Note : Hypothétiquement le chapitre le plus long pour le moment :)

Merci à vous mes reviewers d'amour que j'aime et que j'adore ! Vous êtes officiellement, sur l'échelle de MissVeno (c'est-à-dire moi) les meilleurs :3

Camille (à qui je ne peux pas répondre directement) = J'aime ton prénom (ça me rappelle The Originals breef :p) :) Cela étant dit merci pour ton long review qui m'a vraiment fait plaisir (limite émue :3) ! Skyler te remercie de dire qu'elle est géniale ! Les notes des deux du district Trois, bah tu verras, ils sont plutôt impressionnants tous les deux ;) Pour ce qui est de Marlen, c'est un peu ambigüe mais je ne dirais rien haha :3 Et Tanisha te remercie aussi pour le petit coup de coeur sur elle, elle est repartie à son entraînement d'épée maintenant x') Voilà, j'essaye de réagir à tout ce que tu as dis, mais j'ai peut-être oublié des choses... en tous cas, MERCI ! :D


CHAPITRE CINQUIEME

LES DERNIERS INSTANTS

Prouesse d'une Drama Queen.

Skyler avait passé sa nuit à se demander ce qu'elle pourrait faire pour épater les potentiels sponsors durant l'interview qui lui serait donnée. Elle n'avait aucun charme particulier, contrairement à Willow. Elle ne paraissait pas être une incroyable tueuse, à l'inverse d'Aveline. Elle n'était pas aussi intelligente que Brianne. Elle n'avait pas l'air aussi innocent que Pearlie. Ni aussi forte que Tanisha. En bref, elle n'avait rien.

La seule chose qui la rendait différente, c'était son passé. Seulement, si cela se trouvait, elle ne serait pas la seule à avoir un passé rempli de peines et tristesse. Alors, en quoi serait-elle vraiment particulière ?

Elle avait fini par s'endormir sans trouver aucune réponse à cette question.

Le jour suivant, elle fut réveillée par son équipe de préparation et un Jarod bien remonté :

- Debout paresseuse ! lui cria-t-il dans les oreilles pour la faire réagir. C'est le grand show ce soir, il faut que tu sois resplendissante !

En se levant, Skyler se demanda bien comment cela serait possible. Elle ne dégageait rien de beau. Dans son attitude, elle demeurait le garçon manqué de son enfance. Dans sa démarche, elle restait la maladroite. Dans son regard, il y avait encore cette méfiance et cette froideur. Dans son sourire… quel sourire ?

Non, définitivement, elle ne voyait pas comment un peu de maquillage et une robe la rendrait « resplendissante ». Potable, à la limite. Et encore, cela relevait du miracle.

Cependant « miracle » semblait être un mot que Jarod ne connaissait pas. Il n'en avait pas besoin pour faire du plus petit cailloux, un diamant pur. Il l'avait déjà prouvé durant les interviews précédentes, en rendant les tributs ravissants. Il fallait juste lui laisser exercer son art en paix. Et surtout, faire ce qu'il disait.

Avec l'adolescente, c'était plus facile à dire qu'à exécuter. Elle ne se laissait pas faire du tout. Elle était méfiante, prêtant attention à chaque geste qu'exerçait un des membres de l'équipe. En particulier celui qui semblait être le leader. Et ainsi, la moindre cire posée sur sa jambe, le moindre coup de brosse ou mouvement de pince à épiler était analysé scrupuleusement.

Elle ne voulait surtout pas qu'ils fassent quelque chose qu'elle ne souhaita pas. Comme couper ses cheveux, par exemple. Parce que là encore, Jarod avait tenté de prendre une paire de ciseaux. Un échec. Skyler l'avait vu et lui avait lancé un de ces regards qu'on préfère ne pas croiser. Il les avait aussitôt reposés et avait exprimé sa frustration en criant sur Minty.

La brunette s'en serait bien voulu, mais elle suspectait fortement que la jeune femme aux cheveux verts se vengeait déjà à chaque bande de cire retirée. Dieu que cela faisait mal ! Elle se demandait bien comment les femmes du Capitole faisaient pour supporter une telle douleur, chaque semaine, de chaque mois, de chaque année. Cela en faisait des bandes de cire utilisées !

Tout cela pour quoi ? Juste pour ne plus avoir de poils sur les jambes. Alors qu'on pouvait très bien vivre avec sa pilosité. Cela n'avait jamais dérangé la fille du Quatre, avant. Cependant, elle pouvait le dire, à présent qu'elle connaissait la sensation de jambes sans poil, elle ne pourrait plus les laisser autant pousser.

La préparation prit bien plus de temps que prévu, Jarod étant très méticuleux et un peu trop perfectionniste. Et après avoir subit le supplice de la cire, les jets d'eaux froides pour la circulation du sang et pour rendre sa poitrine plus « agréable à regarder », les coups de brosse, l'odeur infecte du vernis et un tas d'autres choses épouvantables, Skyler se retrouva une nouvelle fois entièrement nue dans une grande pièce. La même que la première fois.

Elle fut rapidement rejointe par une jeune femme à la chevelure de feu, toujours vêtue d'une robe noire : Lavina.

- Ne tire pas cette tête, tu vas laisser des marques sur ton joli visage, fit-elle à peine entrée.

- Désolée, répondit machinalement l'adolescente.

Elle n'était pas d'humeur à écouter les commentaires agaçants de sa styliste, aujourd'hui. C'était son dernier jour parmi les vivants, après tout.

Elle aurait voulu qu'il soit un peu plus intéressant qu'une séance maquillage et une interview ridicule. Elle aurait souhaité quelque chose d'incroyable, un truc qu'elle n'aurait pu oublier. Quelque chose qui impliquerait sa famille, bien sûr. Elle ne voulait surtout pas être seule le dernier jour.

Seulement depuis ce matin, elle n'avait vu que son équipe de préparation. Des gens du Capitole, tout ce qu'il y a de plus ennuyant.

Même Lavina, plongée dans sa réflexion intense à voix haute, était énervante.

Jusqu'à ce qu'elle se décide, enfin, à lui jeter un regard.

- Allez, dis-mois ce qui te contrarie.

- Vous voulez dire, mise à part que je sois condamnée à tuer et à être tuée ? répondit Skyler du tac au tac.

La fille du Quatre ne pouvait cesser d'y penser. C'était totalement compréhensible, après tout elle était définitivement à un jour de sa mort. Et de celle d'un paquet d'enfants.

Certains n'avaient même pas quinze ans. Ils ne savaient rien de la vie. Ils ne connaissaient que la peur. Et ils allaient mourir dans cette peur qui les avait vus naître et grandir.

Le pire était certainement que, de même que Skyler, ils ne connaitront jamais les sentiments purs et bruts. Les sentiments comme le bonheur simple, l'amour. Des émotions qu'on ne pouvait se permettre de ressentir tant qu'on n'était pas sûr de rentrer vivant à la maison. Et pour tous ces enfants, cette assurance était impossible.

Lavina sembla agacée d'entendre sa réponse. Elle claqua sa langue contre son palet, comme elle faisait toujours lorsqu'elle était contrariée et soupira fortement.

- Bien entendu, à part ça ! fit-elle, sa voix plus dure qu'habituellement. Ce n'est pas la peine de me le rappeler, je trouve déjà ça révoltant…

L'adolescente fut surprise par la remarque de sa styliste.

Depuis quand les gens du Capitole n'appréciaient plus les jeux ? La réponse était évidente : jamais. Ils avaient toujours eu un goût particulièrement morbide et une passion dévorante pour les jeux. Cela faisait parti de leur éducation, après tout.

Dès leur plus jeune âge, ils se battaient avec des épées ou des flèches. Ils trouvaient cela amusant, leur parent trouvait cela magnifique. La naïveté de l'enfant. Celle qu'ils continuaient à avoir en grandissant, aveuglés par une violence devenue habituelle. Ils ne s'étaient pas rebellés, eux. Ils n'avaient donc aucune crainte à avoir. Les jeux, c'était pour les mauvais. Eux, ils étaient bons. C'était ce qu'ils croyaient, bien sûr.

Et pourtant, Lavina ne semblait pas d'accord avec ces semblables. Elle trouvait cela « révoltant ». Elle n'était donc pas si différente de Skyler, finalement.

Ce fut sûrement pour cette raison que l'adolescente se décida à lui expliquer ce qui la tracassait réellement.

- Eh bien, je ne suis pas très douée pour parler en public, commença-t-elle par avouer. Et puis, vous êtes censée me rendre « resplendissante », comme si c'était une possibilité. Et je m'inquiète pour Mags, elle est fragile. Je ne sais pas si elle supportera de me voir dans l'arène. Et il y a l'autre tribut de mon district. Il est vraiment impressionnant, j'ai la sensation qu'il m'a dans le collimateur. Enfin, je suis constamment perturbée par la présence de Finnick. Je le connais depuis des années et pendant longtemps, on ne s'appréciait plus trop, seulement maintenant, je ne sais pas, c'est comme si j'étais…

Elle fut incapable de terminer sa phrase. Elle ne voulait surtout pas avouer l'inavouable vérité. Parce qu'elle venait de l'expliquer, c'était impossible de ressentir ce genre de sentiment lorsqu'on était condamnée, comme elle.

Néanmoins, elle n'eut pas besoin de le formuler pour que Lavina comprenne.

- Amoureuse ? conclut-elle à sa place.

Skyler rougit, incapable de regarder sa styliste dans les yeux.

Elle venait de livrer son cœur à une personne qu'elle ne connaissait que depuis trois jours. C'était tellement surprenant de sa part. Elle qui ne parvenait même pas à se livrer aux gens qu'elle connaissait depuis des années.

Et puis, il n'y avait pas que cela qui la rendait honteuse. La femme à la chevelure de feu avait vu juste. C'était exactement ce que pensait l'adolescente. Elle était tout simplement en train de tomber amoureuse de Finnick. Plus elle passait de temps avec lui et plus cela devenait difficile de se le cacher.

Bien sûr, avant elle pouvait songer que ce trop plein de sentiments n'était lié qu'à une haine certaine et réciproque. Néanmoins, maintenant que la haine était passée, ne restait plus que le trop plein. Et malheureusement, ce n'était donc pas en rapport avec sa colère mais bien avec autre chose. De l'amour ? Ce sentiment qu'elle s'interdisait de ressentir ?

Elle aurait cru à une mauvaise blague, il y avait de cela encore trois jours. Malheureusement, en cette ultime journée, elle savait que c'était la vérité.

- Il n'y a pas de honte à éprouver des sentiments à l'égard du beau Finnick, tu sais ? poursuivit Lavina, comme pour la rassurer. On est toutes passées par là.

- Je ne comprends pas, répondit Skyler, perdue. Vous connaissez bien Finnick ?

La styliste ne put cacher un sourire malicieux devant tant d'intérêts.

- Disons qu'à une certaine époque, beaucoup de femmes se l'arrachaient… C'était un autre temps, une autre situation pour le Capitole. Et le pauvre était tellement impliqué qu'il ne pouvait pas s'en sortir si facilement. Alors, je l'ai aidé.

Skyler ne parut pas comprendre de suite. En fait, il lui fallut un très long moment avant de faire le lien entre les propos de Lavina et les geste que faisaient Mags en montrant le Capitole quand l'adolescente voulait savoir la raison de la bipolarité du jeune homme.

Seulement, maintenant, tout était clair. « Les femmes se l'arrachaient », le Capitole avait été la raison du changement de comportement de Finnick. « Le pauvre était tellement impliqué » et puis, lui-même disait toujours que le Capitole était bourré de secrets croustillants. Comment le savait-il ? Parce qu'il y vivait et que c'était ce qu'il gagnait en échange d'autre chose. Mais de quoi ? Que pouvait-il posséder que les autres auraient voulu ?

« Les femmes se l'arrachaient », cette phrase faisait écho dans la tête de Skyler. Et Finnick était connu pour être le gagnant le plus charmant, c'était d'ailleurs la raison de sa victoire. Il n'y avait qu'une seule chose que les femmes voulaient en échange d'un secret : le corps de Finnick. Il se prostituait !

C'était tellement évident, pourtant. Il avait changé. Il était passé du jeune homme arriviste à un garçon renfermé sur lui-même. Il ne s'exposait plus, n'aimait plus aller au Capitole et détestait fréquenter les gens, en particuliers les femmes. Mags et Skyler avait été les seules personnes de la gente féminine qu'il avait côtoyées ces derniers mois. Il y avait une raison évidente à tout cela. Il était tombé dans le vice, sans pouvoir s'en sortir. Et Lavina l'avait aidé.

Le regard à la fois effaré et un peu dégoûté de l'adolescente fit comprendre à sa styliste qu'elle avait saisi le sens de ses propos. Elle songeait déjà qu'elle allait l'assommer de questions sur la situation, le nombre de femmes, de fois, la raison… Mais non, elle se contenta d'une seule question :

- Pourquoi l'avoir aidé ?

Etonnant. N'était-elle pas curieuse d'en savoir plus ? Ou peut-être préférerait-elle en parler avec le concerné plus tard ?

- Oh, je me croyais amoureuse bien sûr, répondit Lavina en souriant tristement. Comment dire… Lorsqu'on vit au Capitole, on a tendance à rechercher le grand frisson à travers nos sentiments. Sentiments que nous n'avons pas, en fait. Tu vois, on refuse de se battre mais on aime le suspens des jeux. Et cette peur accompagnée d'adrénaline que vous ressentez dans l'arène est la seule chose qui nous fait sentir vivant. A part l'amour… sauf qu'au final, ma belle, on ignore bien ce que c'est, l'amour.

- Mais vous… vous êtes différente, vous n'aimez pas les jeux.

- Il fut un temps où je les adorais. A l'époque où j'étais encore une jeune styliste bien naïve…

Elle sembla prise dans le tourbillon de la nostalgie et Skyler se refusa à l'en faire sortir. Elle savait trop bien ce que c'était, d'être plongée dans un passé agréable pour mieux être happée par la réalité. Une réalité brutale.

Pourtant, Lavina était une styliste du Capitole. Cela aurait dû lui promettre une vie merveilleuse. Qu'avait-elle pu vivre pour passer d'une jeune femme naïve à cette dame révoltée qu'elle semblait être ? Sans aucun doute quelque chose d'horrible. Quelque chose qu'elle ne parvenait, et que sans doute elle ne parviendrait jamais, à oublier.

- Bon ! lança la styliste du Quatre subitement, sortant de sa rêverie. En ce qui concerne ton autre mentor, tes problèmes de timidité et ton tribut, je ne peux rien faire. En revanche, je suis sûre que je peux te rendre bien plus que resplendissante.

- C'est impossible, répondit derechef Skyler.

- Ma chérie, je suis une artiste, avec la bonne base je peux faire des merveilles. Et tu en es une ravissante, crois-moi. Alors, enfile cette robe.

Lavina lui tendit une tenue que Skye s'empressa de mettre, sans même faire attention à son aspect. L'important était qu'elle en finisse vite, parce qu'elle savait qu'elle ne pourrait être ravissante. Et avec ce qu'elle avait appris sur Finnick, elle n'avait plus qu'une envie : en discuter avec le principal intéressé.

Après avoir fait quelques ajustements, la styliste entreprit de trouver une coiffure à l'adolescente. Cela semblait bien plus dur que prévu. Elle essaya de les attacher, puis finalement non, puis en fait si et ce fut ainsi pendant un long moment.

- Je ne comprends pas pourquoi Jarod refuse de te couper les cheveux ! s'écria-t-elle subitement. C'est une vraie pagaille !

- Ce n'est pas lui, c'est moi, lui avoua Skyler, confuse.

- Oh, vraiment ? Eh bien, laisse-moi au moins couper les pointes.

Elle voulut l'en empêcher, ne lui faisant pas confiance mais finalement, elle la laissa faire. Lavina avait raison, ses cheveux étaient trop abîmés, il fallait que quelqu'un s'en occupe. Au moins les pointes, comme elle disait. Juste pour leur redonner un peu de vitalité.

- Alors, pourquoi personne n'a le droit d'y toucher ? S'enquit la styliste après avoir reposé les ciseaux.

- C'est un symbole.

- Quel genre ?

- Je ne suis pas sûre que vous comprendriez.

Elle était du Capitole après tout, elle ne devait pas être très réceptive à la peine des autres. Seulement, pour cette histoire de chevelure, il fallait précisément être réceptif.

En y repensant, Skyler se rendit compte qu'elle n'avait jamais pris le temps de l'expliquer clairement à qui que ce soit. Parce que personne ne semblait capable de comprendre. Couper ses cheveux, c'était comme abandonner une partie d'elle-même. Un bout qu'elle n'avait jamais réussie à laisser partir. Cela concernait ses frères et un grand moment de son passé.

- Je suis la styliste du Quatre depuis des années, alors crois-moi, j'ai vu des trucs bien plus étranges, lui confia Lavina pour la pousser à se confier.

- J'ai cessé de les couper depuis la moisson des 70ème Hunger Games, expliqua Skye.

Elle n'osait pas repenser à cette journée, à ce qui l'avait poussée à prendre cette décision et aux évènements qui avaient suivis. C'était trop dur. Tout ce qui était important, c'était que ce jour-là, elle avait perdu son deuxième frère. Il avait été condamné à son tour. Tout comme elle, à présent.

- C'est pour me rappeler que quoi que je fasse, mon passé est toujours là et avec lui, ma tristesse et ce deuil que je ne parviens à faire.

- Eh bien, tu vois… je ne trouve pas ça ridicule du tout. Je vais même m'en inspirer pour cette interview, lui annonça Lavina avec un sourire compatissant.

Alors elle était réceptive. Décidemment, elle n'était vraisemblablement pas comme les autres personnes du Capitole. Elle avait des convictions et ne se berçait pas d'illusions. C'était surprenant.

Ainsi, Lavina se chargea de sa coiffure pendant encore un moment qui parut bien court après tout ce que Skyler avait enduré.

Et finalement, elle lui indiqua que c'était le moment de se regarder dans un miroir. Le moment que l'adolescente redoutait le plus. Serait-elle vraiment ravissante ? Ou tout juste potable ? Elle était persuadée qu'aucun de ses deux adjectifs ne lui conviendrait.

Et elle avait vu juste. Du moins, elle avait raison sur la forme. Sur le fond, elle pensait plutôt qu'elle resterait aussi banal qu'habituellement. Pourtant, lorsqu'elle se vit dans ce grand miroir, elle constata que c'était tout le contraire.

Une magnifique jeune femme se trouvait face à elle. Sa longue chevelure parfaitement lisse glissait dans son dos comme un fin voile, atterrissant au niveau de ses fesses. Et elle était vêtue d'une très belle robe dont le bas, resserré au niveau des mollets puis évasé aux chevilles, rappelait la queue d'une sirène. Le tout scintillait avec la même intensité que sa précédente tenue.

Et bien qu'elle eut cru cela impossible jusqu'alors, à présent elle le savait : elle pouvait définitivement être resplendissante.

Lorsqu'elle eut fini de s'admirer, Skyler voulut se rendre dans les coulisses pour discuter avec ses mentors de l'interview, mais Lavina la retint par le bras :

- Au fait, à propos de Finnick… Tu le connais bien mieux que n'importe qui d'autre alors ce que j'ai dis ne s'applique pas à toi. Je suis sûre que tu es sincère dans tes sentiments. Et je pense qu'il l'est tout autant.

Puis elle lui souhaita bonne chance et finalement, la laissa partir rejoindre les autres.

Skyler n'était pas certaine d'avoir réellement comprit ce que voulait dire sa styliste par là. Néanmoins, elle n'avait pas tellement le temps d'y réfléchir.

Encore moins en apercevant son partenaire de district, vêtu d'un costard bleu qui lui allait à ravir. Il n'y avait pas à dire, en d'autres circonstances, l'adolescente aurait certainement pu avoir un faible pour Blaine. Cependant, il restait imbu de sa personne et puis, ils devraient tôt ou tard s'affronter alors, il n'y avait pas de place pour une potentielle romance.

De toute façon, elle avait Finnick et il prenait suffisamment de place dans son cœur pour qu'elle ne puisse penser à un autre.

Elle se décida donc à passer à côté de lui sans le calculer. Seulement elle ne put faire qu'un pas avant que lui aussi ne la retienne, de même que Lavina quelques minutes auparavant.

- Tu sais Skyler, je ne te tuerais pas, déclara-t-il et cela rassura un bref moment l'adolescente. Du moins, pas si j'ai le choix.

Il lui fit son plus beau sourire, son regard de tueur la fixant sans siller et la brunette ne parvint à s'empêcher d'en avoir des frissons d'effroi. Seulement, elle ne devait pas lui montrer ses faiblesses.

Alors, elle se débarrassa de lui en un coup d'épaule et alla retrouver Mags, un peu plus loin.

Cette dernière, en la voyant, lui fit son plus beau sourire, émue aux larmes. L'adolescente comprit aussitôt qu'elle la trouvait très belle et que cela la rendait nostalgique de l'époque où elle n'était qu'une fillette un peu garçonne. Un peu trop.

Elle ne se souvenait même pas d'une seule fois où elle avait porté une robe ou une jupe, étant petite. Elle adorait la boue, la course, les pantalons trop grands de ses frères, les tee-shirts trop larges, ses cheveux trop courts, ses mains toujours trop sales, ses jambes couvertes de bleus et ses blessures de « guerre » qu'elle ramenait toujours après une sortie. Sa mère n'appréciait pas de la savoir si peu féminine. Elle pensait, d'ailleurs, ne jamais la voir devenir une véritable femme.

Et Skyler songea que c'était peut-être le cas. Qu'à présent qu'elle était complètement perdue dans son monde, elle ne pourrait pas la voir ce soir. Elle ne verrait donc jamais la femme qu'elle était devenue. Cette même femme qui semblait rendre si fière Mags, à cet instant.

La petite vieille la serra dans ses bras pour lui souhaiter bonne chance puis, voyant que son autre mentor arrivait, la laissa seule avec lui.

Finnick posa sa main sur l'épaule de la brunette, qui fit volteface immédiatement. A cet instant, elle fut surprise de voir l'impact que sa tenue avait sur le jeune homme. Il était bel et bien incapable de parler, tant il semblait ébahi.

Il la regarda de haut en bas, avec un sourire un peu trop large pour semblait contrôlé et ne put que dire :

- Tu es…

Sa phrase resta en suspend un moment.

Skyler ne se savait pas capable de faire taire le plus beau parleur de tout Panem. Elle ignorait même qu'elle pouvait le séduire juste en portant une robe et des talons.

Pourtant, il était bien en train de la fixer, ne pouvant défaire son regard d'elle. Cela voulait donc dire qu'elle lui plaisait.

Et cette pensée donna une certaine assurance à la jeune femme.

- Resplendissante ? demanda-t-elle d'une voix qui se voulait séduisante.

- C'est un euphémisme, répondit-il derechef, toujours perdu dans sa contemplation.

L'adolescente sentit une douce chaleur se répandre sur ses joues et sourit niaisement, incapable de rétorquer quelque chose.

Il la mettait mal à l'aise, elle n'avait pas l'habitude de plaire. Encore moins quand il s'agissait d'un si beau garçon.

Enfin, pas de n'importe quel beau garçon. C'était Finnick. Le seul qui comptait vraiment à ses yeux. Et savoir qu'il la trouvait plus que resplendissante, elle qui croyait cela impossible, la rendait terriblement nerveuse. Seulement, au fond, c'était aussi un réel plaisir.

Elle se souvenait du nombre incalculable de fois où il l'avait qualifiée de « garçon ». Il lui arrivait même de dire « ton frère » lorsqu'il s'adressait à Declan. Et il ne parlait pas de Ty, dans ces moments-là.

A l'époque, cela ne lui faisait rien. Elle en rigolait en le traitant de « précieuse », parce qu'il aimait faire attention à son apparence. Elle ignorait bien que c'était grâce à cela que sa vie allait être épargnée.

Avec le temps, elle se demandait s'il continuait à la considérer comme un garçon manqué. Elle ne prêtait toujours aucune importance à sa tenue. Elle se comportait toujours comme un jeune homme. Elle courait dans le sable humide, rampait dans la boue, grimpait aux arbres et se moquait bien de plaire. De toute façon, personne ne la regardait.

Le seul garçon qu'elle croisait était Finnick. Or, il s'en fichait bien de son apparence. Il s'en fichait bien d'elle tout court. Et elle ? Elle, elle ne comprenait pas ce que son corps lui criait. Elle ne l'écoutait pas.

Et voilà qu'il était devant elle, qu'il la trouvait belle et elle, elle sentait son cœur s'emballer. Que devait-elle comprendre ? Peu importait. Elle n'avait plus le temps de chercher à saisir les battements de cet organe vital.

Son mentor le savait, lui aussi, ce fut pourquoi il changea de sujet :

- Quoi qu'il en soit, je pense que tu te doutes du sujet que Caesar va aborder.

Et comment ne pas s'en douter ? Elle y avait songé la nuit passée et cela lui avait parût évident.

- Mes frères… répondit-elle d'une petite voix.

Il acquiesça. Elle l'aurait deviné.

Caesar aimait ce qui était croustillant, comme tout habitant du Capitole. Lavina lui avait bien expliqué, ces gens-là vivaient à travers les tributs. Leurs émotions comptaient plus que tout pour les gens de la ville. Une peine de cœur devenait une affaire d'Etat, avec eux. Un moment de bonheur restait dans les anales des mois.

Alors, la plus déchirante de toutes les histoires des jeux de la faim ? Skyler allait faire les gros titres pendant un long moment. Seulement, elle n'était pas sûre de vouloir en parler, elle. Après tout, on ne lui avait pas demandé son avis.

Est-ce qu'elle serait capable d'aborder le sujet ? Pourrait-elle évoquer Tyson et Declan sans avoir envie de pleurer, de s'effondrer ? Il ne fallait surtout pas qu'elle s'effondre, elle montrerait sa faiblesse, sinon. Alors, que devait-elle faire ?

Comme un écho à sa pensée, Finnick lui souffla la réponse :

- Ecoute, Skye –elle rougit de plus bel en l'entendant la surnommer ainsi-, je sais que ça va être extrêmement dur de faire ce que je te demande, cependant… le drame autour de ta famille, il faut que tu en joues.

L'adolescente resta stoïque face à une telle proposition. En jouer ? Elle devait utiliser la mort de ses frères comme moyen de toucher le Capitole ? Croyait-il si peu en elle qu'il lui demande de séduire à travers sa peine ?

Et puis, de toute façon, cela lui était impossible. Elle n'était pas capable de jouer la comédie. Aux représentations théâtrales de son école, elle n'osait jamais participer. Elle restait cachée, déguisée en légume ou en arbre.

Une seule fois, elle avait osé chanter devant les habitants du district Quatre. Elle l'avait regretté toute sa vie. Car Declan aurait dû être là pour la soutenir. Et il ne l'était pas. Et elle était seule face à la scène. Et son anxiété avait été telle, qu'elle n'avait pas pu faire sortir un seul son de sa bouche.

Finnick était là, lui aussi, il savait qu'elle avait trop de traque pour être capable de jouer la comédie. Se doutait-il qu'il lui demandait l'impossible ?

- Les sponsors c'est la vie, crois-moi j'en suis la preuve vivante, lui expliqua-t-il pour se justifier. Je ne te dis pas qu'ils ne seront pas déjà séduits par ton charme naturel mais, je pense qu'ils le seront d'avantage en t'entendant parler de la difficulté que c'était de survivre sans tes frères. Alors, te sens-tu prête ?

La seconde d'avant, elle aurait certainement répondu « non ». Il allait trop loin, il lui demandait beaucoup trop. Elle allait déjà certainement mourir. Pourquoi la forcer à exploiter la mort des êtres qu'elle aimait le plus ? Et pourtant…

Pourtant, à présent, elle se sentait incapable de décevoir son mentor. Il avait foi en elle et ce n'était pas habituel pour la brunette. Il avait la même leur d'espoir dans son regard que Declan le jour où elle s'était proposée pour chanter, à son école. Lui aussi avait eu foi en elle. Malheureusement, à tord…

Seulement, cette fois-ci elle était plus que décidée à prouver à ce charmant jeune homme qu'il avait raison de croire en elle. Et puis, il avait parlé de son « charme naturel » et comment ne pas en être flattée ? Il manipulait les mots aussi bien que les esprits. Il faisait tourner la tête à tant de jeunes filles. Et Skyler en était une.

- Si je ne le suis pas maintenant, alors quand ? lui rétorqua-t-elle d'une voix assurée.

Oui, elle était prête à affronter cette interview. C'était son quart d'heure de gloire.


Les minutes avaient défilés et les interviews s'étaient enchainées à une rapidité fulgurante. Un peu trop vite au goût de la demoiselle du Quatre, en fait.

Elle avait vu les tributs des districts de carrière se pavaner sur la scène, évoquant leur charme et la façon dont ils s'y prendraient pour se débarrasser des autres. Le public avait adoré, bien sûr. Un bain de sang était toujours une histoire forte agréable à leurs oreilles.

Puis, Brianne avait fait son entrée. Surprenant Skyler, elle avait fait preuve d'une assurance incroyable. Caesar avait évoqué sa note et l'adolescente lui avait simplement répondu qu'elle s'était contentée d'user de son talent à ne rien savoir faire donc à tout savoir faire. Sa manière d'être si à l'aise avait inspiré Skyler, qui était décidée à en faire de même.

Ensuite, Marlen était arrivé sur le plateau, accueilli par des cris de la gente féminine. Oh bien entendu, cela n'était pas étonnant. Marlen était un beau jeune homme et il semblait si innocent. Il ne le serait plus, une fois dans l'arène.

Là encore, le maître de cérémonie s'était permis de parler de sa très bonne note et par la suite, le jeune blond avait même évoqué son habilité à ne pas ressentir de pitié. Beaucoup de femmes avaient lâché l'interview à ce moment. C'était trop pour le petit cœur. Un mauvais garçon, c'était encore plus attirant pour elles. Skyler ne doutait, cependant, pas de la véracité de ses propos. Elle savait qu'il serait un excellent tueur.

Une seule réponse avait parût étonner l'assemblée, autant que la brunette. Il avait dit qu'il n'y avait qu'une seule personne qu'il aurait peut-être du mal à tuer. Aussitôt, Skye avait songé à Brianne, sa partenaire de district. Ils étaient toujours ensembles, si bien que l'adolescente les avait crus en couple. S'ils s'aimaient vraiment, cela serait effectivement difficile de tuer l'autre.

Cependant, révéler cela n'était pas forcément une bonne idée car les carrières écoutaient, eux aussi. Ils s'en prendraient sûrement à Brianne pour atteindre Marlen.

Du moins, c'était ce qu'avait imaginé la demoiselle du Quatre. Néanmoins, il avait conclut en affirmant que cela n'avait rien avoir avec un quelconque attachement. En fait, il aurait du mal à s'en débarrasser pour la simple et bonne raison qu'elle semblait aussi forte que lui.

Skyler aurait bien voulu savoir de qui il parlait, tout comme le reste du Capitole, mais cela fut impossible. Le temps de l'interview était écoulé et c'était à son tour, à présent.

La pression se fit sentir lorsqu'elle gravit les marches qui la séparaient de la scène. Elle forma comme une énorme bulle autour de la jeune fille qui l'étouffait à chaque pas. Si elle n'avait pas été persuadée de mourir dans les jours qui allaient suivre, elle n'aurait sans doute pas été capable de se rendre jusqu'au centre du plateau. Cependant, elle n'avait plus rien à perdre. Elle se décida donc à foncer tête baissée.

Caesar la présenta au Capitole et l'invita à s'assoir avec son éternel sourire charmant. Pour l'occasion, le présentateur avait teint ses cheveux en rose, ce qui ne surprenait en rien l'adolescente. Elle l'avait déjà vu avec une chevelure verte et une autre dans les tons ocre.

En s'installant sur le fauteuil, Skyler s'efforça de se rappeler qu'elle devait sourire et paraître sûre d'elle. Plus facile à dire qu'à faire… Bon sang, le monde entier la regardait ! Il ne fallait surtout pas qu'elle se rappelle de cela, en revanche.

- Mes aïeux, c'est un réel délice de pouvoir enfin faire ta connaissance, Skyler, commença par dire Caesar, sans laisser le temps à l'adolescente de souffler. Surtout que c'est presque comme si je te connaissais déjà, n'est-ce pas ? Après tout, tu n'es pas la première de ta famille à venir ici.

Oh, il n'avait pas mis longtemps à aborder le sujet ! Il ne perdait pas son temps avec des simagrées, lui.

Pour Skyler, le choc fut plutôt dur à encaisser. Chaque mot qu'elle entendait ressemblait plus à des coups de poignard qu'on enfonçait dans sa poitrine. Cependant, la brunette du Quatre tint bon. Elle le devait, pour sa vie et pour Finnick.

Caesar lui lança un regard appuyé. C'était le moment. Elle ferma son visage, masqua son sourire, afficha une tristesse contrôlée qui paraissait incontrôlée. La reine du drame entrait en jeu. C'était maintenant qu'il fallait qu'elle prouve qu'elle était à la hauteur des espérances de Finnick et Declan.

- En effet, se contenta-t-elle de répondre, d'une voix faible.

Le silence sur le plateau était palpable, à présent. Tout le monde semblait suspendu aux lèvres des deux personnes. Le chef de cérémonie insista :

- Et qui sont les personnes qui t'ont précédées ?

- Mes deux frères…

Toujours le même silence. C'en était presque étrange, le Capitole étant d'un habituel bruyant.

- C'est plutôt rare d'avoir trois enfants de la même famille dans les jeux, à deux ans d'intervalle, poursuivit Caesar d'un ton grave. Ca n'a pas dû être facile pour toi, n'est-ce pas ?

Que fallait-il qu'elle réponde à cela ? Bien sûr que cela n'avait pas été facile. Elle avait perdu ses deux frères ! Et pire encore, ses parents ! Les Hunger Games lui avaient tout pris. Elle n'avait plus rien. Elle ne pouvait plus s'accrocher à quoi que ce soit.

Seulement, parler de peine et de tristesse, de colère et de révolte au Capitole et espérer avoir un quelconque soutien étaient peine perdu.

- Non, ça a été très dur… répondit-elle simplement.

Du moins, au début, elle pensa s'en contenter.

Néanmoins, elle avait compris à présent que le Capitole était dépendant des émotions des tributs. Il fallait qu'elle en joue. Il fallait qu'elle mette des mots sur ce qu'elle ressentait. Il fallait qu'elle s'exprime sincèrement.

C'était très dur, elle s'en croyait incapable. Elle s'était renfermée sur elle-même à la mort de Ty et n'avait plus évoqué ce qu'elle ressentait depuis celle de Declan.

Cependant, ce soir, elle devait le faire. Parce qu'elle savait qu'ils auraient voulu qu'elle fasse tout ce qui était en son pouvoir pour s'en sortir. Et que séduire les sponsors, c'était s'assurer de survivre un peu plus longtemps.

- En fait, j'ai beau me dire qu'ils sont partis, je n'arrive pas à m'y faire… Quand les gens m'en parlent, je n'écoute pas, j'en suis incapable. Je ne peux pas me permettre d'y penser, ne serait-ce qu'une minute. Je refuse de voir la vérité en face, parce que je ne veux pas avoir mal. Je veux qu'ils restent toujours là… J'ai d'ailleurs laissé pousser mes cheveux depuis la moisson qui m'a prise mon deuxième frère… c'est une manière de me dire que Declan et Ty restent toujours avec moi, pour me soutenir.

Elle vit une once de tristesse dans le regard de Caesar et crut percevoir une certaine tension dans l'assemblée. Cela devait être rare d'entendre une tribut parler de sa peine et non pas de ses talents.

Pourtant, le présentateur se reprit bien rapidement, comme s'il était habitué à ce genre de situation.

- Oui, je me disais bien que tes cheveux étaient extrêmement longs. Sache que nous partageons ta tristesse, Skyler. Mais dis-nous, tes frères ont été tués par des tributs de districts de carrière, n'est-ce pas ? Je suppose que tu as une envie de vengeance ?

- Si c'était le cas, je ne m'en prendrai pas aux tributs, rétorqua-t-elle du tac au tac, sans prendre la peine de réfléchir. Nous sommes tous des victimes dans ces jeux, vous savez ?

« Certains sont juste plus avantagés que d'autres… » songea-t-elle, sans le dire à voix haute. Cependant, dans l'ensemble, elle avait raison. Le véritable coupable était celui qui faisait perpétuer ces jeux. Snow.

Néanmoins, sur le coup, elle n'avait pas songé que sa réponse aurait pu être vue comme une quelconque menace.

Caesar semblait l'avoir perçu ainsi, lui. Il était plutôt mal à l'aise, à présent.

- Oui, certainement, répondit-il brièvement. Et tes parents, comment ont-ils réagi en apprenant que tu allais être envoyée dans l'arène, à ton tour ?

Bien sûr, il fallait qu'il change de sujet. Crane devait déjà lui crier dans l'oreillette de le faire dès l'instant où elle avait avoué ne pas en vouloir aux tributs.

Tout était calculé dans ces interviews pour mettre le tribut à son avantage. Cependant, provoquer une rébellion n'était pas du tout prévu. Et certainement pas toléré.

Skyler décida de jouer le jeu, encore.

- Eh bien, après la mort de mes frères, ma mère a un peu perdu la tête, avoua-t-elle en baissant la tête pour cacher sa propre honte de parler d'elle en des termes si peu élogieux. Et mon père n'a jamais aimé qu'on le sache triste, il préfère travailler pour nous assurer un avenir… Je crois, cependant, qu'ils sont fous de chagrin maintenant. On leur a arraché leur dernier enfant, vous comprenez ?

Elle était si douée à ce jeu que cela en devenait moins compliqué, au fur et à mesure.

Ses parents n'étaient pas fous de chagrin. Sa mère n'avait pas du tout conscience de sa future perte. Elle était déjà prête depuis longtemps à voir son ultime enfant mourir. Et puis, elle confondait la réalité avec son monde et ne savait plus très bien distinguer le vrai du faux. A tous les coups, elle aura oublié Skyler d'ici quelques jours, si ce n'était pas déjà le cas.

Quant à son père, il devait sûrement se tuer à la tâche, comme toujours. Il ne regarderait pas les jeux, cette année encore. Il prierait dans son coin, en continuant de travailler comme si sa vie en dépendait.

Cela faisait longtemps qu'ils avaient perdus leurs enfants. Cette mort matérielle ne compterait pas pour eux.

- Je comprends… c'est un véritable drame qui s'abat sur ta famille, conclut Caesar d'une voix solennel qui rendait le ton encore plus dramatique.

Un reniflement se fit entendre dans la salle et Skye ne put s'empêcher de tourner la tête en sa direction. Deux, trois, plus d'une dizaine même de personnes étaient émus aux larmes. Comme si le passé de cette tribut leur importait !

C'était un comble. Il se fichait bien de son avenir, pourtant.

Non, elle ne devait pas les laisser s'apitoyer sur son sort. Sinon, ils penseront que la laisser rejoindre ses frères seraient la meilleure solution. Or, elle ne le voulait pas. Elle était persuadée que Declan et Ty ne le voudraient pas non plus, d'ailleurs.

Elle devait reprendre cette interview en main.

- Oui, mais je ne veux pas qu'on me plaigne, fit-elle subitement, très résolue. Je veux prouver ma valeur et prendre ma revanche sur ces jeux dans l'arène. Je veux vraiment être digne de mes frères tout comme ils l'ont été lorsque c'était leur tour. Maintenant, c'est le mien.

En effet, c'était son tour à présent. C'était à elle de prouver qu'elle méritait de vivre. C'était à elle de se battre pour sa vie. Personne ne pouvait plus rien pour elle, elle était la seule capable de choisir son destin. Et ce n'était certainement pas de mourir dans une foutue arène.

Skyler inspira un grand coup. Quelque chose venait de s'animer en elle. Une flamme qui brûlait dans ses entrailles. Elle était décidée à vivre. Elle ignorait bien la raison.

Avant d'être condamnée, elle se serait donné la mort avec plaisir. Et à présent que la mort lui tentait les bras, elle préférait lui cracher au visage.

C'était une O'Brian, ses frères n'auraient pas voulu la voir abandonner aussi facilement. Elle se battrait pour eux, pour elle. Et elle ressortirait gagnante.

- Eh bien, voilà une détermination comme on en voit rarement, s'écria Caesar, entraîné dans l'excitation de la demoiselle. Nous sommes en présence d'une vraie guerrière dans son costume de sirène. Notre sirène !

Skyler ne put s'empêcher, en l'entendant l'appeler ainsi, de repenser aux paroles de Marlen. « C'est Skyler O'Brian, du district Quatre. Notre Sirène. »

Alors, il savait. Il savait que le Capitole croyait déjà en elle depuis le défilé. Il savait que les habitants lui avaient même donné un surnom. Surnom qui ne lui allait pas. Elle n'était pas une sirène. Non, elle était bien mieux que cela. Mais quoi, alors ?

- D'ailleurs, j'espère que ma tenue de ce soir vous fait plaisir, lança-t-elle en montrant le bas de sa robe qui évoquait la queue d'une sirène.

- Tu es en effet resplendissante ! La complimenta-t-il et cela fit faussement rire l'adolescente. La digne tribut du district Quatre, une fille de l'eau.

- La Fille de l'Eau, Caesar, le corrigea-t-elle, décidée à se distinguer des autres.

Et là, cela apparut clairement. C'était ce qu'elle était. Pas une sirène, pas une simple fille du Quatre. Non. La fille du Quatre, celle dont on se souviendrait. La Fille de l'Eau.

Et apparemment, cela sembla séduire le maître de cérémonie :

- Ah, ça me plaît bien ! Mesdames et messieurs, Skyler O'Brian, la Fille de l'Eau !

Les gens l'applaudirent tandis qu'elle les salua d'un bref geste de la main. Son sourire était faux, peut-être aussi faux que son assurance mais qu'importait ? Elle avait été capable d'affronter un public capricieux. Rien ne serait plus difficile que cela. Même pas cette arène avec ces tributs prêts à la tuer. Et pourquoi ? Parce qu'elle était résolue à les tuer avant qu'ils ne le fassent.

En rejoignant les autres, elle fut accueillie par une foule de compliments qui fusèrent sans qu'elle ne puisse associer chaque mot à une personne. Certains lui disaient qu'elle avait été incroyable. D'autres qu'elle allait définitivement marquer les esprits.

Pearlie faisait partie de ces gens-là et le petit Eliott aussi. Elle crut même entendre ce dernier lui dirent qu'elle serait son modèle pour son interview. Elle aurait voulu lui dire que le vrai modèle était Brianne, mais il ne l'écoutait pas.

Elle parvint à les quitter sans avoir dit quoi que ce soit et tomba nez-à-nez avec Marlen. Celui-ci lui lança un regard qui lui ficha la chaire de poule, comme à chaque fois. Il n'y avait que son sourire qui contrastait avec cette haine qu'il semblait lui vouer.

Il s'approcha d'elle et elle resta stoïque. Impossible de s'échapper. Le jeune homme blond se pencha à son oreille et lui souffla :

- Quelle prestation époustouflante, Fille de l'Eau.

Cela la chatouilla quelque peu et avant qu'elle n'eut le temps de lui répondre, il était déjà parti. Décidemment, ce garçon était insaisissable.

Lorsqu'elle retrouva ses deux mentors, elle s'attendait à des cris de joies. Mais rien. Mags se contenta de la resserrer dans ses bras, si fort qu'elle crut en étouffer. Finnick ne lui dit absolument rien, trop concentré dans l'interview de Blaine. Seul le sourire qu'il affichait semblait trahir ses émotions. Néanmoins, cela fut trop peu au goût de Skyler.


Ainsi, à la nuit tombée, elle se décida à attendre que son mentor se rende dans sa chambre pour l'aborder. Il était obligé de passer devant la sienne pour se faire. Elle ne pourrait donc pas le louper.

Et en effet, après un long moment à patienter, il vint à elle.

- Tu n'es pas encore couchée ? s'enquit-il, surpris de la voir assise au beau milieu du couloir.

L'adolescente se remit sur ses pieds pour lui faire face. Elle avait beaucoup de mal à contenir son malaise, depuis la veille. A chaque fois qu'elle croisait le regard de Finnick, elle repensait à leur conversation. Et surtout, à ce qui aurait pu se passer juste après…

- Je voulais te parler, fit-elle, tentant de cacher sa nervosité. J'espérais connaître tes impressions pour cette interview.

- Tu as été géniale, mais je n'en doutais pas.

Elle tiqua. Il avait été tellement direct qu'elle ne put douter de sa sincérité. Il savait donc qu'elle pouvait assurer ? Elle qui croyait qu'il la mettait à l'épreuve, elle avait tout faux.

Cependant, cette question n'était qu'un prétexte pour amener la véritable interrogation :

- Dis, tu crois que j'ai une chance de m'en sortir ?

Il détourna le regard un instant en fronçant les sourcils. Ce tic qu'il avait lorsqu'il était concentré le rendant encore plus charmant. Difficile de ne pas craquer pour lui, dans ces moments.

Dans n'importe quel moment, en fait. Il dégageait une telle assurance qu'il aurait pu être le pire des laiderons, il aurait toujours été susceptible de séduire. Seulement, en plus de son aisance à parler, il était bel homme. Un tel charme n'était pas permis.

En fait, Skyler aurait aimé pouvoir être de celle qui puisse lui résister. Se démarquer du lot de petites écervelées qui lui couraient après. Malheureusement, elle était comme les autres. Un simple froncement de sourcil et elle était déjà conquise.

Alors, autant dire que lorsqu'il posa ses mains sur les joues de la jeune fille, cette dernière faillit bien défaillir. Elle sentit la même chaleur qui l'avait envahie avant l'interview se répandre dans son corps. Incapable de bouger, elle garda son regard plongé dans celui de Finnick, attendant qu'il dise quelque chose. Plutôt, espérant qu'il dise quelque chose.

- J'en suis persuadé, lui répondit-il très sérieusement. Tu as eu une bonne note, tu as fait une bonne impression, tu as toutes les cartes en main…

Un sourire était apparu sur son visage à mesure qu'il donnait des raisons à son hypothétique succès. Cependant, il vint à se faner subitement.

- Mais je te croyais prête à mourir.

Et là, elle ne sut pourquoi… Peut-être était-ce les sentiments qu'elle avait ressentit la veille ? Peut-être était-ce la situation actuelle, le fait qu'elle pourrait mourir le jour suivant ? Ou bien, tout simplement, la proximité qu'elle avait avec son mentor ? Quoi qu'il en soit, sans crier gare, elle se décida à lui faire part de ses craintes.

Elle s'était promis de se taire, pour ne pas l'inquiéter. Seulement, à quoi bon, à présent ? Si elle mourrait, il méritait de connaître la vérité sur ses angoisses d'avant jeux.

- Je le croyais aussi, tu sais ? commença-t-elle par dire d'une voix peu assurée. Cependant, tu avais raison… je ne le suis pas du tout. En fait, pour être sincère, j'ai peur Finn'. La moindre pensée qui me traverse l'esprit me terrifie. Et toutes ces questions sans réponse ne me rassurent pas du tout. Et si les carrières faisaient de moi leur cible, hein ? Si je me retrouvais totalement seule et sans défense ? Ou alors, si j'étais la proie de Blaine ? Pire, celle de Marlen ? Je veux bien croire que je ne suis pas la plus stupide, ni la plus faible, mais est-ce que cela sera suffisant ? Une fois dans l'arène, seule contre tous, combien de temps résisterai-je avant de céder à la panique ?

Elle sentit toute l'émotion dans sa propre voix. C'était comme un écho à sa propre peur. Les larmes affluaient, brouillant sa vision. Elle ne parvenait, à présent, plus qu'à distinguer vaguement Finnick.

Et en un geste, elle se retrouva plaquée contre son torse. Elle sentit son cœur battre à l'unisson avec celui de son mentor, la calmant. Elle cala sa respiration sur celle du jeune homme, essayant de reprendre le dessus sur ses démons. En vain.

Cependant, malgré ses pleurs, malgré sa peur, dans ses bras elle se sentait à sa place. Sa chaleur l'apaisait, son odeur l'enivrait. Elle notait le moindre détail pour s'en accrocher une fois dans l'arène. Elle aurait, pourtant, voulu que ce moment ne s'arrête pas. Que le silence garde sa place. Qu'aucun ne rappelle les risques du jour suivant.

Elle aurait voulu oublier les risques. Elle aurait voulu oublier les jours qui suivraient. En fait, elle aurait voulu mourir ici et maintenant, dans les bras de Finnick plutôt que d'avoir à le faire au beau milieu d'une arène. Sauf que ce n'était pas son destin, malheureusement.

- C'est normal d'avoir peur, Skye, lui assura son mentor, d'une voix de velours. On a tous peur avant, pendant et même après les jeux. Je ne peux pas te consoler pour ça, parce que lorsque tu reviendras, tu vivras constamment dans la peur. Oui, car une chose est sûre : tu reviendras. Et puis, tu ne seras jamais toute seule dans cette arène. Je te promets que je serais là, à chaque fois que tu te sentiras totalement isolée. Je te trouverai des sponsors, je ferais tout pour que tu reviennes. Et comme je te l'ai dis, tu reviendras.

Sa main glissa dans les longs cheveux de l'adolescente et il les lui caressa, pour la calmer. Elle ne pleurait plus. Elle se sentait toujours triste, mais moins seule.

Elle voulait croire en lui. Elle n'avait jamais cru en personne, avant. Pourtant, il semblait si sincère. Il avait vraiment envie de l'aider. Elle se demandait bien pourquoi il se sentait si concerné par sa situation.

Néanmoins, elle n'avait pas tellement envie d'aborder le sujet. En fait, elle voulait juste se taire pour faire durer ce moment. Le silence avait quelque chose de rassurant, pour une fois. Ils avaient encore un peu de temps devant eux.

Un doute, cependant, vint la trouver. Et si Finnick aborder les craintes de la demoiselle avec Mags ? Non. La petite vieille ne s'en remettrait jamais… Elle devait l'en empêcher.

Ainsi, elle se détacha de lui pour le regarder droit dans les yeux.

- Tu n'en parleras pas, hein ? Je veux dire, du fait que j'ai peur… tu garderas ça pour toi ?

- Ne t'en fais pas, avec moi ton secret est bien gardé, la rassura-t-il, en souriant.

« Secret »… Ce mot lui évoquait vaguement quelque chose…

Aussitôt, elle revit le visage de Lavina et se remémora sa discussion avec elle, la matinée-même. Et dès cet instant, elle se souvint de sa déduction et de son envie d'en savoir plus, tout en ne pouvant l'évoquer avec le concerné.

Son mentor avait vécu l'horreur durant un long moment, elle en était sûre. Elle n'avait pas envie de lui rappeler les instants qu'il avait passé en compagnie d'une de ces ladies du Capitole. Pourtant, elle était curieuse de connaître le passé extravagant de celui qu'elle considérait comme un ami. Qu'elle aurait aimé considérer comme plus.

- Reste avec moi cette nuit.

Cette supplication était sortie sans qu'elle ne le veuille vraiment. Elle n'avait pu se contrôler. Elle voulait juste passer cette ultime nuit avec la seule personne qu'elle aimait plus que tout. Plus que ses parents, plus que ses frères, plus que Mags même.

Le seul qui semblait capable de l'apaiser. Le seul dont elle voulait entendre le cœur battre et savoir qu'il ne le faisait que pour elle. Le seul dont elle voulait rester attacher à jamais. Le seul avec qui elle ne pouvait concevoir un avenir. Le seul avec qui elle voulait concevoir un avenir.

- Tout ce que tu veux, lui souffla-t-il en l'entraînant dans sa chambre.

Et là, sans un mot, ils s'allongèrent, Skyler toujours dans les bras de Finnick et restèrent ainsi un long moment, dans le noir et le silence le plus total.

Et puis, n'y tenant plus, l'adolescente lui demanda d'une petite voix :

- Il y en a eu combien ?

- De quoi tu parles ? demanda-t-il, sa voix trahissant une certaine tension.

Il se doutait parfaitement du sujet de la conversation. Il n'avait juste pas envie d'en parler. Cependant, il savait que Lavina n'avait pu tenir sa langue. Il savait aussi qu'elle n'avait pas tout dit, par respect sans doute. Et bien sûr, il était persuadé que Skyler avait envie d'en savoir plus.

- Des secrets que tu as entendus ? Combien ? répéta-t-elle, en faisant allusion au nombre de femmes.

C'était évident qu'elle veuille en savoir plus. Surtout le nombre. Elle avait besoin de connaître le nombre de femmes qui avaient touché ce corps auquel elle était collée. Combien l'avait caressé comme elle désirait le faire ? Combien lui avait susurré des mots tendres ? A combien avait-il dit « je t'aime » pour en percer le secret ?

Le nombre ferait peut-être la différence. Peut-être qu'avec un chiffre, elle pourrait retirer cette sensation qui lui broyait l'estomac depuis qu'elle savait… Sa jalousie.

- Trop, lui répondit-il, son ton n'ayant plus la même assurance qu'avant. Beaucoup trop…

L'adolescente ne put s'empêcher de déglutir.

Elle aurait vraiment aimé qu'il ne lui dise qu'un tout petit chiffre, une ou deux, pas plus. En fait, elle aurait même souhaité être la seule… Cela aurait fait un beau moment romantique juste avant d'être conduite dans le couloir de la mort. Il fallait croire que c'était trop demander.

Elle sentit, cependant, que l'étreinte de Finnick devenait un peu plus forte. Il voulait lui faire passer un message que même les mots ne pouvaient exprimer : elle était la seule.

- Mais je peux t'assurer que le tien est celui qui compte le plus à mes yeux, lui susurra-t-il au creux de l'oreille. Il est le plus précieux.

Et là, ce n'était plus du secret dont ils parlaient. Non. C'était de l'affection… de l'amour, même. L'amour que lui portait Skyler. L'amour qu'il avait aussi pour elle. Seulement, cela ne servait à rien de lui dire maintenant. Ils auraient tout le temps de le faire plus tard.

- Tu ne m'oublieras pas, promis ? lui demanda soudainement l'adolescente, ses termes évoquant une situation passée.

- Promis, lui répondit-il.

Ils restèrent encore un très long moment sans rien dire, avant de finir par s'endormir.

Il n'y aurait rien cette nuit, ils le savaient. Ils voulaient qu'il y en ait d'autres. Ils espéraient qu'en ne faisant rien, il y en aurait d'autres. Ils espéraient, oui. Parce qu'il n'y avait plus que cela pour eux. De l'espoir. Un atome d'espoir dans ce trou béant. Dans le néant.


Alors que pensez-vous de ce chapitre juste avant le lancement dans l'arène ?

Pour les fans de la romance entre Skyler et Finnick, j'ose espérer que le dernier moment vous a plu (et peut-être un peu frustré héhé), j'ai raison ?

Sinon, l'interview, notre Skyler qui devient une drama Queen, comment trouvez-vous cela ?

Apparition du titre dans la fiction, c'est fait mouhahaha :p

Et les réactions des tributs, de Marlen et Blaine notamment par rapport à Skye ?

En tous cas, j'espère que ce chapitre vous a plu ! :D

J'vous embrasse mes reviewers d'amour

Et merci à ceux qui ont laissé un commentaire sur mon trailer !

Un bug m'empêche de répondre à Alexandre Lestrange donc merci à toi et désolée de ne pas avoir mis plus de Finnick là-dedans :3