Note : Comme toujours, vous êtes géniaux ! Merci de m'avoir soutenue jusqu'à la toute fin.
Sans plus attendre, voici le dernier chapitre, j'espère qu'il vous plaira. Les explications sont en bas de page.
CHAPITRE DOUZIEME
LES RETROUVAILLES
Le symbole d'une nation.
« I'm dead in the water, can't you see? »
Lorsque Skyler ouvrit les yeux, ceux-ci furent agressés par le trop-plein de lumière dans la pièce, si bien qu'elle dut les refermer aussi vite.
Pas de doute possible, cette pièce trop blanche, ces lumières trop vives et trop artificielles et ce bip incésent que la demoiselle pouvait entendre, à présent… tout cela ne signifiait qu'une seule chose : elle se trouvait dans une chambre d'hôpital. Ca y est, elle était enfin à l'abri. Les jeux étaient terminés. Et elle avait gagné.
Gagné, oui, mais à quel prix ? Alors que ses yeux demeuraient clos, elle put aisément repenser aux derniers instants dans l'arène. Elle pouvait encore les revoir, comme si elle y était.
Là, gisant au sol, un tout petit corps, qui paraissait si frêle, si délicat… c'était celui d'Eliott. Sur son cadavre, pas de sang, aucune blessure. L'enfant semblait seulement endormi. A cette distance, on aurait pu le croire plonger dans un doux sommeil. Néanmoins, il ne l'était pas. Skye le savait. De ce sommeil-là, le garçon ne se réveillerait jamais. Il était parti pour toujours. Et c'était uniquement de la faute de l'adolescente.
Toujours plongée dans ses souvenirs, elle fut capable de distinguer un autre corps, plus loin. Celui-ci était couvert de sang. Son propre sang. En s'approchant, la fille du Quatre sentit la bille lui monter. Si elle savait qu'il s'agissait de Marlen, il lui était difficile de retrouver les traits angéliques du garçon sur ce cadavre.
Il était méconnaissable. Son visage était boursouflé, tellement abimé et les os de sa cage thoracique avaient fracassé. La source du sang était un trou béant dans sa poitrine, qui ne faisait que confirmer que la personne ayant commis ce crime s'était acharné. Aucun doute, ce meurtrier était un monstre pour avoir pu massacrer ce gosse à ce point. Sauf que le meurtrier était une meurtrière. Et que cette meurtrière n'était autre que Skyler. C'était elle qui l'avait tué. Pire encore, qui l'avait massacré à ce point.
Et à cet instant, elle se rendit compte que finalement, le monstre, c'était elle.
Sa prise de conscience fit que le souvenir vira au cauchemar. Elle était toujours dans l'arène, le cadavre de Marlen était toujours à ses pieds, celui d'Eliott se trouvait toujours un peu plus loin.
Cependant, lorsqu'à la suite d'un mouvement entre les arbres, elle se retourna pour mieux voir, elle se stoppa net, sous le choc. Brianne était là. Sauf que ce n'était pas elle. Sa peau était trop pâle, de la même couleur que celle de Marlen ou d'Eliott. Alors, certes, la personne en face d'elle ressemblait à Brianne, mais ce n'était en vérité que son cadavre.
Et elle se tenait là, en face de Skyler, raide comme un piquet.
En baissant légèrement les yeux, l'adolescente constata que la fille du Trois portait une pancarte autour du cou. Cependant, elle fut bien incapable de lire ce qu'il y avait écrit dessus. C'était comme si les lettres bougeaient, courant le long de l'écriteau. Elle essaya de se concentrer pour distinguer au moins un mot, mais cela lui fit mal aux yeux et elle dut détourner le regard.
Aussitôt, elle hoqueta de peur. Une autre personne se trouvait en face d'elle. Aveline. Elle aussi était pâle et du sang coulait de son front, précisément là où Brianne l'avait frappée avec une pierre. Derrière elle, Skyler fut à même de distinguer d'autres silhouettes qui s'approchaient à leur tour. Parmi elles figuraient Read et Pearlie, mais également la fille du neuf, celle du sept ou encore l'un des tributs des districts pauvres. Ils portaient tous cette même pancarte.
Effrayée, l'adolescente chercha à reculer, pour s'éloigner le plus d'eux. Elle sentit alors quelque chose sur son épaule et en se retournant, elle vit Eliott. Celui-ci tenait un miroir. Curieuse, Skye s'approcha pour voir son propre reflet.
Elle poussa un petit cri avant de reprendre connaissance.
Une fois de plus agressée par la lumière, elle lutta pour ne plus avoir à fermer les yeux. Au moins, elle était toujours à l'hôpital.
Néanmoins, même les yeux ouverts, il lui fut difficile d'oublier ce qu'elle venait de voir. Son reflet… c'était bien elle, oui… mais elle était couverte de sang… et elle tenait ce couteau, lui-même plein de sang… et elle avait ce sourire… un sourire satisfait… un sourire sadique… le même sourire que Marlen avait affiché avant de mourir… et enfin, sur sa pancarte, les mots avaient semblé si aisé à déchiffrer… elle ne les oublierait jamais… « je suis coupable. »
Coupable, ça oui, elle l'était. Qu'elle le voulait ou non, elle avait tué un homme dans cette arène. Elle qui jugeait les tributs de carrière, elle qui s'était promis de ne jamais tuer personne, elle qui voulait seulement sauver son ami… Non seulement, son but premier avait été un échec, mais pire encore, elle n'avait pas su tenir sa propre promesse. Elle avait tué Marlen. Et surtout, elle avait pris du plaisir à le faire.
Etait-ce donc là sa vraie nature ? Etait-elle réellement le monstre qu'elle s'était toujours refusé d'être ?
Elle fut sortie de ses réflexions lorsqu'elle remarque enfin qu'une personne se tenait à ses côtés. Toutes ces sombres pensées disparurent aussitôt qu'elle vit le doux visage de sa plus proche parente, Mags. C'était Mags qui se trouvait près d'elle à cet instant.
- Bonjour, Mags… la salua-t-elle d'une voix fébrile.
Bien sûr, elle était encore trop faible pour prendre la parole, ou pour ne serait-ce que tenter un geste vers sa grand-mère de cœur. Pour autant, elle n'y prêta pas attention, lorsqu'elle serra de toutes ses forces la main de la petite vieille, pour lui faire comprendre à quel point son cœur se remplissait de joie à sa simple vue.
De son côté, Mags fut bien vite incapable de contenir les larmes qui se mirent à couler le long de ses joues. C'était des larmes de joie, évidemment. Elle était si heureuse de revoir sa petite Skye en vie. Elle avait eu si peur, si souvent, durant les jeux. A de trop grandes reprises, l'adolescente avait manqué de perdre la vie et son mentor avait bien cru en mourir. Elle avait d'ailleurs pensé que le combat contre Marlen serait le dernier que Skyler ferait. Pour autant, la détermination de cette dernière à gagner avait eu raison du pauvre garçon.
Elle ne pouvait pas vraiment dire qu'elle le plaignait, cela dit. Il avait eu ce qu'il avait cherché, lui qui ne désirait qu'une chose : tuer la seule personne qui importait autant pour la petite vieille. Et ainsi, Skyler l'avait tué en premier. Et elle avait gagné. Et elle était aux côtés de son mentor, à présent.
Les deux femmes restèrent un moment ainsi, à se regarder dans le blanc des yeux, sans rien dire. Skye était bien trop heureuse de retrouver sa plus proche parente pour pouvoir dire quoi que ce soit. Elle aurait pourtant eu tant de choses à lui dire. A quel point elle était désolée d'avoir tué ce garçon. A quel point les remords la rongeaient. A quel point elle avait peur de ce qu'elle devenait. A quel point elle avait besoin qu'on la rassure…
Elle choisit de se taire, simplement.
Jusqu'à ce qu'elle remarque une chose dont elle aurait dû prendre conscience depuis le début. Mags était là, oui… mais elle était seule. Pourquoi était-elle la seule au chevet de Skye ? Où étaient les autres ? Et surtout, où était Finnick ?
- Tu es… tu es venue toute seule ? s'enquit-elle, d'un triste, incapable de masquer sa déception.
Elle aurait au moins songé que Finnick serait venue pour la féliciter de son retour triomphal. Et éventuellement même pour lui donner des explications sur son comportement avant et pendant les jeux.
Mais peut-être était-ce là le problème ? Peut-être que Finnick avait trop peur de confronter la jeune fille, maintenant qu'elle était rentrée. Peut-être qu'il avait simplement la trouille d'avoir à assumer ses actes et ses sentiments… s'il avait réellement des sentiments pour la jeune fille…
Pour toute réponse, Mags se contenta d'hocher positivement la tête, lui confirmant ainsi qu'elle était bien la seule à être venue. Puis, s'emparant de la télécommande posée sur une table de chevet, la petite vieille alluma un écran ancré dans le mur. Celui-ci afficha une émission en direct du Capitole.
Dans celle-ci, Skye put y voir une femme aux cheveux rouges et un homme à la chevelure blonde discuter avec un Caesar Flickerman en pleine forme. Il fut aisé à la jeune fille de reconnaitre les invités du célèbre présentateur. Lavina et Finnick. Aucun des deux n'avait réellement changé durant son absence, bien que l'un comme l'autre semble exténué, malgré le maquillage. Les jeux les avaient-ils inquiétés au point qu'ils en dorment mal ?
Skyler en doutait sincèrement. Elle ne pouvait avoir tant d'importance pour l'un ou l'autre. Elle n'avait jamais eu autant d'importance pour qui que ce soit, sauf pour Mags peut-être.
Evidemment, l'émission portait sur la « fantastique » victoire de la tribut du Quatre, Skyler O'Brian, la fille de l'eau. Au vue du sujet, Skyler ne doutait pas que les deux invités avaient été obligés d'y participer. C'était donc la raison de leur absence à l'hôpital. Néanmoins, durant l'interview, ils furent interrogés sur l'état de santé de l'adolescente, ce qui permit à Skyler d'obtenir deux confirmations : non seulement, cela faisait un moment qu'elle était ici, ce dont elle ne doutait pas, mais en plus, Lavina avait eu l'occasion de passer à l'hôpital lui rendre visite, lorsqu'elle était encore endormie.
C'était donc bel et bien l'émission qui empêchait à la styliste d'être là, en ce jour.
- Je peux vous assurer, pour l'avoir vue, que notre jeune championne va bien, répondit la jeune créatrice de sa voix douce, lorsque Caesar lui demanda des nouvelles de Skyler. Elle a juste besoin de repos, nous savons tous que la fin des jeux a été particulièrement riche en émotion, surtout pour elle.
Ce qui permit aussitôt à Caesar d'enchainer sur le ressenti de Lavina à propos de cette fin de jeu, justement.
Dans le fond, Finnick n'était pas là pour répondre aux questions. Il servait juste de faire-valoir, rendant l'interview plus intéressante pour les femmes qui fantasmaient sur son corps d'Apollon et Skyler en était.
Elle aurait d'ailleurs voulu regarder l'émission jusqu'au bout, cependant, une infirmière vint à passer et à demander aux deux femmes d'éteindre la télé, sous prétexte que l'adolescente était encore bien faible et qu'elle avait besoin de repos, pas d'amasser plus d'informations sur la vie du Capitole.
A la sortie de l'infirmière, Skyler se rendit compte que, si ses amis n'étaient pas là, à cause de cette émission, deux manquaient tout de même à l'appel sans aucune raison. Si c'était une femme en blouse qui jouait le rôle de la mère inquiète, où était la véritable mère de la jeune fille ? Elle ne put s'empêcher de le demander à Mags.
- Au fait… où sont mes parents ?
Elle regretta aussitôt d'avoir posé la question. Là, sur le visage de la petite vieille était apparu un sourire triste. Et, l'adolescente n'avait pas rêvé, une légère pression s'était faite sentir sur sa main, celle-là même qui tenait celle de son mentor.
Pas de doute, quelque chose n'allait pas.
- Qu'est-ce qu'il y a, Mags ? demanda-t-elle, inquiète. Qu'est-ce que tu me caches ?
Et à ses mots, la vieille dame qui avait vu et connu tant d'atrocités dans sa vie se mit à sangloter, secouant la tête de gauche à droite. Il n'en fallut pas plus à Skyler pour comprendre ce que son mentor essayait de lui dire.
C'était pourtant évident, elle aurait dû le savoir. Jamais personne n'avait défié le Capitole sans en payer les conséquences. Le district Treize en était la preuve. On ne pouvait se permettre de se rebeller que lorsqu'on n'avait plus rien à perdre. Or, même si la fille du Quatre avouait à qui voulait l'entendre que les jeux de la faim lui avaient pris ses parents, ils n'en demeuraient pas moins encore vivants. Elle pouvait encore les perdre, plus concrètement, cette fois-ci.
Et c'était le cas.
Le comportement de Skyler durant les jeux avait été tel qu'elle représentait à présent un danger pour le Capitole. Et quiconque menaçait le président devait en payer le prix. Et elle en paya le prix. Ses parents étaient morts. Il les avait tués. Le président les avait tués.
Et ainsi, la réalité la frappa brusquement : les jeux de la faim ne s'étaient pas contentés de prendre son innocence, non, ils lui avaient également pris toute sa famille.
Soudain, la machine mise en place pour saisir le rythme cardiaque de Skye se mit à biper plus irrégulièrement qu'avant. Le pouls de l'adolescente accélérait à une vitesse folle. Extérieurement, pourtant, elle ne réagissait pas. Elle semblait ailleurs. Certes, elle aurait dû pleurer, elle qui venait d'apprendre que ses parents étaient morts.
Sauf que justement… si sa famille entière était morte, elle-même venait de mourir avec eux. Plus aucune émotion. Plus aucun sentiment. Juste son cœur qui battait à tout rompre, sans aucune raison.
Heureusement, son calvaire vint à finir lorsqu'une nouvelle infirmière passa le pas de la porte pour lui administrer une dose de calmant. Celui-ci eut un effet tel qu'elle s'endormit en quelques secondes.
Son dernier souvenir fut le visage de Mags et son sourire triste qui la regardait, tandis qu'elle fermait les yeux.
Après la découverte de la mort de ses parents, les évènements s'enchainèrent sans que l'adolescente ne se rende compte.
Elle avait fini par se réveiller à l'hôpital et on était venue la chercher pour faire une prestation publique. Les pacificateurs avaient paru plus nombreux que prévu pour l'encadrer jusqu'au plateau où Caesar allait lui offrir sa seconde interview. Peut-être avaient-ils peur qu'elle tente quelque chose de stupide ? Elle n'en ferait rien. Elle s'était laissé entrainer sans rien dire, docile comme un agneau. Elle ne voulait plus se rebeller. Pas si elle risquait de perdre plus encore qu'elle n'avait déjà perdu.
Et ainsi, en un clin d'œil, elle s'était retrouvée dans une pièce où on lui avait demandé d'attendre. Et elle attendit. Elle ne savait pas quoi, mais elle attendit malgré tout. A une époque, elle aurait sûrement posé des questions. Aujourd'hui, elle se contentait d'obéir, c'était plus sûr.
Au bout d'un moment, elle entendit le bruit de talons qui claquaient sur le sol. Presque aussitôt, la silhouette gracieuse et féminine d'une femme qu'elle ne connaissait que trop bien apparut. Il s'agissait de la représentante du district Quatre, venue tout droit du Capitole, Gussie.
Celle-ci arriva rapidement à sa hauteur et bien qu'elle lui adressa son sourire habituel, Skyler sentit quelque chose avait changé dans son attitude. Elle l'accompagna jusqu'à la salle de préparation sans dire mot.
Depuis quand Gussie Ly avait-elle perdu la parole ?
C'était pourtant la plus grande bavarde que l'adolescente eut connue. Et pourtant, en cet instant, elle semblait incapable de dire quoi que ce soit. Avait-elle peur que Skyler la somme de se taire ? Avait-elle peur de Skyler, tout simplement ? Ou bien était-ce sa façon de respecter le chagrin de la demoiselle ?
Ce serait bien étrange, cela dit. Après tout, c'était bien cette représentante qui tous les ans se rendaient au district Quatre pour choisir deux futurs tributs voués à une mort certaine et qui le faisait avec le sourire. Depuis quand respectait-elle ces tributs qu'elle condamnait elle-même à la mort, hein ?
Elles arrivèrent finalement dans la salle de préparation et Gussie laissa Skyle là, sans rien dire de plus. Néanmoins, la demoiselle fut rapidement rejointe par son équipe de préparation, bien que l'une des femmes ait été remplacée par une nouvelle, pour une raison inconnue. Pour autant, Jarod et Minty était bel et bien toujours de la partie, eux.
Étrangement, revoir ces deux-là fut moins angoissant que l'ancienne tribut le pensait. Elle aurait pourtant cru qu'ils lui rappelleraient sa préparation avant les jeux. En réalité, ils lui évoquaient plus l'ancienne elle, celle qui était encore un peu naïve pour prétendre ne jamais devenir une tueuse. Et cette douce nostalgie fut bénéfique pour elle.
Une fois de plus, aucun des trois esthéticiens ne prit la parole, lorsqu'ils virent la jeune fille. Ils se contentèrent simplement de s'occuper du corps de cette dernière, presque mécaniquement. C'était comme si leur boulot était soudainement devenu insupportable pour eux. Alors qu'ils semblaient toujours éprouvés un certain plaisir à torturer les futurs tributs. Cette fois pourtant, même lorsqu'ils arrivèrent à l'épilation, la sous-fifre Minty ne sembla prendre aucun amusement à retirer la jungle de poils qu'étaient les jambes de Skyler.
Par ailleurs l'épilation en elle-même, celle qui lui avait fait si mal la première fois, parut bien douce après tout ce que la jeune fille avait enduré.
Ils avaient presque terminé leur préparation lorsque l'un d'entre eux prit la parole. Ce fut la nouvelle qui s'y risqua :
- Jarod, qu'est-ce qu'on fait pour ses cheveux ? On les coupe ? demanda-t-elle d'une voix aussi stridente et insupportable que celle de Gussie.
Ce dernier tiqua à cet instant.
Il se rappela sans aucun doute de la réaction de l'ancienne tribut lorsqu'il avait tenté de lui couper ses précieux cheveux. Elle n'avait pas été tendre avec lui. Et il s'attendait presque à ce qu'elle réponde toute seule d'une manière cinglante à cette pauvre fille qui s'était permise de laisser entendre qu'elle voulait se débarrasser de cette masse.
Pourtant, Skyler ne vint pas à réagir, à la surprise générale. Il fallait avouer qu'elle ne voyait plus l'intérêt de les garder longs, sachant qu'ils ne représentaient plus rien, à présent. Ty et Declan étaient morts. Ils ne reviendraient pas. Cette chevelure n'avait donc plus raison d'être.
Alors, qu'ils la rasent, qu'ils la coupent, elle s'en moquait bien.
Néanmoins, tout le monde n'était pas du même avis et ce fut Jarod qui le fit remarquer à sa collègue :
- Bien sûr que non, on ne les coupe pas ! s'écria-t-il, agacé. Cette chevelure est sacrée, Tillie. Laisse-moi faire.
Il la poussa légèrement et prit sa place pour coiffer les longs cheveux de l'adolescente. Dans le miroir, Skye lui adressa un sourire triste, sa manière à elle de le remercier. Il avait donc finalement compris que ses cheveux avaient une importance pour elle. Dire que Skye ne le pensait pas capable de saisir la complexité de ce symbole. Elle avait eu tort de penser tant de mal de lui.
Finalement, même si Jarod était exubérant, il avait plus de cœur qu'il ne le laissait paraitre.
Ils finirent enfin de la coiffer pour mieux la laisser dans une nouvelle salle.
Salle qui n'était pas si nouvelle que ça pour la demoiselle. C'était ici-même qu'elle avait rencontré sa styliste pour la première fois. Et si au départ, elle l'avait prise pour une autre précieuse du Capitole, elle s'était vite rendu compte que Lavina n'était pas aussi insensible que ne l'étaient ses compères.
Pour autant, alors qu'elle pensait que l'équipe allait la laisser seule jusqu'à l'arrivée de la créatrice, elle fut surprise de voir que Minty s'attardait à sortir. Hésitant pendant instant, elle finit par venir auprès de Skyler.
De tous, Minty avait toujours semblé être la plus compréhensive, la plus douce. Même si elle s'amusait de la douleur des tributs lors de l'épilation, elle n'en restait pas moins celle qui exécutait les ordres de Jarod sans dire mot. Elle ne semblait donc friande de conflits. C'était pour cette raison, sans doute, que Skye l'appréciait un peu plus que les autres membres.
Et visiblement, cela était réciproque puisqu'une fois à sa hauteur, la jeune femme aux cheveux verts posa sa main sur l'épaule de Skyler, pour lui faire comprendre tout l'attachement qu'elle avait pour elle. Et elle lui glissa tout bas, d'une voix incroyablement grave pour une femme du Capitole :
- Tu as de quoi être fière, Skyler.
Puis, elle quitta la pièce.
Elle était sincère, bien sûr. Cependant, Skye n'était pas d'accord avec elle. Elle ne comprenait pas cet engouement autour d'elle. Tout le monde semblait si fier d'elle, si admiratif. Sauf que pour elle, avoir gagné les jeux ne faisait pas d'elle une gagnante, une héroïne… cela faisait juste d'elle un monstre de plus. Monstre meurtrier et monstre de foire. Elle avait tué un garçon, bon sang. Au même titre que Marlen, elle était une meurtrière.
Mais cela semblait divertir le Capitole et ce qui divertissait les habitants étaient toujours bon à prendre. Un public conquis est un public qui ne se rebelle pas, pas vrai ?
Ce fut à cet instant que choisit Lavina pour apparaitre.
Celle-ci, contrairement aux autres, n'hésita pas une seconde pour serrer l'adolescente dans ses bras. De cette façon, elle lui fit comprendre ce que les mots ne pouvaient pas dire. Qu'elle était simplement heureuse de la savoir vivante et surtout, de pouvoir la revoir, lui parler, la toucher. La styliste s'était bel et bien prise d'affection pour l'ancienne tribut et après s'être inquiétée pour sa vie pendant les jeux, elle pouvait enfin être rassurée. Les jeux étaient finis et Skyler était en vie.
Relâchant son étreinte, Lavina eut la délicatesse de ne pas demander à la fille du Quatre si elle allait bien. Elle se doutait bien que ce n'était pas le cas, mais elles auraient le temps d'en discuter plus tard. En attendant, elles avaient une interview à préparer.
Ainsi, elle lui adressa un grand sourire pour l'aider à se détendre, avant de lui dire de sa douce voix :
- Sois courageuse, ma belle. Tout cela sera bientôt fini.
Et même si à cet instant, Skye était persuadée qu'elle avait tort, que ses cauchemars, eux, ne se termineraient jamais, elle se contenta de lui répondre en un sourire. Mal assuré, certes, mais il était sincère au moins. Parce qu'elle était véritablement heureuse de revoir sa styliste, son amie.
Celle-ci se mit alors à l'inspecter sous toutes les coutures, soulevant parfois un de ses bras ou ses longs cheveux. L'adolescente ne ressentait plus aucune pudeur, à présent.
Lavina sembla hésiter quelques instants, reprit quelques tailles, chercha le bon tissu, la bonne couleur… puis finalement, elle sembla avoir l'illumination du siècle. Elle prit une robe parmi celles de sa collection et demanda à Skyler de l'enfiler. Celle-ci s'exécuta et alla se regarder dans le miroir.
Bien qu'elle restait trop maigre et trop pâle depuis son retour, elle se trouva jolie dans sa robe vaporeuse scintillante de couleur mente à l'eau, rappelant l'écume des vagues. Évidemment, Lavina n'avait pu s'empêcher de faire un clin d'œil à ce surnom qui était devenue si populaire. La fille de l'eau.
Après avoir laissé Skyler s'admirer dans le miroir, Lavina vint la rejoindre. Elle prit alors le visage de l'ancienne tribut dans ses mains et la força à la fixer droit dans les yeux. Et elle lui dit d'un ton déterminé :
- Allez, Skyler, tu vas prendre ton courage à deux mains, sortir d'ici, afficher ton plus beau sourire pour ces hypocrites, leur montrer à quel point leur jeu cruel ne t'a pas affecté et surtout, tu vas enflammer ce plateau… ou plutôt, l'arroser.
Ensuite, elle laissa passer l'adolescente, pour qu'elle rejoigne le plateau.
En sortant, Skyler se dit que finalement, la stylise n'avait pas tort. Elle se devait d'être parfaite pour cette représentation, puisque de son interview dépendait la vie de ses proches, donc de Lavina. Elle n'aurait pas le droit à l'erreur, au risque de mettre en colère ceux qui commandaient.
Et pour avoir vu ce dont ils étaient capables, elle ne voulait surtout pas les mettre en colère.
Ce fut donc décidée à faire de son mieux qu'elle arriva dans les coulisses du plateau.
Là, elle n'eut pas une seconde pour se préparer que déjà, elle entendait Caesar annonçait son arrivée. Elle fut poussée par un régisseur jusqu'aux marches, qu'elle gravit rapidement, aidée par le présentateur en personne. Celui-ci lui glissa d'ailleurs à l'oreille :
- Tu es sublime, ma chère.
Elle s'efforça de lui adresser un sourire courtois avant de rejoindre la scène et par conséquent, le public.
Tous les deux s'installèrent sur deux fauteuils en face à face. Skyler eut l'impression qu'il y avait beaucoup plus de monde que la dernière fois et que les enjeux étaient plus élevés. Sa performance se devait donc d'être époustouflante. Cela risquait d'être bien plus dur que prévu.
Et elle le découvrit rapidement.
Tous deux échangèrent d'abord quelque banalité. Caesar chercha essentiellement à savoir comme elle allait depuis la fin des jeux, si elle avait bien récupéré, si l'hôpital s'était bien occupé d'elle. Elle répondit que tout allait pour le mieux, qu'elle avait eu la chance d'être soignée par les meilleurs et que ses quelques côtés cassés, sa blessure à la jambe, celle à l'épaule et sa maladie étaient du passé, à présent.
L'arène n'avait donc pas eu raison d'elle.
Puis, comme à son habitude, le présentateur ne fit pas plus de détour et entra dans le vif du sujet :
- Puisqu'on parle de l'arène, peux-tu nous dire comment c'était, là-bas ? demanda-t-il, affichant toujours son sourire éclatant.
- Froid, répondit-elle du tac au tac.
Sa réponse n'avait pas eu pour but de faire rire, pourtant, le public parut amusé. Caesar lui-même s'esclaffa :
- Il me semble que c'était le but recherché.
Skyler s'efforça donc de sourire à son tour, prétendant que sa remarque était une blague. Elle ne s'étendit pas pour autant sur le sujet. Ce fut la raison pour laquelle le présentateur se décida à poursuivre.
- A présent, Skyler, il y a une question qui brûle les lèvres de tous nos téléspectateurs, ce soir : au moment où tu en arrivais aux mains avec le tribut du district Trois…
- Marlen, le corrigea-t-elle derechef.
Ce fut plus fort qu'elle. Le fait qu'il l'appelle par son qualificatif déshumanisait trop l'adolescent. Or, le Capitole se devait de comprendre que, même s'il était rongé par la solitude, Marlen était bel et bien humain.
Et elle avait tué cet être humain.
Pour autant, Caesar ne parut pas déstabilisé le moins du monde.
- Oui, Marlen, c'est ça, avoua-t-il avant de poursuivre sa question. A ce moment-là, quelles ont été tes pensées ?
Skyler tiqua.
Évidemment, dès qu'il avait démarré sa question, elle avait compris que cela ne lui plairait pas. C'était pourtant clair qu'elle serait amené à s'expliquer sur ses actes et surtout, sur celui-là. Il voudrait forcément parler de son « grand » moment. Le moment où elle avait pris une vie. Le moment où elle avait gagné les jeux.
Elle ne pouvait pas dire la vérité. Elle ne pouvait avouer qu'elle s'imaginait Snow à la place de Marlen, lorsqu'elle enfonçait ce couteau dans sa poitrine. Elle s'était déjà permis de dévoiler une part de son envie de révolte durant sa première interview. Le faire une seconde fois équivalait à un suicide. Ou pire, à un homicide involontaire. Snow n'hésiterait pas à s'en prendre à ses proches, une fois de plus.
Ainsi, avec plus de facilité que jamais, elle joua la gagnante encore traumatisée :
- Eh bien… à vrai dire, je n'ai pensé à rien, avoua-t-elle faignant une gêne. J'avais… j'avais toute cette colère en moi… et Eliott était mort… et… c'est assez flou… Tout ce dont je me souviens, c'est que je me suis sentie horriblement sale, une fois que tout ceci était fini…
- Tu veux dire, une fois qu'il était bien mort ? précisa Caesar, d'une façon qui sembla malsaine à l'adolescente.
- Oui, répondit-elle simplement.
Cette déclaration avait évidemment jeté un froid dans la salle.
Deçà-delà, Skyler pouvait entendre des murmures s'élevaient, les habitants débattant sur le comportement étrange de l'adolescente, sans aucun doute. Il ne fallut pas plus de temps à l'ancienne tribut pour se souvenir des propos de Lavina, sur le fait que les gens du Capitole étaient incapables de ressentir le moindre sentiment. Ils ne vivaient qu'à travers les tributs. C'était la raison même d'une telle question de la part de Caesar.
Or, la réponse manquait cruellement de détails, si bien que cela perturbait les spectateurs.
Heureusement, le présentateur, lui, n'eut pas plus de difficulté que cela à reprendre le fil de son interview.
Il poursuivit donc en posant d'autres questions sur ses relations avec les autres tributs. En l'occurrence, il aborda un sujet dont Skye ne voulait pas parler. Eliott. Il évoqua leur alliance et l'aide qu'il avait apporté à la jeune fille. Celle-ci se refusa à mentir, mais ne voulait pas non plus plomber plus l'ambiance. C'était prendre trop de risque, une fois de plus. Alors, elle demeura interdite, prétextant avoir encore du mal à parler de lui. Ce qui était, d'une certaine façon, vrai.
Faignant la compréhension, chose qu'il ne devait sûrement pas connaitre, Caesar changea une fois de plus de sujet.
- Et puis, il y a eu ces étranges sacrifices venant notamment des tributs du Six. C'était comme s'ils savaient et voulaient tous que tu gagnes.
Cette fois encore, le sujet était douloureux.
Lorsqu'elle avait pris conscience du sacrifice de Read et de Pearlie, elle avait eu l'impression que tout son corps avait été broyé. La culpabilité pesait sur elle, écrasant sa cage thoracique, l'empêchant de respirer.
Elle avait été la cause de leur mort, même sans le vouloir.
C'était de sa faute si Read avait été massacré par Marlen. De sa faute également si Pearlie avait dû se jeter sur le blondinet, y laissant la peau au passage. Elle avait été leur bourreau.
Et Caesar résumait bien la chose : c'était comme s'ils voulaient qu'elle gagne. Or, elle-même ne le voulait pas. Parce que gagner, c'était perdre son humanité au profit d'une vie. Elle avait sauvé sa peau, mais à quelle prix ?
Là encore, elle ne pouvait leur avouer toute la culpabilité que l'aveu de Marlen lui avait fait ressentir. Alors, elle se dit que quitte à être un monstre, autant le faire avec le sourire. Et ainsi, retrouvant une pointe d'humour amer, noir, elle déclara :
- Ils n'avaient pas mis Marlen au courant, alors.
Sa remarque eut l'effet escompté. Bientôt, tout le public éclata de rire. Cette vision fila à Skyler une envie de vomir. Ils étaient tous tellement dégoûtants. Répugnants. Et dans le fond, sa peur de perdre ses proches la forçait à être un être tout aussi repoussant.
- En effet, en effet, avoua Caesar entre deux faux rires.
Même si le présentateur semblait vouloir enchainer avec une autre question, il reçut des instructions dans son oreillette qui le firent changer d'avis.
Et, pour le plus grand plaisir de Skyler, il dut conclure l'émission sur cette blague des plus sarcastiques.
- Bien, malheureusement l'interview touche à sa fin, annonça-t-il, causant une certaine déception chez les spectateurs. En tout cas, sache que j'ai été ravi de te revoir Skyler, et encore toutes mes félicitations pour ta victoire. Mesdames et messieurs, la Fille de l'Eau !
A sa grande surprise, le public se leva pour l'acclamer, tandis que, se souvenant des conseils de sa styliste, elle salua la foule en affichant un sourire ravi. Elle leur fit ainsi croire qu'elle était heureuse d'être ici, d'être en vie, d'être près d'eux.
Puis, elle s'éclipsa doucement de la scène et une fois loin des caméras, s'empressa de descendre les marches pour se réfugier dans les coulisses.
Une fois là-bas, elle se sentit presque à l'abri, loin des écrans, des lumières vives et des yeux trop curieux. Ce fut sûrement pour cette raison qu'elle sentit qu'elle allait craquer.
Elle était loin de tout, personne ne la verrait ici. Et cette journée avait été tellement épuisante, tellement difficile. Les journées dans l'arène semblaient si paisible à côté de ça.
Là-bas, au moins, elle n'avait pas à prétendre être quelqu'un d'autre. Et elle n'avait pas à craindre pour la vie de ses proches, seulement pour la sienne. Puis, pour celle d'Eliott, et c'était déjà beaucoup trop. A présent, c'était la vie de Lavina, de Mags et celle de Finnick qui était en jeu à cause de sa bêtise. Et si elle faisait le moindre faux pas… mon Dieu, elle n'osait imaginer ce que cela engendrerait.
Et, prenant ainsi conscience de la posture dans laquelle elle était, elle se sentit perdre pied. Comme noyée sous une vague d'angoisse, elle se mit à paniquer, à manquer d'air.
Puis soudain, elle entendit une voix qui la fit sortir de son désarroi :
- Skye ?
C'était une simple apostrophe, rien de plus. Et pourtant, pour celle à qui elle s'adressait, elle fut salvatrice.
L'adolescente n'eut même pas besoin de lever les yeux pour savoir de qui il s'agissait. Cette voix de velours n'appartenait qu'à une seule personne. Finnick. Il était là, en face d'elle et le voir lui fit oublier tous ses maux. Elle n'hésita pas, ne pouvant se contrôler, n'obéissant qu'à son instinct, elle courut jusqu'à lui et se jeta dans ses bras. Là, elle l'embrassa à pleine bouche.
Il s'agissait de son premier baiser et pourtant, elle n'avait eu aucune hésitation, aucune appréhension. Comment aurait-elle pu ? Cela faisait des jours qu'elle rêvait de ce baiser. Elle se l'était imaginé de cent façon différentes, certaines maladroites, d'autres plus romantiques. Néanmoins, jamais dans ses rêves les plus fous, elle n'avait agi de la sorte. Cela n'avait rien de romantique ou de gênant, c'était sauvage. Bestial. Elle avait soif de cet homme et de ses baisers. Si bien qu'elle n'avait pu se contrôler.
Et puis, elle se moquait de tout, plus rien n'avait d'importance si ce n'était lui, celui qui l'avait soutenu durant les jeux, son rempart, sa muraille. Finnick. L'homme qu'elle aimait.
S'il parut surpris au départ de l'ardeur avec laquelle elle l'avait embrassé, elle qui n'avait jamais embrassé personne, il ne la repoussa pas pour autant. Comment le pourrait-il ? Lui aussi attendait ce moment depuis si longtemps. Le moment où elle lui reviendrait et où, sans un mot, elle lui ferait comprendre qu'elle aussi, elle l'aimait. Ainsi, il ne lui en fallut pas plus pour prolonger cette embrassade passionnée.
Malheureusement, ils avaient à parler de tant de choses qu'ils durent finalement rompre leur étreinte, à contrecœur et à bout de souffle.
Aussitôt, Finnick plongea son regard dans celui de Skyler. Il semblait si triste, à cet instant, que l'adolescente en eut le cœur brisé. Que lui arrivait-il ?
- Si tu savais, commença-t-il par dire. Skyler, si tu savais à quel point je suis désolé…
Jamais de sa vie, la jeune fille ne l'avait vu dans un tel état. Il semblait sur le point d'exploser en sanglots. Or, elle ne comprenait pas pourquoi il était si triste et si désolé. Il n'avait pourtant rien fait de mal… contrairement à elle.
- De quoi ? demanda-t-elle, stupéfaite.
- De ne pas avoir eu le courage d'être présent pour ton départ… de ne pas avoir pu t'offrir plus de soutien dans les jeux, malgré ma promesse… j'aurai dû… je pouvais faire mieux, je le sais…
Il baissa la tête, honteux, mais Skyler la lui releva en prenant son visage dans ses mains. Elle voulait qu'il comprenne en la regardant, qu'elle ne lui en voulait absolument pas. Et qu'au contraire, elle lui était reconnaissante pour tout ce qu'il avait fait.
Il l'avait maintenue en vie.
- Mais tu étais là, constamment, lui avoua-t-elle alors.
Aussitôt, machinalement, elle serra la chevalière qu'il lui avait offerte anonymement, sa façon à lui d'être avec elle dans le jeu.
Elle avait fini par comprendre qu'il en était le propriétaire. Et elle devait à présent la lui rendre. Comme un écho à cette pensée, alors que Skyler était en train de l'enlever de son doigt, Finnick l'arrêta en lui tenant la main.
Ce simple contact réveilla l'ardeur de l'adolescente, qui une fois de plus, eut envie de prendre possession des lèvres de celui qu'elle aimait. Elle se retint, ne jugeant pas le moment opportun.
- Tu devrais la garder. Il semblerait qu'elle t'ait porté bonheur jusque-là… autant que ça continue.
Il conclut sa phrase en la serrant une fois de plus dans ses bras, humant ses cheveux, cherchant à mémoriser son odeur pour ne jamais l'oublier. Ainsi, Skyler se sentait réellement en sécurité, dans ses bras. Elle n'avait plus peur de rien. Elle était apaisée. Elle avait la force de parler avec lui d'un sujet qu'elle craignait jusqu'à présent. Parce qu'en parler, c'était le rendre réel...
- Finnick, commença-t-elle par déclarer, à propos de mes parents…
- Je sais, Skye, je sais, la coupa-t-il d'une voix douce.
Il était donc au courant de leur mort.
Savait-il au moins que la cause n'était pas naturelle ? Il devait s'en douter. Il connaissait les jeux, bien mieux qu'elle encore. Il savait que les organisateurs étaient prêts à tout pour empêcher une révolte. Quitte à couper la tête de celle-ci. Quitte à tuer leur symbole. Quitte à prendre tout ce qui comptait à ce dernier pour l'empêcher de se rebeller.
- Ce n'est pas un accident, pas vrai ?
- Non, lui avoua-t-il, tristement.
- C'est de ma faute…
Voilà, c'était dit. Elle lui avait finalement avoué ce qu'elle ressentait. Son poids, sa culpabilité. Elle avait osé en parler à quelqu'un.
Et ce quelqu'un avait choisi de réagir de manière violente à sa déclaration.
En effet, Finnick s'écarta de Skyler pour la regarder dans les yeux, posant ses mains sur ses épaules.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Tu es folle ?! Ne pense jamais ça, je te l'interdis.
- Mais si je n'avais pas défié le Capitole…, tenta-t-elle de se justifier.
- Tu as agis sous l'impulsion du moment, tu ne savais pas ce que tu faisais, ni ce que tu disais. Mais ce n'est en aucun cas de ta faute si nous sommes dirigés par un monstre qui pense avoir le droit de vie et de mort sur les autres. Tu n'es pas responsable.
Pas convaincue par la déclaration de Finnick, mais n'osant pas le contredire, pas maintenant qu'ils venaient de se retrouver, Skye choisit de se taire.
D'un côté, il avait raison. A cet instant, lorsqu'elle avait menacé Snow, elle venait de sortir d'une période de folie furieuse où elle ne s'était pas contrôlée. Et puis, il était vrai que le président était un monstre, Finnick avait visé juste.
Pour autant, il se trompait aussi. Sa menace n'était pas une conséquence de l'impulsion du moment. Elle avait murement réfléchi à ce qu'elle allait dire. Les mots avaient été choisis précautionneusement. Et au moment de les dire, elle savait exactement ce qu'ils allaient déclencher. Elle s'en était moquée.
Peut-être qu'aujourd'hui, elle regrettait. Ou peut-être juste que c'était la peur qui parlait, à présent.
Néanmoins, elle ne pouvait pas dire qu'elle avait agi sans réfléchir, car c'était faux.
- Mais s'il-te-plaît Skyler, promets-moi juste que tu ne tenteras rien contre le Capitole, d'accord ? lui demanda alors Finnick, la sortant de ses pensées. Je ne veux pas qu'il t'arrive malheur. Cette impuissance lorsque tu étais dans les jeux était suffisamment une torture, je ne veux plus jamais avoir à endurer ça.
Elle hésita.
C'était pourtant la promesse qu'elle s'était faite au moment où elle avait découvert la mort de ses parents. Pourquoi sentait-elle que lui faire ce serment reviendrait à lui mentir ? Elle ne comprenait pas. Elle n'avait pas prévu de se rebeller encore, à ce qu'elle sache. Ce fut la raison pour laquelle elle s'autorisa à lui faire une telle promesse :
- D'accord. Je te le promets.
Heureux de l'entendre dire cela, il l'embrassa une fois de plus, avec plus de douceur cette fois-ci.
Et à cet instant précis, elle comprit pourquoi faire un tel serment revenait à lui raconter des bobards. Parce que dans les bras de son amant, elle retrouva son envie de se battre. Parce qu'elle la sentit, là, dans son estomac. Une douce chaleur se répandait en elle. Incontrôlable. Grandissante. La flamme dévorante d'une haine sans pareille. La soif de vengeance.
Elle sut à ce moment qu'elle ne tiendrait pas sa promesse. Parce que c'était plus fort qu'elle. Il était dans sa nature de se révolter. Elle se le devait, tout comme elle le devait à ceux qui avaient péri pour elle.
Marlen le savait. Pearlie, Read, Eliott et Tanisha… ils le savaient tous.
A partir du moment où elle était devenue tribut, elle n'était plus seulement Skyler O'Brian. Elle était le symbole d'une nation. La nation qui ne se laisserait plus faire. Celle des parents qui refuseraient de laisser leurs enfants mourir. Celle des enfants qui ne s'entretueraient plus sans rien dire. Celle des gens qui se battraient pour récupérer leur liberté.
Elle était la Fille de l'Eau. Elle était un raz-de-marée, un tsunami. Et rien, pas même sa promesse, ne pourra l'empêcher de prendre sa revanche sur Snow.
Il pensait avoir gagné la partie… il se trompait. Car la partie ne faisait que commencer.
Et voilà, c'est fini...
Alors, vos avis sur cette fin de fiction ?
L'envie de révolte de la part de Skyler et ses retrouvailles avec Mags et son équipe ?
Et surtout, qu'avez-vous pensé du moment entre Finnick et Skyler ?
Maintenant, pour ceux que ça intéresse, voici quelques explications sur le pourquoi du comment la fiction s'arrête-là.
Tout d'abord, il faut savoir que j'avais prévu de ne faire qu'un prologue et onze chapitres. En réalité, le dixième chapitre de cette fiction a été coupé en deux, car il était trop long. Tout ça pour dire que c'est normal que la fiction ne soit pas longue, je n'ai jamais été une fan des récits qui prennent en longueur et qu'au final, on abandonne. Là, je me dis que vous avez tous les éléments pour apprécier la fiction, sans qu'il ne manque quoi que ce soit.
Ensuite, lors de la réaction de cette fiction, trois options se sont offertes à moi : soit, je m'arrangeais pour que Skyler meurt à la fin et la fiction s'arrêtait-là ; soit, Skyler était en vie à la fin et j'arrêtais son récit ici sans dire ce qu'il lui arrivait après ou alors dans un épilogue ; soit, Skyler était en vie et je m'engageais à écrire une suite pour coller avec la saga Hunger Games.
Je n'ai tout simplement pas pu me résoudre à tuer Skyler, parce que j'ai beaucoup de mal à tuer mes personnages. Et m'arrêter là ne me semblait pas correct vis-à-vis de vous, parce que c'est comme si la fiction était incomplète. Alors j'ai choisi de m'engager pour encore au moins une saison, peut-être deux (si Skyler ne meurt pas d'ici là).
Seulement ce choix m'impose quelques règles différentes de celles que j'ai l'habitude d'exercer. En l'occurrence, je me dois de respecter les schémas donnés dans le livre alors qu'avant, je me contentais simplement de rependre l'univers et quelques personnages. Là, il faut que je suive le rythme des bouquins, ce qui m'impose de bien connaitre les livres, voire par cœur. A moins que je ne m'appuie sur les films qui sont un condensé des bouquins. Et même si j'ai lu les livres, je pense qu'il me sera plus facile de me baser sur les films pour écrire la suite. Désolée pour les fans des bouquins, mais je trouve en plus que les films sont assez fidèles donc on ne verra pas trop la différence, je pense.
Ainsi, si vous avez bien suivi, préparez-vous à suivre les aventures de Skyler et les autres à travers les péripéties de l'Embrasement.
Pour autant, ce ne sera pas pour tout de suite. J'ai conscience d'avoir déjà mis votre patience à l'épreuve, donc je ferai en sorte de rédiger la suite rapidement. Mais outre mes cours qui me prennent pas mal de temps, la rédaction d'une fiction qui suit des évènements imposés n'est pas chose facile, d'autant plus qu'il faut y intégrer un personnage supplémentaire sans trop faire d'anachronismes. C'est une tâche ardue, mais j'ai signé, alors je vais le faire.
J'espère que vous serez toujours aussi nombreux à soutenir mon projet.
Je vous remercie d'avoir suivi ma fiction jusqu'à présent et de m'avoir soutenue dans sa rédaction.
Sans vous, La Fille de l'Eau n'existerait sûrement pas.
Alors simplement, merci !
Et comme toujours, sachez que je vous adore, mes reviewers d'amour !
PS : Finncik & Skyler alias Sam Claflin et Lily Collins sont devenus un "canon" grâce à Love, Rosie. Je savais que ces deux-là étaient faits pour être ensemble mouhahahaha !
