactif à l'oreille de Scott. »

Le loup-garou tendit l'oreille. C'était une de ses pratiques favorites et certainement le pouvoir qu'il appréciait le plus dans sa nature de lycanthrope. Outre sa force et sa vitesse surdéveloppées. Et l'acuité manifeste de sa vision animale, diurne et nocturne. Non, en fait, il chérissait toutes ses nouvelles capacités.

Il avait appris à les dompter et à les estimer à leur juste valeur. Il commençait à embrasser sa nouvelle condition et ce constat lui faisait peur et le rassurait à la fois. Avait-il seulement le droit de considérer la morsure comme un « don », comme le lui suggérait autrefois Derek ? Peut-être appréhendait–il l'ébauche ce que l'alpha ressentait. Derek n'avait jamais connu une vie totalement humaine, étant né loup-garou, et ne possédait pas la sensibilité requise qui lui aurait fait entrevoir combien les pouvoirs d'un loup éveillaient des sens extraordinaires. Difficile d'expliquer à quelqu'un l'unicité de capacités surhumaines lorsqu'elles ont toujours été innées.

L'inconnu effrayait, il en allait de soi. Voir, entendre, ressentir… des sens acquis dès la naissance, à un certain degré, dont on se confortait parce que l'occasion d'expérimenter quelque chose de plus fort ne s'était jamais présentée. Un peu comme ne jamais avoir mangé une purée maison et s'être contenté d'une purée Mousseline toute sa vie. On redécouvrait quelque chose qu'on pensait connaître par cœur. Et on se rendait compte que la profondeur de ces prédispositions dépassait l'expectative de chacun. La vue, l'ouïe, le toucher et même le goût prenaient une dimension aujourd'hui qu'il n'aurait jamais imaginé si Peter ne l'eut pas pris pour cible un an auparavant. Alors, même s'il louvoyait sur un vrai chemin de fer, que le péril ne semblait jamais loin - et d'ailleurs toujours trop près – Scott affirmait maintenant qu'il ne se voyait pas évoluer sans ses nouveaux pouvoirs. Une addiction ? Non. Un nouveau style de vie ? Totalement.

« Ils parlent du temps où ils allaient à Beacon High. »

« Donc notre californien n'est en fait pas californien ? fit remarquer Stiles en plissant les yeux pour mieux discerner les traits du blond. »

« Chut, j'entends pas… »

Stiles se tut instantanément. Il se mordit la joue pour ne pas presser son ami de lui confier instantanément ce qu'il entendait. Ses doigts pianotaient contre sa cuisse. L'impatience et la nervosité demeuraient la première source de ses tics musculaires.

« Erica, Boyd et Isaac arrivent, intervint Allison en les désignant du menton. »

Au loin, les trois loups se dirigeaient d'un pas assuré vers leur alpha. A la vue du blond accoudé à la Camaro, Erica passa une main agile dans ses cheveux or, vaine tentative de séduction puérile. La jeune fille prenait un malin plaisir à mettre ses atouts en valeur quand il s'agissait de défendre ses intérêts personnels. Et là, maintenant, le blond aux allures de surfeur avait tout d'un intérêt personnel.

Le sourire aguicheur qu'il lui décocha donna la nausée à Stiles qui détourna le regard de la scène. Il ne supportait pas ce genre de démonstrations publiques. Peut-être parce que personne n'avait jamais daigné lui en faire… Néanmoins, il trouvait cela indélicat et inapproprié. Il ne nourrissait aucune animosité envers Erica, mais la louve le rendait mal à l'aise. Peut-être enviait-il sa nouvelle aisance sociale, alors que lui restait le Stiles toujours aussi inutilement humain ?

Isaac était sans conteste la progéniture de Derek qu'il affectionnait le plus. Non pas qu'ils furent proches ou qu'ils partagèrent des points communs - mis à part leur amitié avec Scott - mais Isaac dégageait une aura apaisante, pas réconfortante, mais sécurisante. Être un loup n'affectait en rien sa personnalité, bien au contraire. La vie ne lui avait pas fait de cadeau, et son passé l'assombrirait toujours, malgré un nouveau départ. Il resterait imprégné à jamais, lycaon ou non. C'était quelque chose de marqué au fer blanc, il se devait de vivre avec pour ne pas oublier la richesse de ce qu'il possédait aujourd'hui.

Erica, elle, ne semblait pas totalement comprendre qu'une nouvelle vie ne signifiait pas pour autant annihiler le passé. Au fond, elle aspirait à ressembler à toutes ces filles superficielles qui gloussaient dans les couloirs de l'école en bavassant sur les dernières rumeurs visant le couple Gomez et Bieber. Rien de bien spirituel en soi. Elle avait trop souffert de la solitude et du rejet pour continuer à rester dans l'ombre de ses anciens tourments.

Chacun avançait comme il le pouvait. Cela ne voulait pas dire qu'il y avait une bonne ou une mauvaise manière d'agir. Seulement une décision à prendre.

Le faux californien fit un clin d'œil à Lucy Roberts, une superbe brune connue pour ses prouesses de gymnaste aguerrie, et actuelle capitaine des cheerleaders de Beacon High. Grande et élancée, Lucy ne faisait pas partie de ces filles principalement préoccupées par leur image et les dernières tendances de fashionista. Sportive de haut niveau, sa seule passion se résumait à réaliser des acrobaties artistiques et chorégraphiques sur un praticable. Détentrice du trophée académique, elle comptait bien un jour se qualifier pour les championnats des Etats-Unis et intégrer l'équipe nationale américaine lors des prochaines olympiades. Bien sûr, tout cela sous-entendait une ambition démesurée, mais Lucy faisait fi des commentaires dénigrants à son égard. Alors, le clin d'œil californien ne lui arracha ni un sourire, ni un regard, seulement une sincère indifférence. Et Stiles ne put que s'en réjouir.

Le blond peroxydé ne parut cependant pas s'en formaliser et se pencha vers Derek pour lui souffler quelques mots. L'alpha darda soudain son regard vers la bande de Scott, immobile sur le perron et manifestement démasquée.

Stiles soutint les prunelles émeraude et sentit ses muscles se tendre à l'échange visuel. La dernière soirée qu'ils avaient partagée ne lui parut pas si loin que ça. Il percevait encore la sensation de bien-être que ses lèvres lui procuraient sur la peau sensible de son cou. Son cœur se serra imperceptiblement à ce souvenir. Un souvenir oui. Leur relation se composait seulement de ceci. C'était tout ce qu'il pouvait espérer. Et si demain les deux hommes réitéraient leurs ébats pseudo-amoureux, le surlendemain ne les substituerait qu'en simple réminiscence douloureuse et nostalgique.

« Les gars, on s'est fait griller. Derek nous invite à les rejoindre. »

« Je croyais que les loup-garou n'étaient pas télépathes ? »

« Abruti » fut la seule riposte qui vint à Scott alors que Stiles, sans avoir attendu de réponse, se dirigeait déjà d'un pas mal assuré vers la bande de lycanthropes regroupés autour de la Camaro. Il essaya tant bien que mal d'effacer toute expression de son visage qui criait « tu m'as manqué » et arbora un air faussement ennuyé et désintéressé.

Il aperçut au loin Allison et Lydia rejoindre leur voiture respective. Elles ne paraissaient pas intéressées par la conversation qui s'en suivrait.

« Salut, murmura-t-il presque, la gorge nouée. »

Il pensa brièvement au bracelet de l'alpha dans la poche interne de son sac à dos. Il le réserverait pour plus tard.

« Stiles, fit Derek avec un rictus dépréciateur. »

Ses prunelles jade rencontrèrent les deux orbes noisette du lycéen. Le cœur de Stiles rata un battement sous l'intensité de l'échange. Sa respiration s'accéléra légèrement, témoin embarrassant de l'effet que Derek Hale produisait sur son système nerveux. L'hyperactif déglutit une salive âpre et amère. Cette situation ne pouvait plus durer. Tôt ou tard, les deux amants devraient discuter de leur relation clandestine.

« Garrett, reprit Derek en désignant du doigt les deux nouveaux venus, voici Scott et Stiles. »

« Bienvenu à Beacon Hills, Garrett, fit poliment l'hyperactif en le dévisageant discrètement. »

« Scott McCall, coupa Garrett en ignorant superbement la main que Stiles lui tendait. J'ai beaucoup entendu parler de toi. »

Stiles ravala sa fierté et abaissa la main. Son intuition avait vu juste. Ce Garrett ne lui inspirait aucune sympathie. Il essaya vainement d'accrocher le regard de Derek mais se heurta à une expression neutre et indifférente.

Vêtu d'une chemise Hugo Boss noire et d'un long short Armani, Garrett empestait la fortune à plein nez. Ses dents trop blanches soulignaient un sourire trop hypocrite et pernicieux pour qu'il soit apprécié à sa juste valeur. Il aurait pu désarmer n'importe quelle femme sensible au charme mystico-californien, mais l'hyperactif n'y voyait ici qu'un moyen d'apprivoiser sournoisement la gente féminine. Les iris gris acier du jeune homme ne faisaient qu'accentuer ce sentiment de malaise et de méfiance du lycéen.

« Garrett est venu pour nous aider à neutraliser les alphas, expliqua Derek en s'adressant plus particulièrement à Scott. Il a un certain contentieux avec Deucalion, il le connaît bien, ça nous permettra de mieux appréhender la prochaine attaque et de l'éloigner de Scott au maximum. »

Ce dernier hocha la tête par réflexe mais ne put s'empêcher de jauger Garrett du regard. Etait-il lui aussi un alpha ?

« C'est quoi exactement ce contentieux ? demanda-t-il, soupçonneux. »

Stiles approuva la question. Il n'aimait pas servir les intérêts des autres sans en connaître leur véritable teneur. Ce genre d'attitude menait généralement aux conflits irrévocables avec des personnes – ici, comprendre alphas formellement dangereux – non recommandables.

« C'est mon affaire, répondit le blond, glacial. Je ne pose pas de questions, et vous ne posez pas de questions. On est clair là-dessus ? »

Un mutisme de réflexion accompagna ses paroles. Les zones d'ombre passées sous silence piquèrent au vif la curiosité de Stiles.

« Je suis pas fan de l'idée… commenta-t-il en croisant les bras contre son torse. »

Il risqua un œil vers Derek qui restait de marbre face au débat.

« Je vois pas en quoi tu es concerné, toi, cracha Garrett en direction de l'hyperactif. Tu sens l'humain à trois kilomètres à la ronde. Deucalion et sa bande n'en ont sûrement pas après toi. »

Un silence gênant s'installa. Stiles serra les poings.

« Stiles fait partie de la meute, répliqua finalement Derek avec une légère pointe d'agressivité. »

Le lycéen n'ignora pas la vague de satisfaction qui réchauffa son corps et il dut se faire violence pour ne pas sourire niaisement.

« C'est un humain, contrecarra Garrett amèrement. Il n'a aucun pouvoir face à une bande d'alphas, Derek. On ne va pas risquer sa vie pour rien en l'embarquant dans des histoires de loups. Ca finit toujours mal, et tu en sais quelque chose. Maintenant, si tu préfères avoir une armée d'humains qui se fait décimer par une rognure d'ongle, libre à toi. Mais ne compte pas sur moi pour protéger le derrière d'un ado qui se croit dans Twilight. »

« Ca suffit, coupa Scott, les yeux dangereusement dorés, toutes griffes sorties. »

L'atmosphère se fit tout à coup plus lourde. De faibles grognements caverneux alimentèrent la tension déjà palpable.

« Même si je suis d'accord sur le fait de ne pas risquer la vie de Stiles, il est et restera avec nous. Ce n'est pas toi qui arrives comme une fleur qui va commencer à ériger des règles. Tu ne nous connais pas, et on n'a aucune raison de te faire confiance. On fera selon nos principes et nos méthodes. C'est à toi de rester à ta place. »

La tirade de Scott n'impressionna pas le blond qui croisa les bras à son tour.

« Tu le laisses s'exprimer autant ? railla Garrett en direction de Derek, les sourcils haussés et un léger sourire moqueur dessiné sur ses lèvres charnues. »

« Derek n'est pas mon alpha, cingla le latino. »

« Alors quoi, t'es un oméga qui se balade solo-incognito ? »

« A part de ta grande gueule, je ne te vois accompagné de personne non plus, répliqua Scott dans un grondement, plein de mépris. »

« Je suis un alpha, je ne suis jamais seul. »

Un bref temps mort suivit sa déclaration.

« Garrett est une personne de confiance, statua finalement Derek, coupant court à la petite guerre qui s'annonçait entre les deux clans. »

Stiles retint un soupir d'agacement. Se sentant peut-être de trop, il préféra ne rien répondre et laisser Scott se charger des négociations. Après tout, le blond avait somme toute raison. C'était une affaire de loups, et lui ne faisait office que de tête pensante. Lorsqu'il arrivait à penser correctement. En ce moment ? Pas si souvent que ça, à son grand désarroi. Et non, un alpha aux yeux verts n'avait strictement rien à voir avec son état d'esprit actuel. Pas du tout.

« Et il sort d'où celui-là ? s'enquit Scott, pas calmé pour autant. »

« Celui-là est un vieil ami de Derek, répondit Garrett, des éclairs dans les yeux. T'étais pas né qu'on avait déjà des chasseurs à nos basques. Je ne sais vraiment pas ce que Deucalion te trouve ni voit en toi. Le pauv'vieux se dirige vers une cécité vraiment totale. »

« Suffit, Garrett, le réprimanda Derek en lui jetant un regard réprobateur. On peut mettre nos différends de côté le temps de s'occuper des alphas. Vous réglerez vos comptes plus tard. »

L'alpha blond poussa un soupir exagéré et leva les yeux au ciel. Scott, malgré les relations amicales qu'il entretenait avec la meute Hale, peinait toujours à leur faire pleinement confiance. Derek ne s'avérait pas être le meilleur alpha qui soit, malgré ses efforts apparents pour gérer au mieux les situations difficiles, et le latino doutait encore de ses réelles intentions à son égard. Trop de parts d'ombre dans le passé de l'alpha pré pondéraient toujours. Leur caractère à tous deux était trop fort pour ne pas créer de tensions quasiment systématiques. Les deux loups incarnaient deux instincts intrinsèques mais antinomiques : l'impatience et la naïveté.

« On pourrait peut-être discuter, organiser un traité avec eux ou je sais pas moi, éviter un pugilat histoire de ne pas encore augmenter le taux de mortalité de Beacon Hills ? proposa Stiles en vaine tentative d'apaiser l'atmosphère. »

La réplique cinglante ne se fit pas attendre.

« Tu veux pas non plus les inviter à boire le thé ? »

« Il ne s'agit pas de ça. Mais une chamaillerie devient une guerre, un meurtre un massacre, et nous ne vaudrons pas mieux que les gens contre qui nous nous battons, jugea Stiles en essayant de contenir la colère qui grandissait petit à petit en lui. »

Le blond souffla d'agacement et cracha :

« C'est avec ce genre de réflexions bien pensantes qu'on se fait égorger par derrière. »

xxxxxxx

Stiles descendit du bus à l'arrêt Cornhead, à quelques pâtés de maisons de la pharmacie Beacon Health. Il connaissait très bien le propriétaire des lieux, ayant passé toute son enfance à les fréquenter, entre petits bobos et TDAH. Lorsqu'il était plus jeune, monsieur Edmonton lui offrait une lollipop à chacune de ses visites. Aujourd'hui, Stiles rentrait chez lui le plus souvent avec un échantillon d'arnica. Les bonnes intentions d'Edmonton avaient malheureusement changé. Peut-être ne saisissait-il pas qu'une seule sucrerie valait tous les onguents du monde ? En tous cas, c'est ce que Stiles pensait. Son dentiste, lui, n'entendait pas les choses de cette oreille. Mais le docteur Evans blêmirait devant une pastille Ricola certifiée cent pour cent eucalyptus sans sucre ajouté.

« Stiles ! s'écria Elsa en voyant le brun pénétrer dans la pharmacie, tout sourire. »

Préparatrice en pharmacie fraîchement diplômée, Elsa ne comptait déjà plus le nombre de fois qu'elle avait vu Stiles franchir la porte de l'officine. Ses yeux pétillants de gaieté trahissaient le petit béguin qu'elle avait peu à peu développé à son égard. Néanmoins, sa timidité incommodante l'empêcherait toujours de faire le premier pas. Et c'était bien dommage, car elle avait réussi à s'approprier le numéro de téléphone du lycéen par un stratagème peu conventionnel. Cependant, la touche « entrée » attendait toujours d'être activée.

« Comment tu vas Elsa ? »

La jeune fille n'eut pas le temps de répondre que le docteur Edmonton apparut de derrière une étagère. C'était un bel homme de la quarantaine aux cheveux grisonnants.

« Il me semblait bien avoir reconnu ta voix. »

« Ce genre de réflexion veut dire que je viens bien trop souvent… »

Edmonton émit un petit rire et dit :

« Qu'est-ce qui nous vaut cette visite ? »

Stiles passa une main embarrassée dans ses cheveux.

« Des migraines… »

Le docteur lui adressa un clin d'œil complice et se dirigea vers l'arrière boutique. Elsa attendit qu'il soit hors de portée pour se tourner vers Stiles :

« Alors tu cr- »

La sonnerie du téléphone de l'hyperactif interrompit la question d'Elsa, et Stiles ne put que lui adresser un sourire désolé avant de se saisir du trouble-fête et, sans vérifier l'appelant, porta le combiné à son oreille.

« Allô ? »

« Stiles, où est-ce que tu es ? »

Le brun prit une seconde pour rassembler ses idées. S'il ne se trompait pas, cette voix était celle de…

« Derek ? »

« Oui. Où est-ce que tu es ? »

« Euh… je… à la pharmacie, pourquoi ? Et toi tu es où ? »

Un court silence suivit ses paroles.

« Quelle pharmacie ? »

« Euh… celle du centre-ville mais pourquoi tu- »

« J'arrive. »

Stiles n'eut pas le temps de répondre quoique ce soit que le « bip » de la tonalité lui indiquait que Derek avait déjà raccroché. Il releva des yeux inquiets vers Elsa qui le regardait, confuse.

A suivre…