« Alors quoi ? »
Le regard accusateur qu'il envoyait à Davos le fit soudainement baisser le regard. Devant cette scène, Brienne en profita pour se faire à nouveau entendre, elle s'avança vers Stannis et prit une voix forte et soutenue
« Lord Stannis, nous devons aller chercher lady Sansa ! Souvenez vous de notre accord ! »
Ce dernier passa une main sur ses joues rugueuses et fit mine de réfléchir, quand il releva la tête vers Davos, il plissa les yeux et prononça de nouveau froidement
« Qu'elle aille où bon lui semble, je n'en ai cure.. quand à Snow, ce n'est qu'un cadavre.. Brienne de Tarth, préparez votre cheval, nous allons chercher la fille Stark »
Davos ouvrit de grands yeux ronds et vint s'interposer entre eux, il tendit un bras vers la femme
« Ser, pardonnez moi mais Stannis ne peut pas prendre la route maintenant, sa blessure est trop récente »
« Lord Stannis est assez grand pour juger s'il est apte à monter à cheval ou non »
« J'insiste ser, laissez moi venir à sa place »
Brienne éclata de rire, elle s'avança vers la cheminée et observa le feu crépiter. La seule chose qui l'intéressait était de retrouver Sansa.
« Je me moque de vous chevalier, sachez que j'ai pris en otage un seigneur, je l'ai épargné alors que ma lame ne demandais qu'à lui trancher la gorge alors, j'insiste »
Davos eut l'air perdu durant un court instant, cherchant ses mots. Son regard éteint vint s'arrêter sur Stannis en qui il cherchait une once de soutien et d'approbation. Ce dernier se leva et s'avança vers lui
« Assez vous deux ! Chevaliers, allez seller vos chevaux, nous partons dans une heure»
Comme à son habitude, Davos ne protesta pas et partit en vitesse vers les écuries, suivi de Brienne qui affichait un semblant de sourire satisfait. Stannis ferma les yeux un instant et soupira, une fois Sansa Stark retrouvée, il pourrait se concentrer à nouveau sur son but. Il enfila ses bottes et serra sa ceinture, dont il réajusta le fourreau.
Quelques minutes plus tard, le seigneur de Dragonstone sortit dans la cour de Châteaunoir, slalomant entre les gardes qui s'entrainaient, il fut arrêté par Allister Thorne qui l'appelait au loin. Stannis grimaça et se dirigea vers lui. Il n'avait jamais apprécié cet homme dont il trouvait la loyauté douteuse tant son arrogance était élevée. Méfiant, il releva la tête et lui fit face
« Lord Stannis, vous vous êtes bien rétablis à ce que je vois, comment se porte votre jambe ? Il paraît que vous êtes arrivé en mauvais état, heureusement que mes hommes ont ouvert les portes.. »
« Allister Thone, je ne me laisse pas avoir si facilement.. j'ai appris la mort de Snow, il avait l'air honorable, peut être l'un des seul ici.. »
Le Cordeau croisa les bras et afficha une moue furieuse, il lança un regard à l'un de ses frères pour toiser à nouveau celui de Stannis, et lui chuchota méprisant
« C'est lord Commandant maintenant, espérons que vous réussissiez cette fois ci, il serait dommage que vous nous quittiez pour de bon.. »
Le seigneur de Dragonstone savait que son interlocuteur voyait d'un mauvais œil ses opinions mais il préféra le quitter plutôt que de rentrer dans son jeu mesquin. Il aurait très bien pu le punir pour cet insolence car il demeurait le roi de Westeros, mais toujours faible et épuisé, il n'avait pas la force de mener plusieurs batailles sur des fronts différents.
Il partit vers les écuries et s'assied sur un banc de bois sur lequel il se mit à affûter sa lame. Repensant à ses débuts à l'épée, son esprit se tourna vers Robert, qui avait préféré apprendre les bases du maniement de l'arme à Renly, plutôt qu'à lui. Sa préférence pour son jeune frère l'avait profondément déçu, se sentant exclu, cependant, cela n'avait jamais freiné son admiration envers lui. Dès son plus jeune âge, il s'était émerveillé devant sa force et sa combativité, mais une fois adulte, lorsque leurs idées se mirent à converger et voyant que son frère passait le plus clair de son temps dans la luxure plutôt qu'à gouverner, l'opinion de Stannis pour son frère changea radicalement.
Cette méprise commença à apparaître lorsqu'il surprit Robert dans son lit conjugal le jour de ses noces, l'humiliant d'avantage après les dires qu'il laissait planer sur son jeune frère. Quand il prit le trône de fer, il donna Accalmie à Renly, laissant à Stannis Dragonstone, une minuscule île rocheuse, dépourvue de végétations et éloignée de tout. La tension entre les deux frères s'était un peu plus détériorée et Stannis depuis ce jour, trouvant la décision injuste, entretenait une jalousie radicale envers Renly, dont il ne comprenait pas l'engouement et la préférence de Robert.
Cependant, le seigneur de Dragonstone avait connu de bonnes relations avec ses frères et ce fut à cela qu'il se rattacha au moment où il regretta le meurtre de Renly. Plus jeunes, ils avaient passé du temps à jouer ensemble dans les forêts ou à explorer durant la nuit, le château familial. Lorsqu'il perdit ses parents, dont le bateau coula sous ses yeux, ce fut Robert qui réconforta le petit Stannis. Toutefois, ce dernier n'était pas comme ses frères, ce fut cet écart de personnalité qui creusa un peu plus le fossé entre eux, Stannis étant réservé et solitaire alors que Robert et Renly, préféraient être extravertis devant une foule les acclamant.
Un bruit de sabot retentit derrière lui alors que sa lame était à présent aussi tranchante qu'un rasoir, il se retourna pour voir Davos lui tendre la rêne de sa monture
« Votre cheval est prêt mon roi »
Ils chevauchèrent jusqu'à rattraper Brienne qui les avait devancé, préférant partir le plus vite possible. Stannis sentit sa jambe le lancer mais la douleur était supportable et il put monter sans l'aide de Davos. La silhouette de la femme apparaissait au loin, dont l'épaisse carrure dessinait une forme étrange à cheval
« Mon roi, comment vous sentez vous ? »
Il avait appris la mort de Selyse quelques jours plus tôt et c'est avec peine qu'il vit le visage du seigneur se décomposer
« Je vais bien ser Davos »
Ce dernier hésita puis il demanda à nouveau
« Pourquoi avoir écouté la femme Rouge ? »
Stannis se sentit brusquement mal, il se gratta la barbe et grinça des dents. Son regard se porta au loin, fixant Brienne qui continuait d'avancer au devant d'eux, puis il se perdit dans les épais flocons de neige qui commençaient à tomber, recouvrant petit à petit le sol d'un blanc immaculé.
« Elle disait que c'était le seul moyen.. qu'il lui fallait du sang royal et que je devais tout perdre pour connaître la victoire.. »
« Je n'arrive pas à croire que vous l'ayez écouté à nouveau.. »
Davos savait que cette discussion ne mènerait à rien et ne pourrait qu'envenimer sa relation avec son roi mais il souhaitait comprendre. Il avait passé la majeure partie de son existence au service d'un homme en qui il avait une confiance aveugle ainsi qu'une admiration débordante. Il avait fait rentrer son fils Matthos dans la garde de cet homme et l'avait vu mourir sous ses yeux. Davos avait toujours cru en Stannis, même lorsque Melisandre était à ses côtés et lui chuchotait des sournoiseries. Le chevalier Oignon croyait en son roi et avait espoir qu'il se sorte un jour de ce piège dans lequel il avait mit les pieds.
« Votre unique fille, votre unique héritière, cet enfant innocent que vous avez sacrifié au nom d'un faux dieu vénéré par une fanatique aux idées folles.. »
« Ser Davos.. »
Stannis l'avertit une première fois, il ne voulait plus entendre parler de tout cela, se sentant d'or et déjà coupable et impardonnable. Cette intonation que prenait l'homme le fit bouillir de colère mais aussi de chagrin. Il avait comprit sa faute, il avait comprit qu'il ne pourrait jamais se racheter face à l'importance du sacrifice, cependant, le lui rappeler ne faisait qu'accentuer les remords et cette douloureuse sensation qui le rongeait de l'intérieur.
« C'est une honte pour votre Maison, une honte pour vous même et une honte pour votre royaume.. »
« Assez ! »
Stannis coupa le Chevalier Oignon dans son monologue accusateur, le fixant de ses yeux furieux, il ne tolérait pas qu'on lui reproche à nouveau ses pèches. La boule qui nichait dans son estomac se resserra un peu plus et il grimaça, se sentant de plus en plus oppressé.
« Je ne vous permet pas de me parler de la sorte, je suis votre roi, ne l'oubliez pas »
« Stannis, si vous m'aviez écouté, peut être n'en serions nous pas arrivé à ce point.. »
« Arrêtez cette insolence Davos Mervault, je ne souhaite pas parler de cela avec vous, je reconnais mon erreur et sachez que je ne suis pas insensible à cela, je regrette mon geste et je regrette vos conseils, mais nous devons aller de l'avant, toujours de l'avant et ne pas reculer, nous ne pouvons plus nous le permettre »
Davos talonna son cheval pour rattraper Brienne dont la silhouette commençait à s'effacer au loin.
Cette dernière s'arrêta pour constater des traces dans la neige, il s'agissait de traces de pas et elle devina qu'il s'agissait de deux personnes qui étaient passés récemment. Une lueur d'espoir envahie son visage. Elle se tourna vers les deux hommes et leur fit un signe de se presser car elle avait trouvé quelque chose. Persuadée d'emprunter la bonne direction en suivant les marques dans la neige, elle s'engouffra dan l'épaisse forêt enneigée, suivie d'un Stannis silencieux et d'un Davos sur ses gardes.
Poussant son cheval afin de rattraper ce qu'elle pensait être Sansa, Brienne priait intérieurement pour que le temps leur soit rapidement favorable. Les flocons de neige qui avaient commencés à s'éparpillaient sur le sol, s'étaient dorénavant étendus sur toute la surface et c'est les pattes dans la neige que les chevaux avançaient. Péniblement et hésitant, ils posèrent leurs sabots à l'aveuglette, guidés par leurs cavaliers impatients. Alors qu'un silence absolu régnait dans la forêt, Stannis qui se voyait terriblement mal à l'aise dut briser le calme
« Ser Brienne de Tarth.. il s'agit de la première fois que je rencontre une femme maniant l'épée »
« Vous avez des choses à apprendre lord Stannis, savez vous au moins que le jeune Tommen Baratheon siège sur le trône ? Beaucoup d'évènements se sont déroulés depuis votre venue dans la Baie de la Néra.. »
« Ser Brienne, ne vous lancez pas dans un jeu que vous savez perdu d'avance »
« Tout comme Renly ? Il s'était lancé dans une quête déjà perdue car vous vous étiez proclamé roi ? »
« La quête irréfléchie de mon frère venait de commencer à décliner le jour où il a nommé une femme chevalier.. »
Brienne écarta de grands yeux ronds et dévisagea Stannis dont les traits profondément marqués par la fatigue, le rendait plus glacial qu'à l'habitude. Ses cheveux gris venaient s'emmêler dans sa barbe blanche par endroits, alors que ses yeux étaient assombris par d'épais cernes. Le seigneur de Dragonstone savait que sa discussion avec la grande femme ne déboucherait que sur une rivalité déjà naissante, il n'avait plus rien à offrir et le rabaisser de la sorte ne faisait que la rendre un peu plus ridicule. Elle se battait contre un seigneur démuni dont la maigre chance de victoire se trouvait perdue dans la forêt enneigée. En effet, Stannis avait eut le temps de réfléchir durant sa convalescence et c'est en buvant une énième coupe de lait de pavot qu'il avait pensé en somnolant à la fille Stark. Il devait récupérer le Nord et l'avoir dans son camp ne pourrait lui apporter que des avantages, cependant, il restait Brienne et les chances pour qu'elle s'interpose étaient maximales.
« Je n'ai jamais demandé à être roi.. »
« Alors pourquoi vous l'êtes vous proclamé ? Vous auriez put laisser à Renly le privilège de mener cette guerre que vous avez perdue.. »
« Renly n'aurait jamais su gouverner, il n'avait pas la personnalité d'un meneur et Westeros aurait sombré dans le chaos total, imaginez un peu ce qu'il aurait été capable de faire après vous avoir nommé chevalier.. Robert le pouvait, cependant il a succombé à la luxure, étant jeune il était fort mais la faiblesse des hommes l'a rattrapé.. »
« Je pourrais en dire autant de vous lord Stannis.. »
Il soupira alors que ses membres commençaient à s'engourdir par le froid. Davos vint se mettre à sa hauteur et lui tendit une gourde d'eau. Le seigneur fixa la femme et prononça clairement de sa voix rauque
« Renly ne se serait jamais donné entièrement pour son royaume.. il était trop lâche.. les hommes lâches survivent mais finissent par tomber le jour venu.. mon royaume saigne face à des hommes tels que lui qui se permettent de prendre mes terres par la force et d'y mener une anarchie totale.. je ne me suis pas avoué vaincu et lorsque le moment sera venu, je les anéantirai »
« Ils payeront mon roi.. »
Après avoir bu et s'être essuyé la barbe de sa manche, il tendit la gourde à Davos qu'il rangea aussitôt.
Les chevaux se figèrent, les oreilles pointées vers un bosquet dont les traces de pas, à peine visibles par la neige, venaient s'y arrêter. Brienne ordonna le silence en posant son doigt sur sa bouche puis descendit de sa monture, dégainant son épée, elle avança lentement vers le talus pour en dénicher un homme, dont le visage creux laissait penser qu'il était prisonnier
« Qui êtes vous ? »
« Reek.. je suis Reek, ne me tuez pas ! »
Son épée dans sa direction, l'homme leva les bras aux ciel, il n'était pas armé et ses yeux terrorisés laissèrent à Brienne un sentiment de supériorité
« Es-tu seul ? As-tu vu une jeune femme passer par ici ? »
L'homme se tourna et planta son regard dans la neige, l'atmosphère désormais pesante laissait planer le doute sur l'implication de l'homme et Stannis s'en rendit compte aussitôt. Sa personnalité rigide et son sens de l'honneur le laissait la plupart du temps méfiant et insatisfait.
« Non madame, je suis seul, je le jure ! »
« Il ment.. »
« Quoi ? »
La grande femme se retourna vers le seigneur de Dragonstone dont les yeux n'avaient pas quitté Reek, il descendit de son cheval et s'avança précipitamment vers lui, puis il empoignât sauvagement son visage qu'il scruta amèrement. L'odeur nauséabonde qu'il dégageait, mélangé aux vêtements sales qu'il portait le firent grimacer. Il se tourna vers sa Main pour en demander les conseils puis grinça des dents en attendant une réponse
« Il est étrange de trouver un homme seul non loin de Winterfell, soit tu es un soldat, soit un prisonnier mais dans les deux cas, tu as déserté.. »
Stannis lâcha avec dégoût le visage tremblant de l'homme, puis il dégaina son épée
« Dis nous qui tu es réellement et ne t'avise pas de nous mentir.. »
