Bonjour à tous !

Voici la suite de Fight or die; hé non, la fic n'est pas abandonnée. Je suis tout simplement très instable dans mes publications pour diverses raisons que vous pourrez lire dans mon profil. :)

J'espère que cette suite vous plaira, j'ai bien hésité à la commencer, ne sachant pas trop comment aborder le tout. Alors que mon planning est tout fait... Cherchez l'erreur ! Seulement, le penser et l'écrire sont deux choses bien différentes.

Je remercie énormément tous les lecteurs qui commentent, qui suivent et qui lisent cette histoire. Pour votre plaisir, je vais essayer de rester dans le « moove » de VK et d'écrire la suite rapidement. Du moins, ne pas attendre presque un an !

Bonne lecture !


Les battements de son cœur emplissaient le grand hall où brille de mille feux un lustre de diamants. Caressé par les derniers rayons du soleil couchant, une multitude de couleurs voilées vaguaient sur les murs et sur le carrelage impeccable, à ses pieds. Derrière moi, les hautes fenêtres du manoir laissaient voir le spectacle. Elles étaient les seules à ne pas être recouvertes constamment d'épais rideaux de velours; la couleur écarlate du ciel se perdait dans des tons chauds, orangés et rosés. Si cette douce clarté, que je soutenais depuis des heures sur tout mon corps réclamant le repos du jour, me fatiguait de plus en plus, je la savais magnifique pour lui. Je le voyais dans ses yeux apaisés, cette plénitude qui s'était nichée au creux de son regard plus doré que je ne l'avais mémorisé. Ou peut-être était-ce son humanité qui le rendait si différent. Cette teinte réchauffant la mienne, améthyste glacée, attaquait aussi mon cœur, brûlant de haine comme jamais.

Au bas des escaliers de marbres, il ne semblait pas assez loin pour que mon envie de l'envoyer en enfer s'atténue. Et pourtant, je savais que je ne me permettrais jamais un tel acte irréparable. Pas maintenant. J'avais besoin de cet être que je détestais pour endosser la mort de ma bien-aimée, besoin de me dire qu'elle détenait la meilleure des raisons pour troquer sa vie contre la sienne. Mon regard perçant sur lui, je comprenais mon souhait de le voir pâtir et suer, à vivre comme un mortel. Il devait honorer le sacrifice de sa lignée, quoi qu'il en coûte.

-Si tu veux me tuer, je te prie de le faire rapidement.

Sa voix était incroyablement calme pour un tas d'os et de chair devant moi, vampire prêt à lui briser la nuque comme dans mes rêves les moins sanglants. Je ne doutais pas de la sincérité de ses mots. Probablement me laisserait-il planter mes crocs dans sans cou pour le vider de son sang, toute abdication de sa part. Il accepterait ce sort, mon désir de le voir mort plus fort que ma morale. Pourtant, malgré ma rancœur envers lui, j'avais plus d'une raison pour ne pas précipiter sa perte maintenant. Des forces qui m'empêchaient de porter le coup fatal qui priverait Harumi de son père biologique, de son oncle par le rang.

-De tout ce que tu aurais pu dire, c'est la pire des conneries, dis-je en entreprenant la descente des escaliers pour fuir la dernière chaleur de la journée.

-Tes yeux sont les seules parties de toi qui n'ont jamais menti, répliqua-t-il d'une douce fermeté.

Même s'il n'osait pas détourner le regard de ma personne qui s'approchait de lui, la mine froide, je savais qu'il ne ressentait aucune peur. Il n'avait jamais craint ce qui se matérialisait sous ses yeux et je n'allais pas être le premier à lui soutirer cette terreur alors même qu'il pouvait enfin goûter à la mort éternelle. L'ambition et la fierté rythmaient les battements de son cœur qui s'accéléraient à mon approche. Voyait-il dans mon regard que le savoir vivant me transperçait de douleur ? Mes souvenirs n'avaient jamais été aussi clairs de toute ma vie, ni aussi vifs.

-Au final, peut-être que je reste plus humain que tu ne pourras jamais l'être.

J'avais presque craché ces mots envenimés à son visage, lui faisant enfin face. Il ne laissa rien paraitre de ses sentiments, si ce n'est que cette expression olympienne et ce mince sourire de désolation sur les lèvres. Et ce cœur, le sien, qui trahissait de par ses tambourinements une émotion plus forte que tout le reste. Mon regard glissa lentement sur son corps, de la tête au pied, alors qu'il se fondit dans un doux silence. Son choix était judicieux. Guetté par la mort, recouvert d'humilité plus qu'il ne l'a jamais été, son arrogance l'avait quitté. Son aura, dégageant toujours autant de dignité, semblait lavée de cette riche insolence qu'elle traînait depuis longtemps. Il était humain, ni plus ni moins. Et il en était conscient.

-Où est le corps de Yuuki ? demandais-je en espérant une toute autre réponse que celle se formulant déjà dans ma tête.

Je devinai son mutisme comme une confirmation à mon hypothèse; elle était retournée à l'état de poussière, devenant une partie de la terre. Nous restâmes ainsi, plongés dans le regard de l'autre, moi le condamnant et lui me pardonnant. Ses deux billes d'or se détachèrent de moi seulement pour regarder le soleil disparaître à l'horizon, du haut des escaliers.

-Beaucoup de choses semblent avoir changé, murmura-t-il en contemplant la noirceur s'emparer du ciel. Combien de temps…

-Un peu plus de mille ans, le coupais-je en sortant de cet état de transe. Suis-moi.

Je ne pris pas la peine de vérifier s'il suivait mes pas et me dirigeai vers le boudoir. La pureté de la pièce était rafraîchissante, recouverte d'un blanc nacré et de dorures au goût de notre richesse. Je fermai les paupières, le temps d'une seconde pour prendre une profonde inspiration. Le parfum sucré de ma tendre y était encore encré, imprégné dans la moindre parcelle de tissu. De toute la demeure, ce boudoir était ce qu'elle préférait.


M'échapper de ce sommeil sans fin n'avait jamais été une possibilité à considérer pendant que je me perdais dans le temps. Ce ne pouvait être réel. La vie continuait de défiler et je n'en faisais tout simplement plus parti. J'avais fais le choix de donner mon existence en offrande tout en étant persuadé que la paix retomberait sur le monde comme un voile. J'avais fais confiance à ma soeur et à ce chasseur qui l'aimait tout autant que moi. Encore aujourd'hui, me tenant face à lui dans un fauteuil, il était la seule personne à qui je m'abandonnais. Vulnérable, je m'en remetais à lui, aussi haineux pouvait-il être.

Cette aversion à mon encontre, je la lisais dans ses yeux comme dans un livre ouvert. Il avait toujours été facile pour moi d'analyser et d'anticiper les réactions de mes alliés comme de mes ennemis, et cette caractéristique de ma personnalité ne m'avait point quitté avec la mort. Au contraire, je suis devenu plus observateur et prudent que jamais, pesant mes mots et réfléchissant à chacun de mes gestes. À sa place, n'aurais-je pas déjà éliminé mon adversaire ? Certes. Pourtant, alors que nos regards s'accordaient pour la énième fois, je ne pouvais miser sur notre confrontation éternelle. La femme que nous aimions était morte en me donnant une vie humaine. Au final, nous étions tous les deux perdants de cette situation plus que tendue.

Et ma tête, elle, était emplie d'un épais brouillard. J'avais la réelle impression d'avoir dormi des centaines d'années, mes souvenirs vaguement enterrés dans le jardin de ma mémoire. J'essayais de mettre la main dessus, d'assembler les morceaux avec certitude afin de ne pas attiser l'animosité du vampire devant moi. Je n'oubliais pas que désormais, c'était moi, l'humain. En mille ans, qui sait ce dont l'immortel aux yeux améthyste qui me fixaient était enfin capable de me faire.

Mille ans… Ce n'était pas impossible. Je me sentais faible et dépourvue de toute vivacité. Soutenir son regard aussi froid que le vent, celui du nord qui glace le sang, me demandait déjà trop d'attention. Mon corps était lourd et pourtant, je me sentais complètement vide. Je supposai que ce gouffre dans mon estomac était une sensation de faim, le désir de croquer et de goûter. Ce réveil n'était autre qu'une deuxième vie que je me prometais de mener beaucoup mieux que la première. Je n'avais qu'à revoir le visage de cette jeune vampire au sang pur, celle qui lui ressemblait tant, pour avoir la volonté d'être indispensable, de donner plus que je ne le pouvais.

-Quels sont leur nom ? articulais-je enfin, après d'interminables minutes de silence.

Il sembla être décontenancé par ma question, fronçant les sourcils. Il n'en paraissait que plus sur ses gardes, guettant le moindre faux pas de ma part. Finalement, son bras gauche se plia sur l'accoudoir du fauteuil, son poing retenant sa tête.

-Harumi et Yukito.

-Quel âge ont-ils ? demandais-je presque aussitôt.

-Mille-dix-sept ans et neuf-cent-cinquante-neuf ans, répondit-il en plissant imperceptiblement les paupières.

Sa méfiance n'avait d'égal que la prestance et la puissance brute qu'il dégageait, maintenant qu'il était une créature de la nuit expérimentée. Ce que je n'étais plus, mais qui ne m'enlevait aucunement mon assurance et ma dignité. Et alors que j'écrivais dans ma mémoire les précieuses informations, les traits vieillis du corps sous mes yeux me frappa doucement. Zero Kiryu n'était plus l'adolescent sauvage que j'avais laissé derrière avec ma sœur. Ses épaules droites semblaient être aptes à soutenir le poids de la douleur et de la perte. Sa grandeur renforçait l'influence qu'il avait acquise et sous ses vêtements, je devinais sans mal des muscles qui pouvaient se tendre à la moindre agression. Même son visage était la peinture d'un homme mûr et plus réfléchi que ce qui gravait mes souvenirs.

-Harumi sait-elle que je suis son père biologique ?

-Yuuki n'a pas cru bon de le lui cacher, répondit-il de sa voix ferme. Elles étaient très proches, peut-être même plus liées que je pouvais l'être avec l'une d'entre elles.

Je décelai une certaine peine dans ses derniers mots, mais je ne relevai pas. Avaient-ils eu une vie paisible comme je l'avais souhaité en quittant ce monde ?

-Kuran.

Mon regard s'était perdu dans le jeune reflet que me renvoyait le miroir de la pièce apaisante. L'entendre dire mon nom m'extirpa lentement de mon rêve éveillé et je reposai mes yeux sur lui. Il me fixait, faisant pression de sa stature.

-Que comptes-tu faire, maintenant ? demanda-t-il d'un ton qui transformait ses mots davantage en constatation plutôt qu'en simple question.

Je tournai la tête vers la fenêtre couverte d'un épais rideau crème aux arabesques argentées, puis me levai pour les tirer de ma main. J'aurais aimé me perdre dans ce ciel ou du moins y trouver rapidement une réponse que me convenait, mais rien de tout cela s'imposa à moi. Alors les mots franchirent mes lèvres comme la pire des parties que je n'avais encore jamais joué. Après tout, mon réveil n'était pas calculé. Je ne devais pas revenir parmi eux, mais quelqu'un en avait décidé autrement.

-Je n'en sais rien, lâchais-je dans un murmure.

Aucune tristesse ne m'atteignait. Aucun regret ne m'habitait. Honnête pour la toute première fois depuis longtemps, mes intentions étaient inexistantes. La seule chose qui m'importait réellement était de revoir Harumi et de redécouvrir le monde de mes yeux.

-Le monde a-t-il…

-Bâtard !

Sa voix venait à peine de claquer l'air que des doigts m'agrippaient violement le cou. En un soupir, je fus plaqué et ma tête percuta le mur dans un bruit sourd. Humain, la douleur était tout autre. Plus vive, plus lancinante dans ma nuque et mon crâne. Me laissant manier sans protestation, je fis face à un vampire bouillonnant d'une rage qui noya rapidement l'ambiance calme du boudoir.

-Si tu savais à quel point j'ai envie de te tuer pour de bon, Kuran, vociféra-t-il entre ses crocs. Yuuki a donné son immortalité pour que tu vives à nouveau, la moindre des choses serait que tu tiennes compte de son sacrifice ! Pourquoi a-t-elle fait ça ?

Sa main se resserra sur moi dangereusement et je peinais à déglutir. La haine qu'il me vouait depuis trop longtemps et la colère qu'il ressentait envers le sacrifice de Yuuki se déferlaient sur moi comme un torrent d'eau glacé. Mais même devant ce vampire menaçant, prêt à me charcuter dans sa folie passagère, je ne sombrais pas dans la panique. Je pouvais que comprendre la peine qu'il étouffait en rejetant la faute sur moi, la personne que sa tendre avait décidé de libérer de la mort en causant la sienne. Malheureusement, je n'avais pas l'ombre d'un doute de ce qui l'avait poussé à faire un tel geste.

-Je ne sais pas, Zero, râlais-je en cherchant quelque peu mon air.

-Elle avait certainement une raison pour abandonner tout ce qu'elle avait ! Tu n'en valais pas la peine, alors pourquoi ?

Je posai une main ferme sur son poignet, lui intimant de relâcher sa prise. Il faisait bien une tête de plus que moi, mais l'intimidation ne m'atteignait guère. Pourtant, je savais son raisonnement enragé véridique. Yuuki avait un grand cœur, mais jamais elle n'aurait contesté mon dévouement pour le simple plaisir de m'offrir une vie humaine.

-Père ?

Dès que la voix mélodieuse vola jusqu'au boudoir, les doigts de Kiryu s'effacèrent rapidement de ma gorge. Seule la fureur persista dans son regard qui ne me quitta pas, même lorsque des pas se firent entendre à quelques mètres de nous. Derrière lui, je distinguais le visage soucieux d'Harumi.

-Es-tu assez reposée pour tes cours ? commença-t-il plus doucement. Si tu préfère demeurer à la maison ce soir, je comprendrais.

Je croisai les yeux marrons de ma fille et y lus une profonde tristesse qu'elle s'efforça de dissimuler. La retenue dont elle faisait preuve transparaissait sur son visage affaissé par la peine. Mon envie de la serrer dans mes bras et de lui glisser des mots rassurants à l'oreille fut nourrie, mais je ne mimai aucun geste afin de ne pas attiser la colère du vampire devant moi. En détaillant sa grâce silencieusement, les paroles qu'elle m'avait transmises de la part de ma sœur me revinrent comme un chant.

-Je vais bien, père, finit-elle pas dire tout bas. Je voulais seulement vous annoncer notre départ. Prenez soin de vous.

Elle s'inclina poliment et disparue aussi rapidement qu'elle était venue, laissant derrière elle une ambiance chargée d'aigreur. Dès qu'elle fut assez éloignée, Kiryu reporta son attention sur moi. Avant qu'il ne tente quoi que ce soit d'autre, je pris les devants.

-Tu as raison, avouais-je avec prudence. Elle n'aurait jamais fait cela sans raison. Si une personne doit savoir quelque chose que nous ignorons, Harumi devrait être celle qui détient la vérité.

Je suivis des yeux le regard du vampire qui s'était glissé sur les deux enfants montant dans la berline noire. À l'extérieure, la nuit venait de laisser tomber son voile d'étoiles.

-Elle lui ressemble tellement, murmura-t-il en contemplant la brunette.

Il soupira silencieusement et je sus à ce moment là que la peine venait de regagner son cœur, repoussant sa colère explosive. Ce soir, lui aussi avait perdu un être cher. J'aurais pu dire quelques mots pour apaiser son mal, essayer de lui partager mon désir d'être présent au sein de cette demeure ou encore de lui faire comprendre mes intentions sans prétention, mais je n'en fis rien. Au lieu de cela, je le dépassai sans aucun regard, sans aucun mot. Comme s'il n'existait pas. Comme si rien de tout cela n'était réel.