Dire que le plus jeune fut mécontent des paroles de son aîné serait un euphémisme. De nouveau, il le foudroya du regard avec ses propres yeux.
- Mais tu te prends pour qui à me donner des leçons, Yamashita ?! Tu pense que tu vaux mieux que moi ?! T'es pas meilleur malgré ce que tu pense ! Toi aussi je suis sûr qu'il t'arrive d'être vénère et d'avoir envie de butter tes potes !
- Evidemment. Je ne suis pas un surhomme. Seulement à la différence de toi, ça reste ponctuel. La majeure partie du temps, je me contrôle. Et c'est ça qui te manque, Kamenashi. Le contrôle.
- Et sinon, tu peux te casser ?
- Je suis chez moi. Et je crois qu'on a rien à gagner à rester chacun chez soi vu les circonstances.
- Attends… t'es quand même pas en train de suggérer qu'on habite ensemble ? demanda Kame/Yamapi, soudain pris d'un doute.
- Jusqu'à ce qu'on ait récupéré nos corps respectifs, si.
- Pas question.
- Réfléchis, ce serait le mieux.
- Pourquoi ? Si ça se trouve, une fois qu'on aura dormi, on aura récupéré notre corps vu qu'on a échangé pendant la nuit.
- Tu y crois pas toi-même. Essayons, qu'est ce que ça nous coûte ? De toute façon il se passera plus rien ce soir.
- Je veux bien essayer, capitula alors Yamapi/Kame. Mais honnêtement, je crois pas que ça change grand-chose. Allez, barre-toi maintenant. Rentre chez toi. Enfin chez moi.
Le leader de News se leva et se dirigea vers la porte, avant de se chausser et de l'ouvrir, se retournant sur le seuil.
- Sois pas trop déçu si rien a changé demain matin.
Lorsque le réveil sonna désagréablement le lendemain matin, il tâtonna pour l'éteindre de son côté habituel, avant de se rendre confusément compte qu'il se trouvait de l'autre côté et de se redresser brusquement, pour courir à la salle de bain.
- Noooooon ! Je suis toujours Yamapi ! s'exclama-t-il en voyant son reflet dans le miroir au dessus des vasques. Pourquoi ?! Pouuuuuurquoiiiiii ?!
Malgré les mises en garde du News, il avait tellement espéré que la nuit suffirait à tout remettre en ordre… Il allait tuer cette stupide bonne femme responsable de tout. Elle mourrait lentement et souffrirait longtemps. Ce serait sa punition pour avoir osé lui faire ça.
Le portable de Yamapi sonna alors et il se précipita pour décrocher en espérant que ce n'était pas un des News, mais il ne s'agissait que de son compagnon de galère.
- Tu vois que j'avais raison, lui dit ce dernier avec sa propre voix.
- Me soule pas dès le matin, Yamashita. Ca change rien par rapport à hier.
- Justement. Bon on se rejoint au studio dans une heure ? Il faut qu'on parle à cette Yuriko.
- Ouais. Que je la butte.
- T'es infernal. Arrête un peu avec tes menaces de mort, je vais finir par croire que t'es un psychopathe. Bon, à toute.
Sur ces mots, il raccrocha et Kame/Yamapi retourna à la salle de bain pour se doucher.
Une heure plus tard, les deux hommes se rejoignaient devant la porte du studio et la franchissaient en même temps sans avoir prononcé un mot. Ils furent accueillis par le staff, dans lequel ils n'aperçurent pas la jeune femme.
- Elle est où Amaguchi-san ? fit alors Kame/Yamapi, impatient.
- Elle ne sera pas présente, répondit celui qui devait être un assistant. Elle s'excuse mais elle a un empêchement.
- QUOI ?! s'écria alors le plus jeune, faisant sursauter tout le monde. MAIS QUELLE…
- Calmez-vous, Yamashita-san, dit alors un autre homme. Je comprends que son absence vous ennuie, mais ne vous inquiétez pas, elle n'impactera pas le tournage. Elle nous a laissé toutes ses instructions. Tout se passera bien.
Le KAT-TUN s'apprêtait à répliquer vertement qu'il "n'en avait rien à foutre de ce putain de tournage", quand il croisa le regard de son partenaire de galère. Regard signifiant clairement "fais gaffe à ton attitude quand tu es moi !" et il resta donc muet. Effectivement, là ils étaient au boulot et censés être l'autre. C'était autre chose que de devoir faire face aux membres des groupes. Là, ils avaient l'un et l'autre une image à préserver.
- Désolé, fit-il d'un ton qu'il espérait suffisamment contrit.
- Ce n'est rien. Ayama-kun va vous emmener à votre loge pour que vous puissiez passer vos costumes, vous faire maquiller et coiffer et je vous expliquerais le synopsis du film.
- Du film ? releva Yamapi/Kame.
- Oui, c'est une publicité longue. Elle va durer un peu plus de cinq minutes, donc c'est un micro film.
- Ce qui veut dire que le tournage ne sera pas terminé aujourd'hui ?
L'homme secoua la tête.
- Impossible. Au mieux demain soir tard, sinon après-demain dans la journée.
Kame/Yamapi retint un soupir excédé. Deux à trois jours de plus coincé dans le corps trop musclé de Yamapi… Quelle galère… Ils avaient déjà eu du mal à gérer une journée à l'agence en maintenant l'illusion, alors continuer comme ça… Même s'ils étaient aussi bons acteurs l'un que l'autre, ils fonçaient droit dans le mur, c'était évident. L'un d'eux allait fatalement dire et/ou faire quelque chose qui les trahirait.
Pourtant, le premier jour de tournage s'acheva sans incident notable en dehors des classiques d'un tournage (soit bafouillages, fou-rires et trous de mémoire). Mais bien qu'il ne l'ait pas laissé paraître de la journée, Kame/Yamapi restait énervé de l'absence de celle qui était la cause de tout.
- Ah la saloperie ! jura-t-il lorsqu'ils furent seuls en loge. J'arrive pas à croire qu'elle soit pas venue !
- Moi ça ne m'a pas vraiment surpris, rétorqua son collègue. C'est même plutôt logique quand on y pense.
- Comment ça ?
- Elle n'avait probablement pas envie de répondre à nos questions ni de se justifier. Et encore moins de nous révéler dans quel but elle a agi.
- Et si elle se repointe jamais et qu'on reste bloqué dans le corps de l'autre pour toujours ?
Il y eut un blanc, preuve que l'aîné n'avait pas envisagé cette possibilité.
- Tu as raison. Il faut qu'on la retrouve sans tarder. Cette situation ne peut pas durer.
- Tu propose quoi ?
- Le plus simple dans un premier temps : demander ses coordonnées au réalisateur.
- Et s'il veut pas nous les filer ?
- On insistera. Après tout c'est "pour la pub".
Comprenant où voulait en venir son collègue, hocha la tête et termina de s'habiller.
- Au fait… comment t'as chopé tous ces muscles ? On dirait que t'es bodybuildé.
- Rien de bien extraordinaire, simplement avec de la musculation. Et toi tu serais pas anorexique ? T'es tellement maigre… Un vrai sac d'os.
- Oi, je suis pas maigre, je suis mince.
- Nan, Kamenashi. JE suis mince. Mais à partir du moment où on voit distinctement tes os sous ta peau, tu es maigre. Et excuse-moi, mais quarante-sept kilos, c'est pas un poids normal par rapport à ta taille.
- Attends, tu m'as pesé ?!
- Par réflexe. Je me pèse toutes les semaines pour vérifier que je suis stable. Tu mange correctement au moins ?
- Qu'est ce que t'appelle correctement ?
- Bah je sais pas, genre trois repas par jour, avec les apports nécessaires ?
- Heu… Bah… Pas toujours.
- C'est-à-dire ?
- Bah je bouffe jamais le matin, ça m'écœure. Et le midi ça dépend.
- Et le soir ?
- Je suis trop mort pour y penser.
- Attends, tu veux dire que tu fais à peine un repas par jour ?! Mais c'est de la folie avec notre boulot ! Pas étonnant que tu sois squelettique ! Tu veux crever, c'est ça ?! Ok, ce soir, tu vas bouffer, crois-moi. Et pas qu'un peu. Et tant que je serais toi, tu feras tes trois repas par jour. Ensuite je demanderais à Jin qu'il veille à ce que tu te nourrisse.
Sur ces mots, sans laisser au légitime possesseur du corps qu'il occupait le loisir de répliquer, il alla voir le réalisateur, qui ne fit heureusement aucune difficulté à lui donner le téléphone de la jeune femme, puis fila à la voiture et démarra. Kame/Yamapi eut à peine le temps de s'asseoir à côté de lui et de boucler sa ceinture.
- Depuis quand ma santé te préoccupe, Yamashita ? grogna-t-il.
- Depuis que je sais que tu joue connement avec ta vie.
- Et depuis quand ma vie t'intéresse ?
- Kame, fais-moi plaisir, ferme-la.
L'emploi du diminutif stupéfia ladite tortue, qui décida de lui rendre la politesse.
- Ok… Pi.
Surpris à son tour, celui-ci se contenta de sourire.
- Fais gaffe, on commence par les diminutifs et on finit amis, lui dit-il, amusé.
- Arrête, quelle horreur, répondit le KAT-TUN sur le même ton.
