Note : Coucou tout le monde, me voici de retour ! Alors comme prévu, voici le chapitre 48 ! J'espère qu'il vous plaira. Mounette et moi avons fait une première correction, mais si vous remarquez encore quelques fautes, n'y faites pas trop attention ; je repasserai probablement plus tard pour les corriger. Je n'ai pas voulu vous faire attendre plus longtemps aussi ai-je décidé de le poster cette nuit. Sur ce, bonne lecture ! ~
- Secrets -
Chapitre 48
Harry se tenait debout en tête de table, observant les personnes regroupées dans le jardin des Weasley pour cette réunion. Il sentait ses nerfs menacer de lui retourner le ventre, mais il les réprima fermement. Ce n'était pas le moment de faire dans la délicatesse, ni de se sentir nerveux.
Il était conscient de l'image qu'il renvoyait, sachant que Draco l'avait soigneusement élaborée. Il s'était senti comme si un train lui était passé dessus, mais maintenant il était l'image même du parfait sorcier, vêtu des mêmes vêtements qu'il avait portés au mariage de Bill et Fleur quelques jours plus tôt, dans ses robes de phœnix.
Il était néanmoins inconscient de l'autorité et de la détermination qu'il émettait. Il ne se rendait pas compte de l'aura de danger et de puissance qui émanait de lui tandis qu'il se tenait là, debout, observant son auditoire et attendant que le silence se fasse.
« Merci, dit-il doucement, sa voix parvenant facilement à tous. Cette réunion est d'une extrême importance, et qui s'avérera très difficile pour vous. Vous aurez du mal à croire en mon jugement, mais il est plus important que jamais que vous le fassiez maintenant. Nos vies en dépendront. »
Une agitation importante gagna le groupe à l'entente de ces mots. Beaucoup échangèrent des coups d'œil circonspects, tandis que d'autres lui envoyèrent des regards remplis d'inquiétude.
« Je suis en train de rassembler tous ceux qui se battent contre Voldemort, dit Harry. Et nous aurons besoin de tout le monde pour prendre part à la bataille finale.
– La bataille finale ?! »
Les exclamations parvinrent de plusieurs personnes de la table, et Harry se contenta de hocher la tête, attendant silencieusement que le silence retombe. Ils se turent quand ils réalisèrent que Harry ne comptait pas en dire plus tant qu'ils n'écoutaient pas tous attentivement.
Harry était intérieurement surpris de l'efficacité de cette technique. Lucius avait été d'une aide précieuse en le préparant pour ça. Il lui avait montré comment mener la réunion et comment en rester maître... et ça marchait... pour le moment.
« La bataille finale aura lieu samedi prochain, dans exactement trois jours, dit-il. Tous ceux qui ne souhaitent pas participer sont priés de partir maintenant. »
Il attendit pendant plusieurs minutes, mais personne ne bougea.
« Soyez conscients qu'en restant, vous vous engagez à pleinement y prendre part », dit-t-il.
Il leur expliqua que dès lors des enchantements supplémentaires seraient posés pour garantir que les plans restent secrets. Il attendit de nouveau et, encore une fois, personne ne bougea. McGonagall, Kingsley et Remus lancèrent rapidement des sorts qui ne permettraient à personne de parler de quoi que ce soit qui serait abordé durant le reste de la réunion.
Harry remarqua que Fol Œil le regardait avec un mélange d'approbation et de suspicion. Severus avait mis en place une protection pour empêcher celui-ci de les voir dans la maison. Tonks le regardait avec une curiosité apparente. La plupart l'observait avec appréhension.
« M. Potter, ne pensez-vous pas que ceci est un peu extrême ? demanda une femme, d'une voix légèrement alarmée.
– Non, dit simplement Harry.
– Ceux qui ont intégré l'Ordre ont déjà fait serment de secret et d'allégeance, insista-t-elle.
– Les membres de l'Ordre n'ont jamais fait face à ce que je m'apprête à leur révéler aujourd'hui. Les enchantements supplémentaires sont nécessaires », dit Harry avec fermeté.
Ils avaient déjà eu l'occasion d'être face à un évadé d'Azkaban, ils avaient également eu affaire à des cas concernant des espions Mangemorts. Cependant, ils n'avaient jamais eu à faire face à quelqu'un qui avait tué leur leader. Ils n'avaient pas eu à placer leur confiance en un jeune homme de dix-sept ans de façon aussi directe.
Il inspira profondément, se donnant du courage.
« Plusieurs personnes importantes seront présentes dans cette réunion. Ils ont joué un rôle déterminant en m'offrant leur aide durant cet été, et ils sont des liens vitaux dans les plans prévus pour ce samedi.
– Qui sont-ils ? demanda vivement Fol Œil.
– Je vous les présenterai sous peu, dit Harry, esquivant sa question pour le moment. Il se peut que je vous en demande beaucoup, mais j'espère que vous saurez tous vous comporter civilement et me faire confiance suffisamment longtemps pour qu'au moins je vous donne les explications que vous voudrez entendre. »
Il plissa les yeux et les regarda tous d'un air dur en avertissement.
« Gardez à l'esprit que mes invités nous aideront à vaincre Voldemort, dit-il. Je vous suggère de vous abstenir de leur lancer des sorts.
– Mais qui as-tu fait venir ici, Harry ? » demanda Tonks.
Harry la regarda, mais ne répondit pas. Au lieu de ça, il leur montra cinq baguettes magiques.
« Ce sont les baguettes magiques de mes invités, fit-il. Ils ne sont pas ici pour vous faire du mal. Ils sont ici pour vous aider. »
Les membres de l'Ordre écarquillèrent les yeux tandis qu'une vague d'agitation secouait le groupe. Harry sentit sa nervosité menacer de nouveau de l'envahir mais il l'étouffa sans pitié. Il haussa la tête en direction de Bill, Charlie, Fred, George et Ron qui jusque là étaient restés patiemment à attendre près de la porte arrière de la maison.
A eux cinq, ils faisaient office d'avant garde aux Serpentards. Ces derniers avaient protesté, mais Harry en avait été extrêmement amusé. Au bout du compte, ils avaient fini par accepter, en raison du sens pratique de cette précaution. Les Weasley étaient des membres hautement respectés au sein de l'Ordre. En les précédant, ils faisaient passer le message sans prononcer un mot – les Weasley soutenaient ce groupe de Serpentards, en dépit de leur passé.
Harry lança un bref coup d'œil aux nouveaux arrivants tandis qu'ils sortaient de la maison, mais son attention revint rapidement à la table pour guetter les réactions de son auditoire.
Plusieurs sortirent leurs baguettes immédiatement, des cris et quelques hurlements stridents se firent entendre, mais aucun sort ne fut lancé tandis que tous regardèrent les nouveaux venants s'approcher, oscillant entre différents degrés de choc et de peur.
Draco et Severus allèrent se tenir debout de part et d'autre d'Harry. Narcissa se tint derrière Draco et Lucius derrière Harry. Remus avait rejoint le groupe et se tenait de l'autre côté de Severus. Blaise s'arrêta à côté de Draco. Les Weasley entouraient le groupe, leurs baguettes en main.
Le groupe de douze, Harry au centre, se tint debout, silencieux, observant le chaos éclatant devant eux. Des questions, se succédant les unes après le autres, s'adressaient à Harry, mais il ne tenta pas d'y répondre.
Draco se pencha vers lui :
« Tu es sûr que c'était une bonne idée ? » demanda-t-il.
Harry lui lança un regard de côté.
« Ils veulent anéantir Voldemort, dit-il doucement. Ils ne tarderont pas à changer d'avis.
– Je suis enclin à croire que ceci est une de vos missions impossibles, Harry, fit Lucius d'une voix traînante de derrière eux.
– Espérons que c'en est bien une, fit Severus avec mépris. Ou nous n'aurons aucune chance. »
Harry et Draco ricanèrent.
Plusieurs personnes avaient été témoins de leur interaction, même s'ils n'avaient pas été capables d'entendre un mot. Ils s'étaient maintenant arrêtés et les regardaient avec incrédulité, bouche bée. Une vague de silence émana des témoins de l'échange amical et gagna tout le groupe jusqu'à ce que tous se taisent.
Harry fit un pas en avant.
« Ces personnes sont parmi mes alliés les plus forts contre Voldemort.
– Ils sont des Mangemorts », grogna Fol Œil avec colère.
Harry hocha la tête.
« Quatre de mes invités portent effectivement la Marque », convint-il.
Plusieurs clignèrent des yeux furieusement, tentant d'accepter l'admission calme d'Harry.
« Ils doivent être maîtrisés, Potter », grogna Fol Œil d'un air menaçant.
Il se tenait debout, baguette en main, prêt à les immobiliser au premier signe de menace. Harry était quasiment sûr que la seule chose l'en empêchant était le fait qu'Harry gardait leurs baguettes magiques.
« Avant que quelqu'un de soit blessé », ajouta Tonks, elle aussi préparée à intervenir. Cependant, elle ne cessait de lancer des regards frénétiques vers Harry et Kingsley, qui tous deux restaient calmes.
Kingsley prit la parole :
« Si vous voulez bien prendre place, je suis sûr que Harry fera les présentations, dit-il avec ferme autorité. Quiconque tentera d'interférer ou essaiera de leur faire du mal sera placé en détention. »
Cette déclaration déclencha une autre vague de silence choqué dans le groupe. Harry réalisa à ce moment à quel point Lucius s'était montré habile en révélant son identité au Ministère. En ayant le Ministre lui-même de son côté, il était bien plus difficile pour les autres d'argumenter. Pas que cela puisse les stopper complètement, mais cela aidait certainement beaucoup.
Fol Œil prit finalement la parole :
« Vous êtes conscient des actions de Potter et les approuvez ? » demanda-t-il à Kingsley.
Celui-ci hocha la tête.
« Oui, dit-il, j'en suis conscient, et il bénéficie de tout mon soutien. En tant que Ministre, je m'assurerai qu'aucune action prise contre lui ou ceux avec lui ne reste impunie. »
Sa voix profonde sembla raisonner dans le jardin, allant jusqu'à pousser ceux qui s'étaient levés à reprendre leurs places.
« Si vous voulez bien présenter vos invités, Harry, dit-il. Tout le monde ici sait qui ils sont, mais je suis d'avis que quelques réintroductions s'imposent. »
Harry hocha la tête avec gratitude. Il était extrêmement conscient de la suspicion, de la peur, la colère et la confusion totale de ceux présents. Tonks était encore méfiante, mais surtout curieuse. Fol Œil était livide, mais avait obéi à l'ordre de Kingsley.
Harry lança un regard à Severus par-dessus son épaule, lui demandant silencieusement de s'avancer. Le brun sentit distinctement la tension dans l'air s'accentuer avec le mouvement de Severus, particulièrement quand celui-ci posa sa main sur son épaule. Mais au moins ils avaient l'attention totale de tous.
« Membres de l'Ordre, voici Severus Rogue, mon plus fort allié dans cette guerre, dit solennellement Harry.
– Il est l'ennemi !
– Il a tué Dumbledore !
– Il n'est pas mon ennemi, dit Harry calmement. Pas plus qu'il n'est votre ennemi. Oui, il a tué Dumbledore, mais c'était sous des circonstances que Dumbledore lui-même avait imposées. »
Il attendit que les éclats de voix se tassent avant de reprendre la parole :
« Je suis le seul à savoir complètement ce qui s'est passé cette nuit-là. Je resterai le seul et je ne vous donnerai pas plus de détails parce que trop de vies sont en jeu. Je suis conscient que ceci vous met tous en colère, et je suis également conscient que j'ai secoué la confiance de beaucoup d'entre vous. »
Severus lui serra l'épaule en signe de soutien, et Harry lui jeta un regard reconnaissant avant de se tourner vers le groupe de membres suspicieux.
« La loyauté de Severus envers le camp de la Lumière n'a jamais faibli, dit-il. Même après avoir exécuté cette horrible mission à laquelle il a été forcé, il a continué à collecter des informations pour nous. C'était Severus qui m'avait prévenu de chacune des batailles de cet été. Il m'a aidé dans la bataille du Ministère samedi dernier. Et il m'entraîne actuellement en Défense chaque fois qu'il en a la possibilité.
– T'es en train de dire que tu le rencontrais tout l'été ?! demanda Tonks avec incrédulité.
– Quelques mois avant sa mort, Dumbledore avait changé les protections au Square Grimmaurd pour permettre à seulement Severus et moi d'y avoir accès, dit Harry. Oui, nous nous sommes donné rendez-vous tout l'été là-bas et, à ce point, nous y habitons tous les deux.
– Tu habites au Quartier Général avec Severus ?! » cria Tonks, incrédule.
Harry hocha la tête et sourit.
« La cuisine est l'un des meilleurs endroits pour les réunions, dit-il. Et je suppose que vous pouvez l'appeler Quartier Général, vu que la plus grande part de la stratégie pour cette guerre a été élaborée là-bas, mais c'est maintenant aussi chez moi.
– Vous êtes en train de dire qu'on peut faire confiance à Severus, Potter ? demanda brusquement Fol Œil.
– Je lui confierais ma vie, dit solennellement Harry.
– Expliquez donc les Malfoy », grogna Maugrey.
Severus fit un pas en arrière et serra l'épaule d'Harry une deuxième fois. Harry était assez content de la parfaite occasion que se présenta et appela Winky, à qui on avait ordonné de faire venir Victoria avec elle quand Harry la convoquerait.
Harry jucha Victoria sur sa hanche et fit face aux membres de l'Ordre :
« Permettez-moi tout d'abord de vous présenter la plus jeune membre de la famille Malfoy. Voici Victoria Analissa Malfoy, fit-il fièrement.
– Malfoy ?! »
Harry se renfrogna quand Victoria fut surprise par les cris et se cramponna étroitement à lui, cachant son visage. Il s'était attendu à leurs réactions, mais ça le contrariait quand même. Il frotta le dos de Victoria pour l'apaiser et entreprit de la calmer, attendant que le groupe en fasse de même.
« Oui, dit-il, elle est une Malfoy. Tout comme son père, Draco Malfoy. »
Draco s'avança près de lui et Harry put sentir la tension qui émanait de lui. Il ne pouvait pas l'apaiser de la façon qu'il souhaitait, alors à la place, il lui passa Victoria.
« Va voir papa, Victoria », dit-il doucement.
Elle passa aux bras de son père sans protester et Draco la serra étroitement contre lui, même si son expression demeura neutre.
Harry s'adressa à l'Ordre de nouveau :
« J'ai travaillé avec Draco pendant presque tout l'été. Pendant un certain temps, il était surtout mon espion, mais ça a continué seulement jusqu'à ce qu'on soit parvenu à garantir sa protection à lui et à sa famille. Depuis, il m'a aidé avec plusieurs de mes tâches. »
Il lança un regard au-dessus de son épaule à Lucius et Narcissa qui s'avancèrent, chacun posant une main sur une de ses épaules en un geste de support et d'unité.
« Narcissa a renoncé à Voldemort et m'a beaucoup soutenu tout en me procurant des informations importantes dont j'avais besoin, continua-t-il. La plupart du Monde Magique n'est pas au courant de la disparition des Malfoy datant de juin dernier. Voldemort, néanmoins, est encore à leur recherche et ne sait toujours pas où ils se trouvent.
Lucius, enfin, tout le monde pense qu'il est mort, dit-il en haussant l'épaule. Évidemment, il ne l'est pas. Il était le seul qui pouvait récupérer un objet précieux que je cherchais. Il a choisi de se mettre du côté de sa famille et m'a aussi beaucoup aidé. En particulier, il m'a aidé à sauver le Ministère dans la bataille ce week-end. »
La plupart des membres de l'ordre écarquillait les yeux, ahuri par les révélations d'Harry.
« Et M. Zabini ? demanda Kingsley.
– Blaise, ainsi que d'autres Serpentards neutres sont maintenant sous ma protection parce qu'ils ne souhaitent pas joindre les rangs de Voldemort, répondit Harry. Voldemort compte les marquer samedi et je refuse que ça arrive. Ils habitent au Square Grimmaurd avec moi provisoirement jusqu'à ce tout ça se termine. »
Il écarta ses bras.
« Ce groupe se battra avec moi dans la bataille finale contre Voldemort.
– Vous êtes vraiment préparé à confronter Vous-Savez-Qui ? demanda Alastor.
– Presque, répondit Harry. J'ai besoin de vous également. »
Il leur lança un regard circulaire, regardant les membres aux regards circonspects droit dans les yeux.
« J'ai beaucoup d'alliés qui sont prêts à se battre à mes côtés contre Voldemort. Aujourd'hui a pour but d'unir mes forces pour que je sois vraiment préparé à lui faire face. Si mes alliés sont séparés par le manque de confiance, la colère et les vieux préjudices, alors nous sommes tous confrontés à un risque encore plus grand. »
Il secoua la tête.
« Je ne permettrai pas que ça arrive.
– Vous vous attendez à ce qu'on leur pardonne leurs méfaits juste comme ça ?
– Non, je vous demande de me faire confiance », dit Harry simplement.
Sa déclaration eut l'effet de calmer leur agitation et ils le regardèrent avec indécision.
« Comme je l'ai dit tout à l'heure, continua-t-il, je suis parfaitement conscient d'avoir malmené votre confiance en moi. Mais s'il y a bien un temps où j'ai vraiment besoin de cette confiance, c'est maintenant. Mettez-vous en colère, continuez à haïr Severus et les Malfoy, croyez ce que vous voulez. J'ai eu la même réaction que vous il n'y a pas si longtemps et je vous comprends complètement. Je sais que j'ai eu accès à des informations dont vous ne savez rien, et j'ai eu bien plus de temps que vous pour les connaître que vous. Je me soucie de ces personnes énormément, et la haine dirigée envers eux me dérange, mais pour le moment, il est bien plus important pour nous tous que vous croyiez en ma capacité à faire ce qui est juste. Toutes nos vies en dépendent », dit-il gravement.
Le jardin fut plongé dans le silence et Harry se demanda brièvement si l'endroit était soudainement soumis à l'effet d'un quelconque Silencio. Mêmes les sons normaux de la nature étaient suspicieusement absents. Il regarda Severus, les yeux plissés, soudainement sûr que l'homme paranoïaque avait placé des charmes supplémentaires sur l'endroit. Ou peut-être était-ce Remus, vu qu'Harry avait toujours la baguette de Severus.
Ce dernier arqua un sourcil en signe d'interrogation, et Harry secoua discrètement la tête. Ce n'était pas important. Il était simplement perturbé par le silence total. Il lança un regard à Draco et Victoria à son autre côté – et sourit. Pas étonnant que Victoria soit silencieuse. Draco était parvenu à conjurer sa peluche favorite en forme de chouette, et elle plantait gaiement ses dents dans son bec, en sécurité dans les bras de son père.
Quand elle remarqua son attention, elle sortit le bec de sa bouche et lui fit un large sourire où brillaient quatre petites dents.
« Daddy », dit-elle.
Les yeux de Draco s'écarquillèrent.
« Est-ce qu'elle a dit... ? »
Les yeux d'Harry s'élargirent, mais il eut un large sourire en hochant la tête.
« Je crois qu'elle a finalement réussi. C'était proche, en tout cas.
– Daddy, dit-elle encore, attrapant les robes d'Harry, car il se tenait tout proche.
– Oui, elle a compris, dit Draco avec un petit sourire satisfait en direction d'Harry.
– Comme si elle ne vous menait pas assez par le bout du nez avant, fit Lucius de sa voix traînante.
–Shh, Lucius, le réprimanda Narcissa. C'est la première fois que Victoria l'a prononcé clairement et c'est un moment spécial pour eux.
– Peut-être qu'ils pourraient y mettre un terme et se souvenir qu'on est en plein milieu d'une importante réunion de l'Ordre, railla Severus.
– Oh, la ferme, Severus », dit Harry avec irritation, mais il quitta des yeux Victoria et Draco pour lancer un regard aux expressions abasourdies des autres.
Il regarda Severus d'un air contrit.
« Désolé, murmura-t-il.
– Concentre-toi, Harry », dit Severus à voix basse.
Harry roula des yeux, mais il retourna son attention vers le groupe. Il reconnaissait que cette situation était effectivement une crise majeure.
Harry pencha la tête en avant en se massant les tempes. Il avait en gros passé la relève à Severus une heure plus tôt, le laissant expliquer tout ce qu'il y avait à expliquer. Harry l'avait écouté d'une oreille distraite depuis le début, focalisant son attention sur les membres de l'Ordre, guettant leurs réactions.
Certain avaient l'air proches d'être convaincus. Tout du moins ils écoutaient attentivement, avec de vagues froncements de sourcils et des expressions pensives. Mais il y en avait encore tellement plus qui avaient l'air extrêmement en colère ou terrifiés. Ils écoutaient les paroles de Severus, mais il était clair qu'ils ne le croyaient pas.
Harry n'était pas sûr de ce qu'il devait faire. Il avait besoin de Severus et Draco et du couple Malfoy dans la bataille finale. Draco serait avec lui quand il devrait s'occuper de Nagini avant de faire face à Voldemort. Ils avaient tous à jouer un rôle important dans la confrontation. Il n'était pas sûr qu'il puisse les mettre en danger pour qu'au final ses autres alliés s'en prennent à eux.
Ce n'était pas comme s'il avait le choix. Ça le rendait malade de savoir que Severus le soutiendrait en dépit de tout et qu'il se sacrifierait même si l'Ordre ne changeait pas d'avis. Il n'en était pas sûr, mais il sentait que même Lucius et Narcissa ne reculeraient pas. Ils se battraient, si ce n'est pour nulle autre raison que protéger leur fils.
Draco refusait tout net d'être ailleurs que près d'Harry. Severus n'était pas étonné, connaissant déjà le type de réaction de son filleul en temps de crise. L'implication directe de Draco dans la bataille avait provoqué une dispute alors même qu'ils échafaudaient les plans. Ils avaient fait des compromis. Harry aurait sa source de force avec lui, mais Draco userait de la cape.
Ils faisaient ce qu'ils pouvaient pour se protéger tous des forces de Voldemort. Et ils étaient loin d'arriver au point de discuter des détails de leurs plans. Les membres de l'Ordre n'arrivaient pas à avaler l'idée d'accepter de l'aide de la part d'un Mangemort, de Severus en particulier.
Tonks, en particulier, lui avait posé beaucoup de questions. Elle semblait certaine des loyautés du Mangemort, mais elle ne cessait de lancer des regards suspicieux vers les Malfoy. Maugrey posait des questions les unes après les autres, sa suspicion et sa colère étant palpables.
Harry était à deux doigts de crier de frustration. Ces gens avaient le droit d'être en colère et suspicieux, mais il avait besoin d'eux. Il ne savait pas ce qu'il ferait s'il ne parvenait pas à les convaincre de coopérer au moins suffisamment longtemps pour qu'ils survivent à la bataille finale.
Draco lui toucha le poignet, lui intimant gentiment de baisser ses mains. Quand Harry écarta ses mains pour le regarder, Draco lui mit une fiole dans la main. Harry lui fit un petit sourire de gratitude avant de tirer le bouchon, se préparant à en avaler le contenu.
« Potter ! Non ! »
Harry leva vivement la tête.
« Ne buvez pas ça ! » ordonna Maugrey.
Maintenant avec le regard de tous rivé sur eux, Harry soupira.
« C'est juste une potion antidouleur, dit-il.
– J'ai vu Malfoy vous la donner, gronda Maugrey. C'est sûrement du poison, ou une façon de vous contrôler.
– Ou bien ça me débarrassera simplement de mon mal de tête », dit sèchement Harry.
La moitié des membres de l'Ordre prirent un air horrifié tandis qu'Harry avalait le contenu de la fiole.
« Harry, comment est-ce que tu peux risquer ta vie comme ça ? » demanda Tonks.
D'autres s'agitèrent aussi, protestant bruyamment. En fait, remarqua Harry, quasi la table entière était de nouveau en ébullition, criant et hurlant.
Il soupira, ayant du mal à trouver en lui assez de la colère qu'il était supposé ressentir. En fait, il était juste déçu, par les autres ou lui-même, il ne savait pas vraiment.
« Je pense qu'il est temps de faire un changement de plan, dit Severus avec mépris.
– Donnez-nous une minute », grinça Draco, attrapant le bras d'Harry et le menant directement dans la maison.
Le blond sortir sa baguette de la poche de son petit ami et lança rapidement un Silencio, mais aucun d'eux ne réalisa qu'une fois de plus Severus le désactiva facilement, empruntant la baguette de Remus. Non seulement ça, mais il lança un charme pour projeter leurs voix dans le jardin.
« Bordel, Harry ! craqua Draco, son calme envolé. Tu ne vas pas abandonner comme ça !
– Je n'abandonne pas ! nia Harry. Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse, putain ? Je commence à croire que Severus avait raison, et c'est vraiment impossible. »
Draco renifla.
« Quand est-ce que tu as jamais cru que Severus avait raison ? » demanda-t-il.
Harry sourit tristement.
« Il a raison bien plus souvent que moi, dit-il. Et nous le savons tous les deux.
– Il n'a pas raison quand il s'agit de l'impossible, répondit Draco. Tu es le maître quand il s'agit de ça. »
Harry se massa sa mauvaise épaule distraitement, jusqu'à ce que le blond prenne le relais, la lui massant pour en atténuer la raideur.
« Peut-être que j'ai juste essayé d'accomplir un impossible de trop, dit Harry.
– Harry, tu as commencé à perfectionner l'art de l'impossible avant même que tu ne sois né, dit sèchement Draco. Que Severus croie que ce soit impossible ou pas, tu vas retourner là-bas et tu vas obtenir leur appui pour qu'ils te soutiennent dans la bataille samedi. »
Harry soupira lourdement.
« Peut-être que c'est ça le problème, dit-il.
– Lequel ? demanda Draco.
– Réfléchis, fit Harry. Je ne veux même pas vraiment réaliser cet impossible. Je ne veux pas qu'ils aillent tous risquer leur vie. »
De frustration, il s'éloigna de Draco et commença à arpenter la cuisine, les talons de ses bottes claquant contre le sol. Draco s'appuya contre comptoir et le regarda faire.
« Ce n'est pas juste envers Severus, ou tes parents, répondit le brun, mais il y a une partie en moi qui veut qu'on reste concentré sur la peur des gens de vous, parce que si on arrive à dépasser ça, on devra faire face aux vraies menaces.
– Harry, fit Draco. Tu as besoin de tout le monde et tu ne peux pas tous les protéger.
– Putain, Draco, tu crois que je ne le sais pas déjà ? s'exclama le Gryffondor.
– Tu as peur », dit Draco à voix basse.
Harry hocha la tête en direction du jardin.
« Il y a suffisamment de peur dehors, tu ne crois pas ? dit-il amèrement, et il secoua la tête. On a déjà parlé de ça. Je n'ai pas le luxe d'avoir peur, Draco. »
Il passa une main dans sa chevelure.
« Et je n'ai pas peur, dit-il. Je suis en colère contre moi-même parce que j'ai stupidement cru que j'arriverai à faire en sorte qu'ils me fassent suffisamment confiance pour accepter l'aide de quatre Mangemorts.
– Tu as déjà fait l'impossible avant, dit Draco avec humour. Demande à Severus.
– Tu penses que si j'arrive à convaincre Severus que l'impossible est possible, je pourrai convaincre n'importe qui, hein ? » demanda le brun avec amertume.
Draco le fixa d'un regard spéculatif.
« Tu crois que Severus se préoccupe de la plupart des gens qui sont ici ? demanda-t-il.
– Il s'en soucie », insista Harry, fronçant les sourcils au changement de sujet.
Draco secoua la tête d'exaspération.
« Severus se soucie d'eux de façon abstraite. Oui, il risque sa vie pour eux, mais il ne se soucie pas vraiment d'eux personnellement. Pas comme toi, Harry. Tu te soucies personnellement de chaque putain de personne ici – y compris les Mangemorts auxquels tout le monde est si opposé.
– Bah, tout le monde a le droit à une seconde chance, fit Harry, se sentant sur la défensive.
– Merlin, Harry, tu ne le comprends donc pas ? demanda le blond. Il n'y a pas une seule personne ici qui pourrait dire ça et y croire vraiment.
– Dumbledore y croyait, dit Harry tout bas.
– Oui, il y croyait », concéda Draco.
Son expression était plus sérieuse qu'Harry ne l'avait jamais vu.
« Je ne suis pas stupide, Harry. Je sais qu'une des raisons pour lesquelles tu crois m'avoir donné une seconde chance était parce que tu as vu Dumbledore m'offrir une chance en haut de cette tour-là. L'homme était en train de mourir et il me donnait une seconde chance. »
Harry le regarda fixement. Ils n'avaient jamais parlé de ça directement, mais cela n'aurait pas dû le surprendre après la visite à la tour d'Astronomie la veille.
« Draco, je... oui, tu as raison, admit-il. Quand tu es apparu avec Victoria, Je t'ai haï. J'ai haï ce que tu avais fait. »
Il fit une pause.
« Cela dit, je n'aime toujours pas ce que tu as fait. »
Il soupira lourdement, ses bottes claquant contre le sol tandis qu'il arpentait la cuisine d'agitation.
« Mais j'étais là. Tu n'as aucune idée combien de fois je t'ai entendu dire à Dumbledore que tu n'avais pas le choix. Combien de fois j'ai entendu Dumbledore t'offrir une seconde chance.
– Harry, je suis désolé, dit Draco misérablement. Ça n'excuse pas ce que j'ai fait, mais j'essayais juste de protéger ma famille.
– Dieu, Draco, je le sais, s'exclama Harry. C'est juste que... je t'ai offert une seconde chance à cause de ce qui s'est passé cette nuit-là. Essayer de te sauver était une des dernières choses que Dumbledore a faite dans sa vie et je ne voulais pas le décevoir. »
Draco lui prit le bras, l'obligeant à s'arrêter.
« Harry, je ne voulais pas vraiment parler de tout ça – surtout pas maintenant – mais tu dois comprendre qu'il ne s'agit pas seulement de la deuxième chance que m'a donnée Dumbledore. Tu m'as donné cette chance. Tu es celui qui a pris cette décision. Tu crois en l'Homme, aux gens. Tu te soucies d'eux. Qu'ils le méritent ou pas.
– Tu le mérites, dit Harry, fronçant les sourcils.
– Bordel, Harry, fit Draco, secouant la tête d'exaspération. J'ai merdé. Tout le monde hormis toi sait parfaitement que je ne méritais pas une seconde chance. C'est pour ça que tu t'opposes à eux.
– Parce qu'ils ont tort », fit Harry avec obstination.
Draco renifla.
« Et tout le monde doit s'incliner et écouter la sagesse d'Harry Potter, dit-il ironiquement.
– Qu'est-ce qui ne va pas avec toi ? demanda sèchement Harry. Tu es supposé être de mon côté.
– Je suis de ton côté, insista Draco. Et j'en remercie Merlin parce que le Lord Noir est loin d'être aussi fermement ancré dans ce à quoi il croit que toi – et c'est peu dire. Il n'a pas la moindre chance de triompher.
– Bien sûr qu'il ne gagnera pas, mais où veux-tu en venir au juste ? » demanda Harry.
Draco rit, et son expression s'adoucit.
« Tu ne comprends pas à quel point tu es spécial et unique, Harry, dit-il. Ces deux derniers mois ont été les plus difficiles de ta vie, mais tu l'as juste accepté. J'étais avec toi. Je t'ai observé. Tu ferais tout ce qui est en ton pouvoir pour apporter ton aide, et la plupart du temps, tu le fais inconsciemment. Tu le fais, c'est tout.
– Draco, je ne suis pas spécial, nia Harry, secouant la tête. Je suis juste... j'essaie juste de faire ce qui est juste.
– Harry, est-ce même possible que tu sois plus noble que ça ? demanda Draco avec une tendre exaspération. Ou moins conscient du fait que tu l'es ?
– Est-ce possible que tu sois plus idiot ? » demanda Harry doucereusement.
Draco grogna, levant les bras en signe d'abdication.
« D'accord, j'abandonne, dit-il en s'arrêtant. Mais je pense toujours que tu ressembles à Dumbledore plus que tu ne le penses. »
Harry roula des yeux.
« Je ne suis pas comme Dumbledore, dit-il.
– Non, dit Draco, pensif. Tu es plutôt une mixture étrange de lui et de Severus. »
Harry s'étouffa d'un rire incrédule.
« T'as perdu la tête », dit-il.
Draco le regarda d'un air altier.
« D'un côté, tu as cet air tranquille de confiance t'entourant comme Dumbledore. Toujours prêt à faire du bien, à donner aux gens une seconde chance et sauver le monde, dit-il. De l'autre, tu es aussi dangereux et acerbe que Severus. »
Il fit une pause, pensif.
« Je suis assez impressionné tu arrives à être aussi acerbe que Severus. Ça demande beaucoup d'effort, mais il me semble que tu apprends assez facilement, dit-il d'un air innocent.
– Va te faire voir », dit Harry d'un ton amusé plutôt que contrarié.
Draco sourit d'un air suffisant avant de reprendre son sérieux.
« Harry, tu es un leader puissant comme Dumbledore parce que tout le monde sait à quel point tu t'inquiètes pour tout le monde. Tu es un leader puissant tout comme Severus parce que tu es décidé à faire n'importe quoi pour protéger tout le monde.
– Ouais, bon, c'est ça le problème, pas vrai ? Je suis décidé à faire n'importe quoi, y compris me mettre du côté des méchants Mangemorts, dit Harry, sarcastique. Je suis sûr que certains de ces gens ont fait une croix sur moi, tout comme ils l'ont fait avec Severus.
– Probablement, convint Draco. Mais tu connais la vérité, Harry.
– La vérité n'a aucun putain d'importance, s'agita Harry. Tu as vu ce qui s'est passé dehors. Severus et moi n'avons pas arrêté de leur dire la vérité durant toute la soirée, et ça n'a aucune importance.
– Ça a de l'importance pour toi, dit Draco avec conviction. Je les ai vus, et je t'ai vu là-bas. Je t'ai vu abandonner. Je m'en fiche un peu qu'ils croient ou pas. Ce qui m'importe c'est : est-ce que tu y crois.
– Draco, ça n'a pas d'importance ce en quoi je crois, dit Harry avec lassitude.
– Putain de merde, Harry ! rugit Draco. Si tu arrêtes de croire aux gens, nous sommes tous perdus. Ils ne le comprennent peut-être pas, mais moi si.
– Alors qu'est-ce que je suis supposé faire, bordel ? cria Harry. Mon obstacle majeur est que tout le monde croit que j'ai perdu la tête ou que je me fais contrôler par quatre Mangemorts. Parce que c'est ce que vous êtes pour eux. Ils ne voient pas ce que je vois en vous.
– Alors dis-leur, dit Draco. Fais-les croire comme tu crois.
– Je ne peux pas leur dire ces choses-là ! dit Harry avec exaspération. Ces choses sont personnelles et ils ne me croiraient pas si je les leur disais. Vous êtes tous si bons à montrer cette façade calme et froide que j'ai du mal à reconnaître les gens avec lesquels je vis. Qui croirait que tu es tendre et romantique ? Qui croirait que Narcissa me materne à chaque fois qu'elle en a l'occasion ? Qui croirait que Lucius m'a serré dans ses bras alors que je pleurais tout mon soûl après avoir tué sa belle-sœur ? Qui croirait que Severus m'a laissé pleurer sur son épaule ? Qui croirait que Severus a pleuré sur mon épaule ? »
Harry s'arrêta abruptement, certain que l'air choqué de Draco reflétait le sien.
« Merde ! » cria Harry.
Il se tourna pour frapper le mur de frustration, mais Draco lui prit le bras.
« Lâche-moi ! cria Harry.
– Non, tu vas juste encore blesser ton épaule, dit Draco.
– Ça n'aura aucune putain d'importance quand Severus saura que j'ai laissé échapper ça devant toi, pas vrai ? cracha Harry. Oh mon Dieu ! Il va me tuer.
– Il ne le fera pas ! Arrête d'être aussi mélodramatique, rétorqua Draco avant de faire une pause. Severus a vraiment pleuré sur ton épaule ? »
Harry inclina la tête en avant, les mains liés derrière sa tête.
« Harry ? » fit Draco avec inquiétude.
Les mains d'Harry se tordirent dans ses cheveux.
« Tout ça est pour Severus, pas vrai ? demanda Draco, interrogateur, mais son ton indiquait qu'il commençait à comprendre quelque chose. Ce n'est pas pour essayer d'obtenir l'aide dont tu as besoin pour la bataille. Pas vraiment. Parce que tu sais déjà que tout le monde participera à la bataille à ton ordre. C'est pour Severus. »
Harry explosa.
« Severus ne mérite pas qu'ils le traitent de cette façon-là ! cria-t-il. Techniquement, il n'a pas pleuré sur mon épaule, mais j'étais là. Je suis celui qui a été témoin de son chagrin sur la mort de Dumbledore. Ils ne le voient pas. Ils ne comprennent pas. Ils ne savent pas.
– Mais tu le sais, dit Draco. Tu sais mieux que personne, pas vrai, Harry ? C'est pour ça que Severus te traite comme son fils. C'est pour ça qu'il s'est montré plus ouvert avec toi qu'avec n'importe qui d'autre. Il ne me traite pas de cette façon, et je suis son filleul. »
De déni, Harry secoua véhémentement la tête.
« Non ! C'est juste que je sais ce qui est arrivé, dit-il avec férocité. Tout le monde le condamne parce qu'il a tué Dumbledore. Ils peuvent faire des compromis avec des ex-Mangemorts, mais ils ne peuvent pas surmonter le fait qu'il a tué leur leader. Mais ils ne comprennent pas ! Tu ne comprends pas, Draco, cria-t-il. Si je ne peux pas convaincre ces personnes de l'intégrité de Severus, je le trahirai. Je le trahirai tout comme Dumbledore l'a fait.
– Mais de quoi est-ce que tu parles ? demanda Draco.
– Dumbledore a tout fait pour le putain d'intérêt général, cracha Harry. Tu as raison, Draco. Je suis exactement comme lui, dit-il, la voix pleine d'autoaccusation. Dumbledore a sacrifié Severus pour la bonne cause. Nous avions besoin de lui en tant qu'espion, et Dumbledore savait qu'en fin de compte il incomberait à Severus de le tuer. Dumbledore savait qu'il mourrait de toute façon et ça protégeait le rôle de Severus. Dumbledore a fait ce choix, et Severus a obéi. »
Il secoua la tête avec colère.
« Je connais la vérité de ce qui s'est passé cette nuit-là. Si je divulguais tous les détails, la plupart d'entre eux ne condamnerait plus Severus. Pas pour la mort de Dumbledore, en tout cas. Merlin sait qu'ils le condamneraient pour tout un tas d'autres raisons, dit-il avec amertume avant de lancer un regard furieux à Draco. Mais je ne peux pas leur dire ce qui est arrivé... pour le putain d'intérêt général, dit-il durement.
– Les secrets du Lord Noir, murmura Draco.
– Oui, les secrets de Voldemort, fit Harry avec mépris. Ces secrets qui me permettront enfin de le tuer samedi. La tâche que m'a confiée Dumbledore. Celle que je n'ose expliquer à personne parce qu'il s'avère que j'accorde de la valeur à nos vies à tous. Véritasérum. Mémoires de Pensives. Ce ne sont pas des options, cracha-t-il. C'était Dumbledore en personne qui m'avait ordonné de garder ces secrets. J'ai parlé à son portrait hier et il m'a dit encore une fois de les préserver. Il m'a dit qu'il avait foi dans le fait que je parviendrai à garantir la survie de tous. Comment ?! s'exclama-t-il. C'est impossible de les convaincre que nous sommes tous du même côté parce que je ne peux pas tout leur dire !
– D'accord, je comprends, fit Draco. Calme-toi. »
Harry soupira de frustration, s'appuyant au comptoir. Il roula la tête, tentant d'atténuer la tension.
« Draco, je déteste devoir te dire ça, mais tu ne fais pas partie de ceux que je devais convaincre », dit-il d'un air pince-sans-rire.
Draco rit. Il plaça ses mains sur le comptoir de part et d'autre des hanches de son petit ami, l'encerclant.
« Non, dit-il, mais tu avais besoin d'une pause. Là dehors tu étais sur le point d'abandonner. Ou d'exploser.
–Je ne savais pas quoi faire, répondit Harry. Je ne le sais toujours pas. Nous n'avons rien accompli en nous cachant ici.
– Si, dit Draco, pas d'accord avec lui.
– Et c'est ? demanda Harry.
– Tu t'es rappelé des raisons pour lesquelles tu te bats aussi farouchement, dit Draco avec sérieux. Tu t'es rappelé que le bien général veut aussi dire sauver autant de monde que possible – même des Mangemorts perdus. »
Harry secoua la tête en souriant.
« Les Mangemorts perdus sont une terrible source de problème, dit-il.
– Mais tu nous aimes quand même, dit Draco avec suffisance.
– Ouais, c'est vrai », dit doucement Harry, levant les mains et les entremêlant dans les cheveux de Draco, l'attirant à lui pour l'embrasser.
Draco l'embrassa doucement pendant quelques moments, avant de se reculer à contrecœur.
« On devrait y aller, soupira Harry. Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés ici, et qui sait ce qui a bien pu arriver pendant notre absence. »
Draco fronça les sourcils :
« Je suis étonné que personne ne soit venu nous chercher », dit-il.
Harry haussa les épaules, imperturbable.
« Je suis sûr que Severus et Remus savaient que j'avais besoin d'une chance de soulager un peu de ma frustration et me calmer un peu, dit-il. Enfin, même si Severus et Remus savent pourquoi nous sommes venus aussi, les autres doivent probablement penser que tu... zut, je ne sais pas ce qu'ils pensent. Je ne sais même pas quel genre de mal ils pensaient que tu me faisais en me donnant une putain de potion antidouleur.
– Peut-être que tu devrais leur faire remarquer que la plupart d'entre eux ont eu des doses de la même fournée et ça ne les a pas empoisonnés », dit sèchement Draco.
Harry cligna des yeux.
« J'ai oublié que la majorité ne savent pas que je suis responsable de l'approvisionnement des potions de soin cet été, dit-il.
– Toi ? se moqua Draco. Harry, tu t'es porté volontaire pour préparer les potions de l'Ordre, mais tu n'as pas aidé à en préparer ne serait-ce qu'une seule depuis la première fournée.
– J'admets que je n'ai pas suivi l'approvisionnement des potions dernièrement, dit Harry, se sentant coupable. Tu penses que Pomfresh a besoin de plus ? Elle me l'aurait dit si elle était à court de potions, n'est-ce pas ? »
Draco le fixa, l'incrédulité apparente sur son visage.
« Harry, quand vas-tu comprendre que tu ne peux pas tout faire ? Madame Pomfresh ne t'a rien dit parce que nous lui en envoyons régulièrement. Lupin se charge de vérifier avec elle les potions requises. Severus, Père et moi les préparons. Mère et moi les avons empaquetées et avons envoyé presque tout ce que nous avions au Ministère samedi.
– Oh, dit Harry, absorbant l'information. Je m'assurerai de leur dire que c'est vous qui êtes en charge, pas moi. Vous faites toujours en sorte que Winky les délivre ?
– Mais où est ta tête ? demanda Draco. Bien sûr qu'on les a envoyées avec Winky. Nous lui avons donné des instructions pour qu'elle les délivre directement à Pomfresh. Ou plutôt, nous les avons données à Winky qui les adonnées à ton cher Dobby pour qu'il les délivre à Pomfresh comme d'habitude. »
Harry roula des yeux à la mention de Dobby.
« Ton père se plaint du manque d'elfes de maison, peut-être ? demanda-t-il.
– Pas vraiment, dit Draco avec un sourire en coin. Il se peut que Severus ait mentionné le fait qu'il aurait été mieux pour nous tous si nous avions simplement suivi Dobby et nous nous étions joints à vous il y a des années de cela. Je ne pense pas que ça plaise à Père qu'un elfe de maison ait pris une décision plus intelligente que lui.
– Oh mon Dieu, haleta Harry, s'étouffant de rire. Je n'arrive pas à croire que ton père m'adresse toujours la parole.
– Je m'étais dit que tu apprécierais ça, dit Draco en secouant la tête. Bien sûr qu'il t'adresse la parole, quand même. Mieux vaut être de ton côté, mais Père en veut à Dobby plus que jamais.
– Ça j'en suis sûr, dit Harry en essayant de reprendre le contrôle de son hilarité.
– Bon, tu te sens mieux maintenant ? demanda Draco.
– Oui, tu m'as fait reprendre confiance, dit Harry avec chagrin. Mon héros, ajouta-t-il dramatiquement, riant quand Draco se renfrogna.
– Tu es le héros, pas moi, rétorqua Draco. Maintenant vas-y et comporte-toi comme tel.
– Je ne sais toujours pas ce que je dois leur dire, fit remarquer Harry.
– Je pense... je pense que tu dois te montrer plus ouvert, dit Draco. Harry, tout ce que nous nous sommes dit ici est beaucoup plus réel que les faits et vérités que Severus et toi leur avez présentés.
–Severus s'énerve contre moi suffisamment pour avoir le cœur sur la main, dit Harry. Bizarrement, je n'arrive pas à l'imaginer content que je mette le sien en évidence.
– Bon, peut-être que tu ne devrais pas leur dire que Severus a pleuré sur ton épaule, admit Draco. Il n'irait pas jusqu'à te tuer, mais je préfère éviter de le voir t'écorcher vivant. »
Harry renifla, amusé.
« Merci pour cet grand témoignage de confiance, dit-il sarcastique.
– Tu sais très bien que Severus ne toucherait pas au moindre cheveu sur ta tête, dit Draco en souriant narquoisement.
– Ouais, on verra bien quand je serai couvert de bleu les deux prochains jours à cause de mon entraînement avec lui », dit sèchement Harry.
Draco grimaça.
« Vrai, concéda-t-il.
– D'ailleurs, dit Harry. Qu'est-ce que je suis supposé leur dire sur toi ? »
Draco souffla lourdement.
« Je suppose que leur dire que je suis venu à toi parce que j'étais terrifié briserait mon image, pas vrai ?
– Euh, probablement, dit Harry en réprimant un sourire.
– Ne te moque pas, idiot, dit Draco, souriant faiblement.
– Je ne me moquais pas, protesta Harry, mais son sourire s'élargit.
– Et je suppose que leur dire que je suis tombé amoureux de leur Héros n'aidera pas mon image non plus, dit Draco.
– Tu as honte de moi ? bouda Harry.
– Tout le monde va croire que je me suis adouci, s'exclama le blond.
– Ah, tu as honte de toi, dit Harry avec amusement. C'est pas grave, Draco. Ton image d'arrogance froide et de méchanceté pourrait être ternie à jamais, mais je pense que tu es toujours un emmerdeur, alors tu n'as pas à t'inquiéter.
– Merci, Harry, dit Draco sardoniquement.
– De rien, dit joyeusement Harry.
– Allez viens, dit Draco en roulant des yeux. On reste ici une minute de plus et Severus nous écorchera vifs tous le deux. »
Ils s'embrassèrent une dernière fois avant de sortir de la cuisine en direction du jardin.
Ils s'arrêtèrent abruptement, absorbant la scène devant eux. Severus avait un air renfrogné. Beaucoup des autres personnes souriaient. La plupart de leurs amis et membres de leur famille avaient l'air de contenir leur rire.
« Qu'est-ce qui se passe ? demanda prudemment Harry.
– Toi, mon idiot d'enfant, dit doucereusement Severus, tu prépareras toutes les potions nécessaires à l'infirmerie pour l'année prochaine. Toi aussi, Draco. »
Harry le regarda bouche bée, choqué et confus.
« Pourquoi nous ?! protesta-t-il. Et on sait même pas si on va retourner à l'école, ajouta-t-il. Et qu'est-ce que ça à voir avec notre situation ?
– Peut-être que vous préféreriez être écorchés vifs ? » suggéra Severus tout en douceur.
Harry écarquilla les yeux. Il lança un regard à Draco qui arborait la même expression que lui.
« Oh, merde, souffla Draco.
– Quoi ? demanda Harry, espérant désespérément que Draco n'allait pas lui dire ce qu'il s'attendait maintenant à entendre.
– Je n'ai pas lancé le Silencio anti-Severus », admit Draco.
Harry tourna lentement la tête.
« Non, dit-il à Severus.
– Vous est-il même possible de passer par plus d'humeurs en seulement vingt minutes ? » demanda ironiquement Severus, imitant leur conversation précédente.
Harry déglutit lourdement, ne voulant toujours pas y croire.
Il jeta des regards nerveux en direction des autres, dont la plupart acquiesça pour lui indiquer que oui, Severus avait effectivement désactivé leur Silencio, et que oui, ils avaient tous entendu leur conversation.
« Mais j'ai toujours votre baguette », protesta Harry.
Remus secoua sa baguette en souriant.
Harry sentit la chaleur lui monter au visage, sûrement devenu rouge de mortification.
« Severus, je, euh... Oh, merde », souffla-t-il tandis que Severus se dirigeait vers lui. Il ferma les yeux, attendant son imminente mort.
Il sursauta quand il sentit un baiser se presser sur son front, et il ouvrit précipitamment les yeux pour regarder Severus.
« J'ai pensé que peut-être une démonstration de mes sentiments serait correcte, dit Severus d'un air pince-sans-rire.
– Severus, je suis vraiment désolé, dit Harry misérablement. Je n'avais même pas l'intention de le dire à Draco, et je ne savais pas que ce que je disais, euh, était diffusé à tout le monde.
– Viens ici, mon garçon, dit Severus, attirant Harry dans une étreinte et le rassurant. Quoi qu'il arrive, tu ne m'as pas trahi. Tu m'as peut-être humilié, mais tu ne m'as pas trahi.
– Vous êtes humilié ? Je suis celui qui s'est ridiculisé, marmonna Harry, enfouissant sa tête dans les robes de Severus.
– En effet. Cependant, l'interaction spontanée semble être un outil puissant de communication pour toi, dit Severus avec humour.
– Qu'est-ce que vous voulez dire ?
– Arrête de te cacher dans mes robes et viens voir par toi-même », dit Severus, le repoussant gentiment.
Il fit une pause pour embrasser Draco sur le front avant de se tourner et de retourner à la table sans rien ajouter.
Harry lança un regard en direction des autres. Severus avait choqué tout le monde en montrant son affection envers Draco et lui. Même Remus, Narcissa et Lucius paraissaient surpris par ses actions.
Le brun jeta un coup d'œil vers Draco en fronçant les sourcils. Il se sentit mieux quand il vit les joues toutes roses d'embarras de son petit ami. Au moins il n'était pas le seul.
Draco clignait des yeux en tentant de se remettre de son étonnement.
« Severus ne m'a pas embrassé sur le front depuis avant que je ne commence à Poudlard, dit-il.
– Mais c'est une bonne chose, hein ? » demanda Harry, se sentant toujours incertain.
Malgré son embarras, les yeux de Draco reflétèrent son amusement.
« Oui, Harry, c'est une bonne chose. Je t'ai bien dit que d'ici la fin de la nuit, tout le monde saurait exactement ce que ressent Harry Potter vis-à-vis de tout ça, dit-il. Par contre, je ne m'attendais pas à ce que tout le monde sache aussi ce que nous ressentons envers toi. »
Draco lui prit la main.
« Allez viens, Harry. Tu as une réunion de l'Ordre à reprendre. »
Harry se laissa ramener vers la réunion, déconcerté par le changement dans l'atmosphère.
Il se tint en tête de table, les observant simplement. Qu'est-ce qu'il avait bien pu dire à Draco dans la cuisine pour que ça ait changé les choses aussi radicalement ? Quoi qu'il ait dit, ça avait également affecté Draco. Plus tôt, le blond se contentait de montrer une réserve froide, mais maintenant il se tenait debout derrière lui, ses bras tranquillement encerclant sa taille.
Harry rougit, ne sachant pas quoi dire.
McGonagall hocha la tête en sa direction avec approbation. Mme Weasley souriait largement avec fierté. Narcissa et Remus leur souriaient chaleureusement à lui Draco et lui. Lucius leur lançait un sourire ironique et résigné.
« Alors, c'est quoi le plan pour samedi ? demanda joyeusement Tonks.
– Euh, je – »
Il lança un regard à Severus, espérant un peu l'aide.
Severus se pinça l'arête du nez, montrant son exaspération envers Harry.
« Tu connais les plans, Harry, dit-il. Tu dois leur dire si tu veux qu'ils t'aident.
– Je sais ça, dit Harry avec irritation. C'est juste que – »
Draco plaça un baiser sur sa tempe.
« Relax, murmura-t-il. Tout le monde ici est de ton côté. »
Harry souffla lentement, se détendant dans l'étreinte de Draco. Il semblait que tous les détails personnels qu'il avait divulgués par inadvertance avaient résolu le problème, et il admettait qu'il était même stupide d'en douter. Accepte-le et va de l'avant.
Quand il commença alors à parler, ce fut à une audience attentive. Cette fois, il y avait un réel progrès.
A suivre…
