Le parc de Poudlard lui avait toujours offert une sérénité appréciable en ces fins de journées d'enseignement. Ses bottes foulaient le sol recouvert des victimes de l'automne. L'herbe était à peine visible sous ce tapis de feuilles, le léger bruissement que ses pas provoquaient, était à peine audible face aux chants des oiseaux qui passerait l'hiver en Écosse, malgré le froid du pays. Severus huma le délicat parfum d'humidité qui s'installait alors que la nuit tombait, il était heureux, enfin il pouvait l'affirmer. La vie lui offrait sa rédemption tant attendue, il avait été plus que patient ces vingt dernières années, à attendre le pardon que lui seul pouvait s'accorder. Il avait cherché par les moyens les plus extrêmes, à racheter ses erreurs, pour finalement comprendre que la société n'attendait rien de lui, que le monde sorcier souhaitait juste l'oublier, oublier la guerre et ses victimes. Aujourd'hui, alors qu'il traversait le parc de Poudlard comme tous les soirs, il se rendit enfin compte que sa destinée se trouvait sur ce banc qu'il rejoignait jours après jours. C'était comme s'il l'avait su ces derniers mois, sans jamais l'accepter, sans comprendre qu'il avait le droit de se réjouir de ce bonheur et non le devoir de s'en blâmer. Ne pas se sentir coupable d'être heureux, d'aimer de nouveaux et surtout de l'être en retour.
Il leva les yeux vers le ciel, observant les dernières feuilles pendantes aux bouts des branches, profitant de leur sursis avant de rejoindre les autres au sol et laisser la place à l'hiver. Pour la première fois Severus comprit que ce n'était point les pointes de roux restant aux arbres qui le faisait sourire. Toute sa vie il avait regardé en l'air à la recherche de l'inaccessible, voulant atteindre ce qu'il avait tant désiré plus jeune. Les teintes de roux n'étaient plus pour lui. Celles qu'il chérissait maintenant étaient à ses pieds, elles l'avaient été si longtemps. Il n'avait eu qu'à accepter de baisser les yeux sur elle, et aujourd'hui sur elles pour saisir l'ironie du sort. Les feuilles mortes représentaient si bien sa nouvelle existence, avec une femme pleine de vie. Avoir pleuré tant d'années une morte lui avait empêché de voir ce qui était à ses pieds, sous ses yeux. Les nuances de bruns et d'or au sol étaient vraiment la plus parfaite allégorie de sa renaissance : accepter le passé, la mort, afin de mieux renaître au printemps.
Severus laissa son regard glisser droit devant lui, chérissant ce que la vue lui offrait : l'amour, la rédemption, la joie. La vie. Elle.
Arrivé au banc il déposa ses longs doigts sur l'épaule de la femme qui y était assise, accompagnant son geste d'un baiser sous son oreille. Ses yeux se noyèrent dans ce brun broussailleux de sa chevelure tandis qu'il apostrophait sa compagne :
-"Hermione."
La jeune brune se retourna en lui offrant son plus beau sourire et en cet instant, l'homme redécouvrit comme au premier jour la seule couleur qu'il souhaitait maintenant voir jusqu'à sa mort. Celle de ses iris : brunes et or.
Merci à Nathea pour sa correction.
