Désolée pour le retard...


Plus tard, dans une école

"Bonjour les enfants !"

"Bonjour Madame Clarkson !" (tous en chœur)

"Alors les enfants, vous avez passé un bon week-end ?"

"OOOOOOUUUUUUUUIIIIIIIIII !"

"Vous voulez bien me raconter ce que vous avez fait...? Tiens, Heikki par exemple..."

Le petit garçon arbora un joli petit sourire édenté. C'est qu'il était fier d'être interrogé par sa maîtresse. Quel enfant ne l'aurait pas été ?

"Je suis sorti en ville avec papa et maman. Vous savez, là où il y a ce vieil horloger... On a déposé chez lui une vieille pendule pour qu'il la répare. Vous auriez dû voir ses yeux quand il a ouvert le paquet !... La finesse de ce chef-d'œuvre... La ciselure de la moindre de ses petites pièces... C'est bien simple, il pleurait à chaque découverte !... Il doit d'ailleurs encore être en train de pleurer... Cette pendule est capricieuse. Elle refuse d'être réparée et lui... lui n'a qu'une obsession : y parvenir !... Je lui donne encore un jour ou deux et il sera fin prêt à voir sa dernière heure arriver..."

Les éclats de rire et les applaudissements fusèrent dans la salle de classe. Mme Clarkson ne put s'empêcher de sourire.

"Oh ! C'est superbe ! Je vois que tu as fait de réels progrès et que tu t'es bien amusé... C'est le principal... Qui d'autre veut raconter son week-end ?" (en souriant)

"Moi ! Moi ! Moi !"

Plusieurs mains se levaient pour prendre la parole sous l'œil bienveillant de leur institutrice.

"Erik ?"

"Il y avait ce gros monsieur... Il ne pensait qu'à manger... manger... manger et encore manger..."

La rumeur parcourut la salle...

"OOOOOOOHHHHHHHH !..."

"Exactement ! Alors, avec l'aide de papa, j'ai fait un chemin de nourriture qui menait droit à la forêt. Son appétit n'avait aucune limite. Bonbons et autres sucreries... Pâtisseries... Viandes... Poissons... Tout y passait ! C'est à peine s'il a remarqué qu'il était entré chez quelqu'un. Vous auriez vu sa tête quand cette femme lui a apporté un pot de miel en lui disant que sa chair n'en serait que meilleure !... L'instant d'après, il rôtissait au-dessus du feu de la cheminée. Ce que les humains peuvent être bêtes parfois !..."

Il y eut une nouvelle salve d'applaudissements et l'institutrice félicita son élève. Et c'est à ce moment-là que Mme Clarkson remarqua un comportement pour le moins étrange chez l'une de ses élèves. Alors que tout le monde nageait dans le plus grand bonheur, dans la liesse la plus totale, la jeune Moira Sorenson restait prostrée là, le visage fermé, arborant de temps à autre un air dégoûté. Elle ne daignait même pas regarder ses petits camarades. C'était comme si le cours ne l'intéressait pas... Tout ceci ne pouvait pas continuer. Aucun élève de sa classe ne devait être isolé ainsi. Mme Clarkson ne pouvait le tolérer !... Alors elle fit ce qu'il lui paraissait le plus juste.

"Et toi Moira ? Qu'as-tu fait pendant ton week-end ?"

Elle aperçut... enfin, elle crut apercevoir comme une étincelle dans les yeux de la petite fille, mais tout ceci disparut bien vite avec les huées de ses camarades.

"Regardez ! Moira va parler !... Wow ! Impressionnant ! C'est qu'elle a quelque chose à dire !... Vous entendez, vous ? Rien. Le néant. Tout le monde sait qu'elle est nulle... ça va pas changer maintenant !"

"Ça suffit ! Laissez-la parler ! Allons ! Allons ! Ne t'occupe pas d'eux !... Dis-moi ce que tu as fait ce week-end !"

"J'ai écrit..." (avec une once de fierté dans la voix)

"Pfff ! On vous l'avait bien dit..."

"Chut ! Continue Moira... qu'as-tu écrit ?"

"J'ai écrit un conte... Vous savez avec une princesse, un chevalier, une sorcière, une fée, un dragon... toutes ces choses-là, quoi !"

"Et la sorcière a tué le chevalier ?"

"Non !"

"Le dragon a bouffé la princesse ?"

"Nooonnn !"

"C'est nul alors ! Il n'arrive rien... et en plus, c'est même pas des vrais gens !"

"Et alors ? Il n'y a pas que les humains dans la vie ! Il y a aussi les rêves..."

"Les rêves... Voyez-vous ça ! Moira a des rêves !... Ouh ! Moira est un bébé ! Moira n'est qu'une nulle ! J'suis même sûr que t'as été adoptée ! T'es pas comme nous !"

Et avant que l'institutrice ne puisse faire un seul geste, Moira s'enfuit de la classe en courant, les larmes aux yeux et sous les rires moqueurs de ses camarades de classe.

"Et vous trouvez ça malin ?"

Un grand silence se fit et tous les enfants baissèrent la tête honteusement. Elle soupira.

"Bon. Ouvrez vos cahiers et racontez-moi votre week-end. En détail. Pendant ce temps, je vais chercher Moira. Soyez sages surtout !"

Puis elle sortit. Elle n'eut pas beaucoup de chemin à faire pour retrouver la fillette. Cette dernière s'était laissée glisser le long du mur et pleurait maintenant à chaudes larmes.

"Moira ?" (d'une voix douce)

Elle sursauta et se maudit de s'être fait surprendre dans un tel état de faiblesse. De quoi avait-elle l'air maintenant ? Elle passa rageusement le dos de sa main sur ses yeux rougis. Sa maîtresse s'était accroupie auprès d'elle, mais elle n'en avait que faire.

"Qu'est-ce que vous faites là ?"

"Je suis venue te chercher, Moira. Tu sais, ils t'attendent tous dans la classe..."

"Vous mentez mal, Madame Clarkson ! Je sais bien que je ne vaux rien... Je le vois dans votre regard... dans ceux des autres..."

"Tu penses vraiment ce que tu dis ?"

Pour la première fois depuis le début de la conversation, Moira leva les yeux vers son institutrice.

"Prouvez-moi le contraire !"

L'enseignante en eut le souffle coupé. Cette enfant était donc si mal dans sa peau !...

"C'est bien ce que je pensais..." (résignée)

"Allez, viens ! Il faut retourner en classe maintenant !"

"Non ! J'irai pas ! Je veux pas être la risée de tous !"

"Ah ça, ma petite, il fallait y penser avant !..." (en lui prenant maladroitement mais fermement le bras)

"Lâchez-moi ! NON ! Laissez-moi partir ! Vous voyez bien que je ne suis pas comme vous ! Jamais je ne ferai partie de votre monde ! Vous m'entendez ?!... JAMAIS !" (presque hystérique)

Moira se débattait toujours autant qu'elle le pouvait, mais son institutrice tenait bon. Sa patience fondait comme neige au soleil par la même occasion...

"Ça suffit, Mlle Sorenson ! Dans le bureau du Directeur ! Vous ferez moins la maligne une fois là-bas !"

Et elle traîna littéralement la fillette jusqu'au bureau. Moira savait qu'elle allait s'y faire passer un savon, mais que ce ne serait que le premier d'une longue série...

SPN SPN SPN SPN SPN

"Madame Sorenson... Monsieur Sorenson... Je vous en prie, asseyez-vous !..."

Les parents s'exécutèrent sans perdre de temps. Autant régler cette affaire au plus vite.

"Je suppose que vous vous doutez de la raison pour laquelle vous êtes ici aujourd'hui..."

"On en a une petite idée, oui... Qu'est-ce que Hans a encore fait ? Il s'est battu avec ses camarades ? Il a insulté son professeur ?" (en soupirant)

"On ne vous a rien dit ?" (étonné)

"A propos de quoi ?" (tout à coup inquiet)

"Ce n'est pas pour Hans que vous êtes dans mon bureau... même si ce garçon est tout sauf un ange... Non, vous êtes ici à cause de Moira..."

"MOIRA ? Vous devez vous tromper... Qu'aurait-elle pu bien faire pour se retrouver dans votre bureau ? Elle est si douce... si gentille..."

"C'est justement là le problème, Madame ! Ecoutez, je ne voudrais pas vous alarmer, mais Moira accuse un retard conséquent dans son éducation. Elle refuse de faire ses devoirs... Elle refuse d'aller en cours... Elle refuse ce qu'elle est et ce qu'elle est appelée à devenir... Moira est bien trop humaine !... Je veux bien ne lui accorder qu'un avertissement pour cette fois, mais si cette situation devait perdurer, je me verrais dans l'obligation de l'exclure de cet établissement. C'est qu'on n'aime pas les éléments perturbateurs..."

"Nous comprenons fort bien, Mr Krause. Soyez sûr que nous ferons ce qu'il faut pour y remédier !..."

"Bien. Dans ce cas, je crois que cet entretien est terminé..."

Il les reconduisit jusqu'à la porte derrière laquelle se trouvait Moira. Elle n'osa pas regarder ses parents en face. Il valait mieux pour elle. Elle ne savait pas encore quelle serait sa punition, mais elle tremblait rien qu'à l'idée d'en avoir une.

De retour à la maison.

"Moira, file dans ta chambre ! Et n'en sors pas tant qu'on ne te l'aura pas dit !"

La fillette ne se le fit pas dire deux fois et s'éclipsa.

"Chéri ! Ne sois pas si dur avec elle ! Ce n'est encore qu'une enfant ! Elle ne sait pas ce qu'elle fait..."

"Tu crois...? On n'a pas entendu la même chose alors !... Tous les autres enfants de son âge comme tu dis créent des illusions... manipulent, jouent des tours aux humains... Mais elle, rien ! Ça ne l'intéresse pas. Elle n'est pas normale, Hilda ! Notre fille n'est pas normale !"

La jeune femme regarda son mari avec un regard triste. Comment osait-il dire ça de leur bébé ? Bon. C'est vrai qu'elle ne semblait pas pour l'instant la fillette de leurs rêves, mais c'était leur sang... leur chair... Il n'avait aucun droit de la traiter comme ça... Les larmes commencèrent à perler dans ses yeux... Son mari lui mit la main sur son épaule mais elle se dégagea.

"Ne sois pas trop dur avec elle..." (sans lui accorder le moindre regard) Mon bébé !

Elle s'éloigna, laissant seuls Thor et ses mornes pensées. Comment avaient-ils pu en arriver là ? Moira avait tout pour être heureuse... tout pour être normale... De l'amour... Une famille... Alors pourquoi donnait-elle l'impression de n'être rien de tout ça ? Ça le dépassait... Il soupira tout en se dirigeant vers la chambre de sa fille.

Moira s'était laissée tomber sur son lit en arrivant dans la pièce. Elle avait une terrible envie de pleurer... mais de quoi ça aurait l'air maintenant ? Elle respira à fond et réfréna ses larmes. Elle n'avait pas le droit de flancher. Pas après toutes les brimades dont elle avait été victime aujourd'hui. Moira leva son nez de son oreiller et attira à elle son précieux cahier couvert de fourrure rose avant de reprendre l'histoire là où elle l'avait laissée.

Le dragon et la princesse se restaurèrent puis se dirigèrent vers le royaume de la marraine la bonne fée...

"Tu aurais vu leurs têtes quand je leur ai demandé vingt hamburgers et une salade !..."

Sam savait que son frère ne pouvait pas répondre, mais il avait au moins la certitude qu'il le comprenait. De là où il était, il entendait le dragon glousser. Dean ne pouvait qu'imaginer la scène... Son petit frère arrivant seul de nulle part et demandant de quoi tenir un siège.

"Je leur ai dit que je faisais du camping avec quelques potes et qu'ils avaient un appétit monstrueux..." (avec malice) Oh ! C'est petit ça, Sam ! C'était petit...

Le dragon Dean alla bouder dans un coin, laissant Sam tout étonné.

"Dean, fais pas la bête, quoi !" Et il continue en plus !...

Une volute de fumée s'échappa de ses naseaux, mais il daigna encore moins tourner sa tête vers son frère.

"Ecoute... Je suis désolé si je t'ai vexé..."

Aucune réponse.

"Ce n'était pas là ma volonté... Je voulais juste détendre l'atmosphère... mais en aucun cas te blesser... Deeeeeaaaaannnnnn ! J't'en supplie, regarde-moi ! Pardonne-moi ! Pardonne-moi..."

Sam se laissa glisser contre une des parois de la grotte et les larmes commencèrent à couler le long de ses joues. Comment avait-il pu faire ça à Dean ? Comment avait-il pu le traiter ainsi ? Comment allait-il retrouver sa confiance maintenant ? Il allait l'abandonner... C'était sûr. Pourquoi continuerait-il à s'occuper d'un frère aussi ingrat ?

De son côté, Dean digérait avec difficulté les paroles de son petit frère. En l'espace de quelques instants, ce dernier avait utilisé les mots 'monstre' et 'bête'... C'était comme si Sam l'avait oublié en tant qu'humain... Et ça, ça le blessait plus qu'il ne voulait l'admettre... Il ruminait toujours ses pensées quand il entendit comme des reniflements et des soubresauts. Sammy...? Sam était triste... Par sa faute !?... Voilà bien quelque chose que Dean ne pouvait tolérer... qu'il n'avait jamais pu tolérer...

Le dragon Dean se releva avec douceur en faisant attention de ne pas donner de coups de queue indésirables et s'approcha de Sam. Il ne sut comment, mais Sam sentit sa présence et l'accueillit avec une phrase qu'il n'aurait jamais voulu entendre de la bouche de son cadet.

"Comment peux-tu encore rester avec moi ? Après tout ce qui s'est passé... Après tout ce que je t'ai fait... Je ne comprends même pas pourquoi tu t'acharnes comme ça à rester avec moi !..."

Le dragon resta figé de stupeur. Comment un être aussi petit pouvait engendrer autant de culpabilité ? Ce n'était pas humain... Ce n'était pas humain mais en même temps, c'était son petit frère... et pour la première fois depuis longtemps, il ne savait comment s'y prendre pour le consoler. Il aurait été dans son corps, il lui aurait fait un beau et grand discours pour lui montrer que rien n'était de sa faute et qu'il n'avait pas à se sentir coupable. Ensuite, sans doute dans un moment d'attendrissement indépendant de sa volonté, il l'aurait pris dans ses bras comme lorsqu'ils étaient enfants et il aurait lancé une de ces blagues dont lui seul avait le secret. Ainsi, toute peine se serait envolée... Mais dans un corps de dragon, que pouvait-il bien faire ?

Dean soupira dans une volute de fumée et se laissa guider par son cœur. Quoi qu'il pouvait penser, il était un dragon bien humain. Il approcha sa tête de son petit frère et pressa sa gueule contre lui en poussant un cri plaintif. Sammy ! Sammy ! Regarde-moi ! Le principal intéressé finit par relever sa tête pour tomber nez à museau avec son dragon de frère qui le regardait d'un air triste. Ses yeux verts le transpercèrent littéralement et Sam sentit son cœur fondre en même temps qu'il fondait de nouveau en larmes. Il se sentait redevenir l'enfant qu'il était autrefois... celui qui avait toujours eu besoin de son grand frère. Et avant que Dean n'ait le temps de réagir, Sam entoura son cou de ses grands bras. Euh... Sammy... C'est pas que j't'aime pas, p'tit frère, mais là ça devient gênant... Son ventre vint de nouveau le trahir et Sam le lâcha (enfin) un petit sourire aux lèvres. Le dragon ne pouvait rêver de quelque chose de plus beau.