Se regardant dans un miroir, Kougyoku tentait tant bien que mal de fixer ses cheveux afin qu'ils ne lui cachent pas la vue. Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis qu'elle avait trouvé cet étrange journal. Aujourd'hui encore, elle peinait à croire que la personne qui lui parlait était bien elle-même dans le futur mais... cette personne, qui qu'elle puisse réellement être lui offrait une compagnie aussi distrayante que rassurante. Celle-ci lui avait d'ailleurs suggéré l'idée d'apprendre à coiffer ses cheveux. Après tout, une princesse devait soigner son apparence aussi s'efforçait elle de suivre ses conseils. Au bout de plusieurs tentatives plus ou moins concluantes, elle sourit, satisfaite par le fruit de ses efforts. Elle avait réussi à dégager son visage en ramenant en arrière ses plus longues mèches, les relevant au dessus de sa tête et les maintenant en place à l'aide d'une épingle qu'elle avait trouvé en fouillant dans ses tiroirs. Elle avait ensuite brossé ses longs cheveux afin de les démêler et de leur donner un aspect plus lisse. Elle se sentit fière du résultat avant de soudainement rougir. Est ce que... ça ne paraîtrait pas bizarre aux yeux des gens ? Qu'elle change du jour au lendemain leur semblerait sûrement étrange, et peut-être que ça ne lui allait pas... L'idée de voir les gens murmurer sur son passage et se moquer d'elle fit tomber un voile glacé sur ses épaules. Elle leva la main pour attraper l'épingle, prête à tirer dessus pour libérer ses cheveux mais ne fit rien.

« ... »

Elle se tourna pour regarder son journal posé à même le sol, encore ouvert et s'en approcha. La dernière phrase écrite par sa correspondante se dessinait encore sur la feuille blanche.

« Il faut que tu prennes conscience de cela Kougyoku. Si tu veux quelque chose, alors il faut que tu donnes le meilleur de toi-même pour l'avoir. Au début, ça te paraîtra difficile mais tu verras, tes efforts seront récompensés avec le temps. Moi je crois en toi, tu en es capable, n'abandonnes pas »

La petite inspira et souffla à plusieurs reprises pour essayer de se calmer avant de s'avancer vers son journal qu'elle prit délicatement avant de s'asseoir, le posant sur ses genoux alors qu'elle saisissait sa plume.

« Voilà, je crois que j'ai réussi à bien me coiffer. Mes cheveux ne me gênent plus et ils ne sont plus emmêlés... »

Elle reposa sa plume et s'apprêtait à refermer son journal quand elle vit que ses mots s'effaçaient. Elle lui répondait déjà ? Jusqu'ici, ses réponses étaient toujours immédiates, avait-elle donc constamment le journal à portée de main ?

« C'est très bien Kougyoku ! Tu verras, en le faisant tous les jours, ça deviendra plus facile. Maintenant, j'aimerais que tu fasses autre chose.

_Quoi donc ?

_J'aimerais que tu ailles faire la connaissance de Hakuryuu Ren. »

La petite marqua un temps d'arrêt avant de se raidir. Quoi ? QUOI ? Hakuryuu Ren... Le petit garçon qu'elle avait vu l'autre jour dehors en compagnie de ses frères et sœur ? Mais il était l'un des enfants de l'empereur actuel, elle n'en avait pas le droit !

« Je ne peux pas faire ça, c'est un prince, moi je ne suis... je ne peux pas.

_Bien sûr que tu le peux. Vous êtes cousins et il n'a qu'un an de moins que toi. J'ai longtemps regretté de ne pas avoir été lui parler à lui ainsi qu'à sa grande sœur Hakuei. Je pense que tu devrais y aller, je suis persuadée qu'ils seront gentils avec toi.

_Mais je ne peux pas !

_Ne voulais tu pas te faire des amis ? Essayes au moins »

La petite ne répondit rien, pinçant les lèvres avant de refermer brusquement le journal. Aller parler à son cousin ? Et pour lui dire quoi ? Et s'il était avec ses frères ? Elle n'oserait jamais ! Elle sentit une vive envie de pleurer la gagner. Pourquoi lui demandait-elle ce genre de choses alors qu'elle savait très bien que c'était difficile pour elle ? Elle fuyait les gens qu'elle croisait, ce n'était pas pour aller parler avec un prince ! Sanglotant doucement, elle resta assise, le visage contre ses genoux pliés pendant quelques minutes. Puis elle releva la tête et regarda à nouveau le journal. Si elle ne le faisait pas, son amie serait-elle fâchée ? Peut être qu'elle ne voudrait plus lui parler ensuite, peut être demanderait elle de l'aide à quelqu'un d'autre... Cette pensée la fit brusquement paniquer. Si elle faisait ça, elle se retrouverait de nouveau toute seule ! S'emparant vivement de sa plume d'une main tremblante et du journal de l'autre, elle écrivit rapidement.

« Je vais le faire ! »

Puis elle quitta sa chambre à pas vifs sans attendre de réponse de son amie. Il fallait qu'elle le fasse ! Elle avait raison, si elle y mettait du sien, elle finirait bien par y gagner quelque chose ! Mais à mesure qu'elle avançait dans les vastes couloirs qui menaient à l'extérieur, elle sentait sa détermination vaciller. Rien ne lui disait que le jeune prince voudrait bien devenir son ami. Après tout, il devait déjà avoir beaucoup de gens autour de lui, que ferait-il de quelqu'un comme elle ? Puis elle secoua vivement la tête. Elle devait essayer... Elle se força à se répéter ces quelques mots afin de se donner du courage. Ses pas la menèrent devant une porte ouverte, donnant sur la cour extérieure et elle se figea. Elle sentit son cœur battre de plus en plus fort. Jusque là, elle n'avait croisé personne mais une fois dehors... Elle ferma les yeux et souffla pour se calmer, s'efforçant de contenir ses tremblements. Tout allait bien, il n'allait rien se passer de mal... Inspirant et expirant à de nombreuses reprises, elle fit un pas en avant, puis un autre jusqu'à baigner dans la lumière du soleil. Attendant un instant, elle ouvrit prudemment les yeux avant de sentir son cœur battre plus fort. Devant elle se dressait un long passage aux dalles grises menant à une arche recouvertes de plantes aux fleurs orangées dont les doux parfums flottaient jusqu'à ses narines. Approchant d'un pas rapide, elle la franchit rapidement pour se retrouver entourée de plantes aussi diverses que belles. C'était si beau, si coloré ! Elle voulait depuis si longtemps se rendre ici mais n'avait jamais osé... pourtant à cet instant, elle ne pensait plus à qui elle pourrait croiser, juste à cet endroit magnifique. Avançant d'un pas vif, le cœur empli de joie, elle regardait activement autour d'elle, ne voulant pas manquer la moindre miette de ce qui s'offrait à elle. Une douce brise soufflait dans les feuillages, répandant le savoureux parfums des végétaux tout autour d'elle tandis qu'elle pouvait sentir la tiédeur réconfortante des rayons du soleil sur elle. Elle avait le sentiment qu'elle pourrait passer ses journées dans ce bel endroit, elle s'y sentait si bien...

Des voix la firent quitter ses pensées et elle cessa brusquement tout mouvement pour regarder en direction du petit groupe qui avançait vers elle. Plusieurs femmes marchaient d'un pas tranquilles, se ventilant élégamment à l'aide d'éventails tout en discutant paisiblement. Au milieu du groupe se tenait une jeune fille vêtue de blanc et de rouge, des broderies dorées se dessinant sur son haori alors que ses longs cheveux rouge étaient relevés par une pince en or. Même si Kôgyoku ne l'avait jamais rencontré, elle n'eut aucun doute en la regardant. Cette personne devait être une membre de la famille royale... et vu la couleur de ses cheveux, elle devait être une de ses sœurs. Cette dernière l'avait également remarquée car elle la fixait sans dire un mot. Pinçant les lèvres, Kougyoku réprima de toutes ses forces son envie de fuir à toute jambes. Le faire devant elle serait d'une impolitesse sans nom. Et elle avait décidé de faire des efforts, pour se faire des amis. Il fallait qu'elle s'accroche... Voyant le groupe s'arrêter à quelques mètres d'elle, Kougyoku serra les poings dans ses manches pour tenter de contenir ses tremblements. Tout allait bien se passer, il fallait qu'elle se présente décemment. Elle sursauta en voyant plusieurs femmes échanger des messes basses derrière leurs éventails tout en la fixant et sentit l'angoisse lui nouer la gorge aussi commença t-elle précipitamment :

« B-Bonjour, je m'appelles Ren Kougyoku... c-c'est un plaisir de vous rencontrer ici ! J-J'espère que nous pourrons faire plus ample connaissance ! »

Elle sentait l'inquiétude gagner en intensité à mesure qu'elle s'entendait bafouiller tandis que le visage de son interlocutrice ne changeait pas. Elle avait espéré qu'elle manifesterait un peu de surprise ou peut être un peu d'intérêt mais rien sur son visage ne lui montrait qu'elle était contente de la rencontrer. Elle vit une des femmes se pencher près de la jeune princesse pour parler doucement :

« Dame Kourin... c'est la petite qui a été amenée au palais du fait de sa parenté avec sa Majesté votre Père malgré sa basse extraction... »

La petite se raidit en entendant ces mots tandis qu'un froncement de sourcil brisa l'expression neutre de la princesse. Celle-ci laissa échapper un soupir avant de regarder Kougyoku :

« Tu viens des bas quartiers et tu oses me regarder dans les yeux, c'est dégouttant !

_M-Mais...

_Ne sais tu donc pas ou est ta place ? Je me demande ce qui a bien pu traverser l'esprit de Père de t'avoir fait venir ici... »

Elle dissimula le bas de son visage derrière ses manches tout en la regardant avec mépris, reprenant d'un ton sec :

« Les misérables comme toi n'ont rien à faire au palais, tu me répugnes... »

Kougyoku sentit ses lèvres trembler à mesure que les paroles tombaient sur elle comme des lames de couteaux. Elle ne comprenait pas. Elle n'avait fait que lui adresser la parole alors pourquoi se montrait elle aussi hostile envers elle ? Qu'est ce qu'elle avait fait pour mériter ça ? Les femmes qui accompagnaient la princesse riaient doucement.

« Les gens comme elles n'ont aucune manière...

_Ils ne savent pas rester à leur place, c'est écœurant...

_A quoi bon perdre du temps à tenter de l'éduquer, le palais ne manque pas de princes et princesses, une de plus ne servirait à rien.

_En quoi l'enfant d'une pauvre courtisane peut constituer une princesse ? »

C'en était trop pour Kougyoku qui, les larmes aux yeux, tourna les talons pour s'enfuir à toutes jambes. Courant à en perdre haleine, elle sentait ses poumons la brûler alors que les larmes lui brouillaient la vue. Pourquoi ? Alors qu'elle ne la connaissait même pas, elle se montrait si cruelle ! Elle avait juste voulu rencontrer une de ses proches, lui parler et peut être, si les choses le lui avait permis, devenir son amie. Mais elle venait de clairement lui faire comprendre qu'elle ne voulait pas d'elle. Pourtant, elle n'avait pas demandé à être amenée au palais ! Elle n'avait pas choisit d'avoir une mère pauvre à l'inverse de tous les autres membres de la famille royale ! Alors pourquoi est ce qu'elles parlaient comme si elle était la seule responsable !?

Se prenant les pieds dans sa robe, la petite poussa un cri en trébuchant avant de violemment heurter le sol. Un peu sonnée, elle resta un instant immobile avant de se redresser lentement. Ses cheveux étaient maintenant complètement décoiffés, elle était couverte de terre jusqu'au visage et en plus de ça, ses mains étaient écorchées, du sang perlant sur ses paumes. Ses épaules furent secouées par un sanglot avant qu'elle éclate finalement en larmes. Elle détestait cet endroit dans lequel on l'avait amené, elle détestait ces gens qui ne lui adressaient que des paroles blessantes. Pourquoi devait-elle rester dans un endroit ou on ne voulait pas d'elle ? Si on la détestait tant que ça alors pourquoi devrait elle rester ? Elle était chaque jour toute seule, sans personne pour lui parler, personne pour lui sourire, rien ! Si seulement on ne l'avait pas trouvé, on ne l'aurait pas amenée dans cet horrible endroit ! Elle serait sûrement morte quelque part mais au moins, elle ne se sentirait pas aussi seule que maintenant...

« Est ce que ça va ? »

Laissant échapper un hoquet de surprise, Kougyoku leva un visage inondé de larmes vers une jeune fille qui la regardait, un peu inquiète sans qu'aucun mot ne sorte. Seuls quelques sanglots rompaient le silence qui venait de s'installer, secouant de temps en temps ses épaules alors qu'elle essayait tant bien que mal de s'essuyer les yeux avec ses manches. Elle sursauta en entendant une voix résonner au loin :

« Hakuei ! Où es tu ?

_Ici grand-frère ! »

Kougyoku regarda à nouveau la jeune fille qui avait répondu à l'appel et se raidit en la reconnaissant enfin. C'était la fille de l'empereur actuel, la princesse Hakuei Ren ! Se trouver à cet instant devant quelqu'un de cette importance la fit trembler. Pas alors qu'elle sortait d'une rencontre désastreuse avec sa sœur... Remarquant son trouble, Hakuei s'approcha doucement et prit délicatement ses mains dans les siennes pour les regarder, demandant :

« Tu t'es fait ça en tombant ? »

Kougyoku hésita un moment avant de finalement acquiescer lentement. Un sourire se dessina doucement sur les lèvres de Hakuei qui se tourna en entendant des pas approcher. Deux jeunes hommes aux cheveux aussi bleus que ceux de la petite princesse arrivèrent. Kougyoku n'osait plus bouger, c'était tout juste si elle osait respirer. Les deux princes aînés de l'empire se tenaient devant elle. Regardant brusquement vers le sol, elle mit un genoux à terre tout en croisant ses mains douloureuses devant elle pour effectuer le salut impérial. Une fois lui avait suffit, elle ne tenait pas à ce qu'on lui reproche une nouvelle fois son impertinence. Hakuei se tourna et, la voyant faire, la rejoignit pour prendre ses mains avant de la réprimander doucement :

« Ne fais pas ça, ça sera encore plus douloureux...

_M-Mais je... »

Se montrer dans un état si pitoyable devant des princes et princesse... elle en avait honte. Mais elle n'avait pas la force de se donner bonne figure, tout ce qu'elle voulait, c'était qu'on la laisse tranquille, qu'elle puisse retourner dans sa chambre et se ruer dans son lit pour pleurer à chaudes larmes. Elle n'aurait jamais du sortir, jamais du écouter ce maudit journal ! Jusque là elle se sentait seule et sa présence l'avait réconforté mais... sans ses conseils, elle ne serait jamais sortie et elle n'aurait jamais rencontré sa sœur... Ça ne se serait pas passé comme ça ! Elle ne se sentirait pas si inutile... Elle sursauta en voyant un des deux frères venir dans sa direction et s'agenouiller devant elle et riva ses yeux au sol, se dissimulant derrière ses manches, tremblant des pieds à la tête.

« Comment t'appelles tu ? »

Kougyoku n'osait pas le regarder. Mais si elle ne lui répondait pas, elle aurait sûrement des ennuis non ? Alors, elle s'efforça d'effectuer à nouveau le salut impérial tout en tentant de maîtriser les tremblements de sa voix, ne parvenant qu'à murmurer :

« J-Je m'appelles Ren K-Kôgyoku... »

Mais ce fut visiblement suffisant pour que le prince l'entende car il reprit doucement :

« Je vois, tu dois être une des sœurs de Kouen et Koumei... »

Elle ne voyait pas qui étaient ces deux personnes mais elle ne put s'empêcher de repenser à sa rencontre avec Kourin. S'ils étaient comme elle, alors la dernière chose qu'ils souhaiteraient serait de la rencontrer...

« Je m'appelles Hakuyuu, et voici mon jeune frère Hakuren, notre petite sœur Hakuei... Et nous avons également un petit frère, Hakuryuu... mais pour l'heure... »

Kougyoku laissa échapper un cri lorsque deux mains se glissèrent sous ses bras pour la soulever et elle leva enfin les yeux pour regarder le prince. Elle rougit dès l'instant ou son regard croisa le sien alors qu'un sourire étirait doucement ses lèvres.

« Il faut qu'on arrange ton état, tu ne peux pas te promener ainsi... »

Tétanisée, la petite ne trouva rien à répondre alors que les princes la menaient dans une aile du palais qui lui était totalement inconnue. Voyant les gens se tourner vers eux à leur passage, Kougyoku baissa immédiatement les yeux, s'efforçant de penser à autre chose qu'aux médisances que les gens allaient sûrement raconter. Hakuyuu la posa doucement sur un siège tandis que Hakuren revenait avec une compresse et sourit un peu :

« Allez, tends tes mains, et attention, ça va piquer un peu... »

Kougyoku hésita un peu avant de finalement obtempérer, offrant ses mains au prince qui appliqua doucement la compresse sur ses paumes. Se raidissant, la petite du se faire violence pour ne pas retirer ses mains. Ça ne piquait pas, ça brûlait ! Elle du faire une grimace car Hakuren se mordit la lèvre avant de finalement rigoler, agitant la main devant le regard désemparé de la petite :

« Désolé, mais tu m'as rappelé Ryuu la dernière fois qu'il s'est écorché. Lui aussi avait fait cette tête là, à ceci près qu'il a pleuré ensuite mais... »

Pleurer ? L'envie ne lui manquait pas, elle sentait les larmes aux coins de ses yeux, prêtes à rouler le long de ses joues mais... Le prince en avait déjà terminé, lui mettant des petits pansements avant de lui sourire et de lui caresser doucement les cheveux.

« Et voilà, tu as été courageuse ! »

Le regardant, elle porta la main à ses cheveux, le visage rouge. C'était la première fois que quelqu'un, hormis sa mère avait ce genre de geste à son attention. Puis elle regarda en direction de Hakuei qui revenait, des vêtements dans les bras, lui souriant.

« J'ai gardé mes anciens vêtements, ils doivent être à ta taille je pense, viens, je vais t'aider à te changer... »

A peine avait elle dit ça qu'elle l'emmenait à sa suite, sa main dans la sienne jusqu'à sa chambre. La faisant asseoir sur son lit, elle entreprit d'abord de démêler doucement ses cheveux tandis que Kougyoku, crispée, n'osait pas bouger ou dire quoi que ce soit. Elle fit cependant un bond quand la princesse parla :

« C'est la première fois que je te vois Kougyoku. Tu n'es jamais venue au jardin ?

_ … N-Non...

_Je vois... Nous y venons souvent avec mes frères, si tu veux, tu n'auras qu'à nous y rejoindre.

_J-Je... ne veux pas... vous déranger... »

Sa réponse avait été à peine audible, alors qu'elle sentait son cœur battre à tout rompre. Et elle sentit son visage s'empourprer alors que le rire de la princesse derrière elle lui parvenait.

« Ça ne me dérangerait pas du tout tu sais ? Il n'y a pas beaucoup de filles de mon âge au palais, alors ça me ferait plaisir qu'on devienne amie... tu ne veux pas ? »

Pinçant les lèvres, Kougyoku sentit de nouveau une vive envie de pleurer l'envahir. Elle peinait à croire ce que la princesse était en train de lui proposer. Elle, la première princesse de Kou lui proposait à elle, une vulgaire bâtarde de basse extraction, de devenir son amie ? Se risquant à la regarder, elle croisa son regard doux alors qu'elle semblait attendre sa réponse. La voir agir et parler si gentiment avec elle acheva ses dernières forces, les larmes se remirent à couler sur ses joues. Hakuei cligna des yeux avant de se pencher, inquiète :

« Je t'ai fait mal avec la brosse ? Excuse moi...

_... J-Je... veux devenir ton amie...

_Ah ?

_S-S'il te plaît... sois mon amie... »

Elle le voulait tellement, tellement fort. C'était les mots qu'elle désirait tant entendre de la part de quelqu'un depuis son arrivée au palais. Elle les avait tant attendu sans jamais voir ce moment arriver, elle en était venue à renoncer de pouvoir les entendre un jour...

Hakuei demeura un instant silencieuse avant de sourire doucement et de poser ses mains sur les épaules de la petite, posant doucement sa tête contre la sienne, lui murmurant des paroles réconfortantes pour apaiser Kougyoku. Celle-ci sentait les sanglots s'apaiser tandis que les larmes se faisaient moins nombreuses jusqu'à finalement disparaître. Elle remonta sa manche pour essuyer ses joues et ses yeux rougis avant de regarder la princesse qui avait prit doucement sa main dans la sienne pour la serrer.

« Nous sommes cousines mais dès maintenant, nous sommes également amies, d'accord Kougyoku ?

_... O-Oui ! »


« Je vois... Je suis désolée pour ta rencontre avec Kourin...

_Ce n'était pas de ta faute. C'est vrai que, à ce moment... j'ai regretté d'être sortie pour aller à l'extérieur mais... Maintenant ça va. Et c'est grâce à toi que j'ai pu rencontrer Hakuei !

_Non, c'est grâce à toi et aux efforts que tu as fait. Et je suis vraiment contente pour toi, Hakuei est quelqu'un de bien, tu verras !

_Tu n'avais pas été à sa rencontre toi ?

_... Non. J'en ai longtemps eu envie. Je voulais essayer d'aller lui parler, à elle ou à Hakuryuu mais je n'ai jamais osé, ils étaient toujours avec leurs frères ou avec d'autres personnes. Et par la suite, je ne me voyais pas leur imposer ma présence avec ce qu'ils avaient vécu...

_Il s'est passé quelque chose ? »

La petite attendit et fut surprise de voir la réponse de son amie tarder à arriver. Peut-être était-elle occupée, ça n'aurait rien d'anormal... Pourtant, elle vit ses mots se fondre lentement dans le papier pour laisser place à sa réponse.

« Il est encore un peu tôt pour parler de ça. Pour le moment, je préfère que tu ne te soucies d'une chose : amuse toi. Tu viens de te faire une amie, tu dois être vraiment contente alors profites une chose, j'aimerais que tu ne lui parle pas de moi ni du journal, s'il te plaît, peux tu me le promettre ? »

Kougyoku avait l'impression que son amie évitait soigneusement un sujet qui lui échappait. Secouant la tête, elle abandonna cette idée et lui certifia qu'elle n'en parlerait pas avant de refermer le journal pour le poser sur sa table, observant ensuite son reflet dans le miroir. Elle portait encore le kimono bleu pâle que Hakuei lui avait donné pour rentrer dans ses appartements. Elle sourit, les joues rosies. La princesse était vraiment gentille... elle était tellement heureuse de s'en être fait une amie...