Une fois changé selon les directives de Kame, Yamapi se dirigea vers l'agence au volant de la voiture de son cadet. Et outre qu'il n'était pas habitué à ce mouvoir avec ce corps quasi squelettique, il ne pouvait s'empêcher de craindre d'être découvert par ses collègues et de devoir fournir des explications qu'il n'avait pas. C'est pourquoi avant de pénétrer dans la loge, il se sentit obligé de se composer un personnage. Il fallait qu'il se persuade qu'il était Kame, sinon ils courraient droit à la catastrophe tous les deux. Restait à espérer que pour une fois, Jin mériterait son surnom.
Une fois devant la porte, il inspira fortement et l'ouvrit. Ignorant de quelle façon son cadet saluait ses amis, il décida d'opter pour la sobriété.
- Salut, fit-il en refermant la porte.
- Ooooooh mais regardez qui se décide à se pointer deux plombes après l'heure, se moqua immédiatement Jin.
- La ferme, répliqua vertement Yamapi/Kame, pensant que c'est ce qu'aurait répondu son pas toujours aimable homologue. Je suis venu pour pas vous lâcher sur les shoots, mais j'ai toujours la gerbe, alors m'emmerde pas, c'est pas le jour.
Lui-même n'aurait jamais formulé ça de cette façon même si le sens aurait été sensiblement le même, mais après tout il jouait un rôle. Et à la façon dont son meilleur ami se renfrogna, il avait du être convaincant. Parfait, il fallait qu'il poursuive sur cette lancée.
- Bah la maladie te rend pas plus aimable en tout cas, ronchonna-t-il.
- Allez allez, ne nous disputons pas, intervint Nakamaru. C'est sympa d'être venu quand même, Kame. Mais ça va aller ?
Il avait l'air si sincèrement inquiet pour son ami, que l'aîné des KAT-TUN lui fit penser Keiichiro. Et il se fit la réflexion qu'en fait il connaissait bien peu ses collègues.
- Bon ben on va pouvoir y aller du coup, enchaîna-t-il en rouvrant la porte et en sortant, suivi de Jin, Nakamaru, Taguchi et Tanaka, tandis que le dernier membre traînait derrière. Bah alors, Ueda, tu viens ?
L'emploi du nom de famille seul, surprit tout le monde.
- Qu'est ce qu'il a fait de mal ? demanda alors Junno.
- He ? fit Yamapi/Kame sans comprendre.
- Bah je sais pas, tu l'appelle toujours "Tat-chan" d'habitude et là d'un coup tu nous sors du Ueda. Ca fait drôle.
Ca il ne l'avait pas prévu. Mais comment aurait-il pu deviner que Ueda n'était jamais appelé autrement que par son surnom ? Kame ne lui avait pas parlé de ça avant qu'il parte. Comment rectifier le tir maintenant ?
- Rah me fais pas chier, Taguchi ! T'as capté que j'ai la crève ou pas ?! improvisa-t-il sans savoir si le mensonge prendrait ou non. Jusqu'à tout à l'heure j'avais encore de la fièvre, alors si je dis des trucs louches, c'est normal, pigé ?!
S'ils gobaient le truc, il aurait en même temps couvert toutes ses éventuelles bourdes de la journée.
- Ok ok, t'énerve pas… capitula le plus grand du lot. Je disais pas ça méchamment, j'étais juste surpris.
- Bah sois surpris mais en silence.
- Y'a pas à dire, t'es vraiment exécrable quand t'as la crève, Ka', déclara alors Koki, resté silencieux jusque là.
- Ouais ben désolé de quand même être venu bosser, ne.
- Bah t'aurais peut-être pas du, marmonna Jin dans la barbe qu'il n'avait pas.
- Tu dis ?!
- Mah mah mah. Allez on se calme et on y va là, dit de nouveau Nakamaru. Pas la peine d'être encore plus à la bourre qu'on l'est déjà.
A la tête du petit groupe, Yamapi/Kame n'en menait pas large. Parler sur ce ton à son meilleur ami et aux autres lui coûtait vraiment, mais il n'avait pas le choix s'il voulait être crédible.
Le trajet en minibus jusqu'au studio se passa dans le silence, personne n'osant adresser la parole à un Kame rendu insupportable par la maladie et c'est toujours sans un mot qu'ils pénétrèrent dans le bâtiment. L'ambiance pesait au News bloqué dans le corps de son cadet. Il avait très envie de s'excuser, mais il ignorait même si Kame le faisait parfois.
Son stoïcisme kamenashien fut cependant mis à mal lorsque, en traversant un couloir, Junno trébucha sur un câble qu'il n'avait pas vu à terre et s'écroula de toute sa haute taille. Oubliant momentanément qui il était censé être, Yamapi/Kame se précipita pour l'aider, comme il l'aurait fait pour un de ses News, sachant en plus que Taguchi était le meilleur ami de Koyama.
- Ca va Taguchi ? T'es pas blessé ? lui demanda-t-il.
- Heu… Nan ça va, répondit l'interpellé en se redressant, un peu déconcerté par la saute d'humeur de son leader et ami. J'aurais du regarder où je mettais les pieds, c'est tout.
- Tant mieux, sourit alors Yamapi/Kame, soulagé.
Il se rendit alors compte que Tanaka, Nakamaru, Ueda et surtout Jin, le fixaient avec des yeux ronds.
- Qu'est ce qu'il y a ? fit-il sans comprendre, pas encore revenu à son personnage.
- Heu Kazu… Je sais bien que t'as la crève et tout… mais on a du mal à suivre tes sautes d'humeur là. On va finir par choper le tournis à force.
La remarque fit immédiatement comprendre à Yamapi/Kame qu'il avait commis une nouvelle erreur en agissant en tant que lui-même, alors qu'il avait le corps de Kamenashi. Erreur qu'il s'efforça de camoufler en reprenant un ton bourru.
- Oh ça va, ne ! Ca va bien les insinuations ! Dis tout de suite que j'en ai rien à foutre de vous pendant que t'y es !
- Bah… sans aller jusque là…
- T'es pas aussi prévenant que Yamapi quoi.
Ne s'attendant pas à être cité en exemple, le susnommé hésita entre interroger Taguchi à propos de ce qu'il venait de dire… et le rembarrer comme aurait sûrement fait Kame, que ça aurait probablement agacé d'entendre louanger son rival. Il transigea donc pour une combinaison des deux.
- Rah mais putain, qu'est ce que vous avez tous avec lui ?! Yamapi par ci, Yamapi parl à… J'en ai ras le cul de lui ! Qu'est ce qu'il a de plus que moi à la fin ?!
Bon, là il se la jouait un peu Ryo en quémandant des compliments, mais il était curieux.
- Attends… Kazu, t'es jaloux de Pi ? insinua Jin, ébahi.
- Pffffff, n'importe quoi… Comme si c'était possible…
- Siiiiii ! Si si si si si si siiiiii ! T'es jalouuuuuux ! continua Akanishi, mort de rire.
- JinJin, t'es lourd. Ferme-la un peu, ça me fera des vacances, ne, conclut Yamapi/Kame, désespéré par les gamineries de son meilleur ami.
Il avança un peu, ouvrit la porte de la loge… et se rendit alors compte que ses compagnons ne l'avaient pas suivi.
- Et bah vous foutez quoi ? Vous venez ou vous attendez le dégel ? fit-il en se retournant.
- "JinJin" ? releva celui-ci. Toi tu m'appelle juste Jin ou Bakanishi. La seule personne qui m'appelle comme ça, c'est Pi.
- Et bah j'ai du l'entendre t'appeler comme ça et c'est resté, c'est tout. Tu vas pas m'en faire une montagne, grogna encore le News avec la voix de Kame.
Ca sentait le roussi. Pour le moment, il arrivait encore à camoufler chacune de ses bourdes, mais s'il continuait à les accumuler à ce rythme et qu'ils ne trouvaient pas rapidement une solution à ce problème d'échange de corps, il allait vraiment finir par se trahir.
Heureusement pour lui, les shoots se déroulèrent sans accroc et personne ne sembla soupçonner que le Kame qui prenait la pose devant l'objectif n'était pas ce qu'il paraissait. Ce qui ne l'empêcha pas d'être soulagé que la journée se termine. Ce fut donc après avoir presque joyeusement prit congé de ses collègues et en appuyant un peu sur le champignon, que Yamapi/Kame retourna à son appartement. Il ouvrit la porte et s'apprêtait à clamer "Tadaima !", quand une voix familière s'éleva du salon, le clouant sur place.
- Mais si, mais si, Pi-chan, disait Tegoshi en réponse à quelque chose que Kame/Yamapi avait du dire. Quand on est malade, le meilleur remède, c'est la bouillie de riz et c'est pour t'en faire que je suis là.
- Pour la troisième fois, Tego, c'est pas la peine, tu peux rentrer chez toi, répondit Kame/Yamapi.
Tesshi était là ! C'était une catastrophe ! Comment avait-il fait pour arriver avant lui qui avait speedé ?! A quelle heure Ryo avait-il lâché leurs amis pour que son cadet arrive avant lui ?! Et surtout… POURQUOI KAMENASHI L'AVAIT-IL LAISSE RENTRER MALGRE SES INSTRUCTIONS ?!
Surtout qu'une fois que Yuya avait une idée quelque part, il ne l'avait pas ailleurs et que dès qu'il s'agissait de lui, il devenait plus collant que le papier tue-mouche, même si c'était avec les meilleures intentions. Mais l'enfer est pavé de bonnes intentions. La preuve. Jamais Kame n'arriverait à se débarrasser de lui sans éveiller ses soupçons. Il allait falloir trouver rapidement un stratagème pour le faire partir.
