Titre : Les Choses Qui Changent 4/26
Rating : NC17
Disclaimer : Rien ne m'appartient. Persos à JKR et histoire à eutychides (voir profile pour le lien vers le site de l'auteur).

Résumé : Après Poudlard, tout change.

Avertissements : Slash HP/DM, Mpreg, langage.

Béta : Elentári.

NdA: Désolée du retard, je viens de déménager et donc j'ai du attendre d'avoir de nouveau le net :)

Merci pour toutes les review, ça fait plaisir.

1.

Potter vacille vers l'arrière comme s'il avait bu trop de Bierraubeurre. Draco pense que c'est affreusement familier, sachant que l'une des dernières fois où ils s'étaient rencontrés il avait bu trop de Bierraubeurre.

« Tu es en train de dire- que- » il secoue la tête et rit, un petit ricanement sans joie qui s'ancre dans les oreilles de Draco, sonnant et résonnant.

« Je dis laisse-moi juste tranquille ! » dit-il, sa voix se brisant. Il se racle la gorge et réessaye. « Sors d'ici, Potter. » Il est tellement fatigué. Il essaye d'attraper sa baguette, mais sa main est tellement lourde, comme du plomb, et pend du lit. Il n'arrive pas à se rappeler où il l'a laissée. Peut-être est-elle – était-ce dans la cuisine lorsqu'il a ressenti la première douleur ? Peut-être est-elle restée dans la salle de bains lorsqu'il avait essayé de charmer le sol pour que le sang s'en aille trois jours auparavant, mais s'était évanoui à la place ?

Les lunettes de Potter glissent sur son nez tandis qu'il crie. Le bébé pleurniche, quelque chose d'autre est présent dans l'appartement ; Draco peut entendre les sons que quelque chose fait sur le sol et il a un mouvement de recul, parce qu'il déteste les chiens et Potter n'avait-il pas un chien quelques années auparavant ? Un grand chien noir ?

« Si c'est le mien, alors- »

« Tais-toi ! » crie-t-il. « Tu as détruit ma vie ! Tu as détruit ma famille ! Et maintenant tu veux détruire ça aussi ! Tais-toi, Potter ! Je te déteste ! »

« Mais tu- tu m'as drogué, n'est-ce pas Malfoy ? Tu me détestes, mais tu- et maintenant- » Potter montre du doigt le bébé, sa lèvre se retroussant et son sourcil se fronçant. « Maintenant tu as ça et- »

« C'est pas un ça, » sa voix claque. « C'est elle ! »

Potter s'arrête de crier. Ses yeux sont brillants et furieux, ses dents sont serrées. Il s'avance vers le lit et Draco se fait tout petit, tendant les mains pour la prendre et la tenir, mais Potter arrive le premier.

Draco se fige. Ses entrailles se nouent autour du peu de nourriture qu'il a trouvé dans le frigo hier, la dernière fois qu'il a mangé en pratiquement une semaine. Mais Potter ne fait pas mine de la prendre et de transplaner, à la place il la fixe simplement et touche sa joue de ses doigts, le geste tellement doux. Son visage commence à s'adoucir tandis que les yeux sombres du bébé le regardent, non concentrés et ne comprenant pas la situation.

« C'est ma fille, alors ? » murmure Potter.

Une boule s'est formée dans la gorge de Draco et il étouffe toute réponse qu'il aurait pu avoir. Il a peur de Potter, peur qu'il l'emporte loin, peur qu'il ait encore tellement tellement tellement froid, seul et faible à nouveau, mais il acquiesce de la tête, une fois.

2.

Potter vit dans un quartier riche de la ville, où il y a plus d'arbres et de pelouses que de ruelles délabrées, où il y a plus de voitures que de harpies, où il y a des maisons, des haies et des Moldus avec des attachés-cases. Draco les observe à l'heure du souper, rentrant chez eux et il est envieux, dans un sens, de ce qu'ils ont.

Potter aussi rentre à l'heure du souper. Pendant les premières semaines, il achète de la nourriture étrange, emballée dans du papier marron et dans des boîtes que Draco n'a jamais vues auparavant. Des choses frites, des choses marinées, des bonbons étranges qui sont dans de drôles emballages, jaune à l'extérieur, blanc et sans goût à l'intérieur. Des chips, des frites, du curry et de la bière. Ses préférés sont les Twinkies et les Hobnobs (1). Mère avait l'habitude dire qu'il avait une bouche à sucre.

Pendant les premières semaines, Draco ne fait pratiquement rien. Avant il ne pouvait pas faire grand-chose, à part rester au lit dans son appartement, grognant et souffrant toute la journée. Il est tellement fatigué de l'accouchement. Il ne peut jamais dormir- le bébé le réveillerait, réclamant qu'on la nourrisse, qu'on lui fasse faire son rot, qu'on la change, n'importe quoi. Il a l'impression d'être un zombie, à peine vivant, mais il n'y a pas le doux soulagement de la mort, seulement un état semi conscient sans fin rempli de bébés criards, de couches qui puent la merde, de tétons meurtris et de saignement d'entre-

Il essaye de ne pas penser à ça. Il en frissonne encore à chaque fois qu'il fait pipi. Son sexe et ses testicules ont beau le cacher, il est toujours là. La potion a été efficace. Il était trop lâche pour savoir endurer la douleur. La potion- c'était pire que l'accouchement. La potion- elle le dévorait vivant, au moins le bébé ne faisait pas exactement ça.

Il se gratte le torse de façon distraite et attend que Potter rentre à la maison pour la soirée. La lotion que Potter lui a achetée aide un peu, mais le bébé tète comme un tuyau aspirant sa poitrine. Elle boit et boit si vite qu'elle en vomit, puis recommence à pleurer parce qu'elle a de nouveau faim. Il ne se souvient même plus quand fut la dernière journée où il n'avait pas de vomit séché sur son tee-shirt.

Sa poitrine se serre au son d'une clef dans la serrure. Il se lève et se tourne vers Potter, qui hausse un sourcil tandis qu'il dépose le dîner de ce soir par terre. Il enlève ses chaussures et s'avance vers Malfoy, baissant les yeux vers le bébé dans le berceau qui se trouve aux pieds de Draco.

« Comment va-t-elle ? » demande-t-il.

« Bien. » répond Draco.

« C'est bien. » dit Potter.

Un niveau de formalité existe entre les deux, quelque chose de poli mais pas vraiment cordial, mais certainement pas les échanges de cris et les hurlements d'insultes qu'ils échangeaient autrefois. Peut-être que le bébé l'a adoucit. Peut-être le fait que Potter l'ait accueilli chez lui, un endroit chauffé, sûr, et tellement à l'écart du monde magique que personne ne viendra le chasser ici, fait que Draco est plus disposé à vivre ici. Il ne sait pas ce qu'il se passera ensuite, où il ira, ce qu'il fera, mais pour l'instant, tout va bien. Et Potter est supportable aussi.

Il apporte des cadeaux au bébé. Des jouets, des bodys, des bottines et des couches de la boutique. Il ne l'a peut-être pas voulue, il ne connaissait peut-être pas son existence, mais maintenant qu'il sait, Draco pense qu'il… Draco veut penser que le bébé ne dérange pas Potter.

La maison dans laquelle vit Potter est petite et attachée à une longue rangée de maisons de ville, toutes de briques rouge, toutes très semblables. Potter n'a pas les haies soigneusement coupées comme certaines maisons, et il n'a pas de voiture garée dans la rue, aucune couronne ne décore sa porte et aucunes décorations lumineuses de Noël ne se trouvent sur le pin devant la maison.

Dans quelques jours, ce sera Noël. On est vendredi, et Noël est lundi. Cela fait des années que Draco n'a pas fêté Noël avec quelqu'un, habituellement il le passe en pelant une orange de ses mains tremblantes, quelque fois un peu d'alcool de contrebande de l'Allée des Embrumes. S'il ferme les yeux, il peut revoir les Noël à la maison, avec des sapins de cinq mètres de haut, décorés de bougies blanches, faisant briller la pièce. Mère portait des robes de velours rouge, et dansait avec Père. Des fois, Greyback, le père de Nott, ou les parents de Crabbe et Goyle venaient et tous mangeaient de l'oie à la sauce de canneberge, avec du vin chaud, et des tartelettes de Noël au mincemeat (2) sorties toutes chaudes du four. C'était magnifique et chaleureux, plein de chansons de Noël et de cadeaux, brillants, étincelants et emballés pour lui.

Potter a un tout petit sapin, d'à peine un mètre. Il penche sur la gauche, et quelques boules abîmées pendent des branches dépouillées. Il l'a amené à la maison il y a quelques jours, et les épines tombent par terre constamment, faisant éternuer Draco. Le bout des branches commence déjà à jaunir.

La seule autre chose festive que Potter fait est de quelques fois mettre en route la boîte qui parle et elle montre des petits bonhommes qui chantent, entre un homme au visage sévère qui parle de meurtres et des accidents de voiture sur l'autoroute. Draco ne comprend pas ce que ça veut dire, donc il emmène le bébé dans la chambre d'ami et l'allaite, si elle veut bien.

La maison de Potter possède deux chambres. La chambre d'ami contient une pile de cartons à moitié remplis de livres d'école de Poudlard et de l'Académie des Aurors. Quand Draco a un peu de temps libre, il feuillette ceux sur l'entraînement des Aurors, mais les seuls passages sur les sorts de magie noire sont vagues et disent uniquement comment les contrer. Sa main le démange de vouloir utiliser sa baguette. Ses doigts se recourbent lorsqu'il dort, prêts, peut-être, à lancer un sortilège complexe. Mais malheureusement, c'est dangereux pour son corps de faire plus que de simples sorts de temps en temps, jusqu'à ce qu'il soit guéri.

Bientôt, se dit-il. Bientôt.

Draco dort dans la chambre d'ami. Par terre près du lit une place, se trouve un panier où il dépose le bébé lorsqu'il dort. Lui avait peut-être dormi dans le lit avec ses parents étant petit, mais il a trop peur de bouger et d'écraser le bébé. Elle est petite et il ne veut pas lui faire mal. Jamais. Elle est de la famille. Sa seule famille maintenant.

Potter la prend dans ses bras et tend à Draco le sachet de nourriture. « Tu as faim ? » demande-t-il. « Du chinois à emporter ce soir. »

Draco hausse les épaules. Il n'aime pas la nourriture moldue que Potter ramène, mais il ne sait pas cuisiner.

Ils mangent dans un silence relatif. Potter fait parler la boîte et lui porte toute son attention alors que Draco se concentre sur le bébé. Elle est inhabituellement calme. Il mange aussi vite qu'il peut, parce qu'il suspecte qu'elle criera bien assez vite.

A la place, elle le fixe. Ses yeux se concentrent maintenant, bougeant pour regarder les choses autour d'elle de ses grandes pupilles noires. Elle a des cheveux noirs et ébouriffés. Il aime les caresser de temps en temps lorsqu'elle dort. Ils sont plus doux que du duvet et sentent le talc et le lait bébé, quand elle n'est pas couverte de vomi. Une odeur de bébé. Il se rend compte qu'il aime cette odeur et il sent cet instinct parental en lui, et ça lui réchauffe le coeur.

Une fois le bébé endormi, Draco la laisse dans la chambre d'ami et descend doucement les escaliers, laissant la porte entrouverte, pour pouvoir l'entendre si elle pleure. Potter est dans le canapé, buvant une bière et mangeant des Hobnobs à même le paquet. Il tend celui-ci à Draco, lui en proposant.

Il en prend un et s'assoit au bord du canapé, à l'autre bout, loin de Potter. Les yeux vitreux de Potter suivent les bonhommes dans la boîte, quand tout à coup il se tourne vers Draco, lui lançant une enveloppe qu'il a sortie de sa poche.

« J'ai reçu un hibou aujourd'hui. Avec un avis, » dit-il. Il fait signe à Draco de l'ouvrir.

« Qu'est-ce que c'est ? » Draco fronce les sourcils et rompt le sceau. Entête officielle du Ministère. Ses entrailles se serrent. Il lâche la lettre avant de pouvoir la lire. Ils l'ont retrouvé. Ils savent.

Les sourcils froncés, Potter ramasse la lettre. « Apparemment le Ministère pense, » dit-il lentement. Draco attend que l'inévitable arrive. Il peut sentir la bile lui brûler la gorge et il grimace, « que je devrais déclarer, ah, la - euh… la naissance d'un enfant Potter. »

Draco cligne des yeux. « Quoi ? »

« Ils veulent l'enregistrer, Malfoy. » Il remonte ses lunettes et appuie sur certains boutons colorés de la petite boîte. La boîte parlante s'arrête. « Ils ne sont pas au courant pour toi, » dit-il. « Ils veulent juste savoir son nom. » Il place sa main sur le bras de Draco, doucement.

« Elle n'a pas de n- »

« On pourrait l'appeler L- »

« Pyrrha. » dit Draco.

3.

Il ne pense pas que Potter apprécie le nom, vraiment, mais il signe quand même les papiers pour Pyrrha. Draco ressent une sensation de satisfaction, sachant qu'un autre prénom de sa famille vivra pour encore une génération. Si ses ancêtres savaient pour elle, ils ne seraient peut-être pas être aussi contents, sachant qu'elle n'est pas une sang-pur. Mais du point de vue de Draco, la célébrité de Potter contrebalance le sang impur qui coule dans ses veines.

La chouette que Potter appelle est une grande chouette blanche, majestueuse et qui attend, impassible, tandis que Potter attache les papiers signés à sa patte. Draco se rappelle l'avoir vue quand ils étaient à l'école. Draco la caresse derrière les oreilles et elle roucoule en réponse. Potter fronce les sourcils.

« Les papiers seront traités mercredi prochain, vu que le Ministère est fermé pour les vacances jusque là, » dit-il tandis qu'il regarde la chouette s'élancer dans la nuit. Londres scintille comme les lumières de l'arbre de Potter. Draco est, cependant, plus qu'heureux de rester à l'intérieur, enroulé dans des couvertures qui sentent un peu le moisi et un peu trop le chinois à emporter. Il projette de passer le maximum de temps à se relaxer dans la maison de Potter, jusqu'à ce qu'il doive partir, certainement au printemps.

Il pense également que cela serait poli de faire quelque chose pour Potter pour Noël. Il n'a pas d'argent et ne veut pas particulièrement en demander à Potter, donc il fait une liste qu'il donne à ce dernier et dit « Va faire les magasins et ramène-moi ça. »

« Pourquoi veux-tu une dinde ? » demande Potter, se grattant la tempe. « Je pensais commander de la dinde au curry- »

« Achètes-en une ! » insiste Draco. Son visage est rouge et il est mal à l'aise, de devoir demander ça à Potter. Et la surprise est un peu gâchée, mais s'il doit quelque chose à Potter, et bien… Mère disait toujours qu'un bon festin effaçait la plupart des dettes.

Il y a trois petites boîtes sous le sapin, emballées dans du papier brillant doré, mal attaché avec du scotch sur les côtés. Ils sont tous pour le bébé – Draco les a examinés, secoués et il a même essayé d'en ouvrir un lorsque Potter dormait et qu'il était réveillé ainsi que Pyrrha, allaitant cette dernière. Elle s'était endormie, mais il était agité et d'humeur à faire les cents pas dans la maison, fouillant les tiroirs et les placards de Potter à l'aide d'un Lumos.

Il sait que Potter n'apprécie pas vraiment de lire, à part l'occasionnel Quidditch Trimestriel, parce qu'il a trop de livres à lire pour son entraînement d'Auror. Il sait que Potter préfère se raser manuellement et que ses caleçons verts sont ses préférés parce qu'il en a deux et qu'ils sont toujours soit dans la boîte qui lave soit dans la boîte qui sèche. Il sait que Potter aime les Cherry-Os au petit-déjeuner et préfère des sandwiches au jambon le midi. Il sait que Potter devait être amoureux de la fille Weasley car c'est sa photo qui est sur sa table de chevet.

Cette pensée fait bouillir intérieurement Draco et il déteste ça. Il veut Potter pour lui tout seul et la fille Weasley lui rappelle la vie parfaite que Potter devrait avoir, celle qu'il aura une fois que lui et Pyrrha seront sortis de sa vie. Ca le bouffe, la jalousie, un petit plus chaque fois qu'il voit cette photo, surtout quand il rentre dans la chambre de Potter lorsque celui-ci est au Ministère.

Potter est parti toute la journée du dimanche, la veille de Noël. Cela ronge Draco un peu plus. Il se demande si Potter est parti avec la fille Weasley, renouer les liens. Ou peut-être avec la fille blonde, celle avec les grands yeux écarquillés qui se trouve sur certaines des photos. Il doit sûrement avoir une petite-amie. Un spasme anime l'œil de Draco alors qu'il feuillette le livre de Potter. Il a trouvé, dans l'une des boîtes, un livre de cuisine. Il ne comprend pas la moitié des instructions, mais la boîte dans la cuisine a réussi à chauffer lorsqu'il a allumé un feu dans le fond à l'aide de sa baguette et le gros oiseau graisseux à l'air de cuire correctement à l'intérieur.

Il est à moitié tenté d'essayer d'appeler un des elfes de maison de la famille Malfoy, pour voir s'ils viendraient et cuisineraient à sa place. Mais ils ont été confisqués il y a longtemps. Il serre les dents et encaisse. Peut-être que Potter y réfléchira à deux fois après avoir manger son repas.

Draco trempe ses doigts dans les pommes de terre quelque peu liquides et goûte. Peut-être pas.

Le bébé pleure toute la matinée, donnant un tel mal de crâne à Draco qui lui crie dessus ce qui la fait pleurer encore plus. Il a envie de se mettre la tête dans les toilettes car il a la tête qui tourne et il n'entend rien d'autre que ses putains de pleurs. Elle est vraiment affreuse et il meurt d'envie de la refiler à Potter, qui n'est pas à la maison.

Elle fait une sieste en milieu d'après-midi, mais au moment où la dinde commence à sentir bon, dégoulinante de graisse et où les carottes ont l'air mangeables et les patates – et bien, on peut pas faire grand chose pour elles, donc Draco les met dans un plat et le met dans le four, peut-être les faire cuire encore les rendra moins molles et meilleures, il a un tel mal de crâne, il a mal et elle se réveille encore pleurant de toutes ses forces, il en a assez.

Il s'enferme dans les toilettes et se bouche les oreilles avec les serviettes de Potter, essayant d'empêcher tous les bruits de lui arriver. « Tuez-moi, » marmonne-t-il, priant que quelque chose le prenne en pitié et mette fin à sa misère.

Tout est brouillé et des marteaux cognent dans sa tête, jusqu'à ce qu'il entende les marteaux taper plus fort et il crie, « Mais putain arrêtez ! ». La porte de la salle de bain d'ouvre, la vive lumière artificielle le fait gémir car son mal de tête est pire que jamais, et il pense qu'il va vomir le peu qu'il a mangé aujourd'hui.

Le sort de Potter est une chanson de mots murmurés et une bénédiction pour l'esprit de Draco. Il s'écroule contre la baignoire, restant assis là un long moment, tandis que son mal de tête disparaît lentement. Son ventre lui fait encore mal, mais c'est toujours comme ça. Une crampe perpétuelle.

L'odeur de brûlé lui arrive aux narines et il grogne, « Oh mon Dieu, » il essaye de se lever et de se précipiter aussi vite qu'il le peut dans la cuisine, mais Potter bloque la sortie. Il porte toujours son lourd manteau et ses joues sont rougies par le froid, il tient Pyrrha contre son épaule d'une main encore gantée et de l'autre main tient sa baguette.

Draco en veut au bébé parce qu'elle a arrêté de pleurer maintenant.

« Pourquoi l'as-tu laissée toute seule ? » siffle Potter. « Je suis rentré et je l'ai trouvée sanglotant parce que tu l'as laissée toute seule trop longtemps ! Et pourquoi as-tu mis du putain de plastique dans le four ? Tout est fondu- qu'est-ce que tu foutais, Malfoy ! »

Draco ferme les yeux. Il aimerait dire à Potter qu'il ne peut pas continuer, pas tout seul, mais il est trop embarrassé. Il veut lui dire combien il lui en veut parce que Potter peut sortir, mais lui ne peut pas, qu'il lui est redevable, qu'il déteste lui devoir quelque chose, mais à la place il ne réussit qu'à dire un faible, « J'avais mal à la tête ».

Les narines de Potter se dilatent et il inspire profondément, son torse se gonflant. Draco grimace et s'attend à ce qu'il commence à crier, mais il dit simplement, « Très bien, va faire une sieste ou je ne sais pas quoi, » entre ses dents et quitte la pièce rapidement, emmenant le bébé avec lui.

Lorsqu'il descend furtivement, il y est obligé. Il s'allonge sur le lit étroit, regardant le plafond, restant dans le noir et observant le soleil rester au-dessus des bâtiments de la ville. Son estomac grogne, mais l'odeur âcre de brûlé de on ne sait quoi ne lui donne pas vraiment envie de manger. C'est sa poitrine qui l'y oblige, il se sent plein au point d'exploser. Il déteste ça, ce qui est arrivé à son corps. Il a à peu près réussi à retrouver sa silhouette d'avant, mais il a l'impression que ses seins sont ceux d'une Poufsoufle de douze ans, toujours bouffis, douloureux, et pointus avec des tétons gonflés et gercés.

Le cri du bébé est un appel et son corps y répond.

4.

Comparé à la veille, Noël est calme. Pas de voitures circulant dans les rues, pas de passants faisant leurs courses à la dernière minute. Draco jette un coup d'œil à travers les rideaux et la rue est parsemée d'une fine couche de neige. Ce n'est vraiment Noël, selon lui, que quand il y a quelque chose de blanc et doux par terre et même la fois où ses parents avaient enchanté le sol pour qu'il soit recouvert de duvet d'oie, il avait été enchanté.

Il tient Pyrrha sur ses genoux et Potter ouvre ses cadeaux pour elle. Ses yeux parcourent la pièce, confuse, elle n'a pas l'air vraiment impressionnée, pas même lorsque Potter fait danser les rubans.

« Quand as-tu appris ce sort ? » demande-t-il, « Première Année ? » Il sourit narquoisement à Potter, puis agite sa baguette et les rubans prennent la forme de bonshommes dansant le fox-trot. Pyrrha n'est toujours pas intéressée, et le sort fatigue Draco.

Potter lève les yeux au ciel.

Il offre à Pyrrha des vêtements, des jouets, des livres sur lesquels marchent et sourient des figurines enchantées. Il lui offre aussi un petit bonnet de Père Noël, petit et rouge, qui lui va parfaitement, du moins jusqu'à ce qu'elle commence à pleurer et à battre des bras et que le bonnet tombe. Il lui offre un jeu de Quidditch miniature, comprenant même un Vif d'Or, qui vibre et vrombit dans la pièce, près de l'oreille de Draco, sous le sapin. Draco tend la main pour le saisir alors qu'il passe près de lui, mais la main de Potter se referme sur le Vif avant la sienne.

Sa main est chaude et ferme. Draco retire la sienne immédiatement, comme s'il avait été brûlé. Il avait beau avoir déjà touché Potter, mais c'était parce qu'il en avait besoin.

Un silence gêné s'installe. Potter tousse, s'éclaircit la gorge, puis quitte la pièce, laissant derrière un Draco se sentant bête pour le contact accidentel qui n'était pas du tout de sa faute. Il sent quelque chose de mauvais et attrape le bébé pour changer sa couche à l'étage. Il s'améliore – il sait maintenant que l'on doit les attacher presque trop serré pour éviter qu'elle tombe une heure plus tard, si on ne veut pas se retrouver avec les genoux très mouillés au cas où l'envie prenait à la petite de le faire entre temps.

Il la couche pour une sieste après l'avoir nourrie et descend dans la cuisine pour se faire un encas, fouillant les étagères de Potter à la recherche de ces délicieux petits bonbons emballés que les Moldus aiment tant. Il repose la boîte et sent quelque chose caresser sa hanche.

La main de Potter s'y trouve, posée légèrement, mais même avec son épaisse robe d'hiver il peut sentir chacun de ses doigts, tels des marques au fer rouge.

Il se retourne et fixe Potter, plissant ses yeux jusqu'à ce qu'il aperçoive une boîte brillante dans la main libre de Potter, une qui ne se trouvait pas sous l'arbre.

« Euh… » dit-il avec autant d'éloquence qu'un Augure tenu au silence. « Euh… Je t'ai acheté ça. »

D'un côté de Draco voulait dire, « Enfin Potter, tu n'aurais pas du ! » et sourire narquoisement. De l'autre côté il voulait dire « Va te faire ! », mais globalement ce qui sort de sa bouche est un très éloquent, « Euh… Pourquoi ? »

Mais il l'ouvre quand même. Il adore les cadeaux, surtout quand ils sont pour lui. Il arrache le papier et soulève le couvercle de la boîte. Il y a des robes à l'intérieur, des ensembles et des ensembles de robes. Il en sort un, le jette par terre et un autre se tient en-dessous. « Tu m'as acheté une boîte sans-fin ? » demande-t-il.

Potter hausse les épaules. « J'ai pensé que tu… euh, avais peut-être besoin de robes neuves. Parce que les tiennes sentent vraiment le vomi de bébé. »

« Tais-toi, » marmonne Draco, mais le cœur n'y est pas. Au lieu de ça, il regarde fixement la demi-douzaine de robes qui traînent par terre. Une noire, sa préférée, des bleu nuit, et des vertes, un ensemble ayant des manchettes blanches, un autre avec un col montant. « Elles n'ont pas l'air si mal, vu comment ton style laisse à désirer, » dit-il à Potter.

La bouche de Potter prend un large sourire. « J'ai demandé de l'aide, » dit-il.

Il devrait remercier Potter, mais il n'arrive pas à sortir les mots. Tout ce qu'il peut faire c'est rester debout, regarder les robes et se sentir très, très confus parce que la main de Potter n'a toujours pas quitté sa hanche, ses doigts se sont même écartés un peu plus. Ce contact provoque des papillons dans le ventre de Draco et sa tête tourne. Il ouvre la bouche pour dire quelque chose, mais secoue la tête.

« Je- est-ce que tu vas rester ? » lui demande Potter.

« Quoi ? » dit-il. C'est une réaction automatique, son moyen de défense. Il commence à ricaner et crache, « Quoi ? » à nouveau.

« Je veux dire – toi et elle. Elle a le droit d'avoir deux parents, une famille- »

Il y a un grand bruit dans l'entrée, suivi d'une voix tout aussi bruyante qui dit « Salut Harry ! »

Ca fait des années qu'il n'a pas entendu cette voix, mais il ne pourrait jamais l'oublier. Draco se fige et fixe Potter, dont les yeux se sont élargis. Il ne sait pas quoi faire, donc il sort sa baguette et sort de la pièce. Il y a un flash de rouge criard, de sale et horrible chevelure frisée moldue, et il sait qu'ils le voient, mais il s'en fout, aussi.

Il ferme la porte de la chambre d'ami et s'effondre contre le mur. Pyrrha ne s'est pas réveillée, et elle continue à dormir malgré les voix fortes venant d'en bas. Il presse l'oreille contre la porte, souhaitant savoir exactement ce que dit Potter à la belette et à la Sang-de-bourbe Granger, mais leurs voix sont étouffées et il a trop peur d'ouvrir la porte car il ne se sent pas prêt à les affronter. Il est toujours faible et sa magie sera faible pour encore quelques mois. Il pense qu'il n'arriverait même pas à lancer un sortilège de Jambencoton. Draco ferme le poing et frappe la porte.

« Merde, » marmonne-t-il.

Il réalise que rien ne marchera. C'était une très mauvaise idée d'impliquer Potter dans tout ça ; il aurait du droguer quelque autre idiot sans danger, peut-être quelqu'un avec un sang plus pur. Il n'aurait jamais, jamais dû boire cette potion alors qu'il ne savait même pas l'effet qu'elle aurait. Il aurait dû se laisser mourir de faim, ou prendre des potions d'avortement, ou n'importe quoi d'autre parce que malgré le fait qu'il veuille désespérément retrouver ce qu'il a perdu, il sent que Weasley va se précipiter au Ministère et avant ce soir minuit il aura un Portoloin aller simple pour Azkaban.

Pyrrha remue dans le panier où l'a placé Draco. Elle fait un bruit, ses lèvres collantes claquant l'une sur l'autre et il ne peut plus respirer. Il ne veut pas la regarder, elle est mieux sans…

Il attrape l'un des oreillers déformés qui trône sur son lit et le tient dans ses mains. Elle est petite et il lui suffirait de le maintenir sur sa tête ; elle ne sentirait rien, elle dormait et dormirait à jamais. Et elle ne saurait jamais ce que ça fait de ne pas avoir de fam-

« Malfoy ? »

Il se fige, l'oreiller tendu entre ses mains comme un voile épais.

« Qu'est-ce que tu fais ? » demande précautionneusement Harry, entrant dans la chambre et refermant la porte derrière lui. Comme Draco ne répond pas, il siffle furieusement, « Qu'est-ce que tu fous avec ça ? » Il agite sa main et l'oreille vole à travers la pièce. Draco peut sentir la magie pulser et le bébé remue doucement. Elle doit la sentir aussi. C'est comme une vague de chaleur, venant de Potter.

Même lorsque Potter était dans son appartement, même lorsque qu'il a menacé Potter en cinquième année – il n'a jamais vu Potter aussi furieux. Son visage a perdu toute couleur et ça ne fait que rendre ses yeux plus brillants, plus sombres. Sa poitrine se soulève à peine, il bouge à peine, à part ses yeux, ses yeux sont larges et ombragés et –

Un vent le propulse contre le lit, allongé sur le dos avec Potter penché sur lui, blême de colère et furieux. Draco cherches à attraper sa baguette, mais Potter l'envoie valser. Ses yeux sont vitreux et Draco a peur de lui, parce qu'il pense pouvoir entrevoir un scintillement de puissance autour de Potter, une aura qu'il n'a jamais vu auparavant et ceci, ceci est le sorcier qui a vaincu le Seigneur des Ténèbres et il peut comprendre comment Potter a réussi.

Potter immobilise les poignets du blond de chaque côté de sa tête. Draco ne réalise ce qui est en train de se passer que lorsqu'il sent le genou de Potter se faufiler entre ses jambes. Il essaye de ramper plus haut dans le lit, mais il ne peut pas bouger. Le regard de Potter l'immobilise jusqu'à ce qu'il détourne le sien, incapable de le regarder dans les yeux.

Il est furieux. Il doit enrager, mais son corps est contrôlé, tendu comme un arc, lorsqu'il baisse la tête. Draco sent les lèvres de Potter contre les siennes. Elles sont sèches et font pression contre les siennes, mais rien d'autre. « Toi et elle, » dit-il entre ses dents, « sont à moi. Et n'essaye même pas de faire quelque chose à l'un de vous, Malfoy. » Draco peut sentir l'haleine de Potter, les Cherry-Os du petit-déjeuner, le thé, les oranges et les paquets de Hobnobs, et même l'eggnog(3). Sucré, doux et rehaussé de muscade des mers du Sud.

Quelque chose à l'intérieur de lui s'effondre. Un bruit lui échappe, pas vraiment un gémissement, pas vraiment un sanglot non plus, et il retire ses poignets de la prise de Potter et s'accroche à lui en passant les bras dans le dos de celui-ci, pressant son corps au sien, l'embrassant, parcourant de sa langue la bouche de Potter pour mieux le goûter. Lorsque la bouche de Potter s'ouvre contre la sienne, sa langue chaude et humide qui est sans vraiment l'être, il se rappelle ce qu'il est en train de faire, que tout ceci n'est qu'une vengeance, qu'il hait Potter, qu'il est supposé ricaner et il se recule.

Il s'essuie la bouche et s'assoit au bord du lit, dégoûté de lui-même car il sait que ce n'est plus le cas. Autant ça devrait être encore le cas, autant ça ne l'est plus.

« Descends et viens manger avec nous, » dit Potter, « Ron et Hermione ont ramené de la dinde au curry. Et ils veulent la voir. »

« Ils savent ? » ses entrailles se serrent.

« Je viens juste de leur dire. Ils veulent la voir. »

A contrecœur, Draco prend Pyrrha dans ses bras et suit Potter en bas.

(1) bonbons anglais

(2) hachis de fruits secs, de pommes et de graisse, imbibé de cognac

(3) boisson anglaise, à base de cognac