L'impatience du plus jeune était presque perceptible lorsque tous deux arrivèrent au studio pour la seconde journée de tournage : il voulait récupérer son corps et démêler au plus vite le nœud émotionnel dans lequel il se trouvait pris et auquel il ne comprenait rien. Le travail lui semblait même plus que secondaire, c'était pour dire à quel point les choses en étaient arrivées.

Pourtant, lorsqu'ils parvinrent sur place, la jeune femme qui n'avait même pas donné signe de vie par téléphone depuis le message de la veille, était une nouvelle fois absente.

- Excusez-moi, mais où est Amaguchi-san ? demanda Yamapi/Kame. Elle ne…

- Qui ça ? demanda le réalisateur qui paraissait étonné.

- Amaguchi-san. La créatrice du parfum pour lequel on tourne cette pub, répondit le leader de News, à son tour surpris.

- Je ne vois pas de qui vous parlez, Kamenashi-san. Toute l'équipe est au complet, comme elle l'a toujours été. On attendait plus que vous.

- Vous vous f… commença agressivement Kame/Yamapi, avant d'être interrompu par son collègue.

- Je vous remercie. On se retrouve sur le plateau.

L'homme hocha la tête, l'air de se dire que l'idole était dingue et commença à donner des consignes aux autres membres de l'équipe, tandis que l'aîné des switchés entraînait par le poignet son cadet qui semblait vouloir brusquer le réalisateur.

Frustré et énervé, Kame/Yamapi poussa un cri d'exaspération dès qu'ils furent dans la loge.

- Ah mais c'est pas vrai ! Elle se fout de notre gueule, putain ! Et lui aussi ! "Je ne vois pas de qui vous parlez", le singea-t-il. C'est quoi son problème à ce mec ?!

- Je ne crois pas qu'il se fichait de nous, répondit le News qui s'était assis. Bien que je ne comprenne pas pourquoi vu que c'est lui qui m'a donné le numéro d'Amaguchi-san hier, il avait sincèrement l'air d'ignorer de qui il s'agissait. Et étant donné les regards qu'ont échangé les autres membres du staff, ils comprenaient pas non plus.

- Enfin on est pas dingues ! Cette nana, on l'a pas imaginée ! Tu l'as vue comme moi, Pi !

- Evidemment. Il y a forcément une explication.

- Laquelle ?

- … Je ne sais pas, Kame. Ca me parait aussi hallucinant qu'à toi et je ne comprends pas plus. Comment est-il possible que nous seuls nous souvenions de la personne censée être à l'origine du film sur lequel on travaille tous ?

- C'est bien ce que je me demande.

Sortant le portable de sa poche, Yamapi/Kame composa de nouveau le numéro obtenu la veille… et écarquilla les yeux.

- Quoi ? Qu'est ce que t'as ? l'interrogea alors Kame/Yamapi, alarmé par l'expression apparue sur son propre visage.

Sans dire un mot, son interlocuteur lui tendit l'appareil, qu'il colla à son oreille. « Le numéro que vous avez demandé n'est pas attribué. Nous regrettons de ne pouvoir donner suite à votre appel. Le numéro que vous avez demandé… ».

- Pas attribué ? releva le KAT6tun, ébahi, en raccrochant. Mais hier soir t'as bien laissé un message nan ?

- Oui. Toute cette histoire est de plus en plus bizarre. Donc non seulement personne ne se souvient d'elle en dehors de nous deux, mais en plus elle a vraiment disparu comme si elle avait jamais existé. Je sais qu'il est trop tôt pour baisser les bras, mais je commence à craindre…

- Qu'on récupère jamais notre corps ?

- Hum, acquiesça l'aîné en hochant la tête.

- Nan mais nan, c'est pas possible ! Il y a forcément une solution à cette histoire de malade !

- Ben là… je t'avoue que je vois pas laquelle. Je suis aussi désarmé que toi.

Le silence revint dans la pièce. La colère soudain retombée de Kame/Yamapi avait fait place à un découragement que Yamapi/Kame n'était pas loin de ressentir aussi.

Malheureusement, aucun d'eux n'eut le loisir de s'appesantir davantage sur leur situation, car le staff fit irruption pour les préparer et ils n'eurent d'autre choix que d'endosser de nouveau le rôle de l'autre et de faire bonne figure.

La journée fut cependant une épreuve pour les deux jeunes gens, car malgré tout leur professionnalisme, ils ne pouvaient empêcher leur esprit de vagabonder à la recherche d'une solution à leur insoluble problème. Ils multiplièrent donc les erreurs et le réalisateur lutta très visiblement pour conserver son calme.

Conscients que les choses n'avaient pas été simples pour lui, les deux idoles s'excusèrent platement et lui promirent d'être plus attentifs le lendemain pour le dernier jour. L'homme grommela un vague "c'est bon" et s'éloigna, laissant les deux stars retourner à leur loge.

- Bon, ça ne peut pas continuer comme ça, déclara Yamapi/Kame une fois qu'ils furent seuls dans la loge. Gâcher le boulot comme ça, c'est pas possible. Je ne fais quasi jamais refaire de prise en temps normal.

- Moi non plus. Cette situation va faire du tort à nos carrières si ça s'éternise.

- Bon, viens on rentre. On ne résoudra rien en restant ici.

Le plus jeune ne releva pas le "on" qui induisait que son collègue allait dormir avec lui une seconde fois. Il allait peut-être pouvoir comprendre ce qui se passait en lui de cette façon.

Aucun d'eux ne prononça un mot du trajet, mais Kame/Yamapi se sentait toujours troublé par la présence de son collègue, aussi tressaillit-il lorsque la main de celui-ci effleura son genou en changeant de vitesse. Ce que l'aîné ne put que remarquer.

- Ca ne va pas, Kame ? Tu as l'air tendu.

- Evidemment que ça va pas ! s'exclama alors le concerné. Je suis bloqué dans ton corps peut-être pour toujours et pour couronner le tout, tu me trouble et je déteste ça !

- So ka.

Stupéfait d'un tel stoïcisme, Kame/Yamapi fixa son voisin.

- Je te dis ça et c'est tout ce que ça te fais ?

- Tu voudrais que je te dise quoi ? demanda alors Yamapi/Kame en tournant la tête vers lui pour le regarder une secondes, avant de reporter son attention sur la route.

- Tu te rends compte de ce que ça induit au moins ?

- Oui.

- Et ?

- Et quoi ?

- Rah tu m'énerve, monsieur parfait ! Merde, on dirait que t'es un robot, on voit jamais aucune émotion sur ton visage et on en entend pas plus dans ta voix ! J'ai peut-être un caractère de merde, mais moi au mois je… Tu fais quoi ? s'étonna-t-il en voyant la voiture bifurquer pour se diriger vers un petit parking.

Comme il ne recevait aucune réponse, il répéta.

- Oi, Pi, tu fais quoi ? Pourquoi tu t'arrête ?

Lorsque le véhicule fut garé, l'aîné se tourna vers lui et le fixa avec intensité.

- Pour que tu arrête de râler et pour te répondre.

- He ?

Et sans prévenir, Yamapi/Kame se pencha, posa ses lèvres sur les siennes en plaçant la main sur sa nuque et, comme la première fois approfondit immédiatement le baiser, auquel le cadet ne tarda pas à répondre, son souffle se faisant plus court et saccadé.

Lorsque le News s'écarta, le cœur de Kame/Yamapi était encore emballé et il retint à grand peine un gémissement de frustration.

- Pour un mec dont je suis pas le genre, je te signale que c'est la deuxième fois que tu m'embrasse comme ça, dit-il pour tenter de cacher son agitation.

- Et c'est la deuxième fois que tu réponds. CQFD. Je pense que là, il faut arrêter de se mentir : même si on est pas le genre de l'autre et même si on se supportait pas il y a encore quarante-huit heures, il est évident que les choses ont radicalement changé et qu'on est plus qu'attirés. Aussi bien toi que moi.

- Donc…

- A toi de voir ce que tu veux faire. Je te force à rien. Sache juste que moi je ne suis pas contre.

Il y eut un blanc puis, de lui-même, Kame/Yamapi fondit sur la bouche de son interlocuteur et s'en empara avec avidité. Longuement. Au point de rendre le baiser torride.

- Wow… Je ne pensais pas te faire tant d'effet, sourit le News contre ses lèvres.

- Y'a pas que là que tu m'en fais…

Le regard de Yamapi/Kame glissa le long du buste trop maigre et accrocha la bosse qui déformait le pantalon, le faisant sourire.

- En effet. Mais… on devrait attendre d'être rentrés avant d'envisager de régler ce "petit problème".

- Alors appuie sur le champignon.

- Pressé ?

- Bah je bande alors ouais.

- Comme c'est poétiquement formulé, se moqua Yamapi/Kame.

- Oi la ferme. Pète pas tout en te foutant de ma gueule, grogna le KAT-TUN.

Un éclat de rire lui répondit et la voiture redémarra. Le regard du plus jeune tomba alors sur l'entrejambe de son aîné et un sourire en coin fleurit sur ses lèvres.

- Bah dis donc, tu disais rien, mas toi aussi tu bande. Petit cachottier.

- Je mentirais si je disais que tu ne me fais pas d'effet, surtout que c'est visible.

Le cadet leva les yeux au ciel.

- Tu t'es entendu ? Sérieux, comment tu peux parler comme un bouquin en parlant de ça ? T'as quel âge, cinquante piges ? Lâche-toi un peu, parle comme un mec de ton âge. La vache, ce que t'es coincé, c'est ouf. Si tes fans savaient…

- Laisse mes fans où elles sont tu veux.

- Nan mais Pi, sérieusement… faut vraiment te décoincer, ça craint. Et je peux pas sortir avec un mec qui a un balai dans le cul, je me ferais trop chier.

- C'est sûr que ce ne serait pas pratique pour certaines choses, rigola Yamapi/Kame.

- Ah t'es con. Nan mais je suis sérieux.

- C'est ta réponse alors ?

- C'est la tienne ?

- He ?

- Si tu demande ça, c'est que t'as pas l'intention de changer, alors du coup… ouais je suppose que c'est ma réponse.

Mais ça n'avait pas l'air de lui faire plaisir et Yamapi/Kame s'en rendit compte.

- Si je changeais, ça modifierait cette réponse ?

- Probablement.

- Alors je vais faire de mon mieux.

Loin de s'attendre à ça, Kame/Yamapi fixa son propre visage. En cet instant, il aurait tout donné pour être revenu dans son corps et regarder le News avec ses propres yeux pour le sonder. Ne pouvant pas le faire, il se contenta de demander :

- Ca veut dire que tu tiens un peu à moi malgré ces trois ans ?

- Je suppose.

- T'en es pas sûr ?

- Non. Je veux pas te donner des illusions, je suis sûr de rien du tout. Pour te dire la vérité, à la base, je suis pas gay.

La stupeur fit écarquiller les yeux du plus jeune.

- HEEEEEE ?! T'es hétéro ?!

- Oui.

- Alors quand t'as dis que j'étais pas ton genre…

- C'est parce que j'aime les femmes.

- Mais alors pourquoi…

- J'ai aucune réponse, Kame. Aucune. Tout ce que je sais, c'est que ça m'ennuie pas si c'est toi, mais que j'ai jamais été attiré par aucun mec.

- Jamais ?

- Jamais.

- Que moi ?

- Que toi.

Encore sous le coup de la surprise, le KAT-TUN regarda encore son aîné pour tenter de deviner s'il se fichait de lui ou non, mais Tomohisa avait l'air parfaitement sérieux.

- Bah merde alors.

- Ca t'ennuie ?

- C'est pas ça, mais… ça fait drôle.

- Et à moi donc…

- Donc… tu me trouve attirant même si je suis un mec ?

- Oui.

- Même si je suis trop maigre à ton goût ?

- Oui.

- Même si tu pense que j'ai un caractère de merde ?

- Aussi.

-Bah merde alors, répéta le cadet qui n'en revenait vraiment pas.

- Remets-toi, rigola alors Yamapi/Kame en garant la voiture sur le parking de l'immeuble. Je pensais pas te causer un tel choc.

- Bah y'a de quoi être choqué.

- Allez on rentre sinon on va passer la soirée dans la voiture.

- Bagnole, Pi, pas "voiture". Rappelle-toi de ta promesse de tout à l'heure.

- Hai, hai.

Le duo quitta donc l'habitacle et rejoignit l'appartement. Il y eut un moment de flottement, pendant lequel ni l'un ni l'autre ne sut quoi faire. Devaient-ils tenter quelque chose envers l'autre ?

Ils se regardèrent un long moment, puis s'approchèrent aussi lentement qu'ils s'étaient jetés l'un sur les lèvres de l'autre un peu plus tôt, avant de finalement s'embrasser comme si leur vie en dépendait. Les bras de Kame/Yamapi se refermèrent autour de la taille de Yamapi/Kame et il répondit de tout son être au baiser… avant de s'écarter de lui et de reculer de plusieurs pas.

Surpris, l'aîné fixa son vis-à-vis.

- Kame ? Quelque chose ne va pas ?

- Oui. Je… Ecoute, c'est vrai que j'ai envie de toi. Mais… pas comme ça.

- C'est-à-dire ?

- C'est-à-dire que je suis toi. Comment il pourrait se passer quoi que ce soit entre nous tant que j''aurais pas mon propre corps pour tout ressentir ? Ce serait trop bizarre, j'aurais l'impression de faire l'amour avec moi-même.

- Je comprends. T'as pas tort. Alors quand la situation sera rétablie…

- Oui.

- Dans ce cas, faisons le nécessaire et occupons-nous de la disparition inexpliquée d'Amaguchi-san.