Cela faisait quatre jours qu'il n'avait pas quitté sa chambre et était resté allongé dans son grand lit froid à Châteaunoir. Stannis avait les yeux fermés, essayant de se reposer malgré les visions effroyables qui lui parvenaient à l'esprit. Il revoyait Shireen et le cerf sculpté de bois que Davos lui avait offert. A cette pensée, il eut la même réaction que lorsqu'elle lui avait montré fièrement, du dégoût mélangé à de la peine. Il avait ressenti cela face à la symbolique du présent car en effet, il demeurait cerf Baratheon mais n'avait rien fait pour redorer l'emblème de sa maison à jamais souillée. Sali dès les premières années sous le règne de Robert et de sa luxure débordante puis sous Renly et ses penchants douteux, Stannis était resté le dernier espoir. Cependant, en choisissant Melisandre et sa religion, il avait une fois de plus humilié sa Maison ainsi que les Sept qu'il avait renié, ne comptant plus que sur sa fille pour améliorer et honorer à nouveau la condition des Baratheon.

Quand il avait serré l'enfant dans ses bras, lui murmurant qu'il était désolé, il avait eu une pensée pour ses frères, dont il espérait que le sacrifice fasse oublier leurs pêchés. Il s'était senti terriblement mal face à sa fille, l'innocence qui l'a guidait encore l'avait subitement mit mal à l'aise et laissé sans mot.

Stannis se releva et s'assit dans le lit, ramenant l'épaisse couverture jusqu'à son buste afin de ne laisser aucune parcelle de peau visible. Il se sentait faible et depuis peu, il savait qu'il l'avait toujours été. Lorsque Selyse lui avait annoncé qu'elle était enceinte pour la première fois, un sentiment de soulagement l'avait envahi, sachant que désormais, il n'aurait plus à accomplir son devoir conjugal. Après plusieurs fausses couches et morts nés, il sut qu'il n'y aurait plus d'espoir et que sans héritier, sa réputation serait en jeu. Or depuis la venue au monde de Shireen, il n'avait jamais prêté attention à Selyse et ce fut maintenant, quelques jours après son suicide qu'il s'en rendit compte. Une boule naquit dans son ventre, lui nouant lourdement l'estomac. Il avait été faible envers sa femme, faible envers sa fille et faible envers son royaume. Le Seigneur de Dragonstone avait troqué son honneur contre sa famille et c'est en fixant la cheminée qui lui faisait face qu'il se rendit un peu plus compte qu'il était seul. En tant que roi de Westeros, il ne pleurerait pas les siens, non, les rois ne doivent pas être faibles et ne pleurent pas, mais en tant qu'homme, son cœur ne cessait de saigner. Il avait souillé son âme et renier les Sept ne l'aiderait pas à se racheter. Stannis soupira longuement et son désir de reprendre Winterfell l'enflamma à nouveau quand son esprit l'amena à penser à Ramsay Bolton et à la dictature que lui et son père menaient sur le Nord. Son peuple souffrait et il avait besoin de lui.

On frappa à sa porte et Davos pénétra dans la chambre, il jeta un regard furtif à son roi puis se racla la gorge afin d'avoir une voix des plus calme et nette possible

« Comment se porte votre jambe ? »

« Beaucoup on déjà essayé de me tuer mais ont échoué, ma blessure reste minime »

« Et comment vous sentez vous ? »

Stannis le fixa de son regard dur puis détourna la tête sans répondre. Le Chevalier Oignon se sentant exclu, ne le questionna pas à nouveau puis il recula pour se diriger vers la porte

« Merci »

Le son faible de sa voix le fit piler puis tendre l'oreille vers son roi, qui venait de tourner la tête vers sa Main. Stannis leva à nouveau son regard vers Davos, dont les yeux remplis d'espérances ne demandaient qu'a entendre à nouveau ce qu'il venait de dire

« Je vous remercie de m'avoir sauvé »

« Mon roi, vous n'avez fait pas à vous excuser, je n'ai fais que mon devoir »

« Vous n'étiez pas obligé »

Le Chevalier eut le sentiment d'une lame le transperçant car cette pensée lui avait traversé l'esprit. En effet, quand Melisandre était revenue à Châteaunoir, il avait compris à son regard que la pauvre Shireen avait eut des ennuis, et pas des moindres. Il s'était douté d'une possible implication de son roi dans une affaire louche mais jamais il n'aurait pensé à une chose pareille et la femme Rouge n'avait pas eu besoin d'en dire plus pour qu'il comprenne. L'idée d'abandonner Stannis face à cette situation lui avait alors traversé l'esprit mais quand il pensait à cet homme qui l'avait sauvé, l'avait élevé au rang de chevalier puis l'avait nommé Main, il n'avait pu s'y résoudre

« Je ne vous abandonnerai pas Stannis »

Il tourna les talons et quitta la chambre, laissant son roi dans ce silence qu'il appréciait tant.

Il longea le grand couloir qui menait à l'entrée quand il croisa Melisandre. Cette dernière se rendait dans la chambre de Stannis et une furieuse envie de le venger le prit alors

« Que faîtes vous ici sorcière ? Le roi Stannis ne souhaite plus vous rencontrer ! »

« Ne vous inquiétez pas Ser Davos, il s'agit de notre dernière rencontre »

Il l'a dévisagea un instant puis elle tourna brusquement la tête faisant virevolter ses cheveux rouges et reprit son chemin

« Je vous dis adieu fidèle Chevalier Oignon, je quitte ces lieux. J'espère sincèrement que vous aiderez votre roi à trouver la lumière dans ces ténèbres »

Elle ne s'était pas retournée et avait prononcé ces mots tout en marchant fièrement vers les quartiers de Stannis. La prêtresse Rouge avait senti le regard dubitatif de l'homme dans son dos et un sourire mesquin avait envahi son visage. Lorsqu'elle apparu face au Seigneur de Dragonstone, il s'effaça devant son regard hargneux, qui plongé dans le vide, se figea sur elle quand elle arriva dans la chambre

« Que me voulez vous ? »

Il se tourna pour se lever du lit mais ne pu empêcher un gémissement de douleur. Son visage se crispa et sa bouche se tordit alors qu'il se redressait pour venir aux devants de Melisandre

« Avez vous songé à ce que je vous ai dis lors de notre dernière rencontre ? »

Face à son regard déterminé, Stannis sentit à nouveau cette boule qui lui avait emprisonné l'estomac se durcir, il essaya de cacher sa gêne et poussa un long soupir en fixant le sol. La femme Rouge avait changé et il sentit que son avertissement ne faisait plus effet. Durant un court instant, il avait réussi à prendre l'avantage et durant ce court instant, il avait pu savourer à contrecœur les effets du pouvoir sur la prêtresse.

« Je vais suivre vos ordres et quitter Châteaunoir.. »

« Quoi ? »

Jamais il n'avait pensé qu'elle pourrait le quitter, Stannis avait voulu lui faire peur, lui prouvant que lui aussi pouvait être persuasif mais il ne pensait pas qu'elle puisse réellement partir. Il était l'Élu et elle devait lui montrer le chemin, elle devait l'aider à prendre le trône et accomplir son destin. Il ne croyait plus en rien et encore moins à ces dires mais elle avait tant essayé qu'au fond, une voix lui murmurait toujours qu'elle était son guide.

« Vous m'abandonnez ! »

Melisandre prit son visage dans ses mains et plongea son regard dans le sien, qui affichait une totale incompréhension. Elle constata toute l'inquiétude et la solitude qui y demeurait puis elle lui embrassa doucement les lèvres avant de quitter sa chambre. La prêtresse Rouge se retourna avant de passer la porte

« Je ne fais que suivre vos ordres.. mon Roi.. »

Stannis ne comprenait rien, pensant qu'il délirait à nouveau tout comme durant les premiers jours de son rétablissement, il s'assit sur le lit et plongea ses mains dans ses cheveux courts. Il devait trouver rapidement une solution et aller de l'avant. Il devait accomplir son devoir en tant que roi et ne pas se montrer vaincu. Il fut soudainement stoppé dans ses pensées par des bruits venant du couloir. Une personne était entrain de courir jusqu'à ses appartements

« Encore ! »

Son cri de rage ne fut pas suffisant pour arrêter et distraire son invité et Brienne arriva essoufflée. Elle essaya de prendre appui contre la porte afin de reprendre son souffle

« Lord Stannis, des hommes de la Garde de Nuit ont aperçu deux silhouettes dont l'une similaire à lady Sansa, dans la forêt, à quelques kilomètres d'ici ! »

« Mon roi ! »

Davos arriva à son tour en hurlant le nom de Stannis. Quand il se retrouva face à Brienne, il fut prit d'un léger sursaut puis se racla la gorge en avançant vers le Seigneur de Dragonstone

« Mon roi ! La sorcière Rouge vient de quitter le château en emportant sur un chariot le corps du Lord Commandant, Jon Snow ! »

Stannis soupira et leva les yeux au ciel, face aux deux chevaliers, le roi de Westeros se devait d'agir